‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 473 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

entreprises secrètes qu'on a l'adresse de pénétrer et de faire échouer. Éventer un dessein (Mol., Volt.) , un projet (J. J. , Marm.).

Un secret éventé rompt nos prétentions. Mol. « Gatilina apprend que l'entreprise sur Préneste a été manquée et n'a servi qu'à éventer ses complots. » Làh. « Les confédérés n'osaient s'envoyer mutuellement des otages, de peur à' éventer leur complot. » Roll. ce Le chancelier éventa le projet de Patkul, et obtint qu'on se saisît de sa personne. » Volt.

DÉDIRE (SE) , SE RÉTRACTER. Désavouer ce qu'on avait dit.

Se dédire est l'aveu d'une erreur : on se dédit de ses opinions. « Je suis tout honteux de décider ici (sur l'éloquence); mais je suis tout prêt à me dédire, si on me fait apercevoir que je me suis trompé. » Fén. « L'erreur de 1701 (sur la forme de la terre) fut reconnue ; on se dédit, et la terre fut allongée. » Volt. « 11 est vraisemblable que le VIe livre de YÉnéide n'est point une description des mystères. Si je l'ai dit, je me dédis. y> Id. Le cerf se voyant dans l'eau louait la beauté de son bois , et ne pouvait qu'avec peine souffrir ses maigres jambes. Mais, quand un limier le fit partir ,

Il se dédit alors , et maudit les présents

Que le ciel lui fait tous les ans. Laf.

— Se rétracter est l'aveu d'une fausseté : on se rétracte de ses assertions, de ses doctrines, de ses imputations, ce Si le pape juge que le fond de la doctrine de mon livre est mauvais , je me rétracterai ouvertement. » Fén. ce Une fille qui avait servi de faux témoin se rétracte ; elle avoue son crime. » Volt, ce L'éditeur sait en conscience qu'aucune de ces lettres n'a été écrite comme il les a imprimées. Il serait digne de votre probité de lui remontrer son crime , et de l'engager à se rétracter. » Id. ce Si je pouvais, l'instant d'après, retirer le mensonge qui m'excuse, et dire la vérité qui me charge , sans me faire un nouvel affront en me rétractant , je le ferais de tout mon cœur. 55 J. J. Orgon reproche à Damis d'avoir dit une fausseté contre Tartufe , et ajoute :

Allons , qu'on se rétracte ,- et qu'à l'instant , fripon, On se jette à ses pieds pour demander pardon.

Mol.

« Vous avancez une calomnie , il faudra expressément vous rétracter. 55 Bourd.

C'est plutôt en matière de spéculation et de littérature qu'on emploie se dédire ; et se rétracter convient mieux quand il s'agit de doctrines , de jugements sur autrui , d'accusations, qui peuvent porter préjudice et sont toujours de plus grande conséquence. L'acte même de la rétractation est plus important , plus formel , plus solennel. Il est aussi plus pénible : il en coûte plus de reconnaître qu'on a eu tort, qu'on a été téméraire , qu'on est l'auteur d'un faux bruit , d'une fausse croyance, que de convenir qu'on a mal vu et qu'on a été trompé. Se dédire exprime une manière adoucie de se rétracter, a Saint Jean d'Antioche proposait à Nestorius d'approuver le terme de Mère de Dieu; c'est-à-dire, dans le fond , de se rétracter le plus honnêtement qu'il

pourrait.... Il ne lui propose d'autre moyen, pour se défendre , que celui de se dédire. 55 Boss.

D'ailleurs , se dédire est subjectif, c'est-à-dire relatif au sujet , qu'il fait considérer comme changeant d'idée et se démentant lui-même-, c'est pourquoi se dédire (mais non pas se rétracter) d'un parti est une expression consacrée. Se rétracter est objectif, c'est-à-dire relatif aux choses avancées , lesquelles perdent leur effet et sont détruites par la rétractation ; aussi dit-on , en parlant de ces choses, les rétracter, et non pas les dédirt. En me dédisant, je réforme mon opinion et mes paroles ; en me rétractant , j'en préviens l'effet autant qu'il est en moi. Autrefois on punissait en France le témoin qui s'était dédit après le recolement ; et on a vu des innocents condamnés parce que des témoins imbéciles et timides n'avaient pas su d'abord s'expliquer, et, ensuite, n'avaient pas osé se rétracter (Volt.).

La promesse dont on se dédit est une promesse, en l'air , un projet , une simple parole.

