‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 514 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

antagoniste. » Volt. Voltaire était l'antagoniste de Crébillon (d'Al.). Sylvestre de Priène était le grand antagoniste de Luther (Boss.). D'Alembert appelle le grand Bossuet l'illustre antagoniste de Fénelon dans la querelle du quiétisme. « Qu'a fait un des antagonistes de l'Encyclopédie? Il a prétendu que.... Ce n'est pas l'Encyclopédie, c'est son ridicule adversaire qui accuse saint Augustin d'inconséquence. » D'Al.

En parlant de Dieu, et dans le langage des sciences , on se sert plutôt d'antagoniste , à cause de sa noblesse, même alors que , pour le sens , adversaire semblerait devoir être préféré. « L'Etre éternel ne peut avoir d'antagoniste qui l'arrête. » Volt. La force centrifuge a pour antagoniste la force centripète (Id.).

ENQUÉRIR (S'), S'INFORMER. Agir pour se procurer la connaissance de quelque chose.

S'enquérir vient du latin inquirere , rechercher avec soin, chercher à découvrir. S'informer c'est prendre des informations , demander des nouvelles, chercher simplement à apprendre. Donc , s'enquérir dit plus que s'informer.

On s'informe en passant , sans grande ardeur , par bienséance , par pure curiosité , sans être bien intéressé à savoir, et de choses aisées à connaître. C'est ainsi qu'on s'informe des nouvelles de quelqu'un (Sév. , Mol.), de l'état de sa santé (Les.), a Un homme du monde passe sa vie à de frivoles amusements , à s'informer de ce qui se dit et à contrôler ce qui se fait. » Bourd. « A peine ai- je eu le paquet dans les mains que, sans payer le port , sans m'en informer , je suis sorti comme un étourdi. » J. J. — Au contraire, on s'enquiert avec diligence, empressement, examen, de choses dont la connaissance importe beaucoup et n'est pas facile à acquérir. On s'enquiert d'une personne qu'on doit épouser (Boil.) ; des parents s'enquièrent de la conduite d'un enfant, oc Enqué- ?ez-vous diligemment des Ecritures. » Fén. a Louis XI s'enquit avec grand soin de ceux qui l'avaient ôté de la fenêtre , et les chassa tous. » Boss. ce Saint Paul défend de s'enquérir scrupuleusement si une viande a été immolée ou non. » Id. « Les gens de Dan, sachant que la Michas avait chez elle un prêtre , un voyant , un devin , un rhoé , s'enquirent de lui si leur voyage serait heureux, s'il y aurait quelque bon coup à faire.» Volt. «Lorsque Tarquin voulut bâtir le Capitole, il trouva que la place la plus convenable était occupée par les statues de beaucoup d'autres divinités : il s'enquit par la science , qu'il avait dans les augures , si elles voudraient céder leur place à Jupiter. » Montesq.

a J'aime , me dit Aurore , un jeune cavalier , nommé don Luis Pacheco. J'ignore de quel caractère il est. C'est de quoi je voudrais bien être instruite. J'aurais besoin d'un homme qui s'enquit soigneusement de ses mœurs, et qui m'en rendît un compte fidèle. Je fais choix de vous.... La demeure d'un cavalier tel que don Luis ne fut pas difficile à découvrir. Je m'informai de lui dans le voisinage. » Les.

1° ENTENDEMENT, INTELLIGENCE, CONCEP- TION; - 2° RAISON, JUGEMENT, SENS, BON SENS ; - 3° ESPRIT , GÉNIE. Dans le sens absolu

et philosophique, ces mots expriment les facultés de notre âme auxquelles se rapportent nos opérations mentales. Dans le sens relatif et commun , ils désignent des qualités dont chaque homme possède plus ou moins, ce qui l'élève plus ou moins au-dessus des animaux; car, c'est quand une personne a quelqu'une de ces qualités à un degré éminent, qu'on dit d'elle qu'elle n'est pas bête ou qu'elle n'est pas une bite.

