DEUXIÈME PARTIE
distingués , tombés en son pouvoir , avec tous les égards, les complaisances, les politesses les plus prévenantes en tout; et le commun des prisonniers reçut par ses ordres tous les ménagements et toutes les douceurs possibles. » Cette même différence est facile à saisir dans cette phrase de J. J. Rousseau : « En qualité de malade, j'ai droit aux ménagements que l'humanité doit à la faiblesse et à l'humeur d'un homme qui souffre. Je suis pauvre , et il me semble que cet état mérite encore des égards. »
Attention vient de ad tendere, tendre vers, diriger son esprit vers une chose, la remarquer parmi les autres. Les attentions sont des marques et des témoignages de l'attention particulière qu'on fait aux personnes; elles consistent dans des soins officieux, tendres, particuliers, assidus , empressés , touchants , distingués , qui prouvera l'envie qu'on a de se rendre agréable. Elles proviennent d'un zèle affectueux pour les personnes qu'on aime réellement ou dont on veut se faire aimer. De tendres attentions (Mass.) ; les attentions les plus touchantes (Volt.). « Un favori se trouve souvent déconcerté des bassesses , de la flatterie, des soins superflus et des attentions frivoles de ceux qui le courent. » Labr. «Je comblais cette femme d'attentions, de soins, de petits cadeaux , et j'avais extrêmement à cœur de m'en faire aimer. » J. J. a C'est un très-galant homme, plein d'attentions et de soins. » Id. « Je continuai d'être en liaison avec M. Vernes. Mais je ne trouvai pas dans son commerce ces atténuons qui marquent l'attachement et qui produisent la confiance. » Id. « Sylla avait avec lui Archélaûs, qu'il accablait de caresses, et dont il prit un très-grand soin dans une maladie dangereuse qui attaqua ce général. Ces attentions de Sylla.... » Roll. a César avait une affection particulière pour Brutus.... Il porta les attentions sur lui jusqu'à recommander aux siens , en allant au combat , de ne le point tuer. » Id. a Les plus petites attentions, qui semblaient devoir échapper à la supériorité du génie du prince de Conti , n'échappaient pas à la bonté de son cœur. » Mass. « Les jeunes maris ne marquent des attentions et des empressements que pour les femmes qu'ils devraient mépriser. » Dest. — Ce mot, d'ailleurs, se dit de choses de moindre conséquence, qui n'ont de prix que par l'intention bienveillante qu'elles manifestent : de petites attentions, a Envoyez l'édition complète de mes œuvres à M. de Laharpe. Je suis bien aise de lui montrer quelques petites attentions dans son malheur. » Volt.
a Les égards ne vont pas jusqu'au respect, mais ils en approchent ; les ménagements ne vont pas jusqu'au sacrifice de nos volontés , mais ils les modèrent. Les attentions ne vont pas jusqu'au dévouement, mais elles le commencent en quelque sorte. » Roub.
Sans égards, on est grossier et injuste, on manque aux bienséances, aux devoirs de société, à ce qu'on doit aux personnes suivant les âges , les conditions et les positions ; sans ménagements, on est rude, on manque de modération, de mesure , de retenue , on traite les gens à la rigueur ;
sans attentions , on ne connaît ni les soins assidus , ni les empressements officieux , ni ces distinctions délicates qui flattent tant les personnes qui en sont l'objet.
ÉGARDS , CONSIDÉRATION , DÉFÉRENCE , RES- PECT. Sentiment favorable, en vertu duquel nous rendons une sorte d'hommage à la personne qui en est l'objet.
Les égards témoignent de l'honnêteté , la considération de l'estime, la déférence de la docilité, et le respect de la vénération.
Égards est le terme e plus général et le moins significatif. Nous avons Jes égards pour toutes les personnes auxquelles nous avons égard, auxquelles nous faisons attention, que nous remarquons parmi les autres, sous quelque aspect que ce soit. Ce mot n'emporte pas nécessairement l'estime ni l'idée de supériorité , comme les trois autres : il y a des égards qui sont dus à la faiblesse, à la pauvreté, à l'infortune. « Ayez les égards que le sang demande. » Boss. « Être fort contre les faibles , sans nuls égards pour les petits. » Labr. « Que le roi aime ses sujets : le peuple demande si peu d'égards , qu'il est juste de les lui accorder. » Montesq. « Il ne faut pas insulter aux malheureux et oublier les égards qui leur sont dus. » J. J. — Ensuite , ce mot ne s'employant qu'au pluriel dans cette acception, exprime moins le sentiment, comme les trois autres, que des procédés, des façons d'agir qui l'annoncent. On a des égards , c'est-à-dire qu'on se conduit de telle manière, par considération , par déférence ou par respect, a Je jugeai par les égards que tout le monde avait pour lui que c'était un homme de considération.» J. J.
