DEUXIEME PARTIE
commune. « Nous voyons des plantes dont le suc est pour l'homme un poison mortel; mais nous admirons l'auteur de la nature en ce qu'elles ne croissent jamais qu'accompagnées d'une autre plante qui leur sert de contre-poison.» Bourd. a Je ne voudrais pas, si j'étais souverain , avoir affaire à des courtisans athées dont l'intérêt serait de m'empoisonner : il me faudrait prendre au hasard du contre-poison tous les jours. » Volt, a Vous savez bien que la piqûre des scorpions est mortelle ; je suis persuadée que vous n'êtes point aussi sans de l'huile de scorpion , pour vous servir de contre-poison. » Sév.
Antidote , grec àvuôoTov , des deux mots àvri Soxov , donné contre , est une expression choisie dont on se sert en parlant des Grecs ou en termes de sciences , ou quand il est question des maladies de l'âme. Mercure dit à Ulysse , dans l'Odyssée : « Voilà un antidote contre ses charmes (de Circé)... ; il me mit dans la main cet antidote admirable : c'était une plante douce dont il m'easeigna les vertus. » Fén. « On attribue au sang (du canard) la vertu de résister au venin , même à celui de la vipère. Ce sang était la base du fameux antidote de Mithridate. » Buff. « On ajoute que le duc de Borgia (empoisonné) se fit enfermer dans le ventre d'une mule. Je voudrais bien savoir de quel venin le ventre d'une mule est Y antidote. » Volt. « L'air, les raisins, le vin des bords de la Garonne et l'humeur des Gascons sont d'excellents amidotes contre la mélancolie.» Montesq.
D'ailleurs, l'antidote se distingue encore du contre- poison en ce qu'il est plus puissant ou applicable à un plus grand nombre de cas. « Démosthène fait entrer dans l 'âme de ses auditeurs comme une espèce de contre-poison et d'antidote, qui en chasse toutes les mauvaises impressions. » Boil. « On envoya de Versailles (à la reine d'Espagne, femme de Charles II) de ce qu'on croit du contre-poison ; précaution trèsincertaine, puisqu'il n'y a point d'antidote général : le contre-poison prétendu arriva après sa mort. » Volt. « On dit que ce qui fit que le poison que prit Mithridate ne le tua pas , venait de ce qu'il avait tant pris de son contre-poison , que son tempérament en était devenu à l'épreuve du poison. Mais on prétend que c'est une erreur, et qu'il est impossible de trouver un remède particulier qui puisse servir d'antidote général contre toutes les espèces de poison. » Roll.
Au figuré, contrepoison n'a pas autant de noblesse qu'antidote. Bossuet écrit dans une de ses lettres : « Je ne sais pas distinguer, ma fille, entre les effets de la tentation et ceux de la maladie ; mais ce que je sais très-certainement, c'est que l'une et l'autre font partie du contrepoison et du remède que le médecin des âmes tire de nos maux et de nos faiblesses. » Mais on lit dans ses Méditations sur l'Évangile : «. Je ne craindrai pas la mort (en communiant tous les jours); pourquoi craindre le mal, si j'en ai toujqurs l'antidote? » —Les joies simples de la vie domestique sont le meilleur contrepoison des mauvaises mœurs (J. J.); l'esprit philosophique, c'est-à-dire la raison, est devenu chez toutes
les personnes éclairées le seul antidote contre les maladies épidémiques causées par le fanatisme. » Volt.
CONVAINCRE , PERSUADER. ( CONVICTION , PERSUASION.) Ces mots désignent l'action de déterminer l'acquiescement à quelque chose qui est proposé , et les deux derniers signifient aussi cet acquiescement lui-même.
Convaincre , de convincere , prouver , forcer d'avouer ou de reconnaître , marque un acquiescement de l'esprit produit par des preuves qui forcent de convenir que celui qui parle a raison , et ne laissent rien à objecter. Persuader , en latin persuadere , incliner à vouloir, engager à suivre un conseil, exprime un acquiescement de la volonté , gagnée à ce qu'on lui propose , et comme tournée 01 convertie.