Comment, mademoiselle,

Allez-vous nous donner une scène nouvelle ?

Et vous dédire ici , comme vous avez fait,

Sur cinq ou six projets (de mariage) qui n'ont point eu d'effet? Dest.

« Il faut me dédire malgré moi. Je devais aujourd'hui arriver chez vous. La famille de M. le chancelier me fait l'honneur de se prier demain chez moi. 55 Boss. Mais la promesse dont on se rétracte est une promesse formelle et comme un engagement contracté. «Lui dirai-je : Monsieur, je vous promis ma fille , tandis que vous étiez riche ; mais à présent que vous n'avez plus rien , je me rétracte , et ma fille ne veut point de vous ? 55 J. J.

DÉDOMMAGEMENT, INDEMNITÉ. Ce qu'on donne ou ce qu'on reçoit en compensation d'une perte ou d'un tort.

Dédommagement vient peut-être du latin, mais d'une manière détournée et difficile à reconnaître. Indemnité est le latin indemnitas , dont se servaient les jurisconsultes romains. Le mot dédommagement appartient à notre langue commune, ce II trouve dans votre amitié un dédommagement à ses malheurs. 55 Agad. Le mot d'indemnité est un terme de palais, ce En expliquant les devoirs des seigneurs, n'oubliez pas leurs droits : dites ce que c'est que fiefs, seigneur dominant , vassal , hommage , rentes , dîmes inféodées, droit de champart, lois et ventes, indemnités , amortissement et reconnaissances , papiers terriers et autres choses semblables. 55 Fén.

Le dédommagement nous arrive d'une façon quelconque ; Yindemnité, par acte de justice, ce Je trouve au fond de mon cœur le dédommagement de toutes mes pertes. » J. J. « Jean Wilkes fut mis à la Tour pour un écrit des plus virulents.... Un procès eut pour résultat la prise à partie des magistrats , contre lesquels il obtint une indemnité de quatre mille livres sterling- 55 Id.

Le dédommagement est dans l'ordre de la nature ou des sentiments. La bonté de Dieu, la bienveillance des hommes ou la fortune, vous accordent un dédommagement. « Les lièvres paraissent avoir les yeux mauvais ; ils ont , comme par dédommagement^ l'ouïe très - fine. » Bufï.

SYNONYMES A RADICAUX DIVERS

a Cette adresse particulière , donnée au sexe , est un dédommagement très-équitable de la force qu'il a de moins. » J. J. « On entre dans des œuvres de miséricorde; mais on en veut les premiers honneurs.... Il semble qu'on ne veut pas .courir le risque de l'humiliation sans s'être préparé le dédommagement des éloges. » Mass. « S'il est vrai qu'un grand donne plus à la fortune, lorsqu'il hasarde une vie destinée à couler dans les ris, le plaisir et l'abondance, qu'un particulier qui ne risque que des jours qui sont misérables ; il faut avouer aussi qu'il a un tout autre dédommagement , qui est la gloire et la haute réputation. » Labr. — Mais Yindemnité est uniquement dans l'ordre de la justice , et répond à une obligation : c'est légalement ou juridiquement qu'elle est accordée. « Si le magistrat politique veut faire quelque édifice public, quelque nouveau chemin , il faut qu'il indemnise. » Montesq. « Dans quelques pays de l'Europe , la considération des droits des seigneurs a fait établir en leur faveur un droit d'indemnité sur les immeubles acquis par des gens de mainmorte. » Id. ce La plus grande faveur que l'on reçoive de la justice (qui punit et ne récompense pas) , c'est Yindemnité , qui est une monnaie trop courte pour ceux qui font mieux que le commun. » Montaign. « J'ai enfin vendu ma ferme de Damar.... Je leur dirai que je vous fais toucher l'argent de ladite vendition pour. votre sûreté, en attendant que je vous aie fait bailler une indemnité de votre garantie. » Laf.

Le dédommagement se donne en quoi que ce soit et compense à peu près le dommage éprouvé. V indemnité , plus rigoureuse , se paye en argent ou -en valeurs égales , et de manière à réparer le tort exactement. Le dédommagement tend à vous rendre une somme semblable d'avantage ou de bonheur ; Yindemnité vous rend la même somme de fortune. L'État dédommage , autant que possible , par des récompenses honorifiques et des distinctions , les braves qui ont laissé quelque membre sur le champ de bataille ; il indemnise , sur rapport d'experts , les possesseurs des terres qu'il exproprie pour cause d'utilité publique. La justice ne dédommage pas le demandeur des torts qu'il a soufferts par les délais, le déplacement, les démarches , les poursuites de ses droits , lors même qu'elle lui adjuge les indemnités qu'il réclame.

