‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 506 sur 881 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

style , au génie de l'orateur ou à la nature du sujet. Il n'est pas la diction; car celle-ci ne comprend que quelques qualités générales qui sont indispensables dans quelque ouvrage que ce puisse être : au lieu que le style change suivant les esprits des écrivains dont la variété est infinie et suivant mille circonstances attachées au sujet, a La variété du style d'Homère. » Roll. a Au siècle d'Auguste , une foule d'auteurs porta la pureté et l'élégance de la diction à son dernier période par des écrits entièrement différents pour le style et pour la matière. » Id. a Ce qui fait la différence des styles. » Id. a Corneille n'a point changé de style en changeant de genre. » Volt. « Le style varie en quelque sorte à l'infini. » Cond. « Quand l'Écriture parle de Salomon, elle relève son style. » Boss. — Le style se considère aussi relativement à l'impression qu'il produit : il est fort ou faible, a Le caractère de l'écrivain se communique aussi à ses écrits : ses pensées en sont imbues , sou expression en est teinte , et l'énergie ou la faiblesse, la hardiesse ou la timidité , la langueur ou la véhémence du style dépendent plus des qualités de lame que des facultés de l'esprit. » Marm. a On a reproché à Daniel que sa diction n'est pas toujours pure, que son style est trop faible, qu'il n'intéresse pas. » Volt, a II y a beaucoup de fautes de diction dans ces vers de YAgésilas , et le style en est faible. » Id. Style froid (Id.), style languissant (Acad.). — Style a encore cela de particulier qu'il est très-propre à marquer le plus ou moins de soin qu'on met à corriger, à polir. Le style des anciens, qui a été remplacé par la plume , avait un bout aplati dont on se servait pour effacer l'écriture, quand on voulait corriger ou supprimer. « La diction toujours élégante de Racine, son style toujours châtié. » Volt. «Racine, par la pureté de sa diction, par un style aussi soigné que naturel, ennoblit un peu ce petit genre. » Id. « On affecte un style peigné et fleuri, et une élocution éclatante, qui n'a que du son. » Roll.

Si on considère ces mots quant à leur étendue de signification, le style est le genre, Yélocution et la diction sont plutôt des espèces. Vélocution est le style dans l'une des branches de la littérature, savoir l'éloquence, et par suite, une espèce de style , le siyle orné , relevé, ou, comme dit Rollin , la magnificence du style. La diction est la partie du style qui se rapporte au choix et à l'arrangement des mots , et par suite une espèce de style, le style naturel, simple, élégant.

1° ÉLOGE, LOUANGE; — 2° APPLAUDISSE- MENT. Témoignage d'estime.

1° Éloge , louange.

Éloge est un substantif pur, et louange un substantif verbal : à l'un ne correspond aucun verbe dans notre langue, tandis que louange rappelle louer. De là une grande différence.

Eloge signifie plutôt un objet, et louange une action : éloge a plutôt rapport aux choses dites et au sens ; et louange , au fait de les dire et à l'expression. « Il est un petit nombre d'hommes que les éloges font rougir , que la louange déconcerte. » Buff. « Tel se donne naïvement un

éloge, qui ne le recevrait pas d'un autre sans rougir ou sans embarras. Les hommes véritablement louables sont sensibles à l'estime et déconcertés par les louanges. » Ducl. « L'esprit de Dieu sait renfermer en deux mots les plus grands éloges. Quand il lui plaît d'honorer quelqu'un d'une louange , il la rend courte , simple , majestueuse. » Fén. Donner, recevoir, mériter des éloges , appelle toute l'attention sur le sens , sur le contenu des paroles ou des discours, a II mérita de recevoir cet éloge du Sauveur : vous n'êtes pas loin du royaume de Dieu. » Boss.. a II lui refuse Y éloge d'un homme sévère et laborieux. » Labr. Mais donner , recevoir , mériter des louanges ne réveille d'autre idée que celle du bruit, de la renommée, du discours luimême indépendamment du fond. Aussi, dit-on bien, la louange, simplement et sans aucune détermination : être sensible à la louange.

