V. Prise t — bisbille, noise, grabuge, riote, — rixe
Ces mots sont d'un style peu élevé : ils expriment des oppositions petites , ou bien qui s'élèvent entre gens de petite ou de basse condition.
Rixe diffère bien de tous les autres. C'est le latin rixa , formé de ringi , grogner en montrant les dents, comme les chiens irrités, enrager, être furieux. Il marque le comble de la querelle, une querelle furieuse, bruyante, poussée jusqu'aux menaces , aux injures et aux coups , mais se passant dans la rue ou dans la taverne entre des gens de bas étage, des cochers, des matelots, des femmes de la halle , des compagnons , et pouvant constituer un délit, et c'est pourquoi rixe n'a longtemps été qu'un terme de pratique. « Pendant que Beaumarchais plaidait en justice réglée, le gouvernement l'avait fait mettre en prison pour une autre querelle avec un grand seigneur qui lui disputait une courtisane. Il avait gardé dans cette rixe tout l'avantage du sangfroid sur l'extravagance. » La h. « Au fort d'une rixe entre deux voisines, Emile s'avance vers la plus furieuse , et lui dit d'un ton de commisération: Ma bonne , vous êtes malade , j'en suis bien fâché. ïJ.J.
Au contraire , la prise , la bisbille , la noise , le grabuge et la riote sont des diminutifs de la querelle , de petites contrariétés. Mais il y a une différence remarquable entre prise et ses synonymes.
Prise désigne une petite querelle (ce qui fait qu'il se trouve placé ici) , la plus légère , la plus passagère et la plus accidentelle de toutes les querelles , celle qui consiste à se prendre de paroles en passant, dans une occasion particulière. a Le petit père théologien avec lequel j'eus une prise chez M. de Lamoignon. » Boil. « Palissot a eu une prise très -vive dans les foyers avec M. Séguier.... Palissot trouvait que l'Écossaise était une chose atroce. » Volt. « J'appris toutes les vanteries que le maréchal de Villeroy avait publiées de la prise, disait-il, qu'il avait eue avec le cardinal Dubois, et des défis et des insultes qu'il lui avait faits. » S. S. « Un tribun du peuple ayant eu une prise avec M. Emilius Lépidus , grand pontife , dans laquelle il s'était servi de termes injurieux, fut condamné à une amende.» Roll. — Cependant, bien qu'il ne convienne guère qu'à la conversation et aux lettres, il appartient au genre sérieux , au lieu que bisbille , noise , grabuge et riote sont du style nonseulement familier , mais enjoué et badin , comme signifiant quelque chose de comique ou de risible.
Bisbille est l'italien bisbiglio , léger bruit , tel que celui qu'on fait en parlant ou en priant à voix basse , bis bis. La bisbille est , comme la prise, une querelle très-petite; mais, de plus, elle emporte toujours une idée d'enjouement et
de badinage : elle a lieu pour des futilités, pour des niaiseries, entre des personnes qui vivent d'ordinaire en bonne intelligence et dont elle n'altère pas l'union : c'est une petite vapeur qui obscurcit un moment la sérénité du ciel. « C'est , dit Condillac , une dispute légère qui est assoupie dans le moment. »
Noise , latin noxia , de nocere , nuire , est une petite querelle pleine de malice. Deux époux, deux écoliers qui se contrarient ou se tourmentent par de petits propos agaçants, ont noise ou sont en noise.
Parmi de certains coqs , incivils , peu galants , Toujours en noise, et turbulents, Une perdrix était nourrie. Laf.
Dès que chez lui le diable eut amené
âon épousée....
Toujours débats, toujours quelque sermon.
Le bruit fut tel que madame Honesta
Plus d'une fois les voisins éveilla.
Plus d'une fois on courut à la noise. Id.
« Monsieur était soupçonneux , défiant , semant des noises dans sa cour, pour brouiller, pour savoir, pour s'amuser. » S. S. a On fit une grande dissipation du vin de Ragotin, dont la vertu fut telle , que la débauche fut sans noise. » Scarr. « Je n'aime pas à voir de noise dans un ménage. » Regn. Il y a une petite méchanceté dans la noise, un peu de rancune, quelque chose de sournois qui porte à faire des niches , à causer de petits désagréments ; c'est une taquinerie. Ce mot figure très-bien dans les scènes de la vie privée et domestique.
Le grabuge , de l'italien garbuglio , confusion , désordre , est une petite querelle comique fondée sur une méprise ou un malentendu. C'est une sorte de chamaillis, un petit démêlé, un démêlé plaisant sur des bagatelles : il suppose de petites intrigues à dénouer, quelque chose d'obscur à éclaircir.
Mon Dieu! non. Sans sujet vous en venez aux prises. Tous deux vous avez tort, et vous avez raison.
Tout ce petit grabuge
Entre vous excité va finir en deux mots.
(Les Ménechmes.) Regn.
Riote paraît être le nom d'une petite querelle d'enfants, d'une dispute sur un sujet peu sérieux, à propos de joujoux*, laquelle tourne à la plaisanterie et donne à rioter. « Le duc de Bourgogne . le duc de Berry et le duc d'Anjou, enfants, étaient tendrement unis , et si la vivacité et l'enfance excitaient quelquefois de petites riotes entre le duc de Bourgogne et le duc de Berry, c'était toujours le duc d'Anjou , naturellement sage , qui les raccommodait. » S. S.
Tous ces fréquents dépits font peu pour ce regard.
Riotes entre amants sont jeux pour la plupart.
Laf.
1° CONTINENCE, CHASTETÉ, PURETÉ; — 2° PUDEUR, PUDICITÉ; — 3° SAGESSE, VERTU,
HONNEUR, L'idée commune à tous ces mots est celle de retenue ou de réserve par rapport aux plaisirs charnels.
1° Continence , chasteté, pureté.
La continence est un fait, le fait de s'abstenir, indépendamment de toute idée de moralité. Les vieillards (Encyclopédie), les eunuques (Volt .