IL... Mol
« Tout ce que nous avons un peu appréhendé a été que la brigue ouverte de certaines gens ne tirât l'affaire à des excessives longueurs. » Boss. ccSiméon ne disant rien en particulier à Marie lui laisse appréhender toutes choses. » Lu. « Si un grand trouve l'occasion de faire plaisir à un homme de bien , il doit appréhender qu'elle ne lui échappe. » Labr. « La plupart des femmes (en Suède , après la réformation , ) appréhendaient que, faute de l'usage du sel et des exorcismes ordinaires, leurs enfants ne fussent pas bien baptisés. » Vert.
On redoute ce qui est supérieur ou ce qui provient d'une cause supérieure , terrible , qui fait trembler, à laquelle on ne peut avantageusement résister. Redouter le crédit, la puissance, les forces de quelqu'un, une brigue, le courroux d'un maître , la justice de Dieu, le jugement des connaisseurs. « En naissant dans la pompe et dans l'éclat, Jésus-Christ n'aurait été que respecté , que révéré , que redouté, et il voulait être aimé. » Bourd. ce Après avoir convaincu les criminels d'État, au moment qu'ils attendaient une sentence de mort et qu'ils redoutaient son juste courroux, Théodose leur rendait la vie. » Id.
Sors vite de ces lieux , redoute mon courroux.
Régit.
ce Caïus Gracchus redoutait la tribune , qui avait été si funeste à son frère. » Roll. ce Comme Pompée redoutait la fortune et la valeur de ce grand capitaine (César) , il tâcha de -le tirer du gouvernement des Gaules. » Vert, ce Je redoutais moins le caractère de Mme la maréchale que son esprit; c'était par là qu'elle m'en imposait. »J. J. « La nature a-t-elle fait les enfants pour être obéis et craints? leur a-t-elle donné un air im-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
-posant, un œil sévère, une voix rude et menaçante pour se faire redouter? » Id. « 0 Solon, dit Thaïes, voilà ce qui m'a fait craindre le mariage ; j'en redoutais le joug et je connais maintenant que le cœur le plus ferme ne peut soutenir les afflictions qui naissent de l'amour et du soin des enfants. » Fén. On peut craindre autre chose que ce qui est supérieur, tout ce qu'on verrait arriver avec peine , l'oubli d'un ami , par exemple.
Avoir peur exprime une émotion violente et subite causée par l'idée qu'il y a du danger , un danger présent et pressant qui menace notre conservation. C'est une marque de faiblesse, Avoir peur de tout. « Saint Pierre, voyant les flots de la mer agités , craignit : « Homme de peu de foi, lui dit Jésus-Christ, pourquoi avezvous eu peur? » Bourd. « Les esprits forts disent par dérision qu'un tel a peur de l'enfer. » Id. « Les enfants ont rarement peur du tonnerre , à moins que les éclats ne soient affreux. » J. J. a Tous les enfants ont peur des masques. » Id. a Les enfants chantent la nuit quand ils ont peur.» Id. a Si j'entrevois de nuit une figure sous un drap blanc, j'aurai peur. » Id. Comme on vint rapporter au duc d'York , au moment de livrer bataille à la reine Marguerite , que son fils .Edouard marchait pour se joindre à lui, et que, s'il attendait cette jonction , la victoire serait infaillible , « il répondit fièrement qu'il ne serait pas dit que le duc d'York eût peur d'une femme.»
1° CRAINTE, APPRÉHENSION; — 2° INQUIÉ- TUDE, ALARME, PEUR; — 3° ÉPOUVANTE, EFFROI , FRAYEUR , TERREUR. Idée d'un danger, d'un mal avenir dont on est menacé, et sentiment pénible d'aversion pour ce mal , tel est le sens commun à tous ces mots.
