‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 508 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

se forme que dans le temps et par le moyen de l'incubation. « L'effet de l'incubation se borne au développement de l'embryon du poulet qui existe tout formé dans la cicatricule de l'œuf fécondé.... Le troisième jour on aperçoit des veines et des artères sur les vésicules du cerveau... : enfin on voit tout le corps du fœtus, comme enveloppé d'une partie de la liqueur environnante. » Buff. « Près du trentième jour, tout le corps (de l'enfant) s'achève , se parfait , articule , organise , dont il commence n'estre plus embryon, mais capable , comme une matière préparée à sa forme, de recevoir l'âme. » Charr.

On dira bien qu'un fœtus meurt en naissant (Volt.), qu'il a ou qu'il n'a pas d'idées (In.); c'est déjà un petit homme. Mais le mot à' embryon n'est d'usage que pour indiquer le commencement , l'ébauche du fœtus , un point animé et brut où rien n'est distinct , et même quelquefois le germe simplement. « Si le Verbe était caché dans le sein de son père , ce n'était pas en puissance comme l'enfant est dans le germe et dans Y embryon , mais en effet et en acte , comme il , est après sa conception ou sa naissance. » Boss.

ÉMISSAIRE, ESPION. Agent secret au service d'une puissance, d'une cour, d'un prince, d'un général d'armée , d'un chef de parti ou de cabale. L 'émissaire , latin emissarius , envoyé de ou par (e missus) , diffère bien de l'espion : il joue un rôle moins odieux, plus étendu et plus actif. Ce qui prouve d'abord qu'il est moins odieux , c'est que le mot émissaire ne se prend pas aussi essentiellement en mauvaise part que celui d'espion, a On peut quelquefois, pour de bonnes raisons , aller aux sermons des faux pasteurs : c'est ainsi que nos missionnaires mêmes y vont ou y envoient des émissaires de confiance, pour savoir ce qu'on y enseigne et qui mérite d'être réfuté. » Fén. L'émissaire agit quelquefois ouvertement; il n'y a de secret que ses intentions ; ce peut être un négociateur subalterne qu'on n'est prêt à désavouer dans le moment, qu'afin de ne pas compromettre le succès de ses démarches. L'espion se cache toujours ; on ne se doute pas qu'il est là , furetant et écoutant tout ce qui se dit; s'il est découvert, il y va de sa réputation ou même de sa vie , c'est un homme vendu , un délateur , un traître , qui abuse de votre confiance et pénètre dans vos secrets , afin de les révéler.

D'autre part , le métier de l'émissaire n'est pas aussi borné ni aussi passif. L'espion, en latin speculator (de spicere, regarder, épier), épie et rend compte. L'émissaire fait des propositions et des ouvertures , sème des bruits et des alarmes , sonde la disposition des esprits, cherche à les gagner , les tourne , les excite , les soulève et se tient prêt à tout événement. Ce n'est pas seulement un observateur et un rapporteur ; c'est presque toujours un machinateur ou un intrigant. Qui veut savoir se sert d'espions ;tqui veut fomenter se sert d'émissaires. L'espion fournit des renseignements, c'est une sorte d'éclaireur; l'émissaire prépare les événements, le succès des affaires. La police a toujours des espions ; la politique extérieure a quelquefois des émissaires.

« Jean Lion fit entendre au peuple, par ses émissaires , qu'en ruinant les blancs chaperons on détruirait les privilèges. » Boss. « Nos frontières sont pleines d' émissaires du parti (janséniste) , qui font passer avec sûreté , de main en main, tout ce qu'ils veulent (en fait d'écriis) depuis la Hollande jusqu'à Paris. » Fén. « Par ses émissaires secrets , Louis XI souleva les Gantois contre Maximilien. » Id. «Les émissaires, postés en différents endroits sur son passage, excitent la canaille à l'applaudir. » Vaut. « Christiern fit publier une amnistie générale , en forme de manifeste, que les émissaires de l'archevêque répandirent avec soin dans toute la Suède. » Vert. « L'abbé Dubois n'y voulait pas trop paraître , mais il faisait agir et se tenait derrière la tapisserie, d'où il dirigeait ses émissaires. » S. S. « Les chefs du parti détachent des émissaires et tournent les esprits à faire tout ce qui leur convient. » Id. a Par le moyen de leurs émissaires les Perses débauchèrent la plus grande partie des confédérés. » Roll. ce Les émissaires que Cyrus avait à la cour ne cessaient de répandre dans le public des discours qui préparaient les esprits au changement et à la Tévolte. » Id. ce H ne manquait à César que le diadème et le titre de roi qu'il essaya en vain , par ses émissaires , de se faire accorder. » Id. ce Lord Hastings fut sondé par les émissaires de Glocester. » Volt, ce On acceptait ces conditions , quand des émissaires de Hollande vinrent en empêcher l'effet avec de l'argent et des promesses. » Id. ce Les émissaires de Louis XIV fomentaient en Hongrie les troubles de cette province. » Id.

