‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 512 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

plus grands d'entre les hommes (les philosophes) sont si basses et si puériles!» Pasc. «Les détails , dans Hérodote , dégénèrent souvent en simplicités puériles , plus propres à gâter le goût de la jeunesse qu'à le former. » J. J. — « Les plus grands hommes du paganisme ne parlaient qu'avec respect des superstitions de l'idolâtrie , dont ils connaissaient la. puérilité et l'extravagance. » Mass. «Ces puérilités absurdes (des Éléates) sont abandonnées aux sophistes. » Barth. a On a de la peine à croire que dans les écoles d'Athènes on daignait entendre de semblables puérilités. » Marm. « Dans ce dialogue on trouve les meilleurs principes mêlés avec beaucoup de puérilités. » D'Ag. « Que dirait Socrate de l'éducation publique qu'on donne à notre jeune noblesse, des puérilités dont on se plaît à la nourrir, comme si on n'avait rien de bon à lui apprendre ? » D'Al.

ENFIN, À LA FIN, — FINALEMENT. L'idée de fin est commune à ces trois mots.

Pour ce qui concerne d'abord enfin et à la fin. le premier a rapport au discours , le second aux choses. Enfin, en fin, c'est-à-dire en finissant, pour finir, pour conclusion, en un mot, bref, pour arriver tout de suite à la fin de mon dire ou de mon récit. « Car enfin que pouvait-il faire?» Ac An.

Je ne sais pas pourquoi, mais<?re/mje soupire. Regn. Après avoir soutenu qu'on ne peut se passer de la mythologie dans les poèmes , et que vainement on pense faire agir Dieu , ses saints et ses prophètes comme les dieux éclos du cerveau des poètes , Boileau ajoute :

Et quel objet enfin à présenter aux yeux

Que le diable toujours hurlant contre les cieux! A la fin, vers ou sur la fin (de la chose) , au bout, sert à marquer que la chose ou la personne même finit, a fini ou finira par faire telle chose. « A la fin il est convenu de tout. » Acad. « Les empereurs prétendaient qu'à la fin les religions s'uniraient. » Boss. « Vous connaîtrez à la fin que vous avez parié pour une chose certaine et infinie. » Pasc.

Mais enfin se prend aussi , comme à la fin , dans le sens objectif ou en relation avec les réalités. Ce qui le distingue alors, c'est que ne renfermant pas l'article, comme à la fin, il n'exprime rien de remarquable ou de saillant. — Enfin , c'est-à-dire en dernier lieu, opposé à d'abord. C'est l'expression ordinaire. « Il arrive quelquefois que des personnes qui aiment extrêmement de certaines viandes , viennent enfin à en avoir horreur. » Mal. « Cette coutume de juger les rois après leur mort faisait entendre aux rois que, si leur majesté les met au-dessus des humains pendant leur vie, ils y reviennent enfin quand la mort les a égalés aux autres hommes. » Boss. ce Abadie, jésuite, puis janséniste, puis protestant, voulut faire enfin une secte. » Volt, «e Satellites autrefois de Saturnin , puis de Sulpicius , ensuite de Marius et de Damasippe, et enfin de Lépidus. » Roll. — Mais à la fin s'emploie quand on veut insister , quand il s'agit de choses qui viennent lentement , à la longue , après une longue attente, ou malgré beaucoup d'opposi-

tions , de difficultés ou de peine. Dans la première édition du Dictionnaire de V Académie on définissait à la fin par après bien du temps, « Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse. » Acad.

Je chante les combats, et ce prélat terrible Qui, par ses longs travaux et sa force invincible, Dans une illustre église exerçant son grand coeur, Fit placer à la fin un lutrin dans le chœur. Bon,. Le plus charmant objet a la fin nous ennuie. Regw. ce Me répondras-tu à la fin? » Id. «Ménalque a affaire à un fâcheux , à un homme oisif , qui se retirera à la fin, il l'espère et il prend patience. » Labr. a C'était pour forcer ma mémoire à prendre de la capacité que je m'obstinais à cette étude. Il fallut l'abandonner à la fin. » J. J. a La vraie bonté et la vraie vertu triomphent de tout à la fin. » Volt, ce Polybe a très-bien conclu que Carthage devait à la fin obéir à Rome par la seule nature des deux républiques. » Boss.

