DEUXIÈME PARTIE
sèment des images, des figures , des périphrases , engendre souvent dans le style boursouflé l'embarras et la confusion. « Ce galimatias froid et boursouflé est assez condamné aujourd'hui. » Volt.
Guindé signifie d'abord haussé ou levé en haut avec grand effort , par le moyen d'une machine. Au figuré , et particulièrement quand il est question du style , ce mot rappelle le travail et la peine qu'on s'est donnée pour s'élever. Le style guindé sent la contrainte ; il manque de grâce, il est empesé. « Saint Athanase ne paraît pas s'élever , parce que , sans se guinder ni faire d'effort , partout il se trouve égal à son sujet. » Boss. « Il ne faut pas guinder l'esprit, les manières tendues et pénibles le remplissent d'une sotte présomption par une élévation étrangère. » Pasc. « Les poètes du temps de Marot furent durs et guindés sans noblesse. » Volt.
Il est guindé sans cesse , et dans tous ses propos
On voit qu'Use travaille à dire de bons mots. Mol.
Le style emphatique dorme trop de grandeur aux choses dites, les vante trop : l'ampoule' affecte trop de grandeur ou plutôt de brillant ou de noblesse par les mots qu'il emploie ; le boursouflé est plein de figures outrées ou de mots et de tours harmonieux, ronflants, mais inutiles; le guindé manque de souplesse, de liberté, d'aisance.
Avec de l'enthousiasme, de l'exaltation, de la préoccupation ou du charlatanisme , on court risque d'être emphatique, de ne mettre aucune mesure dans ce qu'on dit de son sujet. De grands écrivains ont eu de l'emphase, et ce mot ne se prend pas absolument en mauvaise part. « Congregatœ, sunt abyssi in medio mari. In medio mari est une circonstance qui a beaucoup d'emphase; elle attache l'imagination et fait concevoir des montagnes d'eau solides dans le centre des choses liquides. » Roll. « En marquant ce passage décisif, on aurait fait entendre d'abord, que le terme être appelé, loin d'être diminutif, était emphatique et confirmatif. j> Boss. — Avec l'ambition de briller , surtout en poésie , on outre les ornements , on devient ampoulé. C'est ce qui arrive d'ordinaire aux rhétoriciens et aux jeunes poètes, a En général, Claudien est encore un de ces versificateurs ampoulés qui, en se servant toujours de beaux mots, ont le malheur d'ennuyer. » Lah. a Et des jeunes gens qui n'ont guère fait qu'entasser des lieux communs ampoulés sur le soleil et la lune , prétendent créer la poésie des«iptive, créer une langue inconnue à Boileau et à Racine! » Id. «Brébeuf, Yampoulé traducteur de Yampoulé Lucain. » Volt. — Que si Yampoulé vise au beau , le boursouflé vise au grand, au sublime; et comme l'éclat de Yampoulé n'est que de l'enluminure . la grandeur du boursouflé est hors de nature , est factice , gigantesque ou amphigourique, ce En commentant Corneille, je deviens idolâtre de Racine; je ne peux plus souffrir le boursouflé et une grandeur hors de nature. » Volt. « La tragédie nous présente des êtres gigantesques, boursouflés, chimériques. » J. J. Dans un accès de mauvaise humeur, Voltaire appelle Pindare « l'inintelligi-
ûe. »
ble et boursouflé Thébain qu'on dit sublime. « Quand Roucher tend au sublime , il est boursouflé. » Lah. a On trouve dans Mascaron un amas d'hyberboles gigantesques , de spéculations fantastiques , de phrases boursouflées. » Id. — Tout écrivain est guindé quand il laisse voir qu'il s'est mis à la gêne , qu'il s'est torturé en quelque sorte pour s'élever. « Du temps même de Malherbe, de Balzac et de Corneille, le style noble était trop guindé , et ne se rapprochait pas assez du familier décent, qui lui donne du naturel. » Volt, a Quel style épistolaire que celui de la Nouvelle Eéloïse l qu'il est guindé! que d'exclamations ! que d'apprêts ! » J. J.
Des discours sont proprement emphatiques (Acad., Volt.) ; des mots, ampoulés (Volt., J. J.); des images, boursouflées (Volt.). Il n'y a pas de chose dont guindé se dise spécialement; mais l'idée d'effort particulière à ce mot lui donne une nuance tout à fait distinctive.
