DEUXIÈME PARTIE
et les femmes renfermées dans un sérail (Montesq.) gardent la continence, quoique peut-être ils ne règlent pas convenablement leurs pensées, leurs sentiments, leurs discours. Dans l'antiquité, l'athlète avait recours à la continence, pour augmenter ou conserver ses forces : Abstinuitvino et venere, dit Horace. La chasteté, au contraire, est une vertu, une qualité morale. « La loi de Dieu commande chasteté. « Charr. c< Une vierge consacrée à la chasteté religieuse. » Boss. « Les corps des vierges sont purifiés et ennoblis par la chasteté. » Id. « La chasteté de Xénocrate était une vertu qu'il soutenait par des opérations violentes. » Fén. « L'image honteuse du dérèglement ne sert qu'à redoubler l'amour de sainte Agnès pour la chasteté et pour l'innocence. » Mass.
De plus, au lieu que la continence exclut la jouissance absolument , mais n'exclut que cela, la chasteté interdit la jouissance des plaisirs illicites seulement, mais elle étend sa vigilance sur tout ce qui s'y rapporte, sur les pensées , les discours , les lectures , les attitudes , les gestes , le choix des aliments , des occupations, des sociétés, du genre de vie par rapport au tempérament, etc. Nul n'a de continence, s'il ne vit dans le célibat ou comme dans le célibat. « Platon passa toute sa vie dans le célibat, et se tint toujours dans les règles de la continence et de la sobriété la plus exacte. » Fén. « Saint Jean a voulu tracer quelque chose des prérogatives de ceux qui ont vécu dans une perpétuelle continence , parmi lesquels les saints pères lui ont donné le premier rang. » Boss. Mais une personne mariée peut avoir de la chasteté, en n'usant du plaisir qu'autant que la loi le permet et comme la loi le permet. Bourdaloue reconnaît trois espèces de chasteté , savoir celle de la virginité , celle de la viduité et celle du mariage , et il déclare avec saint Jérôme a que la chasteté conjugale est la plus difficile, parce qu'il est bien plus aisé de s'abstenir entièrement que de se modérer. » Or, la chasteté de la virginité et celle de la viduité, qui consistent à s'abstenir entièrement , c'est la continence. Dans Y Histoire des variations, Bossuet soutient contre M. Burnet que , dans l'Église , on a toujours soumis les principaux clercs à faire profession de continence, c'est-à-dire de célibat, et non pas seulement à observer cette chasteté qui se trouve parmi les gens mariés de même que parmi ceux qui ne le sont pas , et qui nous apprend à nous abstenir de tous les plaisirs illicites.
La pureté est la chasteté la plus pure, la plus entière, la plus parfaite, une exemption de toute souillure , une sorte de sainteté, ce Quand nous vous enfermons, ô Roxane, ce n'est pas que nous craignions la dernière infidélité, mais c'est que nous savons que la pureté ne saurait être trop grande, et que la moindre tache peut la corrompre. » Montesq. « O céleste Julie , comme vous avez la beauté des anges , vous en avez la pureté. » J. J. ce Pour garder la virginité de Marie, quelle vertu est nécessaire à Joseph? Une pureté angélique qui puisse en quel-
que sorte répondre à la pureté de sa chaste épouse. » Boss. « Celui qui' avait en dépôt ces choses sacrées devait, plusieurs jours avant que d'y toucher et de les distribuer aux vierges athéniennes, avoir gardé une exacte continence; ou plutôt toute sa vie et toute sa conduite devaient avoir été un modèle parfait de vertu et de pureté. » Roll.
2° Pudeur, pudieité.
Pudeur et pudieité , de pudere , avoir honte , rougir, ont pour accessoire l'idée de défensive. La continence , la chasteté et la pureté empêchent de faire le mal; la pudeur et la pudieité em^ pèchent d'y consentir et d'y céder, rougissent des entreprises, des propositions, et les repoussent. On dit le chaste Joseph, en parlant de l'époux de la sainte Vierge ; et le pudique Joseph (comme la pudique Lucrèce) , quand il est question du fils de Jacob qui fut esclave de Putiphar. On vante la chasteté d'Alexandre (Pasc), et la sévère pudeur de Virginie (Roll.). Des jeunes gens corrompus n'ont plu» ni continence, ni chasteté , ni pureté; dans un pillage, la pudieité des femmes et des filles est exposée à la brutalité des soldats (Vert.).