Finalement , en fin ou à la fin finale , est peu usité , même dans le langage familier , où il convient le mieux. Il a cependant une nuance particulière. Je vous prierai finalement de rester chez vous. Finalement, c'est-à-dire définitivement et sans retour. Nos comptes sont finalement arrêtés. « Jésus -Christ a obtenu cette grâce aux élus , que leur foi ne défaillît pas à jamais et finalement. » Boss.

ENFUIR (S), S'ÉCHAPPER, S'ÉVADER, S'ES- QUIVER , SE SAUVER . Se tirer et s'éloigner d'un certain lieu.

On s'enfuit à toutes jambes : s'enfuir est relatif à la vitesse , à la promptitude , à la précipitation avec lesquelles on s'en va ou on décampe. Le temps s'enfuit; nos faux amis, quand ils nous voient malheureux, s'enfuient; l'enfant prodigue s'enfuit de la maison paternelle. « Antiochus se montra dans la Grèce avec une petite partie de ses forces.... Il fut battu et s'enfuit en Asie. » Montesq. « Bias se rencontra à Priène lors de la prise et du sac de cette malheureuse ville : tous les citoyens emportaient tout ce qu'ils pouvaient et s'enfuyaient dans les lieux où ils croyaient pouvoir se mettre en sûreté. » Fén.

Leur résistance (des rats) fut vaine;

Il fallut céder au sort :

Chacun s'enfuit au plus fort

Tant soldat que capitaine. Laf

On s'échappe des mains , des mains qui ont pris ou qui menacent de prendre , afin de n'être plus au pouvoir de ce qui a saisi et retient , ou afin de se mettre hors d'atteinte de ce qui poursuit. Un prisonnier s'échappe, un voleur surpris cherche à s'échapper : l'un sort de l'endroit où le détiennent ceux qui se sont emparés de lui , l'autre veut éviter d'être arrêté par la police et détenu dans un endroit pareil, a On le retint quelque temps , mais enfin il s'échappa. » S. S. « Je vous recommande de ne le point laisser sortir de vos mains ; car parfois il veut s'échapper. »Mol. «On la voyait faire des efforts pour s'échapper des mains d'une femme qui la retenait. » Les. Arrête! arrête! attrape!

—Ah 1 c'est mon prisonnier, sans doute, qui s'échappe.

Rac.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

On peut des plus grands rois surprendre la justice : Incapables de tromper, Ils ont peine à s'échapper Des pièges de l'artifice. Id.

« Ils étaient une douzaine de possédés après mes chausses; et j'ai en toutes les peines du monde à m' échapper de leurs pattes. » Mol.

On s'évade furtivement, en secret. Arnolphe dit à Agnès dans YÉcole des femmes :

Et vous savez donner des rendez-vous la nuit Et pour suivre un galant vous évader sans bruit.

Mot. Ils attendent la nuit pour s'évader ensemble. Dest. a Nous nous évadons sans être aperçus. » J. J.

On s'esquive adroitement. « Je m'esquivai en baissant la tête. » J. J.

Je me suis doucement esquivé sans rien dire. Mol. On se sauve d'un grand péril , d'un danger de mort, en pourvoyant à son salut. Se sauver pour n'être pas pendu (J. J.). Saùl envoya ses gardes dans la maison de David pour le tuer.... David s'enfuit donc et se sauva. » Volt.

Les princes (des rats) périrent tous.

La racaille , dans des trous, Trouvant sa retraite prête , Se sauva sans grand travail. Laf.

a Les Romains entreprirent dé faire périr Annibal. Ce grand capitaine , réduit à se sauver de son pays, remua l'Orient contre eux. » Boss.

Ah! monsieur, évitez sa rage furibonde,

Sauvez-vous. Regn.

« Diogène le Cynique , fils d'Isécius , banquier, fut accusé d'avoir fait de la fausse monnaie avec son père. Isécius fut arrêté et enfermé dans une prison où il mourut ; Diogène prit l'épouvante et se sauva à Athènes. » Fén.

ENGAGER, OBLIGER. Imposer une sorte de contrainte en vertu de laquelle on est tenu à certaines choses , on ne peut s'en dispenser.

Engager signifie quelque chose de moins fort, de moins rigoureux , une convenance plutôt qu'un devoir proprement dit , ce qu'il faut faire plutôt que ce qu'on doit faire. Un bienfait reçu nous engage envers le bienfaiteur; notre parole donnée, ou mieux encore un contrat, nous oblige. L'Église engage les fidèles à communier aussi souvent que possible , et elle les oblige, toutes les fois qu'ils le font , à purifier leur âme par la pénitence (Bourd.).