EMPIRE, ROYAUME. Noms qu'on donne à différents États qui ont des princes pour chefs.
Empire, latin imperium, à'imperare, commander, exercer le pouvoir, désigne un État dont le chef commande simplement ; et royaume , regnum , de regere , régir, diriger, guider, un État à la tête duquel est un prince qui le régit ou l'administre. V empire est composé de peuples divers , gouvernés par des lois fondamentales différentes, quoique tous soumis à l'autorité ordinairement militaire d'un supérieur général : le rogaume, au contraire*, est formé d'une seule nation; il se distingue par l'unité du gouvernement , et les lois fondamentales y sont partout les mêmes. A l'époque où l'État romain n'était qu'un royaume , il se réduisait à un seul peuple. Mais quand il prit et porta le nom d'empire , il avait rangé sous son obéissance d'autres peuples étrangers qui, en devenant membres de cet État , ne cessèrent pas d'être des nations distinctes. La même différence est sensible entre Y empire d'Allemagne , que Charles-Quint obtint par élection , et le royaume d'Espagne , qu'il possédait par droit de naissance. Alexandre avait un royaume, celui de Macédoine, et un empire, c'est-à-dire, outre la Macédoine, tous les pays qu'il avait conquis, ce Vous avez vu le partage de Yempire d'Alexandre, et la ruine affreuse de sa maison. La Macédoine , son ancien royaume , fut envahie de tous côtés. » Boss.
L'empire, admettant plusieurs peuples, est plus vaste que le royaume. Une ville avec un territoire de quelques lieues suffit pour faire un royaume. Tels furent les royaumes fondés par Phalante et par Idoménée dans la grande Grèce (Fén.). L'empire n'est jamais si borné , et d'ordinaire, en parlant de l'antiquité surtout, il est le fruit de la conquête, ce Cyrus , ayant conquis le royaume des rois de Babylone par les forces réunies des Mèdes et des Perses , il paraît que le grand empire dont il a été le fondateur a dû prendre son nom des deux nations. » Boss. ce Combien de nations , combien de royaumes , combien d'empires J. C. n'a-t-il pas attirés à lui? » Bourd. Il ne donnerait ou ne ferait pas cela four un empire, dit plus que il ne donnerai*
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
ou ne ferait pas cela pour un royaume. — Par suite , le mot d'empire est , en général , plus grand , plus noble que celui de royaume. Bourdaloue dit à Louis XIV, à la fin d'un sermon : « Ces succès éclatants font de votre royaume le plus florissant empire du monde. »
Plusieurs royaumes peuvent être compris dans un empire ou être formés de ses débris. « Nous ayons très-peu de choses certaines touchant le premier empire des Assyriens.... On voit durer trop longtemps les petits royaumes dont il le faudrait composer. » Boss. « L'empire d'Alexandre et celui des Romains s' étant formés de plusieurs royaumes , nous jugeons qu'il en a été de même de celui d'Assyrie. » Cond. « Charlemagne partage ces vastes provinces qui composent son empire , et qui étaient autant de royaumes, entre ses trois fils. » Vert. « Les royaumes formés du débris de Yempire d'Alexandre. » Boss. « Les royaumes sortis du débris du. premier empire des Assyriens. » Id. « Ce grand empire (Yempire romain) , qui a englouti tous les empires de l'univers , et d'où sont sortis les plus grands royaumes du monde que nous habitons. » Id. a Un empire (l'empire romain) , tout détruit qu'il est , attirera toujours les regards de vingt royaumes élevés sur ses débris et dont chacun se vante aujourd'hui d'avoir été une province des Romains et une des pièces de ce grand édifice. » Volt. a Des débris de ce vaste empire (d'Assyrie) se formèrent trois grands royaumes. » Roll.
Les enfers sont appelés poétiquement le royaume des ombres ou de la nuit (Fén.), c'està-dire que les ombres et la nuit y régnent, en sont en possession , comme un roi de son royaume. C'est aussi le royaume de Pluton (In); mais on le nomme V empire de Pluton, quand on veut , ou en faire concevoir la vaste étendue , ou représenter le dieu qui y règne comme redoutable , comme y exerçant un pouvoir et y donnant des ordres rigoureux, ce qu'on ne peut dire ni des ombres ni de la nuit. « Télémaque' entendit Yempire souterrain mugir. » Fén. « Il dit à Pluton : Je viens vous demander si mon père est descendu dans votre empire. » Id.
