‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 507 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

pièce d'éloquence à la louange de quelqu'un. Faire, donner, entreprendre, prononcer, entendre un éloge ou un panégyrique.

Le premier de ces mots est latin, le second grec. C'en est assez pour mettre entre eux une notable différence. Éloge appartient au langage commun ; panégyrique est plus noble et particulièrement usité en termes de rhétorique.

On peut faire Yéloge de toutes sortes de personnes, même des plus humbles; on ne peut faire le panégyrique que des personnages illustres, des rois, des princes, des saints. « La vie du père Bourgoing, dont je dois prononcer Yéloge, a été telle que je ne rougirai point de la célébrer en présence des saints autels. Je plains les prédicateurs , lorsqu'ils font les panégyriques funèbres des princes et des grands du monde. » Boss. — L'éloge peut être simple , sans ornement , et plus remarquable par les choses et par les idées que par la forme et le ton : le panégyrique est toujours pompeux et plein d'art : « Il a principalement pour objet l'éclat et la parade.» Roll. a Laissons aux orateurs du monde la pompe et la majesté du style panégyrique : ils ne se mettent point en peine que l'on les entende, pourvu qu'ils reconnaissent que l'on les admire. Pour nous , ornons notre discours de la simplicité de l'Évangile.» Boss. «Je laisse les dons et les mystères qui pourraient relever le panégyrique de saint Joseph. Je veux taire tout ce qui éclate , pour faire Yéloge d'un saint , dont la principale grandeur est d'avoir été à Dieu sans éclat.» Id. Marmontel dit que dans Yéloge de Gaton , Cicéron avait mis de la prudence. Il avait écrit quelques lignes ptus haut : « Cicéron donna les modèles les plus parfaits de l'art de louer grandement : il fît presque en même temps le panégyrique de Caton et la félicitation à César, pro Marcello. »— L 'éloge est plus substantiel et plus instructif; le panégyrique réside davantage dans la forme, est plus vide, et ne tend qu'à faire admirer le héros qu'il célèbre. «Tel est l'abrégé de Yéloge de saint Jean-Baptiste : éloge que vous ne devez pas considérer comme un simple panégyrique de ce saint, mais comme un discours fondamental sur un des points capitaux de notre religion. » Bourd. « Ce caractère de notre saint fera le sujet, non-seulement de son panégyrique , mais de votre instruction et de la mienne; car à Dieu ne plaise que je prétende louer ce saint évêque, uniquement pour le louer et pour l'élever ; son éloge doit être notre édification, et tout ensemble notre confusion. » Id.— Il suffit qu'il y ait dans Yéloge de l'intérêt; le panégyrique demande de la chaleur, de l'enthousiasme , en même temps que de la magnificence.

L'éloge le cède encore en noblesse au panégyrique , en ce qu'il n'est pas , comme ce dernier, entièrement laudatif : il comporte le blâme sur certains points. Ainsi, faire Yéloge de quelqu'un c'est tenir un discours à son avantage , et faire son panégyrique , c'est, suivant l'expression trèsjuste de Voltaire , chanter ses louanges. « Il n'y aurait donc qu'en France qu'il ne me serait pas permis de faire paraître YÉloge de Louis XIV et

de la France ! et cela parce que je n'ai eu ni bassesse , ni la sottise de défigurer cet éloge par de honteuses réticences et par de lâches déguisements. » Volt. « L'histoire ne doit point être un fade panégyrique. » Id. Le contraire de l'éloge est la critique; et le contraire du panégyrique^ la satire. Par conséquent , panégyrique se met bien après éloge comme propre à enchérir sur lui. « Au lieu des invectives et des injures , qu'ils avaient toujours vomies contre lui , ce n'était plus qu'éloges et panégyriques. r> Roll.

Comme, d'un côté , le panégyrique n'admet que le style noble et pompeux , et que , de l'autre , il loue sans restriction , ce mot se prend assez souvent en mauvaise part et implique une idée d'affectation et d'exagération : Panégyriques guindés (Fén.), panégyriques de collège (Bussy). « On fait aujourd'hui des panégyriques où on entreprend de canoniser les morts : panégyriques où les plus lâches sans discernement sont transfigurés eh héros , les plus petits esprits en rares génies. » Bourd. « Si Corneille eût fait attention que tous les panégyriques étaient froids, il en aurait trouvé la cause en ce que.... » Vauv.

