‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 524 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

répandre , et même , autant qu'il lui est possible , pour se perpétuer et s'éterniser, elle se produit dans des libelles? » Id. « Le roi Charles YII fit un fonds pour la subsistance des gens de guerre, et pour cela il imposa la taille, qui, depuis ce temps-là, a été perpétuelle. » Boss. « L'édit du préteur fut alors appelé perpétuel , comme n'étant plus sujet à variation pendant toute Tannée pour laquelle il était dressé. » Roll. Un dictateur perpétuel, un secrétaire perpétuel, sont à vie: les décrets éternels et les flammes éternelles ne supposent dans leur durée aucune sorte de bornes.

Continuel, continuus , de cum, avec, et de tenere, tenir, c'est ce qui tient ou se tient ensemble, ce qui forme suite. Ce mot indique, comme perpétuel, une sorte d'éternité , une éternité relative , une durée sans fin dans certaines limites : après avoir essuyé ici-bas une persécution continuelle, les justes trouveront au ciel une éternelle consolation (Boss.). Travail, mouvement , exercice continuel ; prière , illusion , fatigue, inquiétude continuelle, a La médisance est un péché dont l'occasion nous est fréquente et presque continuelle. » Bourd. « Dans le monde se voit , en apparence , un continuel triomphe , et dans l'Église une continuelle persécution. » Boss. — Mais ce qui est perpétuel est un tout indivisible qui dure d'une manière permanente ou persévérante; au lieu que ce qui est continuel est un tout ou comme un tout composé de parties qui se succèdent sans cesse, sans interruption, sans lacune. Le chêne vert a un feuillage perpétuel (Volt.); l'esprit humain fait dans les sciences un continuel progrès (Pasc). On est condamné à un exil perpétuel (Vert.), on se condamne à un silence perpétuel (Labr.); mais on se fait d'une chose une continuelle occupation (Mal.), une expérience continuelle nous apprend ceci ou cela (Montesq.), tous les corps sont sujets à un continuel changement (Acad.). Ce qui est perpétuel est ou demeure toujours; ce qui est continuel va ou se fait toujours. Un dictateur perpétuel, un bruit continuel; un monument perpétuel } une plainte continuelle.

La distinction est rigoureuse ; en conséquence, continuel ne se dit jamais des choses qui sont , des objets. Toutefois , la réciproque n'est pas vraie : perpétuel a. quelquefois le sens de continuel et se dit bien des choses qui se font , se passent ou arrivent. Mais alors il les représente synthétiquement , abstraction faite de toute idée de succession, et c'est pourquoi il s'emploie de préférence au singulier. Une guerre perpétuelle est comme un tout sans parties ou à parties indistinctes qui dure , au lieu qu'une guerre continuelle se compose de combats continuels , d'actions qui se suivent , qui ont lieu à plusieurs reprises. Le chrétien doit se faire une guerre perpétuelle (Bourd.); les saints ont observé des jeûnes continuels (Id.). Outre la circulation perpétuelle de l'eau dans la terre, semblable à celle du sang dans le corps humain , il y a le flux et le reflux, continuels de la mer (Fén.). On attribue à Démocrite un rire perpétuel ; ces ris continuels étaient fondés sur une profonde méditation de la faiblesse et de la vanité humaine (Id.).

Immortel, non susceptible de mourir, n'offre aucune difficulté. C'est une épithète réservée pour les êtres vivants ou personnifiés , pour tout ce qui vit ou semble vivre sans terme , à perpétuité , pour toujours. « Dans sa douleur, Calypso se trouvait malheureuse d'être immortelle. » Fén. « Anaxagoras affirma que l'âme était un esprit aérien , mais cependant immortel. » Volt. « Dieu rendra à l'âme son corps immortel, plutôt que de laisser l'âme, faute de corps, dans un état imparfait. » Boss. a Non loin de là, des chênes, qui semblent immortels , portent au ciel une tête qui se dérobe aux yeux. » Montesq. La haine vivace et la gloire qui vit dans la mémoire des hommes peuvent recevoir aussi la qualification d'immortelles, « Les haines (en Germanie) ne sont pas immortelles. » Vert.

Pour gagner vingt écus ce fou de La Beaumelle

Insulte de Louis la mémoire immortelle. Volt.