EMPIRE, RÈGNE. Ces deux mots signifient un pouvoir de gouvernement ou de souveraineté.
Mais empire a pour accessoires les idées de puissance et d'étendue, comme on le voit par ses autres acceptions, suivant lesquelles il est synonyme de domination et d: 'autorité , d'une part, et de royaume ou d'État, d'autre part. Règne, d'où vient le verbe régner , n'a rien de distinctif que son rapport à la durée , au temps pendant lequel le souverain, le chef de l'empire ou du Toyaume , règne , exerce le pouvoir. « Un empire est plus ou moins puissant ou vaste ; un règne est plus ou moins long. On dit Yempire de J. C. sur tous les peuples , et son règne éternel (Boss.). Il restait encore , du temps de Tibère , des monuments qui marquaient l'étendue de Yempire de Sésostris (Id.î ; de grands ouvrages ont rendu le règne de Salomon immortel (Id.).
L'empire est une chose; on le reçoit, on le perd , on y associe quelqu'un ou on l'en dépouille. Le règne est une époque, quelque chose
de purement temporel ou chronologique ; il commence , il finit , il dure tant d'années , et il est remarquable par les événements qui s'y passent , glorieux, paisible, orageux, etc. « On voit dans l'Apocalypse le règne de J. C. avec ses saints qu'il associe à son empire. » Boss. a C'est de là que les protestants concluent que le règne de l'Antéchrist commence alors.... La prostituée ne peut donc être autre chose que la ville de Rome pillée , dépouillée de ses provinces et de son empire par Alaric et les autres rois. » Id. a Ce n'est ni les longs règnes , ni leurs fréquents changements , qui causent la chute des empires , c'est l'abus de l'autorité. » Gir.
Empire est le mot propre en parlant des peuples : Yempire des Assyriens, Yempire des Perses , Yempire des Romains. C'est qu'on les peut considérer et qu'on les considère sous le rapport de leur puissance , qui , un moment , a tout éclipsé , tout subjugué, tout réglé souverainement, et s'est étendue plus ou moins loin. A l'égard des princes, on doit préférer le mot règne, qui les représente comme ayant occupé le trône de telle année à telle autre. Sous le règne de Gallien, Dieu fit fondre sur Yempire romain tout ce qu'on peut endurer de calamités (Boss.). « L'époque glorieuse de Yempire des Babyloniens est le règne de Nabuchodonosor ; celle de Yempire des Perses est le règne de Cyrus ; celle de Yempire des Grecs est le règne d'Alexandre; et celle de Yempire des Romains est le règne d'Auguste. » Gir. « Ctésias écrivit l'histoire des Assyriens et des Perses en vingt-trois livres. Dans les six^premiers, il traitait de l'histoire d'Assyrie , et de tout ce qui y était arrivé avant Yempire des Perses ; et depuis le septième jusqu'au treizième inclusivement, il rapportait tout ce qui regarde les règnes de Cyrus, de Cambyse, du Mage, de Darius et de Xerxès. » Roll.
Le mot d'empire s'applique bien au gouvernement domestique , au lieu que celui de règne est exclusivement réservé pour le gouvernement public : Yempire des pères , des maris, et jamais le règne. C'est qu'il s'agit ici d'exprimer la manière plus ou moins absolue et plus ou moins étendue donfest exercée une puissance , et point du tout le temps plus ou moins long pendant lequel on l'exerce.
Au figuré , la différence est palpable , et entièrement conforme ou plutôt identique à celle qui vient d'être reconnue au propre. On dit Yempire de la vertu , de la raison , de la mode , des préjugés, des arts, etc., pour marquer leur domination plus ou moins forte et plus ou moins étendue : Qui peut se soustraire à Yempire des préjugés ? Mais on dit le règne de la vertu , de la raison, de la mode, des préjugés, des arts, etc., lorsqu'on veut parler du temps pendant lequel ils sont en honneur, en crédit, en vogue, et gouvernent, pour ainsi dire, les hommes : Quand finira le règne des préjugés ? Quand arrivera celui de la vérité ?
EMPLOI , MINISTÈRE , CHARGE , OFFICE , FONCTION. Partie ou branche de service confiée ou accordée à quelqu'un.
Emploi marque l'application à un certain tra-