‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 472 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

appelle les justes et éloigne de lui les pécheurs , et leur dénonce par là qu'ils n'auront jamais de part avec lui. » Id. « Par ce vx il faut entendre un cri terrible répandu dans l'air , qui dénonce le malheur aux hommes.» Id. «L'aruspice, sur le triste aspect des entrailles, dénonça à Galba d'actuelles embûches et un ennemi domestique. »J.J. — D'un autre côté, déclarer regarde plutôt la résolution , la détermination , l'action de prendre parti, et dénoncer (de nuntius, messager ou nouvelle) l'action de faire savoir le parti qu'on a pris : une puissance déclare la guerre à une autre (Acad.), on déclare la guerre aux préjugés (Id.); dans l'antiquité , on employait des hérauts pour dénoncer la guerre (Barth.).

DÉCOMBRES, DÉBRIS, RUINES. Restes d'une chose détruite.

Décombres est un mot vulgaire qui désigne de méchants restes de démolition, des restes sans valeur , sans utilité , ou même embarrassants et confusément entassés. « Des droits de terre , ou équivoques, ou onéreux, ou qui gênent la société, subsistent encore comme des restes du gouvernement féodal qui ne subsiste plus : ce sont des décombres d'un bâtiment gothique ruiné. » Volt. « Un Italien qui trouverait dans les décombres de Rome les pots de chambre d'Auguste et de Mécène serait entouré de curieux et d'acheteurs. » Id. <t L'oiseau qu'on appelle fourmeiron ne fréquente que les masures et les décombres. » Buff. a En fouillant dans le mont di Cinere , on trouve les pierres calcinées , les cendres , les terres brûlées , le mâchefer, les pierres ponces, tous mêlés et confondus comme dans un monceau de décombres. » Id. — Au figuré , décombres se prend de même en mauvaise part pour signifier quelque chose de vil ou même de gênant et de nuisible. « Ces deux premiers tomes des Annales de l'Empire concernent des temps obscurs qui demandent des recherches pénibles. Il est plus difficile qu'on ne pense de trouver dans les décombres de la barbarie de quoi construire un bâtiment qui plaise. ■» Volt. «Voilà les matières sans substance des ouvrages de l'écrivain sans génie; ce sont autant de tas de décombres qu'il faut enlever avant de pouvoir construire. » Buff. « Cet ouvrage sans dessein et sans objet étouffe quelques pensées heureuses sous un monceau de décombres.» D'Al. «Le travail et l'érudition débarrassèrent les beaux siècles de la Grèce et de Rome des décombres qui les couvraient et de la rouille qui les avait noircis. » Lah. « L'antiquité sortit de ses ténèbres comme ces statues qui, ensevelies pendant des siècles sous les décombres amassés par les tremblements de terre et les bouleversements du globe , semblent encore sortir des mains de l'ouvrier. » Id.

Débris et ruines , n'impliquant rien de défavorable dans leur signification, se distinguent suffisamment par cela seul de décombres. Ils diffèrent l'un de l'autre de plusieurs façons.

1° Débris exprime le résultat d'une destruction violente, qui a brisé, fracassé ; et ruines, l'effet de l'actioii successive du temps , qui ruine , qui défait peu à peu, pièce à pièce. On dira plutôt, les débris d'une ville renversée d'assaut ou par un

tremblement de terre, et les ruines d'une ville ancienne qui est tombée de vétusté.

2° Débris convient pour toutes sortes d'objets , petits ou grands , susceptibles d'être brisés : des débris de coquillages, de végétaux, de navires; les débris d'un trône , d'un autel. Ruines, du latin ruer e y s'écrouler, ne s'applique qu'aux édifices, et encore aux édifices considérables, ou, dans tous les cas, à quelque chose de plus étendu. Suivant le docteur Burnet, les montagnes ressemblent aux débris d'une ville que le canon a foudroyée ; ce sont les ruines d'un ancien monde dispersé çà et là (Volt.).

3° Le mot débris est relatif; il se rapporte, ou à un corps dont des parties ont été détachés , ou à un corps nouveau dans la composition duquel entrent ou peuvent entrer ces parties : les débris sont, ou des fragments, ou des éléments de reconstruction. Ruines est absolu; il se considère en lui-même. « On l'a vu à Rome se promener sur des ruines , ou s'asseoir parmi des tombeaux et interroger ces débris. » Vauv.

