‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 526 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

mort, on n'en avait point de preuve juridique. » J. J. Avec une preuve juridique, on en eût été certain. « La conséquence du raisonnement analogique sera plus ou moins sûre , sans cependant être jamais absolument certaine. » Buff. On est sûr d'une chose , ou une chose est sûre , quand on a simplement lieu de la croire , quand on a ; non pas l'évidence et la certitude, mais seulement le pressentiment , la confiance , l'assurance morale qu'elle est ou sera. Aussi dit-on moralement sûr. En sorte que silr désigne cette certitude morale qui suffit dans la pratique , mais non pas dans la science , et sans laquelle un homme prudent ne doit rien entreprendre. « Ce principe est aussi sûr en morale , qu'il est certain en géométrie que tous les rayons d'un cercle sont égaux. » Dcjcl. En général, sûr regarde plutôt l'avenir : vous me trouverez à coup sûr. « L'avantage du poste qu'il avait choisi rendait sa victoire sûre. » Volt. On dit bien cependant, être certain, comme être sûr de réussir ; mais certain annonce par rapport au succès conviction, croyance démonstrativement fondée , et sûr persuasion seulement et sécurité. Sûr vient de securus.

Assuré est presque équivalent à sûr , parce qu'il a même radical. Cependant il signifie proprement, qui a été rendu sûr; il fait donc considérer la qualité de la chose ou l'état de l'esprit comme résultant d'une action marquée par le verbe assurer. Régulus retourne à une mort assurée (Boss.), qui lui avait été assurée par les Carthaginois, s'il revenait sans les captifs; on donne à quelqu'un une subsistance assurée (Montesq.), °n *a lui assure#; les excès des pécheurs font croire leur perte assurée (Pasg.) par ces excès mêmes. D'autre part , on est assuré sur la parole de quelqu'un (Boss.) , sur la foi de Dieu (Id.) , ou parce qu'on a reçu une assurance, une promesse : soyez assuré de mon zèle. Tartufe dit à Elmire qu'avec des gens tels que lui une femme est sûre du secret; et il ajoute, après avoir cherché à la rassurer sur sa discrétion :

Vous êtes assurée ici d'un plein secret. Mol. On est encore assuré par des raisons qu'on a bien examinées ou par des faits avérés. « L'impie est-il bien assuré que tout meurt avec le corps ? Quelles sont les grandes raisons qui l'ont déterminé à prendre ce parti affreux? » Mass. « Il ne faut pas condamner notre prochain sans être bien assuré qu'il est coupable. » Pasc. On est sûr par instinct, par pressentiment, par une persuasion tout intime.

Positif est l'opposé de négatif. C'est ce qui ne peut être nié, ce qui a une grande valeur affirmative , ce qui n'étant hypothétique ni arbitraire, peut bien être posé en principe ou comme fondement d'une thèse , d'une assertion , d'une accusation. « Pour l'astrologie , on m'a dit et fait voir des choses si positives que je ne les puis mettre en doute.» Mol. « Des faits positifs rapportés parles historiens prouvent plus cela que toutes ces lois ne sauraient prouver le contraire. » Montesq. « On a fait contre l'Encyclopédie beaucoup d'imputations vagues , mais sans rien articuler de positif; on a supposé des vues aux auteurs , on a accusé leurs pensées , ne pouvant accuser leurs j

discours. » D'Al. « On ne trouvera rien dans ces écrivains d'assez positif pour constater l'existence actuelle des Amazones. » Buff. « La prédication des apôtres est inébranlable; le fondement en est un fait positif (la résurrection). » Boss. «Quelles preuves donne-t-on de la supposition des Évangiles ? de pures visions , nuls faits positifs. » Id. « Les ennemis des chrétiens n'ont jamais pu les accuser qu'en termes vagues, sans jamais' alléguer un fait positif qu'on leur ait pu imputer. » Id.