Considération désigne le grand cas qu'on fait des personnes : la considération a pour objet quelque chose de plus considérable , de plus remarquable que les égards. On a de la considéralion pour tous les mérites, personnels ou extérieurs, réels ou d'opinion, la naissance, la richesse, le crédit, la probité, les talents, les grandes places , les dignités , etc. « Les Athéniens aimaient fort Diogène et avaient beaucoup de considération pour lui. » Fén. a Ce n'est que la seule considération que j'ai pour monsieur votre père qui m'a fait courir après vous. Je n'ai pu souffrir qu'un honnête homme fût exposé à la honte de tous ces bruits. » Mol. a Je lui marquais en toutes choses presque les égards et la considération d'un fils. » J. J. « Tout cela fut accompagné de témoignages d'estime et de considération.» Id. « La considération devient la récompense du savoir. » Cond. « Lorsque dans la monarchie la profession lucrative des traitants parvient encore à être une profession honorée , un dégoût saisit tous les autres états , l'honneur y perd toute sa considération.» Montesq. «Il l'assura qu'elle serait toujours traitée avec toute la considération que méritait une fille de sa naissance.» Les. «La mort n'a pas plus de considération pour les rois que pour leurs valets de pied. » Id. « Il est en haute considération. » Acad.— Ce mot est le seul d'ailleurs qui se prenne bien au passif; en sorte qu'avoir de la considération simplement, c'est être considéré. « L'Espagne eut alors une consi-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
dération que les autres peuples n'avaient point. » Volt.
Déférence a son idée propre parfaitement déterminée : il ne se dit qu'en matière d'avis ou d'opinions ; c'est une sorte de complaisance ou de soumission par laquelle nous cédons aux lumières des autres, à leurs desseins, à leurs volontés. « Celui qui demande des conseils paraît avoir une déférence respectueuse pour les sentiments de son ami. » Laroch. « Si le maître se laissait tromper comme le disciple , il perdrait le droit d'en exiger J de la déférence et de lui donner des leçons.» J. J. i « Saint Pierre reçoit la correction de saint Paul j avec une déférence qui ne sera jamais assez louée. » Boss. « Croire sans évidence des opinions | fausses par une déférence indiscrète et par une basse soumission d'esprit. » Mal. ce Pour assurer que quelque chose était vrai , les disciples de Pythagore avaient coutume de s'exprimer ainsi : Le maître Va dit. C'était porter trop loin la déférence et la docilité que de renoncer ainsi à tout examen et de faire le sacrifice absolu de sa raison et de ses lumières. » Roll.
Enfin, ma fille, il faut payer d'obéissance,
Et montrer pour mon choix entière déférence. Mol.
Respect exprime un sentiment grave que nous éprouvons pour quelque chose de sacré , ou tout au moins pour quelque chose qui est placé bien au-dessus de nous, comme nos parents, les vieillards, les magistrats , et devant quoi la morale nous prescrit de nous prosterner, pour ainsi dire. Le respect est une sorte de culte , et suppose une grande distance entre celui qui le rend et celui qui le reçoit.
J'exige des égards, et non pas des respects , dit un mari à sa femme dans Destouches. « L'Église a pour chacun des hommes un saint respect qui les lui rend tous vénérables comme rachetés d'un prix infini. » Pasc. «Être touché d'un respect religieux et d'une profonde vénération pour le sacrement de l'Eucharistie. » Bourd. « Il y a une grande différence entre les sentiments de respect, que les mahométans ont pour leur Alcoran, et ceux des chrétiens pour l'Écriture.» Volt. « Je serai attaché à jamais à Votre Majesté avec le plus profond respect et la plus tendre vénération. » Id. a Un magistrat , dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple. » Pasc. Le respect des choses saintes ; avoir du respect pour les choses sacrées , porter honneur et respect à l'âge (Acad.).
ÉLAGUER , ÉMONDER. Dégarnir ou éclaircir un arbre en lui ôtant des branches.
