ÉTABLIR, INSTITUER, FONDER, ÉRIGER
Créer ou donner l'être à une chose nouvelle.
Entre établir et instituer il y a d'abord cette différence , que instituer , venant du latin ou plutôt étant le latin instituere , établir, est un terme plus noble ou une expression consacrée dans quelque science : instituer des magistrats , un ordre religieux, instituer un héritier; établir des commis, un gardien, etc. Ensuite établir, c'està-dire mettre , installer, asseoir, se dit des objets ou des choses considérées comme telles, et a rapport au lieu; instituer, régler, disposer, convient davantage en parlant de pratiques , de coutumes , et se rapporte au temps : on établit un impôt , une société , un corps , une secte ; mais on institue des fêtes , des juridictions , des offices. « Il fallut un prodige sans doute pour instituer l'oracle de Dodone.... Une colombe s'étant posée sur un chêne , prononça ces mots : Établissez en ces lieux un oracle en l'honneur de Jupiter. » Barth. Ou choisit tel lieu pour y établir un ordre religieux qu'on vient d'instituer.
Fonder fait concevoir quelque chose qu'on commence à bâtir, dont on pose les fondements , ou pour quoi on fournit des fonds : on fonde une ville , un empire , un système , ou bien des prix dans une académie , une messe , un hôpital , etc. Ériger, latin erigere , dresser, se dit de quelque chose qu'on élève : on érige des statues, des autels , des tombeaux , ou bien on érige une terre en duché , une église en cathédrale , etc. « Il y a un autre tombeau érigé à la reine Brunehaut, au xve siècle, dans l'abbaye de Saint-Martin d'Autun qu'elle avait fondée. » Volt.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Le christianisme a été établi à diverses époques dans les différents pays de l'Europe ; les sacrements, ou au moins quelques-uns, ont été institués par J. C. , par celui-là même qui a fondé la religion chrétienne, et au nom duquel ont été partout érigées des chaires , d'où découle la parole divine.
Le czar Pierre Ier établit des manufactures dans ses États, y institua différentes cérémonies, y fonda des villes, y érigea des monuments.
ÉTAT , CONDITION. Position d'un homme.
État, latin status, participe passé de stare, être, se tenir, a un sens absolu. Condition, de condere, fonder, établir, est un substantif verbal à terminaison active , qui a , par conséquent , un sens relatif. Vétat d'un homme se considère en lui-même ; la condition d'un homme se considère par rapport à celle des autres ou par rapport à une autre. Chacun est mécontent de son état; chacun trouve sa condition pire que celle d'autrui, aspire à une condition supérieure, a Les pécheurs sentent tout le dégoût de leur état, et tout le bonheur de la condition du juste. » Mass. a Plus un pécheur examine la condition des gens de bien, plus son état lui paraît insupportable. » Id. L'homme, déchu de son état naturel, s'est précipité dans la. condition des bêtes (Pasc).
Dans tel état on est bien ou mal ; dans t elle condition on est mieux ou pis qu'ailleurs ou que les autres, au-dessus ou au-dessous. État marque plutôt la manière d'être ou le genre de vie ; et condition, le rang, c'est-à-dire une position relative, de convention ou d'institution. Vétat est heureux ou malheureux, pauvre ou aisé, à envier ou à plaindre, sûr ou chancelant; la condition est basse, vile, obscure, médiocre, ou bien grande , élevée , brillante. « Les diverses conditions des hommes , qui sont reconnues dans une nation, établissent des différences dans leur état . » D'Ag. On est dans un état de maladie ou de santé, de pauvreté ou d'opulence ; on cherche à s'élever au-dessus de sa condition. Le mariage, le célibat , le veuvage , la jeunesse , la vieillesse , les diverses professions sont des états ; la robe et l'épée , la noblesse et la roture , la bourgeoisie , la domesticité , l'esclavage , sont des conditions.