Madame, à bout portant vous tirez la louange, Regn. La louange est un genre d'action ou d'effet qui se comprend de lui-même et abstraction faite des choses qui peuvent s'y trouver mêlées. — En deux mots, éloge est matériel et relatif; et louange , formel et absolu.

Éloge se prend plutôt passivement et annonce une personne qui est l'objet d'une action : louange , au contraire , a plutôt le sens actif et fait concevoir une personne qui agit. A proprement parler, on reçoit des éloges, et on donne des louanges. Vos " éloges signifie , les éloges qu'on vous donne : <t Ma lettre est pleine des éloges de M. Hume. » J. J. C'est-à-dire des éloges que M. Hume reçoit de moi. Vos louanges signifie , les louanges que vous donnez : « Bien loin de me plaindre de votre louange , je vous en remercie. » J. J. Un mauvais éloge est plus propre à faire mépriser celui qui en est l'objet qu'à lui attirer l'estime ; une mauvaise louange est mal tournée, mal présentée, et prouve la malhabileté de celui qui loue. Un faux éloge attribue à la personne qui en est l'objet un mérite qu'elle n'a pas ; une fausse louange est d'un flatteur. Un grand éloge donne une grande idée du héros; une grande louange ou de grandes louanges représente de grands efforts , un grand appareil et une grande pompe de langage. « V éloge fait plutôt briller le personnage qui est loué, et la louange l'orateur ou le poète qui loue. » Roub. — Et pour tout dire en deux mots , Y éloge se qualifie toujours eu égard à celui qui en est l'objet , et la louange eu égard à celui qui la donne : Y éloge doit être vrai, la louange véritable.

L'étymologie confirme cette distinction et y ajoute encore. Éloge vient du latin elogium, qui signifie épitaphe, inscription, titre. L'éloge est un titre : des titres et des éloges (Mass.). « Que j'examine l'épitaphe du tombeau d'un grand , je n'y vois qu'éloges, que titres spécieux, que qualités avantageuses , qu'emplois honorables. » Bourd. Par extension, Yéloge est l'examen et l'établissement des titres de quelqu'un à l'estime ou à l'admiration. Louange vient de louer, qui est synonyme de vanter , exalter , prôner ; en sorte qu'il n'indique pas seulement une ac*

tion , mais une action éclatante , une manifestation , une célébration , une glorification. On dit bien que telle chose fait Y éloge , mais non pas qu'elle fait la louange de quelqu'un : elle le caractérise avantageusement , elle fonde , elle constitue son titre , son mérite , encore qu'elle ne le ferait pas connaître; mais elle ne le vante pas , ne le préconise pas , n'y ayant que les personnes qui soient capables de cette action. Un » homme , par naïveté , comme le dit Duclos, ou dans telle position malheureuse, peut se donner des éloges , mais jamais il ne peut se donner des louanges. — On fait l'éloge d'une personne; on ne dit pas faire sa louange : on fait son éloge, comme on fait son histoire, son apologie, le compte ou le relevé de ses qualités ou de ses défauts /l'inventaire de ses biens. On ne fait pas sa loua7ige , parce que ce n'est proprement que l'expression des sentiments des autres pour elle.

On dit , les louanges de Dieu , chanter les

louanges de Dieu, et non pas Y éloge ou les éloges de Dieu. C'est que dans les hommages que nous rendons à Dieu, ce qui est à considérer, ce qui importe , ce n'est pas le sens des paroles (car nous bénissons Dieu , nous le glorifions en latin , c'est-à-dire dans une langue inintelligible pour la plupart) , ni la détermination des titres ou des mérites de Dieu (car ils sont évidents et incontestables), mais uniquement le fait, l'expression, la profession. Au contraire, ce sont des éloges et non pas des louanges, que demande l'Académie , quand elle propose pour sujet de prix Y éloge d'un grand écrivain.

