DEUXIÈME PARTIE
Boss.) et non pas constant et ferme. La constance continue et achève l'œuvre de la fermeté. « Servilius se défendit avec la fermeté et la constance d'un homme qui ne se croyait point coupable. » Roll.1.
2° Inébranlable, inflexible.
Inébranlable est plus général. On est inébranlable dans ses sentiments ou dans ses maux, comme dans ses résolutions; on n'est inflexible que dans ses résolutions. On est inébranlable à tout, et, par exemple, aux événements, aux coups de la fortune , qui n'ont pas le pouvoir de faire perdre à l'âme son calme et sa sérénité ; on n'est inflexible qu'aux efforts des hommes , aux prières, aux sollicitations, aux menaces, qui n'ont pas le pouvoir de faire fléchir , de porter la volonté à céder ou à user d'indulgence.
«Constance inébranlable.» Bourd. «Tranquille comme Job et inébranlable au milieu des calamités du monde. » Id. « Inébranlable aux coups de l'adversité , au milieu des plus grandes infortunes. » Acad. « Inébranlable dans ses amitiés. » Boss. a Les épreuves extraordinaires où on a mis son amour inébranlable pour la vérité.» Rac. « Inébranlable dans l'amitié et dans mes sentiments. » Yolt.
0 courage! ô\ constance! ô cœur inébranlable/ Id.
a Une fermeté inflexible pour la défense du juste et de l'honnête. ■» Roll. « En vain les premiers des sénateurs lui demandent grâce : toujours inflexible, il persiste dans sa résolution. » Id. « Que le prince soit inflexible touchant les choses qu'il aura témoigné avoir résolues. » Desc. a Ferme et inflexible aux sollicitations du simple peuple. » Labr. « Romulus consent à partager sa royauté avec Tatius ; celui-ci, jusqu'alors inflexible (par rapport au mariage de sa fille avec Romulus) , cède à une offre si généreuse , et lui accorde sa fille. » Lah.
CONTENT, AISE, RAVI. Agréablement affecté.
Épicure distingue deux sentiments agréables , l'un paisible, l'autre agité; l'un qui tient l'âme en repos ou tranquille ; l'autre qui la met et la tient en mouvement. Le premier est exprimé dans notre langue par content et contentement, l'autre par aise.
Dans le contentement , l'âme a cela d'heureux qu'elle n'est plus troublée , tourmentée par des désirs ; dans l'aise , elle a cela d'heureux qu'elle jouit d'un plaisir qui l'émeut beaucoup.
\ . A constant et à fermé Girard ajoute stable, beaucoup moins usité dans cette acception figurée. Du reste, il s'en dislingue aisément; il est relatif, non pas à la sensibilité ni à la volonté, mais à l'intelligence. « La stabilité est le caractère d'un esprit éclairé qui ne change pas de façon de penser. » Cond. Un esprit stable (Acad.) a des principes stables (Bourd,, Pasc.) arrêtés, certains. Voltaire, dans la Henriade, dit en parlant de Dieu:
Lui seul est toujours stable ,- et tandis que la terre Voit de sectes sans nombre une implacable guerre La Vérité repose aux pieds de l'Eternel. Et Bossuet faisant l'éloge de Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France, toujours juste , innocente et restée dans les voies de la saine doctrine : « Une foi vive, dit-il, est le fondement de la stabilité que nous admirons. »
Le contentement est calme, exempt d'inquiétude et tout intérieur. « Adieu, vis content et heureux.» Volt. « Nous n'avons besoin que de Dieu, il nous suffit; en le possédant, nous sommes contents. » Boss. « Nous- voyons des hommes nonseulement morts, mais crucifiés pour le monde, contents de leurs austérités et de leurs croix. » Bourd. « Dieu suffit dès maintenant à l'âme religieuse qui jouit indépendamment du monde d'un solide et parfait contentement. » Id. Avoir l'esprit, le cœur content (Acad.).— L' aise est vive et peut se manifester par des mouvements du corps : on est ravi (Boss. , J. J.) ou transporté (J. J.) d'aise; on tressaille d'aise (Id.); le cœur nous bat à! aise (Id.); quelquefois on est si aise qu'on ne peut dormir (Marm.); quand la sainte Vierge alla visiter Elisabeth , saint Jean-Baptiste sauta d'aise dans le sein de sa mère (Boss.).