DÉFAITE, DÉROUTE. Ces deux mots s'emploient en parlant d'armées ou de troupes qui ont été vaincues , qui ont eu le dessous.

Défaite est le terme général. C'est précisément et dans tous les sens le contraire de victoire. On dit, les défaites de Cannes, de Crécy, de Poitiers, d'Azincourt, de Waterloo, comme on dit, les victoires de Salamine , de Zama , de Bouvines , de Formigny , de Marignan , d'Austerlitz. Avant d'engager le combat à Fontenoi , le maréchal de Saxe avait pourvu à la victoire et à la défaite (Volt.), ce Que sais-je si nos dernières défaites n'expiaient pas l'équité douteuse ou l'orgueil inévitable de nos anciennes victoires ? » Mass. Ce mot convient aussi quand il n'est question que d'une seule personne , et quelle que soit la lutte

dans laquelle elle succombe. Dans la fable des deux coqs , le vainqueur chante sa victoire sui les toits , tout fier qu'il est de la défaite de son rival (Laf.). Dans Britannicus, Narcisse insinue qu'il se peut que Junie aspire à l'amour de Né ron et médite sa défaite (Rac).

La déroute est une défaite de troupes , nonseulement battues et taillées en pièces, ce qui est commun à toutes les défaites, mais encore mises en désordre et fuyant précipitamment çà et là , à la débandade , selon l'expression vulgaire, ce Déroute ajoute à défaite, et désigne une armée qui fuit en désordre et qui est totalement dispersée. » D'Al. ce Après la défaite et la déroute des armées, L. Marcius avait ramassé tous les soldats que la fuite avait dispersés. » Roll. Mettre en déroute , se dit comme mettre en fuite. « Je me charge de mettre en fuite et en déroute ces insolents ravageurs de nos terres. » Roll.

Quoique l'Académie définisse défaite par déroute , comme si déroute était plus général, il y a défaite , mais non pas déroute, quand tous les soldats sont tués ou pris sur le champ de bataille , et même quand la retraite s'opère avec calme et en bon ordre. D'autres fois , au contraire , la déroute, qui d'ordinaire termine la défaite , la complète et la constate , a lieu sans qu'il y ait défaite proprement dite : c'est quand l'épouvante s'empare des soldats avant que l'action s'engage ou dès le premier choc, ce Quelquefois Dieu envoyait aux ennemis des Juifs , dans leurs songes , des pronostics affreux de leur perte. Ils voyaient l'épée de Gédéon qui les poursuivait de si près qu'ils ne pouvaient échapper ; et ils fuyaient en désordre avec de terribles hurlements , et tiraient l'épée l'un contre l'autre, ne sachant à qui se prendre de leur déroute. » Boss. ce A la bataille de Rosbach , les Français et les Autrichiens s'enfuirent à la première décharge. Ce fut la déroute la plus inouïe et la plus complète.... On vit trente mille Français et vingt mille Impériaux prendre une fuite honteuse et précipitée devant cinq bataillons et quelques escadrons. » Volt. ce A la bataille de Frauenstadt , le combat ne dura pas un quart d'heure ; les Moscovites jetèrent leurs armes dès qu'ils virent les Suédois : l'épouvante,fut si subite et le désordre si grand que.... Jamais déroute ne fut plus prompte , plus complète et plus honteuse. » Id.

Une grande défaite est sanglante , cause de grandes pertes. Une grande déroute donne l'idée d'une grande confusion , ou d'une confusion qui s'étend à toute l'armée , qui est générale , totale , universelle.

DÉFAVEUR, DISGRÂCE. Ces deux mots expriment le fait de cesser d'être bien auprès d'une personne puissante , ou l'état qui en résulte.

Mais la défaveur annonce qu'on n'est plus en faveur , et la disgrâce qu'on ne possède plus les bonnes grâces. Qui est en défaveur auprès du prince a perdu dans son esprit; qui est en disgrâce a perdu le crédit dont il jouissait et sa position , il est ruiné.

La défaveur est moindre que la disgrâce : elle consiste seulement à être malvoulu, et encore passagèrement peut-être , à n'inspirer plus ce

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