Sempiternel, latin sempiternus , de semper, toujours, est dans notre langue un mot sans famille , dépaysé , dont on ne se sert que familièrement et en plaisantant. Dans une lettre à M. d'Argental, Voltaire écrit : a Que Dieu accorde à mes anges (M. et Mme d'Argental) la vie sempiternelle le plus tard qu'il pourra !» Il se dit surtout en parlant dédaigneusement d'une vieille femme. J. B. Rousseau, dans une pièce badine, l'applique à Cybèle, amoureuse du jeune Atys! La vieille Mme Dudeffand se traite elle-même de sempiternelle dans une de ses lettre à Walpole : « Je crois que vous avez autant d'amitié pour moi qu'on en peut avoir pour une sempiternelle. » Qui voit-on venir aux bains de Plombières :

D'impotentes sempiternelles Qui toutes pensent rajeunir. Volt.

Il vous sied mal , jeune encor , belle et fraîche , D'aller crier d'un ton de pigrièche Contre les ris , les jeux et les amours , De blasphémer ce Dieu de vos beaux jours, Dans des réduits peuplés de vieilles ombres.... Je vais , je vais de ces sempiternelles Tout de ce pas égayer les cervelles. Id.

ÉTOUFFER , SUFFOQUER. Empêcher ou faire perdre la respiration.

Dans toutes ses acceptions, étouffer, quelle qu'en soitl'étymologie, exprime particulièrement la privation de l'air : c'est en interceptant l'air qu'on étouffe du charbon ou de la braise ; et , quand des plantes meurent étouffées , c'est que d'autres qui les surmontent leur dérobent l'air nécessaire à leur végétation. Suffoquer, suffocare , de sub , sous , et de faux , gorge , signifie prendre ou s'attaquer à la gorge. — On étouffe en ôtant l'air qui entretient la respiration; on suffoque en obstruant ou en gênant de quelque manière le canal par lequel l'air arrive aux poumons. Étouffer a rapport à l'aliment de la respiration; et suffoquer, à l'organe.

On fait l'action d'étouffer toutes les fois qu'on supprime l'air, soit au moyen de la machine pneumatique, soit en couvrant la tête d'un oreiller, d'une toile épaisse , d'un tas de couvertures, soit en embrassant trop fortement et en comprimant les poumons. Quand Toinette , dans le Malade imaginaire, jette rudement un oreiller sur la tête d'Argan, celui-ci s'écrie : « Ah! coquine,

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

tu veux m? étouffer. » Mol. « Au hasard ce m'étouffer, ils roulèrent la toile et m'enveloppèrent dedans. » Les. « Les animaux carnassiers ne peuvent ni violenter les pangolins, ni les écraser, ni les étouffer en les surchargeant de leur poids.» Buff. « Délacez cette femme, elle étouffe. » Acad. « C'était Myrtis que l'on voyait enceint des longs replis de ce serpent qui V étouffait. »

Marm.

J'embrasse mon rival, mais c est pour 1 etoujjer.

Rac.

« Toute la cour pensa Y étouffer de compliment et d'amitiés. » Sév. — Mais suffoquer rappelle toujours la gorge : on est suffoqué par des vapeurs: de longues toux suffoquent les enfants (J. J.); la femme de Constantin, Fausta, fut suffoquée dans le bain (Boss.). « Je n'ai jamais vu le chancelier avec de telles vapeurs, ni avec une poitrine si malade. Quel homme ! à quel âge ! où est-il ? où devrait-il être ? quelle réputation ! quelle fortune étranglée, suffoquée! » Sév. « Le pancratiaste Arrachion, saisi à la gorge par son adversaire, expira suffoqué. » Cond. « Cette pierre passa jusque dans le gosier du monstre , et pensa le suffoquer. » Les. « Il semble que la nature ait pourvu à ce que le pélican ne fût point suffoqué, quand, pour engloutir sa proie, il ouvre à l'eau sa poche tout entière; la trachée-artère se jette en devant, etc. » Buff.

L'étouffement est caractérisé par la suppression de l'air ; et la suffocation par l'embarras de la gorge , par l'obstruction du passage de l'air. On étouffe ou on est étouffé, parce qu'on n'a pas d'air: a Je me trouve étouffée ici, j'ai besoin d'air. » Sév. On suffoque ou on est suffoqué parce qu'une cause quelconque arrête le jeu de l'organe par lequel l'air est reçu et rejeté alternativement. Par une chaleur étouffante, l'air est raréfié et semble manquer; par une chaleur suffocante, on est oppressé, on ne respire qu'avec peine.

