‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 461 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

l'enjouement de la conversation firent l'assaisonnement des mets. » Id. « La religion aujourd'hui est une simple matière d'entretien, comme autrefois dans l'aréopage ; c'est un délassement de l'oisiveté; c'est une de ces questions inutiles qui remplissent le vide des conversations. » Mass.

2° Colloque, (conférence), dialogue.

Colloque , latin colloquium , appartient au langage de l'Église ou de la religion. « Ce qui passe pour le plus merveilleux, c'est le collcque du prophète (Balaam) et de l'ânesse.» Volt. Bourdaloue, Bossuet et Fénelon donnent le nom de colloques aux secrets entretiens d'une âme fidèle avec Dieu. Mais plus ordinairement, ce mot désigne des conférences' religieuses, comme les synodes et les consistoires. « Chez les protestants , au seul synode national , à l'exclusion des consistoires, colloques et synodes provinciaux, est attribuée la dernière et finale résolution par la parole de Dieu. » Boss. Un des plus célèbres colloques qui aient eu lieu , c'est celui de Poissy , en 1561. Il avait pour but de réunir à l'Église catholique les réformés de la confession de Genève. Dans ses Discours synodaux, Massillon appelle saints colloques et colloques ecclésiastiques les assemblées de prêtres auxquelles il préside et adresse la parole.

Dialogue , grec SiàXoyoç , est un terme de littérature : c'est le titre de certains ouvrages d'esprit grecs qui ont la forme d'un entretien. On l'a étendu à tous les écrits semblables composés par des Latins ou des auteurs modernes , à la seule exception des Colloques d'Érasme : les Dialogues de Platon, de Lucien, de Cicéron, de Fénelon, de Fontenelle. — Ensuite , dialogue est devenu «n terme d'art littéraire , signifiant en général ce qu'un écrivain fait dire à des interlocuteurs , et la manière dont il les fait parler ensemble , non-seulement dans un dialogue proprement dit, mais encore dans une pièce de théâtre , dans une églogue , dans le récit d'un entretien ou d'une conversation quelconque. « Dans Athalie et dans Eslher, des moralités mises en musique doivent paraître bien froides après ces dialogues pleins de passion qui font le caractère de la tragédie. » Volt. « Le génie de notre langue , qui est celui du dialogue , triomphe dans la tragédie et dans la comédie, qui n'est qu'un dialogue continuel. » Id.

Cependant, par une bizarrerie commune en notre langue, ces termes savants ont fini par

4 . La conférence n'est pas seulement, comme le dit l'Académie, un entretien sérieux, car tous les entretiens le sont. C'est un entretien entre personnes assemblées et quelquefois déléguées exprès pour traiter ensemble, dans un temps et un lieu convenus, d'une matière ou d'une affaire d'un intérêt général. « S'il manquait encore quelque chose pour que l'affaire (entre Bossuet et Fénelon) traitée par des écrits réciproques n'allât pas à l'infini, des évèques demandaient avec instance que les questions fussent discutées dans une conférence, y Boss. « Louis XIV proposa lui-même la paix. La France et l'Espagne choisirent Aix-la Chapelle pour le lieu des conférences. » Volt. « Les savants de la Grèce tirèrent de grandes lumières des conférences qu'ils eurent avec les prêtres d'Egypte. » Roix.

passer dans le langage familier. Mais chacun y a gardé sa nuance propre. Colloque se prend au point de vue moral et exprime quelque chose de blâmable ou d'odieux. « Diderot et Grimm avaient eu de fréguents et secrets colloques avec Mme Levasseur, sans que Thérèse eût pu rien savoir de ce qui se brassait entre eux. » J. J. a Des domestiques gagnent la confiance de l'enfant, et l'un des sujets fayoris de leurs secrets colloques est de médire du gouverneur. » Id. Dans le dialogue , c'est la forme plutôt que le fond , c'est le côté littéraire ou grammatical qu'on considère principalement. « Les nourrices sont nos maîtres dans la langue naturelle : elles entendent tout ce que disent leurs nourrissons, elles leur répondent , elles ont avec eux des dialogues trèsbien suivis, et, quoiqu'elles prononcent des mots, ces mots sont parfaitement inutiles.» J. J. « Il faut pleurer la perte de cette lettre de Coulanges ; on ne peut écrire plus agréablement ; vous faites un dialogue entre vous autres , qui vaut tout ce qu'on peut dire ; chacun y dit son mot très-plaisamment. » SÉv.