D'autre part , pudeur et pudieité ont dans leur sens quelque chose de relatif et de social. L'homme continent, chaste ou pur est tel pour lui-même ; l'homme pudique ne fait rien d'indécent ou d'immodeste. On dit un cœur chaste ou pur, des pensées chastes ou pures, et un regard pudique. Une personne sans continence, sans chasteté , ou sans pureté , n'est rien moins qu'innocente; une personne sans pudeur ou sans pudieité est une effrontée.
Pudeur et pudieité différent l'un de l'autre comme il a été indiqué dans la lr0 partie, p. 215.
3° Sagesse , vertu , honneur.
Sagesse, vertu et honneur ont cela de particulier, qu'ils ne sont pris dans l'acception des mots précédents que quand il est question des femmes , les femmes ayant pour principal mérite la qualité dont il s'agit ici.
Avec de la sagesse , une femme se conduit bien; avec de la vertu, elle triomphe des tentations, elle lutte avantageusement contre ellemême et contre les autres, ce Blandine n'a rien à risquer; elle a. de la sagesse , et mon fils est trop timide pour être capable d'alarmer sa vertu. » Les. Une femme sage a de la prudence , de la réserve , n'a garde de faillir. « Je croyais la sœur de don Manuel trop sage pour s'écarter de son devoir. « Les. Une femme vertueuse est forte, a du courage. « Quelque bonne opinion que M. de Glèves eût de la vertu de sa femme, il voyait bien que la prudence ne voulait pas qu'il l'exposât plus longtemps à la vue d'un homme qu'elle aimait. •» Delaf. a On ne trouve plus sur le visage de tes femmes cette vertu mâle et sévère qui y régnait autrefois. » Montesq.
Avec de l'honneur , une femme dépend de l'opinion ou du monde, craint le déshonneur, la honte , le mépris. Une femme d'honneur est délicate sur ce qui regarde les mœurs, sur ce qui pourrait seulement effleurer sa réputation. La femme qui n'a pas de sagesse ou de vertu oublie
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
mi
ses devoirs ou est adonnée au vice; une femme sans honneur est perdue , c'est une infâme.
CONTINUER, PERSISTER, PERSÉVÉRER. Ces trois verbes signifient ne pas cesser d'agir d'une certaine manière, de faire certaines choses-, ou d'être dans un certain état.
C'est ce que veut dire, ni plus ni moins, continuer : continuer à vivre, à se bien porter, à dormir, à parler, à écrire, à jouer, etc. Mais persister et persévérer ajoutent chacun à l'idée commune une nuance particulière.
L'action de persister suppose de la fermeté ou de l'énergie; celle de persévérer ', de la constance. On persiste opiniâtrement; on persévère jusqu'à la fin. Avec de la persistance , on emporte presque tout ce qu'on veut ; avec de la persévérance, on vient à bout de presque tout ce qu'on entreprend. Qui persiste ne faiblit ni ne cède; qui persévère ne se lasse pas. On persiste en résistant , malgré les obstacles et les oppositions ; on persévère par une assiduité' d'assez longue durée, en agissant longtemps de même. Vous persistez dans votre déposition avec force et malgré les contradictions, les prières ou les menaces ; vous y persévérez , en vous y tenant invariablement, en la reproduisant sans relâche. Qui persiste dans la rébellion y reste obstinément, résolument, en dépit de tout; qui y persévère y demeure, y vit, est en état perpétuel de rébellion.
«Les pharisiens voyaient les miracles de Jésus- Christ; et cependant, par une obstination inflexible, ils persistaient dans leur incrédulité. » Bourd. « L'opiniâtreté de saint Thomas paraît en ce qu'il persista et s'obstina à ne pas croire la résurrection de Jésus-Christ , malgré le témoignage de tous les autres disciples. » Id. « On .m'interroge: je nie d'avoir touché le peigne. M. et Mlle Lambercier se réunissent, m'exhortent , me pressent , me menacent : je persiste avec opiniâtreté. » J. J. « Cicéron persista fermement dans son avis sur l'impossibilité de la paix. » B.OLL. « Le tribun trouva des obstacles à son projet ; il persista néanmoins. » Id. — « Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » Acad. « Quand nous voyons un juste , après avoir longtemps persévéré dans l'observation de la loi de Dieu , mourir saintement , nous ne nous en étonnons point. » Bourd. <x. Vous déclarez que vous ne pouvez rien demander à Dieu pour vous, pas même de persévérer dans le bien jusqu'à la fin de votre vie. » Boss. « Rôle de pacificateur dans lequel Cicéron eût bien fait peut-être de persévérer jusqu'à la fin. » Roll. « Pompée eût été bien sage et bien heureux de persévérer jusqu'à la fin dans cette résolution. » Id.
