DEUXIEME PARTIE
la terre la dépouille mortelle du défunt. Assister au convoi , obsèques et enterrement de quelqu'un. De plus , ce mot ne convient que par rapport aux pays où c'est l'usage de mettre en terre le cadavre , et non pas de le brûler , par exemple , et il est relatif au lieu où le corps est déposé. « Vous aurez su Y enterrement de Voltaire fait à trente lieues de Paris , par une espèce d'escamotage , dans l'abbaye de son neveu. » D'Al. — Toutefois enterrement se prend aussi pour signifier en somme tout ce qu'on fait à l'égard d'une personne défunte dont on rend les restes à la terre. Alors c'est le mot simple et commun, ou un mot qui exprime quelque chose de simple et de commun et d'uniquement triste. La police des enterrements (Volt.); Y enterrement d'une servante (Regn.); un enterrement modeste (Les.). « Depuis quatre jours , je n'ai vu que des larmes, du deuil, des services, des enterrements. » Sév. « Mme de La Popelinière m'accusa d'avoir fait une musique à' enterrement % » J. J. K
Le convoi , de cum , avec , et de via , route ou chemin , au lieu d'être le dernier acte funèbre . comme l' enterrement , en est le premier; c'est le transport du défunt de la maison mortuaire au lieu où doit se faire Yenterrement, avec accompagnement d'un plus ou moins grand nombre de personnes. Daûs les premiers temps, les convois en Grèce se faisaient toujours la nuit. Venir d'un convoi (Regn.). Le jour du convoi (Volt. , n'AL.). a Les principaux de la nation anglaise se sont disputé l'honneur de porter le poêle au convoi de Newton. » Volt. « La marche avait quelque chose d'auguste et de majestueux, et ressemblait plutôt à un glorieux triomphe qu'à un lugubre convoi. » Roll. « Dion fit à Héraclide des funérailles magnifiques, et suivit son convoi avec toute son armée. » Id. — Quelquefois, mais non pas toujours, comme le prétend l'Académie, le convoi est la réunion des personnes qui assistent ou prennent part au convoi , c'est-à-dire qui accompagnent le corps jusqu'à la tombe, a Le convoi passera par tel endroit. » Acad. Mener le convoi (S. S.). « Le convoi s'arrêta. » Volt. « a mesure qu'ils arrivaient , ils prenaient leur rang, marchaient en ordre, et formaient plutôt une nombreuse armée qu'un convoi. » Roll.
Obsèques et funérailles ne s'emploient qu'au pluriel , et marquent, non pas l'action spéciale de mettre le trépassé dans la fosse , ni celle de l'accompagner jusque-là , mais en général quelque chose de solennel , des cérémonies en l'honneur d'un mort. On célèbre des obsèques ou des funérailles^ C'est, en termes de religion catholique, le service. Mais si obsèques et funérailles diffèrent bien des deux premiers mots , ils ont entre eux la plus grande ressemblance , comme on le
•>. Inhumation exprime toujours précisément la mise en terre, et cela avec des circonstances qui relèvent le fait, avec et après des cérémonies, après que des obsèques ou àesfunéraiUes ont été célébrées. « Le fils de la veuve deNaïm était sur le point d'être inhumé,- car on le portait en terre, et on faisait actuellement la cérémonie des funérailles. » Bousn. Voy. Inhumer, enterrer.
peut voir par cet exemple de Voltaire : « Depuis les funérailles d'Alexandre , rien de plus superbe que les obsèques de Charles-Quint. »
Cependant obsèques , du latin obsequium, complaisance, déférence, d'où notre mot obséquieux, qui a trop de respect ou d'égards, a rapport au sentiment, au deuil; au lieu que funérailles, du latin funus, qui a le même sens, avec la terminaison collective aille , ne représente que la collection des ornements , des chants , des flambeaux , des discours et de tout ce qui sert en un mot à solenniser extérieurement la mort d'un grand. On honore des obsèques par de tristes regrets (Mass.) ; mais l'appareil des funérailles (Mass., Fléch.) n'est souvent qu'une vaine représentation. On se fait un devoir d'assister à des obsèques; c'est un témoignage de tendre souvenir et de vénération. On assiste à des funérailles comme à un spectacle ou à une fête. « A la mort de Pélopidas , les Thessaliens . pénétrés de la plus sensible douleur et de la plus vive reconnaissance , demandèrent qu'il leur fût permis de célébrer seuls et à leurs dépens les obsèques d'un général qui s'était dévoué pour leur salut , et l'on ne put refuser à leur zèle cet honorable privilège. Ses funérailles furent magnifiques, surtout par la douleur sincère, tant des Thébains que des Thessaliens: car, dit Plutarque , cette pompe extérieure de deuil , et ces marques de douleur qui sont de commande , et que l'autorité publique impose aux peuples , ne sont pas toujours des preuves certaines de leurs vrais sentiments. » Roll.