Ce qui engage peut être un simple besoin , une exigence de la nature ou des circonstances ; au lieu que ce qui oblige est plus ordinairement de nature morale. Ce qui nous engage à une chose nous en fait une nécessité ; ce qui nous y oblige nous en fait un devoir. « Nous oserons ici pour la première et la dernière fois parler de nous à nos lecteurs. Les circonstances nous y engagent, et la reconnaissance nous y oblige. » D'Al. « Ce qui engagea principalement les Athéniens à condamner Miltiade fut son mérite et même sa grande réputation, qui fit craindre au peuple qu'il ne voulût devenir tyran à Athènes.... L'attachement inviolable d'Aristide à la justice l'obligea en plusieurs occasions de s'opposer à Thémistocle. » Roll.

ENGENDRER , ENFANTER , ACCOUCHER. Donner naissance.

Engendrer a la signification la plus étendue. Il se dit même des choses : telle nourriture engendre des vers ou des humeurs ; les géomètres font mouvoir le point pour engendrer la ligne, la ligne pour engendrer la surface, et la surface pour engendrer le solide (Cond.). Quant aux animaux, ils engendrent aussi bien que l'espèce humaine , et, parmi les animaux, les mâles aussi bien que les femelles , tout comme , dans l'espèce humaine , les maris aussi bien que les femmes. Les femmes seules sont dites proprement enfanter et accoucher, a Le fœtus ou l'embryon , c'est-à-dire l'animal qui se forme, est engendré d'autres animaux déjà formés et vivants. » Boss. « Plusieurs personnes ont été persuadées qu'une sole pouvait engendrer une grenouille. » Volt. « Le mulet n'a pas le pouvoir à' engendrer. » Ip.

Le coursier d'Adonis , né sur les bords du Xanthe, Ne peut plus retenir son ardeur violente : Une jument d'Ida Yengendra d'un des vents. Laf. a Le mot de fils de Philippe signifie celui qui a été engendré par Philippe. » P. R. « Des parents goutteux engendrent des enfants sujets à la goutte.» Mal. — D'ailleurs, engendrer signifie plutôt la conception, ou une formation intérieure, que la production ou la mise au dehors. « Le Père engendra le Verbe éternel en luimême. » Boss.

Enfanter est un mot abstrait qui signifie d'une manière générale , sans aucun rapport à l'époque et au travail de la délivrance, le fait d'une femme qui met au monde un enfant. « Pourquoi une vierge ne peut-elle enfanter ? » Pasc. « Si une vierge devait enfanter, il était convenable qu'elle n'enfantât qu'un Dieu. » Boss. « Les filles ont-elles pu être enceintes de la façon des singes et enfanter des animaux métis? » Volt. « Pourquoi Sara s'est-elle mise à rire en disant : Puis-je enfanter étant si vieille ?»Id. « La Terre enfanta les géants. » Marm. « Lorsque Rome fut vaincue elle-même , il sembla que la terre eût enfanté de nouveaux peuples pour la détruire. » Montesq. — Que si toutefois on dit , en ayant égard, à l'événement final, les douleurs de l'enfantement, et enfanter avec douleur , c'est par exception et uniquement dans le style élevé de l'Ecriture , ou par allusion à la malédiction de Dieu sur la femme. «C'est la malédiction de notre nature, qu'on ne peut enfanter qu'avec douleur. » Boss.

Accoucher est un mot vulgaire qui exprime précisément , avec toutes ses circonstances, d'une manière concrète, l'opération par laquelle une femme arrivée au terme de sa grossesse , et par conséquent couchée ou alitée , met au monde le fruit qu'elle porte. « Pourquoi ne laisseriez-vous pas Mme la vidame accoucher à Chaulnes, où elle aura les secours nécessaires ? » Fén. « Tout ce peuple fait des efforts inutiles , semblables à ceux d'une femme dont l'enfant est prêt à sortir , et qui n'a pas assez de force pour accoucher. » Boss. a Quand on entend les cris d'une femme en travail , qui sont médiocres et languissants , on dit : elle n'accouche pas encore.» In. ce Guillaume le Conquérant était gras et replet; Philippe Ier demandait un jour, en se moquant, quand il accoucherait: le prince lui fit dire

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