On persiste dans les choses où il y a lieu de montrer de la fermeté, dans une résolution ou dans une affirmation; on persévère dans celles où patience et longueur de temps font tout, dans l'étude, dans le travail, dans tout un plan de conduite , dans tout un genre d'occupation ou de vie. On persiste dans un refus , un refus est un seul acte de volonté; on persévère dans le bien ou dans le mal, le bien et le mal sont quelque chose d'habituel. Un jeune homme persiste
à vouloir entrer dans une' carrière, malgré le vœu et les remontrances de ses parents-, ensuite il persévère à la vouloir parcourir entièrement ou jusqu'au bout.
CONTINUER , POURSUIVRE. Faire en sorte que ce qui est commencé n'en reste pas là, soit qu'il y ait eu soit qu'il n'y ait pas eu interruption'.
Continuer marque simplement l'addition d'une nouvelle action : Un sot continue ses sottises (Mol.)* un voleur ses vols (J. J.); une maladie continue ses progrès (MoNTESQ.)..Mais poursuivre indique un but qu'on poursuit, un dessein qu'on suit, quelque chose qu'on s'est proposé de faire , et qu'on travaille à achever : on poursuit proprement une entreprise.
Pour moi , j'ai résolu de poursuivre ma tâche.. hus.
Harpagême toujours poursuitAl ses projets? Id.
On continue un ouvrage quelconque ; on poursuit son ouvrage , celui qu'on a projeté., dont on s'est fait une tâche. On continue la guerre ; on poursuit son plan de campagne ou la guerre qu'on a résolu de faire à tel peuple. L'ennemi qui avance continue sa marche ; l'ennemi qui se porte vers tel lieu suivant son projet formel poursuit sa marche. Un mendiant, un vagabond, qui va sans savoir où, ou bien un passant, dont on ignore ou dont on ne considère pas actuellement le but, continue son chemin; un voyageur qui se rend à tel lieu poursuit son chemin. On continue la conversation en ne la laissant pas tomber; on poursuit son récit en exposant jusqu'au bout ce qu'on a dessein de raconter. Un orateur continue telle ou telle matière, et poursuit son discours.. « Je me taisais moins par le dessein de l'engager à continuer cette matière , que par la surprise de voir des "livres de religieux pleins de décisions si horribles. Il poursuivit donc en liberté son discours , dont la conclusion fut ainsi. » Pasg.
De ce dernier exemple résulte une autre différence qui consiste en ce que continuer se rapporte davantage à la matière, et poursuivre à la forme : on continue le Louvre ; on en poursuit l'exécution.
De plus, poursuivre a cela de particulier, qu'il suppose quelquefois dans la personne qui agit de la vivacité, de l'ardeur, ou dans ce qui est à faire de la difficulté, ou bien les deux choses à la fois. « Vous savez combien Rousseau m'a outragé depuis quinze ans , avec quel acharnement il a poursuivi contre moi ses querelles commencées , il y a quarante ans , avec tant de gens de lettres. » Volt. «■ On a commencé, il faut finir, on veut fournir toute la carrière. Il serait mieux de changer ou de suspendre; mais il est plus rare et plus difficile de poursuivre ; on poursuit, on s'anime par les contradictions. » Labr. « Dès les premières difficultés qui se rencontrent, l'esprit se révolte : on demeure sans poursuivre ce qu'on avait commencé. •>> Bourd.
CONTRE-POISON, ANTIDOTE. Remède pour empêcher l'effet du poison, de ce qui attaque ou tend à attaquer les principes de la vie par quelque qualité maligne.
Contre-poison, des deux mots français contre et poison, est le mot ordinaire ou de la langue