En second lieu , obsèques est plus synthétique , plus sommaire ; il ne peint pas , il ne met pas sous les yeux, il ne détaille pas comme funérailles. « Le sénat se crut obligé de permettre qu'on fît les obsèques de César.... Or, c'était une coutume des Romains de porter dans les funérailles les images des ancêtres , et de faire ensuite l'oraison funèbre du défunt. » Montesq. Dans Y Histoire du parlement de Paris, par Voltaire, le chapitre xlv est intitulé Obsèques du grand Henri IV, et il commence par cette phrase : a C'est un usage de'ne célébrer les funérailles des rois de France que quarante jours après leur mort. »
Enfin, funérailles renchérit sur obsèques. On fait des obsèques à un particulier, et des funérailles à un roi. Les funérailles sont des obsèques pompeuses. L'Église emploie simplement et sans difficulté le mot & obsèques; mais il est rare qu'elle n'attache pas une idée de faste à celui de funérailles. « Alors on demandait en Angleterre, comme nous faisons encore aujourd'hui dans les obsèques , pour l'âme qui venait de sortir du monde , la rémission de ses péchés. » Boss. « Les Suédois dépensent leurs biens en funérailles. » Regn.
ENTÊTER , INFÀTUER , FASCINER, ENGOUER , ENTICHER. Prévenir ou préoccuper à l'excès.
Entêter, mettre en tête quelque chose, faire qu'on en soit entêté, qu'on y tienne opiniâtrement , est relatif à la force de l'attachement et à l'impossibilité de le rompre, a Ce sont les personnes du sexe qui s'entêtent davantage du
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
monde , et qui y demeurent attachées avec plus d'obstination. » Bourd. V 'entêtement est l'effet d'une impression dont on ne revient guère , qui rend indocile, incapable d'entendre raison.
Tnfatiier, latin infatuare, signifie à la lettre rendre fou , insensé , déraisonnable , sot , et il est relatif à l'état de folie dans lequel on met les personnes ou à l'extravagance des choses qu'on leur met dans l'esprit. « Entretiens particuliers dont le secret, la familiarité, la douceur affaiblit les forts et itifatue les sages. » Bourd. « Les mondains ne sont-ils pas les premiers à déplorer leur folie lorsqu'ils se sont laissés infatuer d'un fantôme qui les trompait?» Id. « Après que l'on voit tant de gens infatués des folies de l'astrologie judiciaire. » P. R. « Roucy infatua Monseigneur par ces sottises-là que M. de Metz étant PTêtre, évêque, ne pouvait être duc et pair.... » S. S.
Fasciner , du latin fascinare , faire des charmes, des enchantements, jeter un sort, est relatif à la manière extraordinaire, prodigieuse, inexplicable , dont on a été prévenu ou préoccupé. La fascination est comme un ensorcellement. Saint-Simon dit au sujet de la prévention du régent pour Dubois : a Cette fascination ne peut paraître qu'un prodige du premier degré. » ce A quel point une erreur scientifique peut être contagieuse, et combien le charme du merveilleux peut fasciner les esprits ! » Buff. « Saint Augustin se laissa préoccuper de différents systèmes.... Quelles actions de grâces rend-il à Dieu d'avoir rompu le charme d'une science profane qui lui fascinait les yeux! » Bourd. « Des amis négocient en faveur de cet homme , parce qu'ils sont pour ainsi dire fascinés par le charme de son hypocrisie. » Id.
Engouer , ou plutôt s'engouer (car ce verbe ne s'emploie qu'avec le pronom personnel ou au participe passé) marque du goût : s'engouer, : c'est prendre en goût ou du goût, se prévenir ou se préoccuper par humeur , arbitrairement , sans raison. « Aisément engouée , Mme de Maintenon l'était à l'excès ; aussi facilement déprise , elle se dégoûtait de même , et l'un et l'autre très-souvent sans cause ni raison. » S. S. a Je ne m'engouai pas, mais je m'attachai par l'estime, et peu à peu cette estime amena l'amitié. » J. J.