3° Soliloque , monologue.

Comme terme spécial, soliloque, latin solilo. quium , n'est d'usage que dans cette phrase , les Soliloques de saint Augustin ; et monologue , du grec p.6voç , seul , et Xoyo; , discours , est réservé pour signifier le discours que se tient à lui-même un personnage de théâtre, qui est seul sur la scène.

Dans le langage ordinaire et par extension , le soliloque est solitaire, intérieur, consiste dans des réflexions qu'on fait à part soi et sans être entendu des autres. « Je me demandai si j'étais à ma place, si.... Je me dis : oui, puisque.... Après ce petit soliloque , je me raffermis si bien que.... » J. J. ce A l'égard du détail que vous m'avez fait dans votre lettre, nous n'en avons rien dit au baron , et j'en ai passé à tout le monde quelques soliloques fort inutiles. » Id. Quoi! toujours noir, sombre, pétri de bile, Moralisant, grondant dans ton dépit Le genre humain, qui l'ignore, ou s'en rit? Vertueux fou , finis tes soliloques. Volt.

Le monologue, au contraire, effet d'une vive préoccupation , a lieu tout haut et suppose des auditeurs. « Elles entendirent Louvois se parler à lui-même , rêvant profondément , et se dire à diverses reprises : Le ferait-il ? Le lui fera-t-on faire? Non-, mais cependant.... Pendant ce wionologue , la voiture allait toujours. » S. S. a Un des quakers se leva et débita moitié avec la bouche, moitié avec le nez un galimatias où personne n'entendait rien. Quand ce faiseur de contorsions eut fini son beau monologue.... » Volt.

COPIER, TRANSCRIRE. Reproduire par écrit.

Copier, faire une copie ou la copie, indique la reproduction de l'écrit d'un autre, lequel est proposé pour modèle , et c'est pourquoi dans une acception étendue, copier signifie imiter. L'enfant qui apprend à écrire copie des modèles. Vous avez une lettre à écrire ; quelqu'un vous l'envoie toute faite : vous n'avez qu'à copier (S. S., SÉv.). Avant l'invention de l'imprimerie, il fallait copier les

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

auteurs pour les conserver (Volt.). « Je ne laissai pas de profiter chez ce savant : j'y perfectionnai mon écriture à force de copier ses ouvrages. » Les.

Transcrire, écrire ailleurs, indique la reproduction par écrit de ce qu'on transporte simplement sur un papier, sur un livre, sur un registre, où il sera bien ou mieux. Vous transcrivez votre brouillon pour le mettre au net. « Je viens d'écrire à la hâte une lettre au pape. Je n'ai pas le temps de la transcrire.... On verra que c'est mon original avec ses ratures. » Fén. Un marchand transcrira chaque jour la feuille de ses ventes et de ses achats sur ses livres de compte.» Roub. Et non-seulement transcrire n'est pas nécessairement écrire d'après un autre , mais encore ce n'est pas toujours écrire une seconde fois ce qui a déjà été écrit, c'est donner place sur le papier à ce qui n'avait eu lieu que de .vive voix. Pendant que Jeanne d'Arc se confessait dans sa prison, deux prêtres cachés derrière un morceau de serge transcrivaient ses paroles (Volt.). « Un historien rapporte cette conférence et déclare qu'il la transcrit de mot à mot. » Boss.

Ce qu'on considère dans copier, c'est qu'on fait une œuvre de seconde main ; vous n'êtes pas l'auteur de ce que vous copiez. « Cette anecdote indienne est-elle prise des livres juifs? les Juifs l'ont-ils copiée des Indiens? ou peut-on dire que les uns et les autres l'ont écrite d'original. » Volt. Ce qui frappe dans transcrire , c'est qu'on donne une autre place, ou une place meilleure , ou bien une place qui fait valoir légalement. « Je voulais uniquement m'occuper désormais de mes mémoires. Je commençai par transcrire des lettres dans un recueil qui pût guider ma mémoire dans l'ordre des faits et des temps. » J. J. Le dernier des clercs d'un avoué copie des contrats ; on transcrit des contrats sur le registre des hypothèques. Un écrivain qui ne fait que copier est un copiste ; il n'a rien d'original. Celui qui se borne à transcrire les livres des autres est un compilateur ; il met ensemble ce qui est déjà ailleurs dans divers ouvrages. « On s'indigne contre cette foule de compilateurs qui transcrivent de sang-froid tant d'inepties en tout genre. » Volt.