Enfin , c'est sous le titre de panégyriques que la rhétorique considère les éloges comme sujets d'éloquence. « Il y a un genre d'éloquence qui est uniquement pour l'ostentation, et qui n'a d'autre but que le plaisir de l'auditeur, comme les discours académiques , certains panégyriques et d'autres pièces semblables.... On trouve pour ce genre de grands modèles dans les oraisons funèbres et dans les discours académiques des modernes. » Roll.

ÉMANCIPER (S'), SE LICENCIER. Sortir des bornes du devoir , de la bienséance ou de la modestie (Acad.); se donner beaucoup ou trop de liberté.

S'émanciper , s'affranchir, manquer à l'observation de certaines lois ou de certaines règles , ou bien à la soumission , au respect qu'on doit à quelqu'un ; se licencier, user de licence , prendre des licences , se permettre ce qui n'est pas permis. S'émanciper exprime une idée purement négative , celle de se soustraire à une obligation, à une dépendance, de secouer un joug; se licencier signifie plutôt quelque chose de positif, une entreprise , un attentat.

S'émanciper, c'est simplement se décharger, se dispenser de quelque chose. On dit très-bien, s'émanciper de l'obéissance qu'on doit à une loi ou à quelqu'un (Bourd.), des lois ou des règles prescrites (Id.), des obligations onéreuses (Id.)., d'une observance (Id.) , d'une certaine dépendance (Id.) , et dans ces locutions se licencier ne conviendrait pas. « Cette facilité des prélats à dispenser (à accorder des dispenses) augmentait de plus en plus l'inclination violente qu'ont Les hommes à s'émanciper. » Bourd. « Au lieu que l'affranchissement des lois humaines passe pour un privilège , le grand privilège de la grâce est d'être incapable de s'émanciper de la loi du Seigneur. » Id. « Quelques-uns de nos meilleurs écrivains ne prennent point garde à cette règle.... Mais si chacun s'émancipait de son côté , les uns à n'être pas si exacts en certaines choses , les

ila

SYNONYMES A RADICAUX DIVERS

autres en d'autres , nous ferions bientôt retomber notre langue dans son ancienne barbarie. » Vaug.

Mais se licencier, c'est précisément faire des actes de licence , de grande liberté , ou de liberté immodérée , se permettre une grande hardiesse. «Nous ne*perdons la connaissance de notre péché (de l'impureté) qu'autant que nous nous licencions à le commettre.» Bourd. «Luther confessa qu'il était allé plus loin qu'il ne voulait; c'est que le caractère de l'esprit de l'homme est de se licencier toujours , quand il a pris une fois l'essor.» Id. Pendant que Moïse était sur la montagne, les Hébreux se licencièrent et se firent des idoles (Id.). « Vaudemont avait pris à Marly une chaise à dos ; quand il y eut accoutumé le monde , qui en France trouve tout bon , à condition que ce soient des entreprises , il se licencia de la garder les soirs pendant le jeu. » S. S. « Je me licenciai à bien représenter à Desmarets les obligations qu'il avait à Chamillart , et je ne le marchandai pas. » Id. « De peur que le peuple, revêtu d'un si grand pouvoir, ne vienne lui-même à se licencier, pour réprimer son insolence et le réduire à son devoir, on créerait un dictateur. » Roll. Mercure dit à Sosie dans Amphitryon :

Quoi! ta bouche se licencie

A te donner encore un nom que je défends ! Mol. Et, dans Psyché, Vénus se plaint de sa jeune rivale , en disant :

On ne balance point entre nos deux mérites ,

A quitter mon parti tout s'est licencié. Id.