J'ai lu qu'un orateur voulut voir le séjour

Où subsistaient encor les ruines de Troie.

Du débris d'Ilion s'était construit un bourg. Laf. « Tous nos maîtres modernes ont fouillé les ruineset recueilli les débris de ce siège fameux de Troie , pour y trouver les exemples des vertus guerrières. » Buff. a Les moines, envoyés par saint Grégoire en Angleterre , y avaient porté , je ne dis pas les sciences , mais quelques débris sauvés de leurs ruines. » Cond-

DÉCOUVERTE, INVENTION. Ces mots expriment quelque chose de nouvellement trouvé dans ce qui importe le plus au savoir ou au pouvoir de l'homme.

Mais la découverte est proprement une conquête de l'esprit humain ; Y invention en est une production. On découvre ce qui est , et c'est l'ob-, servation qui joue le principal rôle dans la découverte ; on invente ce qui n'est pas , et c'est à la faculté inventive , à l'imagination , au génie , à la fécondité de l'esprit, qu'est due l'invention. Dans la Théorie de la Terre de Buffon se trouvent , entre autres , deux articles qui ont pour titre , l'un : a Sur la découverte de l'Amérique ; » l'autre : « Sur Yinvention de la boussole. » a Que nous a servi la découverte de tant de peuples et Yinvention de la boussole?» Montesq. « A quoi nous ont servi les découvertes en physique et les inventions du génie ? » Volt, a La découverte du feu, Yinvention de la navette, sont d'une tout autre nécessité que l'imprimerie et la boussole. » Id.

C'est surtout dans les sciences , là où il s'agit d'étudier ce qui est, que se font les découvertes ; c'est surtout en industrie , en mécanique et dans les arts , là où il s'agit de créer ou d'imaginer des engins, des instruments ou des procédés nouveaux, que les inventions ont lieu. « H me semble que l'idée de la découverte tient plus de la science, et que celle de Yinvention tient plus de l'art : une découverte étend la sphère de nos connaissances ; une invention ajoute aux secours dont nous avons besoin. » Beauz. a Pourquoi dit-on d'une grande découverte en physique ,

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

d'une invention nouvelle et surprenante en mécanique : cela est beau ? » Marm.

Enfin , la découverte a plutôt rapport aux choses , et Vinvention à l'esprit ; la découverte est quelque chose de rare, d'inaperçu jusque-là; Vinvention est quelque chose d'habilement ou d'heureusement conçu. « Cela me ferait croire que la plupart des plus heureuses inventions , des découvertes les plus rares , sont moins des fruits d'une contention d'esprit que de pures saillies. » Les.

DÉCOUVRIR, RÉVÉLER, DÉVOILER, DÉCE- LER , ÉVENTER. Faire connaître quelque chose qui n'est point apparent ou en vue, mais enveloppé , dérobé aux yeux.

On découvre ce qui est caché ; on révèle ce qui est tenu caché, volontairement éloigné de la vue. En effet, découvrir, c'est ôter ce qui courre , dégager ce qui se trouve couvert ; et révéler, c'est retirer de dessous le voile (vélum) ce qui a été mis et est gardé sous le voile, sous quelque chose dont on se sert pour cacher. — Vous découvres votre cœur, vos sentiments, vos pensées, des vérités inconnues jusque-là,- choses «relies gards.

Le roi feignait! Et moi, découvrant ma pensée.... (Monime dans JMithridate.) Rac.

« Les traits découvrent la complexion et les mœurs. » Labr. « L'univers découvre dans toutes ses parties l'art de l'ouvrier suprême qui l'a formé. » Fén. <r Mais pour ce jour où je viendrai juger le monde, personne n'en sait rien, et je ne dois pas vous le découvrir. » Boss. « Ce fut sur cela qu'il me découvrit l'esprit de la société , qui n'est pas encore connu de tout le monde, et vous serez peut-être bien aise de l'apprendre. » Pasc. — Vous révélez un secret, une conjuration, un mariage clandestin , les fautes ou les défauts de quelqu'un, toutes choses discrètement tues, volontairement couvertes d'un voile et mises hors de la vue.

Ulysse ni Calchas n'ont point encore parlé ;

Gardez que ce départ ne leur soit révélé.

Cachez bien votre fille. Ràc.