Mais tous ces mots se ramènent aisément à trois chefs. D'abord, il y a une différence assez grande entre l'entendement, l'intelligence et la conception d'une part, et la raison, le jugement, le sens et le bon sens d'autre part. Les premières de ces facultés , nos facultés intellectuelles , ont rapport à l'instruction : par elles nous comprenons. Les autres, nos facultés rationnelle et judiciaire, ont rapport aux affaires et à la pratique : par elles nous déterminons ce qu'il faut croire, et ce qu'il faut faire, nous pensons et nous agissons droitement ; aussi emportent-elles nécessairement l'idée de rectitude : une raison droite , un jugement ou un sens droit; elles supposent des règles auxquelles on se conforme. — Sans entendement, sans intelligence et sans conception, on a peu d'aptitude pour apprendre , on a besoin de beaucoup d'explications ou d'éclaircissements. Quand on manque de raison, de jugement, de sens ou de bon sens , c'est un défaut tout autrement grave pour les conséquences; on est incapable de se bien conduire, on a besoin de conseils, on ne prend pas soin ou on n'a pas le talent de régler ses croyances et ses démarches, de décider ce qui convient et ce qui ne convient pas , d'apercevoir et de balancer les avantages et les inconvénients des choses, de prévoir les fautes à éviter, de calculer les meilleurs partis à prendre» Avec beaucoup d'entendement, d'intelligence et de conception , on parvient à savoir beaucoup , à réussir, par exemple, dans l'étude des sciences. Avec beaucoup de raison, de jugement, de sens et de bon sens , on a l'avantage de la solidité et de la sagesse , on pense sainement et on agit comme il faut. — Les animaux ne sont pas totalement dépourvus d'entendement, d'intelligence et de conception: ils se font certaines idées des choses; ils paraissent comprendre jusqu'à un, certain point les leçons de la nature et les nôtres. Mais ils n'ont absolument ni raison , ni jugement , ni sens , ni bon sens ; car n'ayant ni règles à suivre, ni conduite à tenir , ils ne réfléchissent pas , ils ne savent pas prévenir et éviter les excès, ils n'examinent pas les rapports de leurs pensées et de leurs actions avec des règles ou des lois primitives. — Enfin , les enfants donnent de trèsbonne heure des preuves d'entendement, d'intelligence et de conception; la raison, le jugement, le sens et le bon sens ne se montrent que plus tard , ils sont plutôt l'apanage de l'âge , de l'expérience et de la réflexion.

Quant à l'esprit et au génie , ce sont des facultés productrices. Avec de l'esprit et du génie, on se fait remarquer par ses œuvres, on crée, on compose : un trait d'esprit, un trait de génie; on dit de l'esprit et du génie qu'ils sont féconds et inventifs.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

Un enfant a de V entendement, de l'intelligence et de la conception; un personnage grave et éclairé, un homme de bon conseil, a de la raison, du jugement , du sens ou du bon sens ; un auteur ou un artiste a de l'esprit ou du génie. — Avec peu d'entendement, d'intelligence et de conception, on est borné ; avec peu de raison , de jugement , de sens et de bon sens, on est un esprit faux, ou bien une tête légère et sans cervelle , on est presque absurde et extravagant ; avec peu d'esprit ou de génie, on est stérile, sans originalité, presque incapable de rien tirer de son propre fonds , en un mot un pauvre esprit.

Notre faculté générale de connaître a reçu différents noms. La plupart des philosophes , surtout dans les temps modernes , lui ont donné celui d'entendement ou d'intelligence : c'est que, préoccupés de la question de l'origine des idées , ils n'ont guère considéré notre âme , sous le rapport de la connaissance, que comme s'instruisant , comme recevant les manifestations des choses et recueillant des idées. D'autres ont préféré le mot de raison : ils ont appliqué au tout le nom de la partie la plus excellente , c'est-à-dire de la faculté qui nous guide, nous indique la bonne voie, nous empêche de nous égarer, et nous met en communication avec Dieu par les règles immuables du vrai , du bien et du beau. Mais , dans le monde , c'est le mot esprit qui a prévalu , parce que la faculté mentale qui frappe le plus le commun des homnes , c'est celle qui se produit par des effets , par des œuvres , dans les sciences, dans les arts, dans les lettres ou dans le discours.

1° Entendement, intelligence, conception. Faculté ou qualité qui nous rend capables d'instruction , qui fait que nous comprenons ou saisissons les objets, ce qui nous est soumis, exposé, enseigné.