Élaguer , quelle qu'en soit l'étymologie , veut dire retrancher, au figuré comme au propre; émonder, qui n'est usité qu'au propre, signifie primitivement nettoyer, latin emundare. En élaguant un arbre, on le décharge , on en retranche le superflu, on arrête le luxe de sa végétation; c'est le ramos compesce fluentes de Virgile. En émondant un arbre , on le débarrasse de tout ce qui le gâte ou le défigure, c'est-à-dire des chicots , des branches mortes , stériles ou nuisibles , et on le rend plus fertile ou plus élégant.
Élaguer est un terme d'agriculture , et il se dit proprement des grands arbres , de ceux qui for-
ment des bois, des parcs, des allées, des avenues, de ceux qui bordent les chemins ou les canaux, et qui ne sont propres qu'à donner du bois et de l'ombre. — « J'ai trouvé ces bois d'une beauté et d'une tristesse extraordinaires ; tous les arbres que vous avez vus petits sont devenus grands et droits, et beaux en perfection; ils sont élagués et font une ombre agréable; ils ont quarante ou cinquante pieds de hauteur. » Sév. a Quelle religion que celle qui ne s'est jamais soutenue que par des troubles civils ou par des bourreaux ! Ces temps ne sont plus ; mais gardons qu'ils ne reviennent. Cet arbre de mort, tant élagué dans ses branches, n'est point encore coupé dans sa racine. » Volt. Dans une note de la Nouvelle Héloïse, J. J. Rousseau se plaint « du mauvais goût d'élaguer ridiculement les arbres , pour les élancer dans les nues , en leur ôtant leurs belles têtes, leurs ombrages, en épuisant leur sève. » « En France , ajoute-t-il , les parcs ne sont plantés que de longues perches ; ce sont des forêts de mâts ou de mais , et l'on s'y promène au milieu des bois sans trouver d'ombre. » Ailleurs il rapporte que « les arbres de la route (de Paris à Vincennes), toujours élagués à la mode du pays, ne donnaient presque aucune ombre. »
Émonder est un terme de jardinage : il s'applique à de petits arbres , particulièrement aux arbres fruitiers et aux arbres d'ornement , à ceux qui demandent qu'on les taille avec discernement, de manière à en favoriser la fertilité ou à en perfectionner la forme. — Le Philosophe scythe de Lafontaine trouva un sage Qui, la serpe à la main, De ses arbres à fruit retranchait l'inutile, Ébranchait, èmondait, ôlait ceci, cela,
Corrigeant partout la nature , Excessive à payer ses soins avec usure, a Comparer le naturel inculte et brut à l'arbre qu'il faut tailler , émonder , diriger, cultiver enfin , pour le rendre plus beau , plus fécond, plus utile.» Marm. «Que de temps, que de réflexions n'a-t-il pas fallu pour épier et connaître les besoins , les écarts et les ressources de la nature , pour la rendre docile, et varier et corriger ses productions ! Je fus surpris, à mon arrivée en Grèce, devoir fumer et émonder les arbres; mais ma surprise fut extrême lorsque je vis des fruits dont on avait trouvé le secret de diminuer le noyau pour augmenter le volume de la chair, et des arbres chargés de fruits de différentes espèces. »Barth. L'heureux cultivateur des présents de Pomone, Des filles du printemps , des trésors de l'automne , Maître de son terrain, ménage aux arbrisseaux Les secours du soleil , de la terre et des eaux ; Par de légers appuis soutient leurs bras débiles, Arrache impunément les plantes inutiles, Et des arbres touffus, dans son clos renfermés, É monde les rameaux de la sève affamés.
YOLT.
ÉLÉGANCE , ÉLOQUENCE. Qualités du discours qui le rendent propre à produire de l'effet sur les esprits.
Élégance , elegantia , à'eligere , élire , choisir , marque le soin qu'on met à choisir les mots et les tours, d'où résultent la pureté et la justesse jointes à la grâce et à l'harmonie. Éloquence ,
eloquentia , à'eloqui , énoncer, exposer par la • parole , fait penser à la puissance qti'a l'orateur j de saisir, d'animer et d'entraîner les hommes. !
