DEUXIÈME PARTIE
moins aux préceptes; « il sort quelquefois de l'art pour l'ennoblir , et s'écarte des règles , si elles ne le conduisent pas au grand et au sublime ; il marche seul et sans compagnie , mais il va fort haut, et pénètre fort loin. » Labr. Il est comme inspiré , comme poussé par un dieu , par son génie , et semble suivre un instinct. Duclos définit le génie , une espèce d'instinct supérieur à l'esprit, et Marmontel, l'instinct des grands hommes. « Le génie des idées , dit Rivarol , est le" comble de l'esprit , et le génie des expressions est le comble du talent. » Il y a dans l'homme de génie comme un rayon de Y esprit divin, mens divinior, un feu sacré qui l'anime. L'homme d'esprit est plus cultivé, plus méthodique; la nature, chez lui, a été développée et polie par l'étude; il a des modèles qu'il ne dédaigne pas d'imiter ; ses réflexions l'ont prémuni davantage contre les fautes; et, si ses œuvres sont moins étonnantes, en revanche on y remarque moins d'inégalités.
Du reste , le génie est moins général que l'esprit ; il se trouve comme borné et attaché à une seule chose, mais il l'approfondit. L'esprit, au contraire , embrasse davantage , s'applique à tout ; mais il ne fait qu'effleurer. « On rencontre quelquefois des gens d'esprit qui sont plus éclairés que d'assez beaux génies ; mais soit que leurs inclinations partagent leur application, soit que la faiblesse de leur âme les empêche d'employer la force de leur esprit , on voit qu'ils demeurent bien loin après ceux qui mettent toutes leurs ressources et toute leur activité en œuvre, en faveur d'un objet unique. » Vauv.
Génie emporte toujours l'idée de puissance, de solidité et de profondeur; souvent, au contraire , esprit signifie quelque chose de superficiel , qui n'a que de l'extérieur et de l'éclat. Un homme de génie est un homme supérieur; un homme à' esprit est un galant homme , qui brille dans la conversation par ses saillies , ses fines allusions, qui sait donner de la grâce et un tour délicat à tout ce qu'il dit ou à tout ce qu'il écrit. Les œuvres du génie sont vraiment grandes , belles , neuves , durables ; celles de l'esprit ne sont souvent que brillantes , agréables , élégantes ou badines. « Un versificateur faible et lâche glace tout ce qu'il touche , met de l'esprit où il faut du génie, et raisonne au lieu de sentir. » Marm. Il y a , surtout en littérature , une foule de productions légères qui ne comportent que de l'esprit; mais dans les sciences et dans les arts mécaniques c'est proprement du génie qu'il faut pour imaginer des combinaisons ou des routes nouvelles.
ENTENDRE, ÉCOUTER, OUÏR. Ces mots sont relatifs à nos sensations ou à nos perceptions de l'ouïe.
On entend ce qui frappe l'oreille; c'est une modification qu'on éprouve. On écoute ce à quoi on prête l'oreille , ce à quoi on donne attention par l'ouïe; c'est un acte volontaire qu'on produit. D'ordinaire écouter est la condition ou le moyen d'entendre, « On entend tout ce qui frappe l'oreille ; on n'écoute que ce qu'on veut entendre par préférence. » Cond. « C'est mal d'écouter? C'est
pourtant ce qu'il y a de mieux pour bien entendre. » Beaum. « Lorsque le cerf veut écouter, il lève la tête , dresse les oreilles , et alors il entend de fort loin. » Buff.