« Gardez un secret dangereux que rien ne vous oblige à révéler. » J. J. « Mais pour être vrai (ce que vous avez dit du prochain), nous est-il permis de le révéler? N'est ce pas assez qu'il fût secret pour devoir être respecté de nous ? » Bourd. « Des gens vous promettent le secret , et ils le révèlent eux-mêmes et à leur insu. » Labr. « Toujours , de l'aveu propre de Calvin , il demeurera impliqué dans le crime (la conjuration d'Amboise) , puisqu'il l'a su sans le révéler. » Boss. « La loi qui ordonne de révéler les conspirations , auxquelles même on n'a pas trempé , n'est guère moins dure. » Montesq. — « Le testament d'Êpicure découvre une âme tranquille et juste.... La duchesse de Montpensier était outrée contre Henri III , qui avait révélé quelqu'un de ses défauts secrets. » Volt.

hévoiler semblerait devoir signifier exactement la même chose que révéler. Mais, étant seul formé du mot français voile , il rappelle mieux l'usage ordinaire du voile , qui est de cacher le

visage et par suite de déguiser. Voltaire dit de Claudien qu'il a révélé les mystères tout au long ; etdeVan-Dale ainsi que de Fontenelle, qu'ils ont dévoilé des siècles de fourberies. On révèle d'une personne des actions ou des qualités quelconques ; on dévoile sa fausseté, comme on la démasque. « Les gens que je peins dans ma comédie (le Tartufe) ne sauraient me pardonner de dévoiler leurs impostures aux yeux de tout le monde. » Mol.— Ensuite, comme on se sert aussi du voile pour cacher, dans les églises, la partie la plus éloignée du chœur , le sanctuaire , dévoiler s'emploie avec justesse en parlant du fond des choses : dévoiler le fond de son cœur (J. J.) , le fond d'une affaire (Id.). « A quoi aboutit cette vie si pénible, si sordide (d'un prêtre) ? à découvrir l'indignité de la vie d'un pasteur , à dévoiler ce qui ne pouvait être trop enseveli dans les ténèbres. » Mass. « La vérité opprimée ne peut plus se délivrer qu'en dévoilant le fond de votre conduite. » Fén. « Tacite nous dévoile les profondes noirceurs de l'âme de Tibère. » Marm.

Déceler marque plutôt une action qui va des choses aux personnes, au lieu d'aller des personnes aux choses comme les actions de découvrir, de révéler, de dévoiler et d'éventer. Les choses nous décèlent ; nous découvrons , nous révélons , nous dévoilons , nous éventons des choses. ce Son embarras décela son crime. » Acad. ce Son action décèle une âme corrompue. » Acad. ce Leur frayeur peinte sur leurs mornes visages les décelait. » S. S. ce II n'y a rien de si délié , de si simple et de si imperceptible , où il n'entre des manières qui nous décèlent. » Labr.

Votre orgueil a percé. Vos hauteurs, vos grands airs

Vous décèlent d'abord , malgré la politesse

Dont vous les décorez. Dest.

— D'ailleurs , déceler se distingue par une autre idée accessoire , celle du soin qu'on a de se cacher , de la crainte qu'on éprouve d'être vuo ou aperçu, ce Psyché (allant tuer son mari) retenait jusqu'à son haleine , et craignait presque que ses pensées ne la décelassent. » Laf. « Un criminel, s'étant échappé , se fie à peine à soi-même : fugitif, errant, vagabond, il croit que tout ce qui luit le décèle , que tout ce qui parle l'accuse , que tout ce qui remue machine sa perte. » Boss. ce Le plus grand soin de l'imposture , son plus grand art est de se dérober à nos regards ; mais cet art même la décèle. » J. J. — Et quand l'action de déceler est faite par une personne , elle est telle que l'action des choses, involontaire, ce Sophie retire brusquement sa main avec un mot de monsieur si singulièrement prononcé , que ce mouvement involontaire la décèle à l'instant aux yeux d'Emile.» J. J. ce César, traversant un pauvre village , et causant avec ses amis , décèle sans y penser le fourbe qui disait ne vouloir qu'être l'égal de Pompée. » Id. ce Par leur sollicitude, les gobemouches décèlent eux-mêmes leur nichée, que sans cela il ne serait pas facile de découvrir. » Buff.

Éventer se dit primitivement d'une mine qu'on découvre avant que le feu y soit mis , et dont on empêche l'effet. On l'applique par extension aux

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