Le contentement est relatif à un désir antérieur dont il marque l'accomplissement; Y aise est absolu et résulte d'un événement inespéré. Ce qui remplit notre attente nous rend contents ; tout ce qui nous arrive de favorable nous rend aises. « Je suis bien aise que vous soyez content de ma dernière édition. » Boil. a Je suis trèsaise , mon révérend père , que vous soyez content des résolutions de l'assemblée à s'opposer aux nouveautés. » Boss. On est content de ce qui répond à ce qu'on avait voulu ou conçu ; on est aise d'une nouvelle, d'une rencontre inopinée, d'un retour imprévu.
Ravi) c'est-à-dire enlevé, transporté, mis comme hors de soi et porté au ciel , désigne le comble de Y aise , l'aisé qui va jusqu'à l'exaltation, jusqu'à l'extase. « Formosante ne savait plus où elle en était; elle se croyait transportée hors de la terre ; tout ce qu'elle voyait ou entendait la plongeait dans un ravissement qui passait de bien loin celui qu'éprouvent les fortunés musulmans dans le neuvième ciel , environnés et pénétrés de la gloire et de la félicité célestes. » Volt. « Le peuple fut si ravi et si transporté du plaisir d'entendre C. Gracchus, qu'il ne put s'empêcher d'en témoigner publiquement sa joie. » Roll.
iisimon.
Ma foi, je suis ravi que nous logions ensemble.
EE COMTE
J'en suis fort aise aussi. Dest,
Dans le Tartufe , Elmire dit à Tartufe :
J'ai voulu vous parler en secret d'une affaire,
Et suis bien aise ici qu'aucun ne nous éclaire. A quoi l'amoureux personnage répond en renchérissant :
J'en suis ravi de même.
« Je suis transporté d'aise, je suis content de moi jusqu'au ravissement. » Marm.
Une preuve que ravi est un mot d'une singulière énergie , c'est l'usage ou plutôt l'abus continuel qu'on en fait dans les conversations et les lettres pour marquer qu'on ne se sent plus de joie de voir les personnes ou de les servir. Écoutez les faiseurs de protestations d'amitié : « Monsieur , votre très-humble serviteur ; Monsieur , je suis ravi de vous embrasser. » Mol. « Quelle heureuse rencontre ! Monsieur de Pourceaugnac !
SYNONYMES Â RADICAUX DIVERS
que je suis ravi de vous voir! » Id. « Théognis l'écoute favorablement (un solliciteur), il est ravi de lui être bon à quelque chose; et comme celui-ci insiste sur son affaire , il lui dit qu'il ne la fera point , il le prie de se mettre en sa place , il l'en fait juge. » Labr.
CONTER, RACONTER, NARRER. Faire connaître des faits de vive voix ou par écrit.
On conte pour l'amusement ; on raconte pour l'instruction. On conte des faits imaginés , fabuleux , des aventures ; on raconte des faits réels , historiques. (Voyez Ire partie, p. 162 et 163).
Narrer est le verbe latin narrare. C'est un terme de rhétorique ou de critique littéraire , tout relatif à la manière ou au style ; au lieu que conter et raconter sont des mots du langage commun qui n'ont aucun rapport au point de vue de l'art. Quand on conte ou qu'on raconte, on dit des choses plus ou moins intéressantes; quand on narre, on montre plus ou moins de talent comme orateur ou comme écrivain. On fait un conte charmant, un récit fidèle, une narration claire ou élégante.
« Cette lettre est tout à fait ingénieuse, et tout à fait bien écrite. Elle narre sans narrer.... Il y a tant d'art, tant d'esprit et tant de jugement que je voudrais bien savoir qui l'a faite. » Pasc. « Les fables de Lafontaine sont toutes bonnes ; c'est une manière de narrer et un style à quoi l'on ne s'accoutume point. » Sév. « L'historien qui a le don de narrer avec l'éloquence convenable , est plus qu'habile , il est grand historien. » Volt. « Le goût, la naïveté, l'art de narrer , celui de bien entremêler les aventures . valent bien mieux que de l'esprit : aussi Don Quichotte est de toutes les nations. » Id. a Pour ce qui concerne l'art de narrer , le seul rapport sous lequel on puisse rapprocher Lafontaine et l'Arioste , leur manière est très-différente. » Lah. « Il y a trois genres d'ouvrages (littéraires), le didactique , la narration , les descriptions : car on raisonne, on narre ou l'on décrit. » Cond. « Dans le style historique il faut narrer. » Vaug. « On peut quelquefois engager une jeune personne à développer un fait en le racontant plus au long : par là, elle s'accoutume et apprend à narrer. » Roll.