Cependant s'émanciper se prend aussi parfois dans le sens positif. Mais alors , il est moins fort que se licencier, si ce n'est en ce qu'il exprime toujours une infraction morale moins grave, au moins en ce qu'il marque moins d'audace, un moindre excès , un moindre emportement. C'est pour cela qu'on dit, s'émanciper un peu (Volt.), s'émanciper trop (Mol.), un peu trop (Id.), tandis que se licencier est absolu et ne comporte pas de degrés. Un ambassadeur qui outre-passe ses pouvoirs s'émancipe (S. S.) , mais il ne va pas jusqu'à se licencier. Une femme ne doit pas permettre qu'on s'émancipe (Les.) ni à plus forte raison qu'on se licencie avec elle. « Notre volonté, ennemie de la sujétion, ne cherche qu'à s'émanciper et à se licencier. » Bourd. « Plus ces âmes tièdes, volages, dissipées, chercheront à s'émanciper et à se licencier, plus elles seront exposées aux mécontentements et aux ennuis. » Id.

EMBRYON, FOETUS. La même idée se trouve exprimée en grec par embryon, Spigpyov, et en latin par fœtus. C'est celle de l'animal dans le sein de sa mère. C'est aussi le sens que ces deux mots ont conservé en français.

Mais quoique, empruntés de langues savantes, ils soient l'un et l'autre des termes techniques usités seulement dans certaines sciences , l'histoire naturelle et l'anatomie , embryon , à cause de son origine grecque , est encore plus éloigné du langage commun que son synonyme fœtus. C'est pourquoi seul il sert à former d'autres termes purement scientifiques, embryotomie, embryogénie, embryologie, embryographie.

De là suivent les différences qu'on peut mettre entre ces deux mots.

Fœtus convient mieux pour désigner le fruit de la femme ou l'enfant , parce que de tous les petits non encore nés des animaux, c'est celui dont il est le plus souvent et le plus naturellement question dans nos discours ordinaires. Par la raison opposée, embryon se dit plutôt en parlant des autres animaux , et surtout de ceux qui ressemblent le moins à l'homme. «Dans les vivipares , et en particulier dans le fœtus humain , les yeux ne sont pas à beaucoup près aussi gros, à proportion, qu'ils le sont dans les embryons des ovipares. » Buff. — Toutes les fois qu'on dit d'une manière absolue, le fœtus, on entend parler de l'enfant dans le ventre de la femme. Et , d'autre part , embryon étant le terme spécial des savants s'emploie pour exprimer des choses qui ne sont pas L'objet des idées ni des discours du vulgaire, comme, par exemple, en botanique , le germe et la semence , en tant qu'ils sont l'ébauche du fruit ou de la plante , ébauche confuse et qui ne peut être saisie que par l'œil subtil de la science.

Cependant cette première différence est rarement observée. L'usage permet qu'on se serve de fœtus et d'embryon pour signifier tous les petits des animaux avant qu'ils voient le jour.

Mais fœtus les représente tels que le commun des hommes les aperçoit et les cite dans ses discours, c'est-à-dire tout formés, et embryon les fait concevoir tels qu'ils sont immédiatement après la conception, c'est-à-dire informes, à l'état rudimentaire , et ne pouvant attirer d'autre attention que celle des savants qui en font l'objet de leurs recherches. On dit plutôt la formation de Y embryon, et la nourriture du fœtus (Buff.). — Par extension, embryon, mais non pas fœtus, marque quelque chose de petit, et, par exemple, un avorton, un très-petit homme, ou quelque chose d'incomplet, d'inachevé. « Je joindrai à cette édition un Essai sur la poésie épique, qui ne sera point la traduction d'un embryon anglais mal formé , mais un ouvrage complet. » Volt. « L'embryon de la religion chrétienne, formé chez les Juifs sous l'empire de Tibère , fut ignoré des Romains pendant plus de deux siècles. » Id. a Dans Milton , le froid et le sec avec le chaud et l'humide, devenus quatre braves généraux d'armée , conduisent en bataille des embryons d'atomes armés à la légère. » Id. Voltaire appelle aussi embryon de tragédie une ébauche de tragédie, c'est-à-dire sa tragédie d'Irène, qui n'était d'abord qu'en trois actes.

La plupart des médecins admettent cette différence, mais sans tomber d'accord sur l'époque précise où les parties de l'animal sont assez développées et assez apparentes pour que l'embryon mérite le nom de fœtus. La formation de l'embryon se produit instantanément au moment de la fécondation ; celle du fœtus s'opère lentement et peut s'observer à mesure que le petit animal prend de la nourriture et de l'accroissement. V embryon du poulet est dans l'œuf, quand l'œuf est pondu et même avant ; le fœtus du poulet ne

me

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