Suivant Fénelon . le philosophe convainc , l'orateur persuade; et «la persuasion a au-dessus de la simple conviction que non-seulement elle fait voir la vérité , mais qu'elle la dépeint aimable , et qu'elle émeut les hommes en sa faveur. » « Les Eclectiques s'appliquaient à l'éloquence : plus jaloux de persuader que de convaincre , ils dissertaient en orateurs plutôt qu'en philosophes. » Cond. « On se sert d'inductions et d'exemples pour persuader la multitude, de syllogismes pour convaincre les philosophes. » Barth. ce Si je croyais qu'il fût plus à propos de vous persuader par autorité que par raison , je vous ferais voir que... ; mais vous devez vous convaincre par des preuves. » Mal. « Comme dans ces occasions il fallait en même temps convaincre et remuer le peuple , les orateurs appelèrent l'éloquence l'art de persuader, c'est-à-dire de prouver et d'émouvoir tout ensemble. » D'Al. «La force de Bourdaloue est dans les raisonnements; elle devrait être dans les mouvements; car la véritable victoire des orateurs chrétiens n'est pas de convaincre , c'est bien plutôt de persuader. » Lah. ce Je ne tardai pas à sentir que j'avais tort de vouloir convaincre par le raisonnement dans un genre où il ne faut que persuader par le sentiment. » Beau m. ce II est aisé de convaincre un enfant que ce qu'on veut lui enseigner est utile; mais ce n'est rien de le convaincre si l'on ne sait le persuader. En vain la tranquille raison nous fait approuver ou blâmer, il n'y a que la passion qui nous fasse agir. » J. J. ce Les âmes sensibles ont un avantage pour la société : c'est d'être persuadées des vérités dont l'esprit n'est que convaincu : la conviction n'est souvent que passive ; la persuasion est active , et il n'y a de ressort que ce qui fait agir. » Ducl. ce Voilà les orateurs, qui ont le talent de persuader indépendamment des raisons ; et les géomètres , qui obligent un homme malgré lui d'être persuadé et le convainquent avec tyrannie.» Montesq.
On peut donc être convaincu , c'est-à-dire que l'esprit peut être forcé de se rendre, par des raisons claires et de ces arguments qui emportent conviction (Labr.), sans qu'on soit persuadé, c'est-à-dire sans que la volonté se sente et soit emportée ou déterminée en faveur de ce qu'on lui propose, ce Plus les Juifs sont convaincus (par J. C. de sa mission divine) et moins ils ont de
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
raison à lui opposer, plus ils lui opposent de fureur. » Boss. « On ne se convertit point sincèrement à mon âge- Je puis me tromper , et vous pouvez me convaincre , mais non pas me persuader.» J. J. oc Je vis le régent convaincu , mais pourtant point persuade, et gémissant intérieurement des chaînes dans lesquelles il se sentait entravé.» S. S. ce Vous me poussez à bout, et vous ne me persuadez pas. La philosophie raisonne, et la coutume agit. » Volt.
J'admire en vous le pouvoir sympathique De la raison, lorsque la dignité Sait de ses traits -tempérer la fierté, Et retenir, par la douceur des charmes, Les cœurs conquis par la force des armes : Car, après tout, c'est peu de posséder L'art de convaincre ; il faut persuader. (A M. le comte du Luc, ambassadeur.) J. B. Rouss. D'autre part, on peut être persuadé , quoique peuconrat'ncu.Oncède alors à un certain attrait, à une certaine onction, ou à une impression quelconque, à la grâce ou à une émotion du cœur, ce Je ne sais si vous dites vrai, mais vous persuadez. » Mol. « Il y a des hommes saints et dont le seul caractère est efficace pour Ja. persuasion : ils paraissent , et tout un peuple qui doit les écouter est déjà ému et comme persuadé par leur présence. j> Labr. « L'art de persuader consiste autant en celui d'agréer qu'en celui de convaincre.» Pasg. ce Les législateurs se sont crus forcés de recourir à une autorité (l'autorité divine) qui puisse entraîner sans violence et persuader sans convaincre. » J. J. et Tib. Gracchus avait une éloquence douce et insinuante ; il voulait plaire pour pouvoir persuader; il cherchait à toucher ses auditeurs. » Vert.