V élégance dépend de l'art et du goût ; Y éloquence , ; de la nature et du génie. Voltaire appelle Bossuet j « le seul homme éloquent entre tant d'écrivains | qui ne sont qu'élégants. y> aL' élégance s'applique plus à la beauté des mots et à l'arrangement de la phrase; Y éloquence s'attache plus à la force des termes et à Tordre des idées. La première, contente de plaire , ne cherche que les grâces de l'élocution ; la seconde , voulant persuader , met du véhément et du sublime dans le discours. L'une fait les beaux parlemrs, et l'autre les grands orateurs. » Gir.
« Saint Jérôme a encore ses défauts pour le style ; mais ses expressions sont mâles et grandes. Il n'est pas régulier ; mais il est bien plus éloquent que la plupart des gens qui se piquent de l'être. Ce serait juger en petit grammairien que de n'examiner les Pères que par la langue et le style. Vous savez bien qu'il ne faut pas confondre Y éloquence avec Y élégance et la pureté de la diction. » Fén. « Un juge équitable se plaindra de- ne trouver dans plus d'un morceau très-bien écrit de Racine qu'une élégance qui lui plaît , et non pas un torrent & éloquence qui l'entraîne ; il sera fâché de n'éprouver qu'une faible émotion . et de se contenter d'approuver quand il voudrait que son esprit fût étonné et son cœur déchiré. » Volt. « Un peu d'imagination et de mémoire , un esprit facile , suffisent pour parler avec élégance; mais que de choses entrent dans Y éloquence! le raisonnement et le sentiment , le naïf et le pathétique . l'ordre et le désordre, la force et la grâce , la douceur et la véhémence, etc. » Vauv. « Je n'admire pas Y élégance, lorsqu'elle ne présente que des pensées faibles, et qu'elle n'est pas animée par Y éloquence du cœur et des images. » Id.
ÉLITE, FLEUR. Ce qu'il y a d'excellent, de plus distingué entre des personnes ou des choses * de la même espèce.
Élite, (Y élire, choisir, exprime ce qu'il y a de plus choisi, de préférable, de meilleur; fleur indique ce qu'il y a de plus brillant et de plus agréable.
On dit plutôt Y élite des troupes , c'est-à-dire les soldats les plus braves , les plus aguerris, ceux sur lesquels on peut le plus compter. « David se retira dans un lieu caché du désert avec
Y élite des troupes. » Boss. « Le duc de Guise avait Y élite de la milice de France. » Id. « Ils firent leur retraite par un fossé qu'ils avaient Ipordé de Y élite de leurs arquebusiers. » Id. Il Entreprit de faire une sortie considérable avec Yélite de son infanterie. » Les.
Patrocle, et quelques chefs qui marchent à ma suite, De mes Thessaliens vous amènent Y élite.
(Achille à Iphigénie.) Rac.
a Au lieu de ces levées faites à la hâte , nous aurions [dans l'armée) Yélite du peuple. » Marm:. « Cyrus avait treize mille Grecs, qui faisaient Yélite et la principale force de son armée. »Roll. « Ces braves Lacédémoniens (les trois cents) crurent qu'il convenait à Yélite du premier peuple de la Grèce de se dévouer à une mort certaine.... »
Id. — - Mais on dira mieux la fleur de la jeunesse , c'est-à-dire les jeunes gens les plus remarquables par leur beauté , par leur naissance, par leur po litesse , ou bien encore ceux qui promettent de devenir Yélite ou les meilleurs , comme les fleurs promettent les fruits. « Ces cent jeunes Cretois étaient la fleur de la jeune noblesse qu'ldoménée avait emmenée de Crète. » Fén. « Dès qu'un peuple allié aura une guerre , il faut y envoyer la fleur de votre jeunesse. » Id. a Carbon voulut exiger des otages de toutes les villes.... Ce projet allait mettre entre les mains d'un cruel toute la fleur de la jeunesse de l'Italie. » Roll. « Brutus commença par s'attacher toute cette fleur de la jeunesse romaine qui était à Athènes pour puiser à la source des belles connaissances. » Id. « Dans le court dénombrement que j'ai fait des statuaires anciens, je n'ai choisi que la fleur des plus renommés. » Id. <c Ils pouvaient passer pour la fleur des galants. » Les. « Nous avons vu la fleur des jolies femmes....» Marm. « Ce petit troupeau, qu'on appelle la bonne compagnie, est riche, bien élevé , instruit , poli , et comme la fleur du genre humain. j>Volt.
