‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 489 sur 881 · LA RANCUNE · texte numérisé non relu

LA RANCUNE

Sans être un grand devin j'en crois savoir la cause.

Id.

a On me demande qui était l'homme au masque de fer; je ne suis qu'historien, je ne suis point devin. » Volt, ce J'ai rèçu un présent de chocolat qui vient d'une main libérale et inconnue. Je ne veux rien deviner, quoique je sois un peu devin. » Fén. ce II ne m'a pas dit ce que renfermait cette boîte; cependant je crois le savoir; car dans nos régions du nord nous sommes tous un peu devins. » Marm. — Le prophète, itpo<p?JTnç , de upo, d'avance, et cpriju, je dis, prédit seulement, ne révèle que ce qui regarde l'avenir. « Quant à la prophétie de Jean-Jacques , il se peut qu'il ait exalté son âme jusqu'à lire dans l'avenir : il a tout ce qu'il faut pour être prophète; mais pour le passé et pour le présent on avouera qu'il n'y entend rien. » Volt, ce Le jésuite Alagona avait, dit-on , prédit dans Naples la mort de Henri IV. Les jésuites n'ont jamais été prophètes; s'ils l'avaient été , ils auraient prédit leur destruction. » Id. ce Sans vouloir faire le prophète, j'ose bien vous dire avec confiance que la piété du roi mettra fin à ce grand ouvrage. » Boss. « M. Despréaux assura que vous seriez un jour très-digne d'être aimé de tous mes amis. Vous savez que les poètes se piquent d'être prophètes. » Rac. ce Un homme sage qui voit une affaire conduite avec passion et mal concertée peut être prophète sur l'événement. » Roll.

« Le devin découvre ce qui est caché ; le prophète prédit ce qui doit arriver. La divination regarde le présent et le passé ; la prophétie a pour objet l'avenir. » Gir.

DEVOIR, ORLIGATION (CHARGE). Ce que nous sommes tenus de faire, ce à quoi se conforme une volonté raisonnable.

Devoir est absolu, obligation relatif. On dit absolument le devoir , comme on dit le droit , le juste, l'honnête : immoler le bonheur au devoir (J. J.); l'amour du devoir (Mass.); tenir ou contenir les peuples dans le devoir (Bourd. , Boss.). On dit d'une manière relative une obligation de conscience, Y obligation spéciale de faire telle chose dans telles ou telles circonstances.

Ce qui est vrai de ces mots grammaticalement l'est aussi quant au sens : le devoir est absolu,

Y obligation est relative. Le devoir est une chose;

Y obligation en est la qualité , qualité susceptible de degrés , et qui consiste à nous lier , à mettre notre volonté dans la dépendance. Aussi dit-on très-bien, Y obligation du devoir ou d'un devoir. « Bien peu y a dans les cours de fidèles serviteurs qui osent dire aux princes Y obligation de leur devoir. » Charr. ce II est des devoirs dont ton âge et ta vivacité , mon fils , t'empêcheraient de sentir toute Y obligation. » Beaum. ce De peur que vous ne croyiez que le devoir de la charité soit

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

peu nécessaire, J. C. en établit l'obligation. »

Boss. « Une âme revenue de ses égarements n'attend pas toujours Y obligation inévitable du devoir pour agir. » Bourd. a Je me propose d'établir Y obligation de la loi du jeûne, contre ceux qui en violent le devoir. » Mass.

Mais Y obligation, comme le devoir, peut se prendre aussi objectivement pour la règle même qui est à suivre. Alors encore elle est relative , c'est-à-dire qu'elle est de fait et d'institution, comme la loi positive, et non essentiellement, par la nature des choses : c'est un règlement plutôt qu'une règle. « Les peuples, au commencement du moyen âge , n'imaginaient pas avoir à remplir des devoirs respectifs; et les citoyens n'imaginaient pas davantage qu'il fût de leur intérêt de se lier par des obligations réciproques. » Cond.

Étant relative et de fait, Y obligation est aussi plus particulière et quelquefois moins stricte que le devoir, a Ce sont les puissants qui négligent presque toujours de se faire instruire , et de leurs obligations particulières, et même des devoirs communs de la piété. » Boss. « Le monde n'estime jamais véritablement que les magistrats qui regardent Y obligation de le fuir comme une partie essentielle de leur devoir. » D'Ag. On dit , nos moindres obligations (Mass.), nos plus légères obligations (Id.). « Que le repos du dimanche soit permis , mais non commandé : quelle loi que Yobligaiion de ne rien faire! » Volt. Le devoir, selon Girard , dit quelque chose de plus fort que Y obligation.