Quand il s'agit de citations, ce que vous copiez est un texte d'après lequel vous écrivez, que vous extrayez, que vous rapportez à peu près, dont vous donnez le sens. « Je ne ferai presque ici que copier les remarques de M. Boivin.» Roll.« Je ne me fais point un scrupule ni une honte de piller partout , souvent même sans citer les auteurs que je copie , parce que quelquefois je me donne la liberté d'y faire quelques changements. » Id. Ce que vous transcrives , vous le prenez dans un livre pour le mettre tel qu'il est dans votre écrit, sans y rien changer absolument ; c'est un simple transport ou un déplacement, « Je ne puis m'erapêcher de transcrire ici les beaux vers de Virgile qui terminent cette narration.» Roll. «Je ne ferai que transcrire ce que cet auteur dit du verbe , parce qu'il m'a semblé que l'on n'y pouvait rien ajouter. » P. R. — « Comment se peutil que Fleury ait copié ces inepties dans son Histoire ecclésiastique?... On me répondra que Fleury

s'est borné à transcrire. » Volt, a J'ai transcrit de ma main une des lettres de Mme Guyon au père Lacombe : j'ai rendu un exemplaire d'une main bien sûre qui m'avait été donné pour le copier. » Boss. Pour le copier, c'est-à-dire pour en prendre le sens, pour l'extraire ou l'analyser.-

On copie un livre qu'on se propose comme un modèle à imiter. « Démosthène copia de sa propre main jusqu'à huit fois l'histoire de Thucydide pour se rendre son style plus familier. » Roll. Transcrire un livre exprime une opération toute manuelle, c'est pour ainsi dire prendre une chose en un lieu pour la porter dans un autre. « Les rois étaient obligés à recevoir un de ces exemplaires de la loi si religieusement corrigés, afin qu'ils le transcrivissent et le lussent toute leur vie. » Boss.

CORNES, BOIS. Proéminences qui surmontent la tête de quelques animaux , et leur servent de défense.

Les cornes ne présentent qu'une seule tige , un simple jet , droit ou courbé en tel ou tel sens. Le bois , au contraire , est rameux ou divisé en plusieurs rameaux; c'est comme un arbre dont on appelle le tronc merrain et les branches andouillers.

Les cornes ne tombent jamais , si ce n'est par accident, auquel cas elles ne repoussent point; « elles croissent pendant toute la vie de l'animal, en sorte qu'on peut juger son âge par les nœuds ou cercles annuels de ses cornes. » Buff. Le bois , au contraire , est caduc ; il tombe à certaines époques, tous les ans, dit-on, et repousse ensuite.

Les animaux à cornes se nourrissent d'herbe ; les animaux à bois se nourrissent principalement de bois , c'est-à-dire de feuilles et de boutons d'arbres.

Une dernière différence , la plus considérable selon Cuvier, consiste en ce que les cornes sont creuses, au lieu que le bois est solide. Ou plutôt les cornes se composent de deux parties, l'une visible qui est une sorte d'étui, et l'autre intérieure, qui est le noyau. Le bois , au contraire , n'a pas d'étui , c'est une excroissance osseuse ou ligneuse qui est à nu. Dans tous les temps on s'est servi des cornes en guise de vases ; avec le bois on fait des manches de couteaux, par exemple. — Le bois a bien eu aussi d'abord une enveloppe , mais cette enveloppe n'était pas cornée, c'était la peau même de l'animal qui couvrait cette partie comme le reste de la tête , et qui , comme l'écorce de certains bois, s'est desséchée et a été enlevée. — Les bœufs, les moutons, les chèvres ont des cornes; le cerf, le daim, le chevreuil, l'élan et le renne ont un bois ou du bois. Les cornes de la girafe ne sont proprement ni des cornes ni du bois. Ce sont des cornes sans étui corné , ou c'est un bois permanent qui pendant toute la vie de l'animal reste à l'état rudimentaire , c'est à-dire ne se ramifie pas et ne perd pas sa peau velue qui est la continuation de celle de la tête. C'est pourquoi Cuvier fait de la girafe une espèce à part.

Outre ces différences empruntées à Buffon et à Cuvier, il en est une qui se rapporte davantage au langage ordinaire. Cornes désigne le genre,

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