‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 496 sur 881 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

d'un chirurgien dans un hôpital, pour être témoin d'une de ses opérations journalières. Un évêque permet à une personne l'usage quotidien des sacrements (Fén.) , et lui recommande de bien porter ses croix journalières (In.). Nous demandons à Dieu notre pain quotidien, et les secours journaliers (Volt.) de sa grâce. La lecture quotidienne (Regn.) du bréviaire ne doit pas empêcher un prêtre de vaquer à ses fonctions journalières (Fén.). — La météorologie étudie l'état journalier de l'air (J. J.). Un homme journalier est inconstant ou inégal.

DIVORCE, RÉPUDIATION. Ces mots servent à désigner la rupture , la dissolution du mariage.

Divorce, latin divortium, de divertere, tourner dans un autre sens, s'en aller, se séparer, exprime la séparation des deux époux. Répudiation, latin repudialio, de repudiare, rejeter, renvoyer, signifie le renvoi de l'un par l'autre. « Il y a cette différence entre le divorce et la répudiation , que le divorce se fait par un consentement mutuel à l'occasion d'une incompatibilité mutuelle; au lieu que la répudiation se fait par la volonté et pour l'avantage d'une des deux parties, indépendamment de ]

MONTESQ

« Le divorce semble être une affaire de conseil. » Montesq. « On conçoit du dégoût l'un pour lautre, et souvent on se trouve réduit , pour prévenir de plus grands désordres , à se séparer l'un de l'autre : a divorces et séparations que la loi des hommes autorise. » Bourd. — « La répudiation semble plutôt tenir à la promptitude de l'esprit et à quelque passion de l'âme. » Montesq. Telle fut la répudiation de Catherine d'Aragon par Henri VIII, roi d'Angleterre.

DOMMAGE, PERTE. Privation de quelque chose de bon ou d'utile qu'on avait.

Le dommage est partiel et consiste dans un déchet; la perte est totale et consiste dans la suppression. Le dommage causé à une fortune la diminue; la perte d'une fortune l'anéantit. On répare le dommage ou la chose endommagée; on remplace la perte ou la chose perdue.

De plus, dommage est relatif à la cause: et perte, à l'effet seul. Qui fait du dommage est agent ; qui fait une perte est patient. On reçoit du dommage : ce mot suppose toujours une personne ou une chose qui donne , qui occasionne , qui cause, qui produit le fait; mais on éprouve une perte , la perte étant plutôt quelque chose de fatal , dont on ne considère que les suites fâcheuses.

1° DOMMAGE, TORT; — 2° PRÉJUDICE, DÉ- TRIMENT , DAM. Atteinte portée au bien d'autrui.

Quoique dommage et tort dérivent du latin , ils n'en viennent pas aussi directement que leurs synonymes préjudice, détriment et dam, en latin prœjudicium , detrimentum et damnum. Ensuite ils ne s'emploient pas de la même façon et ne désignent pas la même sorte de mal. Nous disons qu'une chose nous fait beaucoup de dommage ou de tort, et qu'elle tourne à notre préjudice, à notre détriment, à notre dam; nous disons d'une manière précise } causer un dom-

mage ou un tort , réparer des dommages ou des torts, et d'une manière vague, sans l'emploi de l'article et du pluriel, porter préjudice. D'où il suit que dommage et tort expriment un mal immédiat ; et préjudice , détriment et dam, un mal ultérieur, plus ou moins éloigné. Ce qui nous fait un dommage ou un tort nous cause une perte; ce qui nous porte préjudice compromet nos intérêts. La chose dommageable a pour effet actuel de nuire.

Dans les forêts il (le cerf) s'emporte : Son bois, dommageable ornement, L'arrêtant à chaque moment , Nuit à l'office que lui rendent , Ses pieds , de qui ses jours dépendent. Laf.

La chose préjudiciable est propre à nuire, peut avoir des suites fâcheuses. « Toute erreur est dangereuse , mais il n'y en a point de plus préjudiciable ni de plus pernicieuse dans ses suites que celle qui s'attache au principe et à la règle même des mœurs, qui est la conscience.» Bourd. 1° Dommage , tort.