Mais , d'abord , entendement et intelligence ont beaucoup de ressemblance entre eux, et diffèrent notablement de conception ; ils sont plutôt absolus que relatifs ; ce sont plutôt des termes de philosophie : l'entendement humain , l'intelligence humaine. Voici ce qui les distingue l'un de l'autre.

Par l'intelligence , nous connaissons d'une manière active; par l'entendement, d'une manière passive. L'intelligence saisit, perçoit; ce mot vient d'intelligentia, qui, comme " intelligens, marque l'actif, une faculté. L'entendement répond à intellectus , qui marque le passif, une capacité. Et pour nous servir de termes scolastiques , l'intelligence est l'intellect agent , et l'entendement l'intellect patient. L'intelligence est comme la vue, et dans la vue il y a quelque chose qui part de nous , qui exprime notre activité. C'est nous qui voyons l'objet, et nous pourrions ne pas le voir, en n'ouvrant pas les yeux, ou même, ayant les yeux ouverts, en ne le regardant pas. L'entendement est comme l'oreille qui, pour entendre , n'a besoin que d'être ouverte , et non pas d'aller au-devant des choses à connaître.

Conformément à cette différence, on dit l'œil ou les yeux de l'intelligence , la prise , l'action ,

l'opération, le développement, la subtilité, l'effort , la portée , les découvertes de l'intelligence. « Vous devez à mon cher oncle l'abbé toute ma gaieté, ma vivacité, le don que j'avais de vous bien entendre , l'intelligence qui me faisait comprendre ce que vous aviez dit , et deviner ce que vous alliez dire. » SÉv. « Nous ne sommes capables d'entendre Dieu que par une entière cessation de toute notre intelligence.... Tout l'effort que nous faisons de nous-mêmes pour connaître Dieu, toute notre activité et notre pénétration naturelle ne sert qu'à obscurcir et confondre notre intelligence. » Boss. « Comment l'homme connaît-il , par l'effort de son intelligence , les branles internes et secrets des animaux? » Montaign. « Je vois ce maître du monde par les yeux de mon intelligence. » Volt. On ne peut, au contraire , se servir d'entendement que dans des phrases telles que celles-ci : les idées s'introduisent, entrent, sont reçues dans l'entendement ; les objets , les vérités se présentent à l'entendement , remplissent l'entendement (Boss.); les idées, selon Platon, résident dans l'entendement divin (Fén.); enrichir son entendement de connaissances ( Boss. ) ; les lumières dont la foi éclaire nos entendements (Boss.) ; la science est la lumière de l'entendement (Id.).

L'intelligence est véritablement une faculté , et comme un ouvrier qui a des instruments. « Pour apprendre à penser,# il faut exercer nos membres, nos sens , nos organes , qui sont les instruments de notre intelligence. » J. J. L'entendement est une capacité , un contenant , un réceptacle où les choses arrivent par des portes : a Les sens sont les portes de l'entendement. » Volt. « Au dernier moment, tous nos sens sont flétris, toutes les portes de notre entendement fermées. » Id. « Il aurait mieux valu crever les deux yeux aux hommes que de leur boucher l'entendement. » Id. « Tout ce qui entre dans l'entendement humain y vient par les sens. » J. J. « Quand on a une fois l'entendement ouvert par l'habitude de réfléchir.... » Id. « J'ai autant d'esprit qu'un autre dans l'entendement. » Les.

L'intelligence est vive, active , rapide , pénétrante. L'entendement peut être dit seulement ouvert ou bouché (J. J.) , large ou étroit.

En philosophie, l'intelligence est aussi plutôt considérée comme un instrument actif qui produit certains effets qu'on peut étudier; l'entendement est plutôt regardé comme un objet ayant des propriétés, et qu'on peut décomposer dans ses éléments. On observe les phénomènes de l'intelligence ; on fait l'analyse de l'entendement humain, on cherche à connaître sa nature, sa constitution. Et ce qui confirme bien la distinction établie entre ces deux mots , c'est que dans les ouvrages de philosophie, dans ceux, par exemple, de Locke, de Condillac et de Maiebranche, où on traite de notre faculté de connaître sous le nom d'entendement , la connaissance est plutôt présentée comme une modification que comme le résultat de l'action de notre âme. L'homme y apparaît comme simple auditeur, comme l'écolier passif de la nature ou de Dieu.

La conception a plus de rapport avec YintelU-

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