Enfin , persuasion se prend aussi quelquefois , comme conviction, dans le sens logique pour signifier un acquiescement de l'esprit à ce qui lui a été proposé comme vrai. La persuasion alors est l'effet de preuves morales , ou bien du sentiment ou de l'instinct du vrai, plutôt que d'une démonstration qui fasse apercevoir clairement l'évidence ; elle n'a pas a la conviction des démonstrations. » Pasc. « Les plus sublimes philosophes mêmes sont invinciblement persuadés d'un grand nombre de vérités, quoiqu'ils ne puissent les développer clairement , ni réfuter les objections qui les embrouillent. » Fén. ce Si mes sentiments étaient démontrés , je m'inquiéterais peu des vôtres ; mais , à parler sincèrement , je suis allé jusqu'à la persuasion sans aller jusqu'à la conviction. » J. J. ce Je reste intérieurement persuadé, convaincu , comme de ma propre existence, que Ventes est l'auteur de ce libelle. »Id. « Je suis persuadé que je ne lui parlai pas de cela dans ma lettre ; mais je ne me souviens pas assez j de ma lettre pour en être sûr. » Ld. ce Cette re- ! cherche ne servit qu'à leur persuader ce qu'ils | voyaient, et le témoignage des religieux acheva ! de les convaincre. » Regn. « Ces notes auraient I porté jusqu'à la conviction les choses dont vous ! voulez persuader vos lecteurs. » Beaum.
CONVENANCE,— BIENSÉANCE, DÉCENCE. Ces mots expriment des espèces de lois qui , bien que n'étant pas strictement obligatoires , demandent
î cependant qu'on s'y conforme pour agir, parler | ou écrire comme il faut. L'homme du monde , j l'orateur et l'écrivain n'ont garde ou auraient : tort de manquer aux convenances, aux bienséances et à la décence.
Mais convenance diffère de ses synonymes par sa généralité. Les convenances sont des considérations relatives à une foule de circonstances , le temps, le lieu, l'occasion, les conjonctures, qui peuvent n'avoir aucun rapport aux mœurs; au lieu que la bienséance et la décence sont des convenances morales. Ce qui est contraire aux convenances est faux , absurde , déplacé , hors de propos 5 ce qui est contraire à la bienséance ou à la décence n'est pas honnête. On dit les convenances du style , et cela regarde le goût , l'analogie , la vraisemblance , (le goût , suivant Marmontel , est le sentiment des convenances); on dit les bienséances oratoires et théâtrales , et cela indique ce qu'on doit d'égards aux auditeurs et aux spectateurs. Un mariage fait par convenance est un mariage de raison : on y a considéré les rapports de naissance, d'âge, de fortune, d'éducation, de caractère, ce L'auteur du prétendu Testament de Richelieu lui a prêté de vagues réflexions sans convenance , qui n'ont rien de commun , ni avec l'état présent des choses , ni avec la situation du ministre, ni avec le caractère du prince. » Volt. —Pour réussir, soyez prudent, soigneux et sage , observez les convenances ; pour être estimé, montrez-vous poli et modeste , observez les bienséances et la décence. L'inobservation des convenances fait qu'on est déraisonnable ou mal avisé : quand on blesse la bienséance ou la décence , on est moralement blâmable. Une femme convenablement vêtue est bien mise eu égard à sa taille , à la saison et à d'autres circonstances pareilles; une femme décemment habillée est toute autre chose.
Bienséance , décence.
La bienséance est relative, et consiste à respecter les autres conformément aux usages de la société, ce II y a de certaines familles qui, par les lois du monde ou ce qu'on appelle de la bienséance, doivent être irréconciliables. » Labr. ce La raison découvre les règles de la justice, de labienséance, de la société. » Boss. ce Les bienséances ne sont que des égards. » Marm. ce Rien n'est plus beau que de voir dans Xénophon comment il vivait et conversait avec ses amis, retenant de la dignité avec eux tout ce qui était nécessaire aux bienséances. »R0LL.ccDans son Testament, Richelieu n'aurait pas appelé la marquise du Fargis La Fargis. C'est manquer aux premières lois du respect et de la bienséance, en parlant au roi et à la postérité. » Volt. — La décence est absolue et veut qu'on se respecte soi-même conformément aux bonnes mœurs, ce Je tremble qu'il n'oublie ce qu'il est et ce qu'il se doit, qu'il ne brave les lois sacrées de la décence. » J. J. « L'affabilité de Charles II d'Angleterre dégénérait en familiarité et paraissait peu décente. » Cond. ce Exerçons les fonctions du sacerdoce avec décence. Devrionsnous avoir besoin d'exhorter des prêtres, que des anges regardent avec respect, à respecter euxmêmes leur ministère? » Mass.
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