Voyez-vous pas ces jeunes écuyers, Et cette fleur de loyaux chevaliers? Id.
Fleur se joint aussi particulièrement bien à noblesse. « La fleur de la noblesse , attirée à Paris par le cardinal de Richelieu , formait la cour d'un roi jeune , heureux, galant, magnifique. » Marm. « Il était d'usage, dans ces solennités, de rendre hommage aux dieux par des danses publiques. La fleur de la jeune noblesse s'y distinguait par sa magnificence. » Id. « Vous défendez la liberté, disait Pompée à ses troupes; vous avez pour vous les lois, le sénat, la fleur de l'ordre des chevaliers. » ROLL.
Toutefois, on dit également Yélite et la fleur de la noblesse , de l'armée, de la cour (Mass., Volt., S. S.). L 'élite, c'est toujours ce qu'il y a de plus important, de plus considérable et de la plus grande valeur ; et la fleur , ce qu'il y a de plus marquant, de plus illustre ou de plus élégant. Ainsi, Yélite de l'armée, c'est Yélite des troupes; et la fleur de l'armée , ce sont les officiers. «M. de Savoie étant au milieu de tous les généraux et de la fleur de l'armée , ouvrit sa tabatière en causant. » S. S. La fleur de la noblesse est l'expression naturelle et ordinaire ; Yélite de la noblesse signifie , non plus les plus nobles , mais les plus braves parmi les nobles. « Raoul de Néelle s'avança avec ârois cents chevaux qui étaient Yélite de la noblesse de France. » Boss. « François due de Guise défendait Metz avec Yélite de la noblesse française. » Volt. « Le comte de Coligny mena avec" lui (en Hongrie , au secours de l'empereur) Yélite de la noblesse de France. » Id.
Une seconde différence , c'est qu'élite suppose toujours des individus entre lesquels on choisit; au lieu que fleur donne quelquefois l'idée d'une seule chose ayant des parties dont on prend la plus belle ou les plus belles : fleur de farine. Mme de Sévigné assure à sa fille qu'ayant beaucoup de lettres à écrire , c'est toujours par elle qu'elle commence : « Je vous donne , lui dit-elle , le dessus de tous les paniers, c'est-à-dire la fleur
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
de mon esprit, de ma tête, de mes yeux , de ma plume, démon écritoire, et puis le reste va comme il peut. »
Mais mon maître est fidèle , et son âme est pétrie
De la plus Rnejleur de la galanterie. Regkî.
Enfin , élite se dit toujours de plusieurs hommes considérés par rapport à d'autres ; fleur peut se dire d'un seul. « Cet illustre Victor , la fleur de la noblesse de Marseille. » Boss. ce Saint Ambroise était la fleur des écrivains latins. » In. La fleur des sorciers (Dest.) , un très-grand sorcier.
ÉLOCUTION, DICTION, STYLE. Ces mots regardent les qualités du discours ou les différentes manières de rendre ses pensées.
Êlocution du latin eloqui , parler, et diction , du latin dicere , dire , ont rapport à la manifestation des pensées par la parole. Style, du latin stylus, grec cttuàoç, poinçon dont les anciens se servaient pour écrire , désigne , au contraire , la manière de s'exprimer par écrit. Quand l'orateur a beaucoup de lecture et d'étude, il n'est guère embarrassé de Y êlocution (Roll.), la diction ne lui coûte presque rien (Id.). Chaque écrivain a un style à lui.
Mais cette différence est rarement observée dans l'usage. En parlant des discours d'un orateur, surtout quand ils sont imprimés et qu'ils se lisent, tout comme en parlant des œuvres d'un poëte , par exemple , on dit bien qu'on y remarque une êlocution , une diction ou un style de telle ou telle sorte , qiù présente telles qualités ou tels défauts. En éloquence et en poésie, il importe beaucoup de ne pas négliger V êlocution , la diction et le style. Les charmes de Y êlocution , de la diction et du style.