Il est mon complaisant, Mon émissaire; et c'est lui qui répand Par son babil et sa folie utile Les bruits qu'il faut qu'on sème par la ville. Id.

ce Le roi , averti par ses espions du dessein de l'ennemi , se tint en défense. » Boss. ce Cet homme vint offrir à Braminte , de la part du roi ennemi , des biens et des honneurs immenses, s'il voulait lui faire savoir par des espions tout ce qu'il pourrait apprendre des secrets de son roi. » Fén. ce Narbal craignait que je ne fusse découvert par les espions du roi , qui allaient nuit et jour par toute la ville. » Id. ce Ceux dont on avait entouré Julien étaient des espions qui devaient l'observer. » Cond. ce De vils espions à gages étaient chargés ici même d'épier toutes mes paroles pour les empoisonner. » Lah. « Gustave entretenait auprès du prince Christiern des espions , qui l'avertirent que ce prince faisait des levées de troupes. » Vert, ce Louis XIV s'étudiait avec grand soin à être bien informé de ce qui se passait partout.... Les espions et les rapporteurs étaient infinis. « S. S. ce Le régent fit de ce beau magistrat un très-bon espion qui lui rendit compte avec exactitude de tout ce qui se passait de plus intérieur dans le parlement. » Id. ce Joseph traita ses frères d'espions qui venaient pour examiner le pays. » Roll. ce Cambyse envoya des ambassadeurs en Ethiopie, qui, sous ce nom, devaient lui servir à'espions pour s'informer de l'état et de la force du pays , et lui en donner connaissance. » Id. ce Un espion est découvert; on le

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

force d'écrire un faux avis. » Volt. « Il fut avéré que cet espion avait reçu cinquante écus d'or pour rendre compte (aux légats) des secrets du cardinal de Lorraine. » Id.

EMPARER (S), ENVAHIR, USURPER. Se rendre maître, se mettre en possession. Un conquérant s'empare des terres de ses voisins , il les envahit , ou les usurpe ; un tyran s'empare de la souveraineté , il l'envahit ou l'usurpe.

On s'empare de toutes les manières , peu à peu ou tout d'un coup , justement ou à tort ; on envahit brusquement, et on usurpe injustement.

S'emparer est le terme général , il exprime le fait simple ; envahir et usurper sont des termes spéciaux et représentent le fait , l'un comme un coup de main , l'autre comme un attentat.

Envahir, du latin invadere, se jeter sur, à l'improviste , et se répandre , marque une action soudaine. « Son armée eut bientôt envahi leur territoire. » Agad. « Un Etat d'une grandeur médiocre pourrait être d'abord envahi. » Montesq. « On ne les avait jamais vus envahir le bien de leurs voisins, comme des bêtes carnassières affamées. » Volt. « Les Romains passèrent presque subitement de la plus grande simplicité à la recherche des choses de luxe.... Ils s'y portèrent d'abord avec plus d'avidité que de goût... Ils les envahirent avec une sorte de férocité. C'étaient des soldats qui allaient au butin. » Cond. — Envahir ajoute quelquefois à l'idée de la surprise et de la rapidité de l'action celle de l'étendue de l'action. L'envahisseur vient tout à coup , et tout d'un coup il s'empare d'un grand nombre de choses. Voilà pourquoi envahir va si bien avec tout : les Romains avaient le projet ou le dessein d'envahir tout (Montesq.); on peut se liguer pour prévenir une trop grande puissance qui serait en état de tout envahir (Fén.). « C'est ainsi que Henri VIII s'est fait le chef de la religion en si peu de mois en Angleterre, et a envahi les biens immenses des ecclésiastiques de son royaume. » S. S.