De là suit une autre différence indiquée par l'Académie. Ce qui nous étouffe , ce qui nous enlève l'air est plutôt placé en dehors de nous. Au contraire, la suffocation, la gêne de la gorge, sauf le cas où elle est causée par une vapeur nuisible, provient de quelque chose d'intérieur, d'une maladie du corps ou d'une passion de l'âme.

Enfin, quand ces deux verbes sont le plus synonymes , quand ils désignent une même action produite par une même cause, sans rapport prédominant à l'aliment ni à l'organe de la respiration, étouffer enchérit sur suffoquer. Faute d'air, la respiration cesse; la respiration est seulement gênée ou suspendue par ce qui suffoque. « Lorsque ce ballon vient à s'ouvrir, la vapeur qui en sort suffoque , étouffe ceux qui la respirent. » Buff. « Mon ami, lui dis-je, la joie me suffoque. 3' étoufferais , si je ne déchargeais mon cœur. » Les. De même au figuré. « Le frémissement public augmenta avec une sorte de bruit suffoqué, lorsque les bâtards se mirent à traverser le parquet.... Jusque-là, toute voix avait été étouffée, et jusqu'aux soupirs retenus. » S. S.

ÊTRE, EXISTER, SUBSISTER. Ces trois verbes se disent également des choses pour marquer

qu'elles ont l'être ou l'existence , qu'elles ne sont point à néant.

Mais subsister , de sub stare , c'est continuer à être ou à exister sous et malgré les coups , les atteintes, les circonstances fâcheuses auxquelles la chose a dû résister : il a donc pour accessoire l'idée de durée et celle d'un obstacle à surmonter, d'une cause de ruine ou de destruction à vaincre. « Ce peuple (juif) est singulier en sa durée.... Ceux-ci subsistent toujours; et, malgré les entreprises de tant de puissants rois qui ont cent fois essayé de les faire périr, ils ont toujours été conservés néanmoins. » Pasc. « Les mœurs, les lois , les rites du peuple juif subsistent et dureront autant que le monde , malgré la haine et la persécution du reste du genre humain. » J. J. a Si une sagesse imparfaite, telle que la nôtre, ne laisse pas à'être ; à plus forte raison devons-nous croire que la sagesse parfaite est et subsiste, et que la nôtre n'en est qu'une étincelle. » Boss. « Cette espèce d'éléphants a autrefois existé, subsisté et multiplié dans le nord, comme- elle existe, subsiste et se multiplie aujourd'hui dans les contrées du midi. » Buff.

Être et exister signifient tous deux l'existence. Mais être la signifie moins expressément et toujours en relation avec une modification ou qualification quelconque. Ce qu'il y a de moins essentiel, quand on emploie être , c'est l'existence; c'est , au contraire , la seule chose essentielle , quand on se sert d'exister. Ce manuscrit est dans telle bibliothèque , appelle toute l'attention sur le lieu où il se trouve ; ce manuscrit existe dans telle bibliothèque , met surtout en saillie l'existence, et se dira quand cette existence aura été ou niée ou ignorée. Toutes les vertus sont dans cette personne , se dira pour faire l'éloge d'une personne , et un orateur, après la peinture de certaines vertus, ajoutera, pour montrer que ce ne sont pas des chimères , qu'elles existent dans une personne qu'il désignera. Du reste , malgré l'assertion de Girard , exister ne s'appliqua pas seulement aux substances , mais à tout ce dont on veut affirmer l'existence avec insistance et force. On dit d'un projet , d'une conception quelconque qu'ils existent depuis longtemps.; il n'y a point de couleurs qui n'existent dans la nature ; cette coutume existe depuis quarante ans ; il existe des traces de son passage , des preuves de son crime, etc. a La servitude ne saurait exister sans quelque mécontentement. » J. J.

L'existence marquée par être est si peu essentielle, qu'elle semble s'évanouir tout à fait dans certains exemples : alors, être n'est plus que simple copule, il exprime seulement l'affirmation , ou , comme dit Beauzée , l'existence intellectuelle , subjective : l'homme est inconstant. S'il n'y avait pas d'exemples, comme ceux qui sont cités plus haut , où être conservât quelque idée d'existence objective , il ne serait point synonyme des deux autres mots.

ÉTROIT, STRICT. Ces deux mots formés du latin strictus, resserré, qui a peu de largeur, ne sont synonymes que dans le seul sens où on emploie strict , dans le sens figuré de rigoureux ou sévère.

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