Dommage est un terme générique ; il annonce un mal, un déchet, un dépérissement, produit par quoi que ce soit, même par un objet inanimé. Le tort, au contraire, est toujours fait par une personne avec l'intention de nuire ; c'est proprement une injustice. — Le dommage peut résulter d'un incendie, d'une inondation, de dégâts commis par des animaux.

Au travers d'un mien pré certain ânon passa , S'y vautra, non sans faire un notable dommage A deux bottes de foin le dégât estimé.... Rac. Quittez-moi votre serpe, instrument de dommage.

a Loin de venger, avec une sainte complaisance, sur notre corps les dommages qu'il a causés à notre âme , hélas ! les plus légers sacrifices que nous faisons à Dieu nous coûtent tant! »"Mass. Mais le tort suppose toujours quelqu'un qui a tort, qui agit contre le droit. Aristide dit à l'inconnu qui lui présenta une coquille , afin qull y inscrivît le nom d'Aristide lui-même :« Vousa-t-il fait quelque tort?» Barth. « Ces gens si paisibles sur les injustices publiques sont toujours ceux qui font le plus de bruit au moindre tort qu'on leur fait. » J. J. « Si j'avais quelque tort à me reprocher, j'espérerais, en le réparant, parvenir à le leur faire oublier. » Id.

Et lorsque le dommage est aussi du fait d'un homme , on le considère en lui-même , comme plus ou moins grand , par exemple , plutôt que comme une entreprise volontaire et coupable. « C. Caton fut accusé et condamné pour cause de concussion. Les dommages qu'il avait faits au sujet de l'empire étaient pourtant bien peu de chose, puisqu'ils ne furent estimés que la valeur de dix-huit mille sesterces.... Mais alors on examinait la qualité de l'injustice commise, et non pas jusqu'où allait le tort que l'injustice avait causé. » Roll.

2° Préjudice, détriment, dam.

De ces trois mots, empruntés du latin , le premier est le seul dont on se serve communément; on dit un préjudice , un grand préjudice , et à préjudice correspondent préjudiciable et préju-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

dicter, qui en ont été formés. Mais détriment et dam , sans famille dans notre langue , ne s'emploient plus qu'avec la préposition à : à son dértiment , à son dam. Encore ce dernier , dont on a fait quelque usage dans la poésie badine du xvne et du xvme siècle , peut-il passer à présent pour un archaïsme '.

Reste à découvrir quelle différence il peut y avoir entre préjudice et détriment, précédés de à : au préjudice , au détriment de telle personne ou de telle chose.

Préjudice, prœjudicium , jugement anticipé, préjugé, prévention, implique, ainsi que tort, l'idée d'usurpation, de la violation d'un droit; au lieu que détriment, de deterere, user, diminuer, détruire, exprime simplement, comme dommage, une détérioration, un désavantage, une perte. — Tarquin obtint la couronne au préjudice des enfants du roi Ancus (Cond.); après la paix d'Aix-la-Chapelle, en 1748, les puissances chrétiennes de l'Europe eurent environ un million d'hommes sous les armes, au détriment des arts et des professions nécessaires (Volt.).— Pascal critique l'injustice de ses contemporains, qui veulent établir l'autorité seule des anciens au préjudice du raisonnement , et , suivant Buffon , les nomenclateurs ne multiplient les livres qu'au détriment de la science. — Les parents sont injustes quand, au préjudice de leurs enfants, ils leur assignent arbitrairement un état (Bourd.) ; le sénat ordonna au consul Lévinus d'accoTder aux Syracusains tous les soulagements qui n'iraient point au détriment de la république (Roll.).

DON , PRÉSENT , GRATIFICATION , CADEAU. Ce qu'on procure , ce qu'on accorde ou ce qu'on cède à quelqu'un.

Quoique don et présent aient une signification plus difficile à déterminer que gratification et cadeau, il n'est pas néanmoins impossible de les distinguer d'une manière nette et sûre, ainsi que les mots latins donum et munus, auxquels ils correspondent exactement.