Formel, en forme, dans les formes, se dit de ce qui se trouve dans une loi , dans un contrat , dans un procès-verbal, sous la forme même qu'on lui donne , et en général de ce qui est si explicite et si nettement exprimé qu'il est impossible d'équivoquer. C'est surtout au palais qu'on emploie ce terme. « Les courriers allaient et venaient de l'un à l'autre sans que Pausistrate se laissât persuader , jusqu'à ce que Polyxénidas, en présence du messager de l'amiral rhodien, eût écrit, signé et cacheté de son sceau une lettre qu'il lui confia, par laquelle il assurait Pausistrate qu'il exécuterait ce qu'il avait promis. Un engagement si formel dissipa tous les doutes. » Roll. « Ces passages des anciens sont formels , et nos réformés y verront du moins ce culte inférieur sur lequel ils nous font tant de»chicanes. » Boss.

Authentique a rapport au témoignage . et suppose déférence à une autorité. Il signifie qu'une chose fait foi ou est digne de foi par l'autorité dont elle est revêtue , ou par celle du personnage dont elle émane. Ce mot qualifie donc un récit qui mérite d'être cru , ou bien ce qui est contenir, dans des écrits ou dans des livres qui ne sont point supposés , que nous savons avoir effectivement pour auteurs les hommes véridiques auxquels on les attribue. « Les histoires les plus authentiques. » Bourd. « L'anonyme veut que j'appuie cette réponse par quelque bon témoignage. Il en a déjà vu des plus authentiques. » Boss. « Il ne veut point ouvrir les yeux sur la fausseté des livres de chevalerie , qu'il croit véritables et authentiques. » Les. « Les miracles de l'abbé Paris ont eu mille fois plus d'authenticité : ils ont été recueillis par un magistrat, signés d'un nombre prodigieux de témoins oculaires.... Jamais il n'y eut rien de plus authentique. » Volt. « Abadie est tombé dans une erreur grossière , en regardant comme authentiques des lettres si ridiculement supposées. » Id.

Constant, du latin constare , être d'accord, et. demeurer, persister, être durable, implique accord et permanence; c'est-à-dire qu'une chose est constante , quand elle est passée en dogme , qu'on en convient , qu'on n'en dispute plus , et que d'autre part sa vérité est fermement établie. Ces deux nuances sont aussi aisées à prouver par des exemples que par l'étymologie. — 1° « Les choses les plus reçues et les plus constantes. » Boss. « On trouve dans le consentement universel des Pères ce qui doit passer pour constant et ce qu'ils auront donné pour dogme certain. » Id. ce On est d'accord comme d'un fait constant et notoire , que les Églises réformées sont sans lien avec le passé. » Id. —2° ce II y a deux vérités de

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

foi également constantes, l'une que..., l'autre.... [ Ces deux propositions sont également fermes et certaines. » Pasc. « Ce principe est si constant qu'il subsiste malgré toutes les passions qui le combattent. » Volt.

Indubitable et incontestable , qui ne peut pas être mis en doute ni contesté, impliquent une idée d'obligation et une sorte de défi. On a beau faire ; on ne saurait ni ne pas croire à ce qui est indubitable , ni élever d'objection sérieuse contre ce qui est incontestable; il faut se rendre. C'est ce qui donne à ces deux mots une énergie trèscaractéristique. « Il est très-certain , il est indu- Utable que....» Volt.

Mais ce qui est indubitable supprime les scrupules ou les difficultés qui naissent dans l'esprit, et ce qui est incontestable exclut les contradictions venues du dehors , les disputes. On ne peut hésiter à croire ce qui est indubitable; on ne peut attaquer ce qui est incontestable, à moins d'être opiniâtre et chicaneur. Indubitable est un terme de logique, et incontestable un terme de dialectique.

a Je ne veux que mettre ici en évidence tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables , et qui ne peuvent être mis en doute par quelque personne que ce soit. » Pasc. ce On me propose des choses comme indubitables; mais je suis résolu d'en douter. » Fén. — «Voilà ce que M. de Chartres reconnaissait non-seulement pour vrai , mais encore pour incontestable. Cette proposition, dit-il, ne peut se nier.» Id. a II n'y ii rien non-seulement de plus contesté , niais encore de plus faux que ce que M. Jurieu nous donne ici pour incontestable. » Boss. — ce Ces vérités sont indubitables par la foi, incon* testàbles dans l'école : on ne peut montrer un auteur qui les ait jamais révoquées en doute, et tout ce qui s'y oppose est digne de condamnation. » Boss.

EXAGÉRATION, HYPERBOLE. Idée commune, celle d'un discours qui agrandit les choses ou les amplifie.