Une autre différence assez considérable résulte de ce qui précède. V éloge est d'ordinaire plus significatif, suppose plus de titres et de droits pour être loué ; car le mot éloge lui-même désigne un titre et se rapporte à la raison qui fait louer. Louange , au contraire , qui est propre à marquer l'expression, souvent ne marque pas autre chose : en sorte que la louange est un éloge tout en paroles , un vain son. Ce mot , en conséquence , s'emploie surtout au pluriel pour représenter un des effets de l'adulation : donner des louanges, c'est, pour ainsi dire, donner un tas d'éloges. « Idoménée était accoutumé à des louanges, à des empressements et à des complaisances. » Fén. «■ L'artifice des louanges. » Mass. « Le courtisan a une profusion, des torrents de louanges pour l'homme qui est en faveur. » Labr. « Vient-on de placer quelqu'un dans un nouveau poste, c'est un débordement de louanges en sa faveur. » Id. ce Qu'est-ce que la plupart des louanges? des mensonges obligeants, des exagérations officieuses, des témoignages outrés d'une estime apparente. » Bourd. « Une fausseté fort en usage , ce sont les louanges. » Ducl. — « Les uns faisaient du nouveau cardinal ou affectaient d'en faire de grands éloges , et les autres ne lui donnaient que des louanges ironiques. » Les. «Les livres saints, qui ont consacré par des éloges la foi et le courage de tous ces anciens justes (Éléazar et les Macchabées) n'ont donc fait que rehausser par des louanges magnifiques un scrupule vain et puéril? » Mass. « Assurée de nos cœurs, elle ne

cherchait pas nos louanges; vraie, franche, naturelle , la fadeur des éloges lui était à charge. » Id. « Le caractère de cette sorte de poésie (le bouquet) est la délicatesse ou la gaieté. La fadeur en est le défaut le plus ordinaire , comme de toute espèce de louange.» Marm. — L'éloge loue mieux; la louange loue plus, et souvent trop ou sans fondement. V éloge est fort de choses; la louange est forte en paroles et souvent n'est forte qu'en paroles. Aimer les éloges indique plus de solidité d'esprit ; aimer les louanges ne témoigne que de la vanité.

2° Applaudissement.

Applaudissement se distingue à la fois (Yéloge et de louange par les mêmes nuances.

D'abord il a une étendue de signification plus restreinte. Car les objets de Yéloge et de la louange peuvent être très-divers : ce sont , par exemple , les qualités des personnes , aussi bien que leurs actions. Les applaudissements ne s'accordent qu'aux actions et aux discours. Et lors même que les éloges et les louanges se rapportent , comme les applaudissements , à la conduite , à ce qu'on fait ou à ce qu'on dit , ils en diffèrent encore en ce qu'on les donne dans toutes les circonstances, et, par exemple, en l'absence ou après la mort des personnes qui les obtiennent et bien longtemps après les faits; au lieu que les applaudissements se produisent plutôt devant ceux qui agissent ou parlent, et au moment même où ils le font.

Ensuite, Yéloge et la louange s'expriment toujours par la parole et sont supposés avoir leur source dans la réflexion et le discernement de l'esprit; les applaudissements se réduisent quelquefois à des acclamations et à des battements de mains, et ils sont provoqués et pour ainsi dire enlevés par un mouvement subit de plaisir.

Enfin, un caractère distinctif très -important, surtout quand le mot applaudissement est pris au figuré, c'est que les applaudissements ne signifient pas autant ni la même chose que les éloges et les louanges. Ce qui est applaudi est approuvé, et rien de plus. « On voit des opinions nouvelles en théologie reçues avec applaudissement. » Pasg. Ce qui est loué ou reçu avec éloge est vanté , célébré , glorifié. « Des docteurs approuvèrent cet écrit avec éloge. » Rac. Avec applaudissement formerait un pléonasme manifeste. Par Y applaudissement ou les applaudissements nous donnons notre suffrage, nous témoignons notre satisfaction et nous encourageons à continuer, ce Ce que la multitude approuve , nous l'approuvons; ce que l'exemple commun autorise , nous y donnons nos applaudissements et nos suffrages. » Mass. Nos éloges et nos louanges sont plutôt une récompense , un tribut d'estime , de reconnaissance et d'admiration que nous payons après coup au mérite, quel qu'il soit. Des applaudissements et des éloges (Bourd. , Labr. , Volt.), ce La gloire est le partage des inventeurs dans les beauxarts ; les imitateurs n'ont que des applaudissements. » Volt.

ÉLOGE , PANÉGYRIQUE. Discours public ou

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