Vétat est plus général, la condition plus particulière. « Soit que nous ayons égard aux obligations générales que la loi de Dieu impose à tous les états; soit que nous considérions les règles particulières qu'elle trace à chaque condition, elle est partout souverainement raisonnable. » Bourd.
Vétat est aussi plus relevé que la condition. Si, dans l'application delà loi du jeûne, l'Église devait avoir des égards , ce serait plutôt pour les personnes qui sont nées dans une condition obscure et dans une fortune médiocre , que pour celles qui vivent dans un état brillant et dans l'opulence (Mass.). a Certains prêtres ont du zèle et quelquefois du zèle le plus violent pour certaines conditions , et en manquent pour d'autres états plus relevés. » Bourd. « Je veux tirer la bergère de cette condition trop malheureuse et trop indigne d'elle.... Mais, hélas! ces dons qui
ne lui sont qu'inutiles feraient peut-être son malheur dans un état plus élevé. » Marm. « H y a , en France , trois sortes d'états , l'Église , Fépée et la robe. » Montesq. Trois sortes d'états, c'est-à-dire évidemment de conditions considérables.
Vétat est plutôt idéal , et la condition réelle. Suivant Pascal, plusieurs jeunes seigneurs se laissent emporter dans des voies brutales « faute de bien connaître Vétat véritable de leur condition. t> On dit les devoirs des différents états, et l'inégalité des conditions. Tel est votre état, c'està-dire tel il est essentiellement, voilà ce que vous devez faire : « Laissez les dévots mentir, médire, cabaler, nuire; c'est leur état. » Labr. Telle est votre condition, c'est-à-dire telle elle est de fait ou effectivement, voilà à quel degré de la hiérarchie sociale vous vous trouvez.
Enfin , l'état se conçoit comme étant , la condition comme donnée et obtenue. « Les premiers chrétiens, mécontents de leur état , ne pensaient qu'à s'assurer une meilleure condition dans la patrie céleste. » Mass. La condition humaine est la destinée assignée par Dieu aux hommes. «. Nous passons par trois états , la naissance , le cours de la vie, et sa conclusion par la mort. Plus je remarque de près la condition de ces trois états , plus je suis convaincu que la nature n'a pas voulu qu'il y eût grande différence d'un homme à un autre. » Boss. La condition de ces trois états , c'est-à-dire le sort relatif fait à chacun d'eux par la nature.
ÉTERNEL , PERPÉTUEL , CONTINUEL , IMMOR- TEL , SEMPITERNEL. Sans fin.
Éternel est le latin œternus , contraction d'œviternus, qui a été formé à'œvum, la durée infinie, et de la désinence temporelle ternus ou mus. L'être ou l'objet éternel est absolument sans fin , et par conséquent subsiste par delà même le temps ou les siècles; aussi cppose-t-on bien éternel à temporel : apprendre à souffrir des supplices temporels pour éviter les éternels (Boss..); préférer les choses visibles et passagères aux invisibles et aux éternelles (Id.). Éternel, éternité, réveillent seuls cette grande et effrayante idée d'un toujours ou d'un avenir tout à fait illimité, a Tout arrive par les ordres immuables de l'éternel souverain de la nature. » Volt. « Un miracle est la violation des lois mathématiques, divines, immuables, éternelles. » Id. « Les dieux lui ont voué sans doute une haine étemelle. » Fén. Que si éternel se prend parfois dans un sens affaibli, on conçoit aussitôt et sans peine que c'est une exagération et qu'à la rigueur il n'y a d'éternel que Dieu et ce qui s'y rapporte : reconnaissance éternelle , par exemple , est comme reconnaissance infinie, une expression sensiblement hyperbolique sur laquelle personne ne se trompe.
Perpétuel, perpetuus , de perpeti, endurer ou durer jusqu'au bout, signifie sans fin, relativement, c'est-à-dire par rapport à un but fixé, à une époque déterminée, dans un certain espace de temps. « Qu'est-ce qu'un esclavage perpétuel? N'est-ce pas une espèce d'éternité?» Bourd, a Que ne fait point la médisance , lorsque pour se