Exagération est un suhstantif verbal qui signifie l'action d'exagérer et se dit bien avec le nom de la chose exagérée pour régime. « Le vieillard finit (son discours) car l'exagération de son bonheur , et par les louanges de la solitude. » La*. « Le diasyrme n'est que l'exagération d'une chose hasse et ridicule. » Bon. Substantif pur et sans rapport à aucun verhe , hyperbole ne s'emploie point de cette façon. L'exagération peut même, à la différence encore de l'hyperbole, se considérer dans le sujet qui parle comme une disposition ou une qualité. C'est par exagération qu'on se permet des hyperboles. « Il y a chez i'Espagnol un fonds de grandeur qui , bon et louable en lui-même , n'est pas exempt à'exagé- I ration. » Lah.

En second lieu, exagération est le latin ou vient du latin exaggeratio , et hyperbole est pris immédiatement du grec ÛTcepêo),-/]. Par conséquent exagération , mot de la langue commune , se rapporte au sens des choses dites , à la pensée; et hyperbole, de son côté, terme de rhétorique , est littéraire et tout relatif au style.

Une exagération donne des choses une idée trop grande , elle va ou tend à aller au delà du vrai; on la corrige, on la combat, on la réfute, ec Si je ne savais pas que c'est le Saint-Esprit même qui a dicté cette parole à l'apôtre , elle me paraîtrait incroyable, et je la prendrais pour une exagération ; mais elle n'exprime que la vérité pure. » Bourd. a Je vous dis la vérité ; je vous la donne toute pure sans exagération. » Fén. ce L'exagération , compagne inséparable de la grossièreté, attribua à Salomon des richesses qu'il n'avait pu posséder et des livres qu'il n'avait pu faire. » Volt. « Quoique le théâtre permette quelquefois un peu d'exagération , je ne crois pas que de telles maximes soient approuvées des gens sensés. •» Id.

L'exagération fut le meilleur parti.

Il s'en tint donc pour averti ;

Et, sans faire le fin, le froid, ni le modeste-,

Chaque point, chaque article, eut son fait, fut loué.

« Une exagération si excessivement outrée se réfute elle-même , et fait assez connaître ce qu'on en doit penser. » Roll. — Une hyperbole est une figure destinée à embellir le discours, et qui peut choquer , non pas la vérité , mais le goût. Aussi dit-on des hyperboles oratoires (Lah.) , des hyperboles poétiques (Id.). ce Rien de plus poétique , à ce qu'on dit , que des vers où les inversions, les métaphores, les hyperboles, les épithètes éclatantes , les expressions étranges et hardies sont prodiguées. » Marm. ce 0 mourantes merveilles! Le bon goût a proscrit ces froides hyperboles, si communes dans nos anciens poètes. » Id. « L'hyperbole est une figure défectueuse par elle-même. » Volt, ce Dryden mettait dans la bouche de ses héros amoureux, ou des hyperboles de rhétorique ou des indécences. » Id. « Cette strophe est pleine de fautes. Dix mille Alcides est une froide hyperbole, qui n'est point faite pour le style nohle.» Lah. ce Dans cette harangue de Patru on n'aperçoit autre chose que le soin laborieux de construire et de cadencer des périodes et d'entasser des hyperboles. » Id.

Enfin l'exagération paraît être moins forte que l'hyperbole. Exagération hyperbolique (Bussy). ce Je ne sais si ces violentes exagérations vous plairont, et si vous ne trouverez point que le style de Balzac s'est un peu corrompu dans l'autre monde. Quoi qu'il en soit , jamais ," à mon avis, il n'a prodigué ses hyperboles plus à propos. » Boil. L'hyperbole est une violente exagération : non contente de hausser ou d'exalter beaucoup, elle hausse ou exalte excessivement, outre mesure.

EXCEPTÉ, (A L'EXCEPTION DE), HORS, (HOR- MIS), SAUF, A LA RÉSERVE DE, A telle chose PRÈS. Prépositions et locutions prépositives qui servent également à restreindre quelque chose de général.

Excepté, du latin excipere, terme de loi qui veut dire excepter, restreint quelque chose de général, une règle , en posant des cas qui y dérogent, a On régla qu'excepté dans quelques cas particuliers , on suivrait dans les suffrages la division par tribus. » Montesq. ce il n'a jamais

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