‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 464 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

(Marm.) concis, une langue concise (Roll.), des phrases et des périodes concises (Acàd.), les formes concises du style de Labruyère (Marm.); mais on dit en pensant aux choses qui font la matière du discours , et non à la manière de les présenter, un mémoire (Regn.), un compte (S. S.), un récit (Les.) , un avis (Boss.) , un extrait (Lah.) succinct ; une histoire (Volt.) , une exposition (Bourd.), une indication (Buef.), une analyse (Lah.) succincte. « Je traiterai de ces expéditions de la manière la plus succincte qu'il me sera possible , sans pourtant rien omettre de ce qui me paraîtra digne d'attention. » Roll.

Concis, laconique.

Le laconisme , comme le dit fort bien l'Académie , est une grande concision. On ne traite guère de laconiques que les personnes qui répondent par un seul mot ou s'expriment par sentences. Non, oui, non, beau discours ! vos répliqués

Me paraissent, pour moi, tout à fait laconiques.

Regn.

« Il était laconique et' sentencieux dans ses propos. » J. J. « Exprimez-moi le sujet dont il s'agit, mais surtout d'un style vif, serré, pressé, concis, laconique. » Regn. — Rollin prétend que la langue de l'Écriture « est serrée, concise et dégagée d'ornements étrangers. » Mais dans le Songe de Vaux de Lafontaine, un poisson dit, en parlant de Fouquet, désigné sous le nom d'Oronte :

Là je lui fis ma petite harangue, Petite certainement, Car c'était en notre langue, Laconique extrêmement. LàF.

D'ailleurs, laconique fait connaître la manière de dire plutôt que celle d'écrire, et parfois il est relatif au caractère dont il indique un défaut. « Catinat était peu agréable dans le commandement , parce qu'il était sec , sévère , laconique. » S. S. a L'orgueil et même la dignité affecte une expression froide et .laconique '. » Marm.

Succinct, sommaire, abrège'.

Succinct signifie un genre dont sommaire et abrégé désignent des espèces. Ce qui est succinct n'est pas circonstancié ou détaillé; ce qui est sommaire pourrait ou pourra l'être; ce qui est abrégé l'a été. Sommaire laisse entrevoir des développements possibles, ce La Direction de Fénelon est un examen sommaire de tous les devoirs du prince. » Lah. « L'histoire d'une nation ne peut jamais être écrite que fort tard; on commence par quelques registres très-sommaires. » Volt. Mais abrégé rappelle des développements donnés ailleurs. « Que ne pais-je rapporter ici, dans un recueil abrégé , tout ce que les Pères ont dit de l'invocation de Marie ! » Bourd. ce C'est une récapitulation et répétition abrégée de ce qui a été représenté au long dans les visions précédentes. » Boss. « Combien l'ancienne philosophie grecque devait être abrégée dans Y Encyclopédie ! » Lah. — Ce qui est sommaire est une espèce d'esquisse ; ce qui est abrégé est une sorte

•I . Précis se dislingue absolument comme concis des autres mots de cette famille. Ils diffèrent néanmoins l'un de l'autre. Voy., Ire partie, p. i 54.

de réduction. Suivant Platon, les idées générales, sont des idées sommaires ; et, suivant Aristote , ce sont des idées abrégées.

CRAINDRE , APPREHENDER , REDOUTER , AVOIR PEUR. On craint, on appréhende , on redoute un danger , et on en a peur.

Craindre est le terme générique. Il a.cepenrdant plus d'analogie avec appréhender. Tous deux expriment une simple vue de l'esprit; ils supposent un danger à venir, et se rapportent à la prudence. On craint , on appréhende un événement , ou qu'un événement n'arriye. Redouter ne s'emploie pas de cette manière, et si avoir peur se dit quelquefois en ce sens, c'est par exagération , comme le remarque très-bien l'Académie.

Mais on craint un danger probable, et on appréhende un danger possible. C'est par sagacité et parce qu'on voit bien ce qui peut arriver qu'on craint et qu'on s'alarme ; c'est par précaution et parce qu'on pressent ce qui pourrait bien arriver qu'on appréhende et qu'on s'inquiète. On a des raisons de se croire menacé du danger qu'on craint : e'est ainsi qu'un plaideur qui sent la faiblesse de sa cause craint de la perdre. On. appréhende, quoique tout à fait incertain si le danger se réalisera jamais.

Loin d'agir en amant qui , plus que la mort même,

Appréhende toujours d'offenser ce qu'il aime ,

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