C'est ce que Condillac a très-heureusement fait dans le passage suivant : a Le don est fait, dit-il, par un supérieur qui n'est tenu à rien et qui ne donne que pour donner. C'est pourquoi nous nous servons de ce mot toutes les fois que nous parlons des biens que la nature ou Dieu dispense : la beauté est un don de la nature ; les dons du Saint- Esprit; le don de sagesse, de science, etc. Le

•î. De l'argent, dites-vous? Ah! voilà l'enclouure! A votre dam. Mol.

Mais, qui n'est pas sage à son dam? Scarr. Il y viendra le drôle (un renard à son terrier) ! 11 y vint à son da/n. Laf.

Il est fol à son dam. Id.

Il se promit, dans sa juste colère, De se venger du tour qu'on lui jouait, De bien punir tout Français indiscret, Qui pour son dam passerait sur sa terre. Volt. Malherbe a dit en prose : « Si vous vous êtes mal expliqué, ce sera à votre dam. » Et J. J. Rousseau : a Si les hommes empoisonnent et tournent à mal tout ce que le désir de leur bonheur m'a fait dire et faire d'utile , c'est à leur dam et non pas au

présent se fait par amitié , par reconnaissance ou dans des vues d'intérêt. »

En d'autres termes, le don est un bienfait, un acte de libéralité ; le présent est une offrande , une sorte d'hommage ou de tribut, ce qu'on présente ne sachant pas si on l'acceptera et désirant qu'on veuille bien l'accepter. Le don vient d'en haut et n'a d'autre caractère que celui de la gratuité, d'autre objet que le bonheur de celui qui le reçoit ; le présent vient plutôt d'en bas, et toujours il se rapporte aux sentiments ou aux desseins particuliers de celui qui donne, sentiments d'affection respectueuse , de déférence, de dévouement, de gratitude, et desseins particuliers qui tendent à plaire , à gagner la faveur ou la bienveillance. On comble , on enrichit quelqu'un de ses dons ; on s'empresse de reconnaître un bienfait , de témoigner qu'on aime une personne , ou on cherche à corrompre un juge , par des présents. Le ciel verse des dons sur la terre : et la terre envoie dans le ciel des offrandes, offre à Dieu des présents, comme l'ont fait au commencement Abel et Caïn (Boss.), et, lors de la naissance de Jésus-Christ, les mages (Volt.). Orgon fait des dons à Tartufe (Mol.); un amant fait des présentsk sa maîtresse (Id.). Chez les Romains, celui qui triomphait distribuait des dons aux soldats (Montesq.) , et une loi permettait aux magistrats de prendre de petits présents , pourvu qu'ils ne dépassassent pas cent écus dans toute l'année (Id.). Vous direz très-bien un don du ciel, de Dieu, delà nature, et, en opposition, un présent des hommes , du travail ou de l'expérience. Suivant Donat, sur VEunuque de Térence, le don, donum, est des dieux, et le présent, munus , est des hommes. « Les hommes préfèrent l'honneur à la vertu même; et jugez quel égarement! La vertu est un don de Dieu , et c'est de tous ses dons le plus précieux ; l'honneur est un présent des hommes, encore n'est-ce pas le plus grand. » Boss.

Vous joignez à ces dons (talents naturels) l'amour #

des beaux ouvrages ; Vous y joignez un goût plus sûr que nos suffrages; Don du ciel qui peut seul tenir lieu des présents Que nous font à regret le travail et les ans. Laf.

Cette première différence en amène une autre , qui a été signalée par d'Alembert. Comme le don vient de Dieu; de la nature, d'un roi, d'un homme puissant, d'un supérieur en un mot, il doit être par cela même , au moins pour l'ordinaire, plus considérable que le présent. Calepin avait dit que donum, le don , s'appliquait à de plus grandes choses , et munus, le présent , à des choses de moindre importance. « Quoi! l'on préfère des présents si vains (du diable) à tant de bienfaits si considérables (de Jésus-Christ) ! Jésus- Christ fera comme un amant passionné qui, voyant celle qu'il recherche gagnée par les présents des autres prétendants, multiplierait aussi les siens.... Pour détourner nos yeux et nos cœurs des libéralités trompeuses de notre ennemi, il redouble ses dons jusqu'à l'infini. » Boss. Dans Gil Blas, don Alphonse donne à son ancien intendant la petite terre de Lirias, et lui dit modestement : <c C'est un présent que nous pouvons vous

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