Enfin , Yobligation est relative en ce sens qu'elle se considère par rapport à nous , et non en soi. Nous sommes dans Yobligation de remplir les devoirs de la probité , de l'amitié , et les autres. Les obligations sont indispensables , les devoirs essentiels. « Dans toutes les magistratures dont j'ai été honoré, dit Cicéron, j'en ai toujours regardé les devoirs comme des obligations sacrées et religieuses. » Roll. « Ce sont les obligations d'une âme innocente , de remplir avec courage les devoirs pénibles de son état. » Mass. '. On préfère les pratiques extérieures de la piété aux devoirs les plus essentiels-, mais on blesse la justice en leur donnant la préférence sur les obligations les plus indispensables (Id.).

DIABLE , DÉMON. Malin esprit , ange déchu et ennemi du genre humain, qu'il cherche à perdre en le tentant.

Diable vient de StàêoXo;, qui n'a jamais eu en grec l'acception du mot français , et qui a signifié proprement calomniateur, de ôiaêàX),eiv , décrier, tromper. Mais démon a été tiré du grec Soup.wv, génie bon ou mauvais, dont le sens a influé sur celui de son dérivé français.

Diable est l'expression rigoureuse : il se prend

^ . Les devoirs ou les obligations pénibles sont proprement des charges, ce Dans la loi nouvelle nous sommes chargés d'une obligation plus précise d'aimer ; non chargés , car ce n'est pas une charge , mais l'allégement de tous les fardeaux. » Boss. «Dieu vous a dit : Prenez cette condition , mais prenez-la avec ses charges,- il y a des profits et des honneurs , mais il y a aussi des travaux et des soins ; je veux que vous en portiez la peine et le fardeau. » Bourd.

| toujours en mauvaise et très-mauvaise part. Le ; diable est l'antagoniste de Dieu , celui dont le j nom propre est Satan. Un démon est une sorte de diable , un diable qui n'est tel que par ressemblance ou par emprunt. On dit plutôt le diable , l'être malfaisant que tout le monde connaît et qui a l'enfer pour séjour, et un démon ou des démons, un être ou des êtres qui tiennent du diable, qui en sont les agents ou en partagent les fonctions.

Monsieur, un homme noir et d'habit et de mine Est venu nous laisser, jusque dans la cuisine, Un papier griffonné d'une telle façon, Qu'il faudrait pour le lire être pis qu'un démon. C'est de votre procès , je n'en fais aucun doute ; Mais le diable d'enfer, je crois , n'y verrait goutte.

Mol.

« Implorons les lumières célestes pour découvrir les fraudes du diable; et contre la malice des démons demandons l'assistance de la sainte Vierge. » Boss.

Quoique diable s'emploie quelquefois au pluriel, il ne se spécialise pas comme démon: il y a différents démons , ainsi que différents génies , mais non pas différents diables , le démon de la guerre, le démon de la discorde, celui de la jalousie , du jeu , etc.

Dans toutes les expressions où les deux mots peuvent également se mettre , démon est comme le diminutif de diable. Un enfant fait le dém,on, c'est un petit démon; des libertins font le diable dans un café , ce sont des diables déchaînés.

Et pour achever mon sermon :

Je te tiens pire qu'un démon, Pire qu'un diable qui t'emporte, Toi, ton fils, toute ta cohorte.

(Didon à Énée.) Scarr.

Au figuré , diable dénote de la méchanceté , et démon de la malice ou même de l'esprit simplement.

Une autre différence , non moins grande et non moins véritable , consiste en ce que diable désigne le personnage , et démon son esprit. On croit voir le diable, on est inspiré du démon; on est noir comme un diable (Regn.), malin comme un démon (Dest.): on fait les œuvres du diable (Boss.), l'esprit de sédition est l'esprit du démon et de son empire (Id.). ce Si l'on venait reprocher à la devineresse que le contraire de ce qu'elle avait prédit était arrivé, elle répondait froidement qu'il fallait s'en prendre au démon , qui , malgré la force des conjurations , avait quelquefois la malice de la tromper. Lorsqu'elle croyait devoir faire paraître le diable dans ses opérations, c'était Torribio Scipion qui faisait ce personnage.» Les.

DIAPHANE, TRANSPARENT. Adjectifs servant à qualifier les corps qui sont clairs et non pas opaques.

Diaphane est emprunté du grec, et transpa rent formé du latin. De là vient au premier une certaine supériorité de noblesse : il n'appartient pas proprement, comme le second, à la langue commune , mais au langage savant de la physique , et il convient également en poésie :

L'allégorie habite un palais diaphane. Lemierre.

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