Crainte est le terme générique. La crainte est l'opposé de Vespérance. « La crainte est l'attribut naturel de l'homme. » Volt, a II y a onze passions, parmi lesquelles se trouve la crainte: c'est une passion par laquelle l'âme s'éloigne d'un mal difficile à éviter. » Boss. et La vie de la cour n'est qu'une révolution fatigante de craintes , de précautions, d'espérances. » Mass. — Cependant ce mot se distingue , ainsi qu'appréhension, de tous ses autres synonymes, en ce que d'ordinaire il n'exprime de l'idée commune que la partie intellectuelle, une vue de l'esprit, et non pas en même temps, comme tous les autres , un état passionné , un trouble de l'âme, ce L'état de prospérité où se trouvait Marins ne calmait point les inquiétudes que lui donnait la crainte du retour de Sylla. » Roll. ce La crainte , qui produit la tristesse , n'est point une émotion de l'âme, mais un simple jugement. » Mal. On peut en dire autant de V appréhension. La crainte et V appréhension sont des effets de la prudence et n'ont rien que de louable ; elles naissent de la prévoyance d'un danger à venir et assez éloigné pour ne pas émouvoir : elles sont plus ou moins fondées. Les autres mots signifient des sentiments qui sont les effets de la faiblesse , et ont plus ou moins de violence. D'ailleurs , le mot crainte, en particulier, se charge d'accessoires qui ne supposent dans l'âme aucune agitation :
la crainte de Dieu, des lois, de l'opinion, de nos parents, d'un supérieur, d'un ennemi, témoigne seulement que nous éprouvons pour eux , du respect , de la soumission , de l'estime , sans trouble , sans aucun mouvement passionné.
1° Crainte , appréhension.
La crainte a pour objet un mal ou un danger probable, et l'appréhension un mal ou un danger possible. Craindre, qui paraît avoir quelque rapport étymologique avec le latin cavere , prendre garde, prendre des précautions, fait entendre qu'on a des raisons plus ou moins fortes de croire à la réalité d'un danger. Appréhender , suivant son acceptioD scolastique, signifie simplement concevoir sans croire à sa conception , sans y ajouter le jugement ; si bien que l'appréhension est un pressentiment , une idée , un. avertissement vague qu'on se donne à soi-même , plutôt qu'une prévision ayant un fondement dont on puisse rendre compte. Un voyageur appréhende toujours le mauvais temps ; il ne le craint que quand le ciel est chargé de nuages ou que le tonnerre commence à gronder. La crainte est la vue , et l'appréhension le soupçon d'un danger. Si la crainte est un effet de la prudence , l'appréhension dénote une prudence attentive et scrupuleuse. Après le départ d'Ulysse, Pénélope fut dans une appréhension continuelle que quelqu'un ne vînt la surprendre par des apparences trompeuses. (Fén.) « Job portait au fond de son cœur une continuelle appréhension de déplaire à Dieu. » Boss. ce Propositions qui nous semblent vraies, mais dont la vérité ne nous est pas si évidente , que nous n'ayons quelque appréhension qu'elles ne soient fausses. » P. R. « Après avoir loué le courage que ces soldats avaient fait paraître pendant toute la guerre, Sylla leur laissa entrevoir quelque légère appréhension qu'ils ne se débandassent sitôt qu'ils se verraient dans leur patrie. » Vert.
2° Inquiétude, alarme, peur. Ces mots expriment à un faible degré l'émotion pénible produite dans l'âme par l'idée d'un danger.
Inquiétude, de inquietus, non tranquille, est le plus faible des trois : il marque seulement que l'âme a perdu son calme , sa sérénité , qu'elle est troublée. C'est une simple absence de repos causée par l' appréhension. Dans cet état on est en peine sans savoir précisément pourquoi, ce Pompée n'était pas sans inquiétude. » Vert. ce Cet État naissant (Rome) commençait déjà à donner de l'ombrage et à causer de l'inquiétude à Carthage. » Roll. ce Toutes ces précautions ne guérissaient pas les inquiétudes dont était tourmenté Louis XL... Quoique son fils lut encore enfant, il appréhendait qu'on ne lui mît la rébellion dans l'esprit. » Boss. ce Dites à celles qui se troublent, que mon repos doit calmer leur inquiétude. » Id. ce Ce malade n'est nullement convaincu qu'il doit mourir; il a seulement quelque doute , quelque inquiétude sur son état , mais il craint toujours beaucoup moins qu'il n'espère. » Buff.
Alarme signifie , au propre , l'agitation causée parmi des gens de guerre à la nouvelle que l'ennemi approche, et cette agitation est ainsi dé-