Êlocution rappelle toujours éloquence , dont le radical est le même , eloqui. C'est le titre de la partie de la rhétorique qui apprend à l'orateur à faire valoir ses pensées par l'expression, à leur donner de l'éclat. Aussi ce mot ne s'emploie proprement que par rapport à l'éloquence et à la poésie, et il emporte toujours une idée d'ornement et de beauté. — « Les ornements , les fleurs de Y êlocution. » Boss. ce La beauté de Y êlocution fait le grand mérite des poètes. » Volt. «Une êlocution éclatante. » Roll. « Faire un vain étalage (Yélocution. » Id. ce L'orateur Curion avait une êlocution abondante et ornée. » Id. « Le genre d'éloquence qu'on appelle le genre tempéré admet toute la parure et tous les ornements de l'art , il emploie les grâces brillantes de Y êlocution et la beauté éclatante des pensées. » Id. « Platon veut que Y êlocution d'un orateur soit quelquefois celle même d'un poëte.» Volt. « Bossuet, un homme dont Y êlocution est ordinairement si élevée. » Lah. « Racine était né avec le sentiment le plus vif et le plus délicat de l'harmonie et de l'élégance , avec la plus heureuse facilité d' êlocution, qualités les plus essentielles à toute poésie. » Id. « La beauté et l'éclat de certains endroits des Ecritures ne viennent point d'une êlocution recherchée et étudiée, mais du fond même des choses qui sont par ellesmêmes si grandes et si élevées qu'elles entraînent nécessairement la magnificence du style. » Roll. « Chaque langue a ses phrases , et l'essence , la
richesse et la beauté de toutes les langues et de Yélocution consistent principalement à se servir de ces phrases-là. » Vaug. a Bu côté de Yélocution , le talent de l'orateur et celui du poëte se touchent. » Marm. ce V êlocution de Platon, dit Quintilien, est d'une beauté divine et comparable àr celle d'Homère. » Id. « Cicéron laisse à l'éloquence des sophistes le luxe de Yélocution et le soin curieux de plaire. » Ld.
Diction rappelle dictionnaire, ou recueil de dictions. Diction se prenait autrefois pour expression, mot : ce Les synonymes sont des dictions qui signifient une même chose. » Labr. La diction concerne les mots considérés matériellement : elle consiste à ne se servir que de ceux qui sont autorisés par l'usage , et , dans leur arrangement, à se conformer aux règles de la grammaire. Ses qualités principales sont la pureté , la propriété , la clarté , et par suite , l'élégance , la simplicité et le naturel. — ce Des discours où la diction est pure , correete , intelligible. » Roll. ce L'esprit du spectateur refroidi a la liberté d'examiner la diction, l'inconvenance, l'irrégularité des phrases, les solécismes. » Volt, ce L'on doit avoir une diction pure, et user de termes propres. » Labr. ce D'Aguesseau était esclave de la plus exacte pureté de diction. » S. S. ce Une diction pure , claire , précise, simple, dégagée, sans équivoque. » Volt. ce La diction dépend de la grammaire. » Corn. ce La clarté et la correction grammaticales appartiennent à la diction. » D'Al. « Ces sortes de fautes font plus de mal que toutes celles de grammaire et de diction. » Lah. ce La diction philosophique est affranchie de la servitude des nombres ; Cicéron la compare à une vierge modeste et naïve qui néglige de se parer. » Marm. ce La clarté , le naturel doivent être les premières qualités de la diction. » Volt. «Dans l'exposition de Bajazet , le lecteur s'aperçoit à peine que les vers sont rimes , tant la diction est pure et facile. » Id. Chaque langue a sa diction particulière , comme son dictionnaire et sa grammaire, ce II a fallu traduire Théophraste selon le sens de la diction grecque. » Labr. ce Je ne suis pas assez fort dans la langue italienne pour juger de la diction (de cette épître dédicatoire). » Mos~ tesq.
V êlocution embellit; la diction signifie, fa comprendre; le style exprime. « Le style n'est que l'expression des idées et des sentiments. » Lah. ce Sans l'accord soutenu de la pensée et de l'expression, il n'y a point de style. » Id. ce Lucien veut que le style et la chose , comme le cavalier et le cheval , ne fassent qu'un et se meuvent ensemble. » Marm. V êlocution et la diction regardent plutôt la forme , elles revêtent la pensée. Le style, à proprement parler, exprime la pensée, c'est-à-dire la fait connaître dans son rapport avec l'esprit qui l'a conçue et avec l'espèce, les nuances et toutes, les variations du sujet. Il n'est pas Yélocution; car celle-ci est essentiellement ornée, et ne se dit que de l'éloquence, et, par extension, de la poésie, sans compter que la beauté qui résulte de l' êlocution , sent un peu l'apprêt, et tient moins que celle du