Enticher, qui paraît être le même mot qu'enfacher, veut dire d'abord commencer à gâter, particulièrement des fruits ; et , par conséquent , au figuré ,- ce verbe annonce qu'on est prévenu ou préoccupé de choses mauvaises, qui proprement corrompent. Des femmes entichées du bel esprit (Làh.), du pédantisme (Id.) ; entiché du vice d'ingratitude (Laf.).
Mon frère, ce discours sentie libertinage : Vous en êtes un peu dans votre âme entiché.
(Orgon dans Tartufe.) Mol.
Ce n'est pas là mon vice ; et loin d'être entiché Du défaut qui par vous m'est ici reproché , Je. . . . Volt.
1° ENTHOUSIASME , EXALTATION ; — 2° TRANS- PORT , RAVISSEMENT , EXTASE. État extraordinaire, assez semblable au délire ou à l'ivresse, dans lequel l'âme , préoccupée d'une seule chose ,
absorbée, est pour ainsi dire enlevée au monde, à la réalité, et comme mise hors de soi.
L'enthousiasme et Y exaltation sont des états actifs , ou qui disposent à agir, à faire des œuvres bonnes ou mauvaises : on ne saurait être plus animé qu'on l'est dans l'enthousiasme et l'exaltation.Le transport, le ravissement et l'extase sont des états purement passifs : on ne saurait être plus fortement affecté qu'on l'est dans le transport, le ravissement et l'extase. De quoi n'est point capable l'homme enthousiaste ou exalté? Combien a été profonde l'impression produite sur l'homme transporté, ravi, extasié ! Vous parlez proprement de l'enthousiasme et de l'exaltation des auteurs , des artistes et des agents moraux ; mais vous vous servez des mots de transport, de ravissement et d'extase pour exprimer ce qu'on éprouve en voyant, en entendant ou en lisant leurs ouvrages. C'est, d'une part, beaucoup d'ardeur, de feu , de vivacité, et, de l'autre, beaucoup de plaisir ou de douleur. L'enthousiasme du bien porte à faire le bien ; un transport ou un ravissement de joie est l'effet de la joie. On agit, on parle , on compose avec enthousiasme ou exaltation; on reçoit, on voit, on écoute, on apprend, on jouit d'un plaisir avec transport , ravissement , extase.
1° Enthousiasme, exaltation.
L'Académie définit l'exaltation, un enthousiasme véhément, une sorte de transport , de délire auquel on s'abandonne. De là suit une distinction à peu près vraie, mais incomplète.
Le mot exaltation, pris en ce sens, est nouveau; il a à peine cent ans de date, a Fénelon n'était point hypocrite, il a été de bonne foi martyr de ses systèmes ; c'était ce qu'on appelle aujourd'hui un esprit exalté. Ce mot est devenu à la mode pour exprimer l'enthousiasme. » Dudeff.
Cependant il n'exprime qu'un enthousiasme mauvais ou blâmable , c'est-à-dire ou excessif et déréglé, comme l'indique l'Académie, ou factice, à froid, ou employé à mal. L'enthousiasme, inspiration divine, est le principe des œuvres de génie et des actions héroïques ; l'exaltation , surexcitation artificielle ou au moins humaine , non surnaturelle , de l'esprit, ne pousse à faire que des choses peu merveilleuses, de peu de valeur > ou bien même ridicules ou odieuses, a Diderot a tellement besoin qu'on le croie exalté pour excuser le fanatisme de son livre , qu'il se met à faire l'éloge des têtes exaltées,... Le bon sens répond au harangueur de place : l'exaltation n'est que le premier degré de la folie.... Une tête exaltée s'aGcorde avec une âme froide. Il est ridicule que ceux qui affichent la vérité affichent aussi l'exaltation, » Lah. « L'exaltation nous abuse en tous sens. » Id. « Un des plus mauvais Mois de Roucher est celui d'octobre , et la vendange ne lui a pas porté bonheur , quoiqu'il s'efforce d'y mettre d'abord un enthousiasme factice, qui n'est qu'une froide exaltation de tête. » Id. a II ne peut y avoir aucune espèce de force dans des idées si ridiculement fausses (de Crébillon) , mais seulement une exaltation de tête qui produit l'extravagance, comme la vraie chaleur de l'imagination produit la vérité. » Id. « Il me reste à fixer l'at-