‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 485 sur 881 · DÉTESTABLE, ABOMINABLE, EXÉCRABLE · texte numérisé non relu

DÉTESTABLE, ABOMINABLE, EXÉCRABLE

Très-odieux.

Détestable, de de testari, témoigner contre ou d'une manière défavorable, c'est ce qui est digne d'un mauvais témoignage, condamnable, ce qui inspire la détestation, sentiment de haine tout intellectuel en quelque sorte , qui résulte de l'animadversion , du mépris. On trouve détestable l'action, la chose ou la personne qu'on regarde comme devant être fort désapprouvée et haïe. Des maximes détestables (Bourd. , Fén.)-, faire de sa fortune un usage détestable (Boss.); la manie de plaider est une folle et détestable envie (Laf.).

Qui dit froid écrivain dit détestable auteur. Boil. a Dans ce concile on condamna la sculpture et la peinture comme des arts détestables. » Boss. a Ces évêques condamnèrent la détestable hérésie d'Ëlipandus. » Id. « Les enfants par l'oreille (de VÉcole des femmes ) m'ont paru d'un goût détestable. » Mol. « Comment ces détestables fadaises ont-elles pu s'accréditer? » Volt, a Un assassinat rapporté dans l'Écriture est aussi détestable que s'il se trouvait dans les histoires des sauvages. » Id. « La forme de l'injustice la plus odieuse et la plus détestable est la fraude et la perfidie. » Roll.

Abominable , c'est ce qu'il faut avoir en abomination. Or, dans le style de l'Écriture, une abomination est une idole , et avoir en abomination, c'est haïr comme une idole, comme idolâtrique , comme impie : des abominations sont proprement des impiétés. « Le mot ^abomination, dans l'usage de la langue sainte, signifie idole. » Boss. On qualifie donc d'abominable ce qu'on déclare devoir être fort haï comme contraire à Dieu , à son culte , ou comme offensant ce qu'il y a de plus saint, de plus sacré , de plus inviolable , c'est-à-dire , après Dieu . l'humanité , les parents ou la patrie. Déicide (Bourd.), temple (Marm.) , autel (Boss.) , théologie (Pasc.) , sacrifices (Id.), prières (Bourd.), holocaustes (Volt.) abominables; un parricide (Volt., Roll.), un inceste (Fén., J. J.), un infanticide (Boss.) abominable. « C'étaient (les habitants de

Chanaan) des nations abominables, adonnées à toutes sortes d'idolâtrie, d'injustices et d'impiétés. » Boss. « Les extravagances impies de cette abominable secte.... » Id. ce Le Seigneur dit à Moïse : Menez le blasphémateur hors du camp.... Chacun se doit purger de la part qu'on pourrait avoir à un crime si abominable. » Id.

Un sentiment injuste, impie, abominable.

Boil.

ce C'est ce qui rend vos irrévérences (à l'église) si criminelles et même si abominables : c'est ce qui en fait comme autant de sacrilèges. » Bourd. ce II a fait un livre abominable : c'est un impie , un athée. » J. J. « On leur a assuré que j'étais un homme abominable, un impie, qui disait qu'il n'y avait point de Dieu. » Id. Dans Esther , Hydaspe dit que Mardochée

Est le chef d'une race abominable , impie. Rac. Et, d'autre part, on traite d'abominables les festins des anthropophages (Marm.), l'esclavage des nègres et les sacrifices humains. « La traite des nègres et leur esclavage sont abominables devant Dieu et devant les hommes. » Lah. ce Cet avilissement honteux (de l'esclavage) est révoltant pour l'humanité, mais abominable surtout aux yeux de la religion. » Marm. ce On sacrifiait aux morts des hommes vivants.... Les Indiens ont été les premiers à introduire sur la terre , sous prétexte de religion, ces meurtres abominables. » Boss. « Les habitants (de cette ville assiégée) se portèrent jusqu'à cet excès abominable de tuer et de manger leurs femmes et leurs enfants. » Roll. Clytemnestre dit en parlant du sacrifice d'Iphigénie demandé par les dieux :

Les cieux ordonneraient ce meurtre abominable !

Rac.

Exécrable, à'exsecrari , maudire , c'est ce qui est digne de malédictions. Il se dit des choses, des actions et des personnes qui méritent d'être poursuivies, exterminées , foudroyées , accablées d'imprécations et d'anathèmes. En nous elles excitent ce sentiment d'horreur et de grande indignation qu'on appelle exécration. C'est un mot qui convient surtout à l'invective. Dans le Cid , Chimène .s'adressant à don Sanche l'apostrophe ainsi :

Exécrable assassin du héros que j'adore ! Corn. Va-t-en, monstre exécrable! Rac.

Ah! suppôt de Satan! exécrable damnée! Mol. 0 luxe ! maudit luxe ! invention du diable ! C'est toi qui corromps tout, perds tout, monstre

exécrable! Volt,

0 Corinlhe! ô Phocide! exécrable hyménée! Id.

ce II est démontré que les anciens Romains ne persécutèrent personne pour ses dogmes. Cette exécrable horreur n'a jamais été commise que par des chrétiens , et surtout par les Romains modernes. » Id. ce Les premiers fidèles, regardés partout comme l'horreur de l'univers, et devenus exécrables à leurs amis. » Mass. « Exécrable lampe! maudite lampe ! » Laf. ce Que tous les maux horribles de la guerre retombent sur la tête parjure et exécrable de l'ambitieux qui foulera aux pieds les droits sacrés de cette alliance! » Fén. Bossuet, parlant de l'assassinat de Henri IV , peint « l'étonnement , l'horreur et

Page 1