Usurper, comme usurpation et usurpateur, signifie particulièrement que l'action est illégitime ou inique. « II y a de faux savants qui usurpent une domination injuste sur les esprits. » Mal. a Ce que Dieu a accordé à son fils par privilège (de juger les hommes), nous l'usurpons impunément et sans titre. » Rourd. « Les jésuites, par un attentat criminel , usurpent l'autorité de* l'Église. » Pasc. ce Les maris usurpent un droit qu'ils n'ont pas. » J. J. « Us détestaient l'imposture par laquelle il avait usurpé la couronne. » Roll. « Philippe n'avait sur ces villes aucun droit par lui-même et les avaient usurpées par une violence ouverte. » Id. « César n'avait plus besoin que de titres qui semblassent légitimer la puissance qu'il avait usurpée. » Id. On dit usurper sur, comme entreprendre sur, attenter sur, empiéter sur, toutes expressions qui désignent un tort fait à autrui , une atteinte à ses droits

EMPHATIQUE , AMPOULÉ , ROURSOUFLÉ ,

GUINDÉ. Qualités défectueuses d'un style qui

affecte une élévation excessive ou déplacée eu

égard au sujet.

Emphatique vient du grec è^ç ocîvw , je mBntre

je fais paraître. Ce mot a d'abord cela de particulier, qu'il se dit primitivement de la manière de parler, et non de la manière d'écrire comme les trois autres : discours, prononciation, ton, déclamation, emphatique. — Ensuite, quand il se dit du style, emphatique marque exagération : exagérations emphatiques (Volt.), éloge emphatique (Lah.), jactance emphatique (Id.). Le style emphatique fait valoir, fait paraître ou briller plus qu'il ne faut les choses que l'on dit. ce Supprimez ce titre emphatique , qui promet trop et qui ne tient rien. » Volt. C'est un début emphatique que celui qui est cité par Boileau :

Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre.

Que produira l'auteur après tous ces grands cris?

La montagne en travail enfante une souris. Boil.

Le style ampoulé , ainsi que le style boursouflé et le style guindé, n'a pas rapport, comme l'emphatique , aux choses dites , et ne consiste pas à les agrandir outre mesure , à en grossir l'importance : il a rappport aux mots eux-mêmes , et consiste à en employer de trop beaux, de trop brillants pour le sujet. Ampoulé dérive du latin ampulla, sorte de vase à large ventre , d'où Horace a formé ampullœ , qui signifie de grands mots. En sorte que le style ampoulé pèche par un excès d'ornements , provenant d'un amas de mots pompeux ou magnifiques. Un style trop fleuri est ampoulé. « On appelle un style , un vers, un discours ampoulé celui où on emploie de grands mots à exprimer de petites choses. » Marm.

Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,

Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.

Boit,

Que devant Troie en flamme Hécube désolée

Ne vienne pas pousser une plainte ampoulée. ..i

Tous ces pompeux amas d'expressions....

Ces grands mots dont alors l'auteur emplit sa bouche

Ne partent point d'un cœur que sa misère touche.

Id.

— Un déclamateur est plutôt emphatique : il lui semble qu'il n'en dit jamais trop pour faire concevoir une haute idée de sa cause. Un poète , un poète novice et inhabile, est plutôt ampoulé : il ne songe qu'au brillant, ce Je ne trouverais pas bon , disait Agésilas , un cordonnier qui chausserait un grand soulier à un petit pied. » ce C'est, ajoute Marmontel , ce que font communément les déclamateurs emphatiques et les poètes ampoulés. »

Boursouflé se dit d'une chose qui a un grand volume , non pas par sa nature, mais parce qu'on a soufflé dedans. A l'égard du style* il exprime une redondance de mots vides de sens et d'idées. C'est le nugœ canorœ des Latins , des riens remplis de vent, sonores, retentissants. « Ces écrivains sont le plus souvent boursouflés et vides. » Lah. ce Ces vers boursouflés sont sonores. » Volt. ce Imaginations boursouflées et chétives qui n'ont été que trop imitées. » Id. « La grandeur romaine ne consista jamais dans de vaines paroles ; elle ne fut jamais boursouflée. ■» Id. ce Ce sont là (dans Crébillon) des expressions un peu boursouflées , qui seraient souffertes dans une ode. » Id. Dans une ode , on a souvent plus d'égards à la forme et à l'harmonie qu'au sens. — D'ailleurs , l'entas-

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