DEUXIÈME PARTIE
manqué d'entendre la messe , excepté quand il a été malade. » Acad, « Tout homme qui pose des maximes générales entend qu'elles obligent tout le monde accepté lui. » J. J. Hors, dehors, marque exclusion et restreint quelque chose de général, une classe , en posant des individus qui n'y rentrent pas ou n'y appartiennent pas. « Esprits inquiets et turbulents , capables de tout soutenir hors le repos. » Mass. « Ce que Montaigne a de mauvais (j'entends hors les mœurs) eût pu être corrigé en un moment. » Pasc. « Hors le Grand Turc, tout le continent de l'Europe veut alors accabler à la fois les Vénitiens. » Volt. —A quelque chose de général excepté et hors opposent quelque chose de particulier, savoir : excepté des cas ou des choses à quoi ne s'applique point la loi dont il s'agit , et hors des choses ou des personnes exclues de la collection ou du genre dont il s'agit. Quand je dis : Tout vieillit, excepté la terre (Fén.), j'énonce une loi et je signale une chose qui n'y est pas conforme ; mais quand je dis : Tous les ouvrages de Platon, hors ses lettres , sont en forme de dialogues (Fén.) , il n'est pas question de loi ni de non-conformité à une loi, il est question d'une certaine espèce d'objets et de ce qui n'y est pas compris. — D'ailleurs , excepté ayant été emprunté et se trouvant encore convenir surtout au langage des légistes et du barreau, est bien plus prosaïque, bien moins propre à la poésie que le mot métaphorique hors.
Excepté et à Vexception ne diffèrent pas l'un de l'autre , si ce n'est en ce que à Vexception de sert à indiquer une exception, une exemption de la règle , remarquable , importante , qui consiste en quelque chose d'unique. « Elle entend tous ses intérêts , à l'exception d'un seul ; elle parle toujours et n'a point d'esprit. » Labr.
Entre hors et hormis la différence n'est guère plus grande. Hors annonce une exclusion produite par le hasard ou par la nature , et hormis (mis hors) une exclusion volontaire , opérée par les hommes , plus formelle par conséquent et plus digne d'attention.
Tâchez dans ce dessein de l'affermir (Polynice) vous-même (Étéocle),
Et lui promettez tout hormis le diadème. Rac.
« Tout est bien venu chez vous , hormis les anciens Pères. » Pasc. « Voici mon aventure dont je ne déguiserai rien, hormis des noms que je dois taire. » Marm.
Hormis toi, tout chez toi rencontre un doux accueil.
Boil.
Sauf est usité principalement , sinon uniquement, en style de pratique. «Il lui a cédé tout son bien, sauf ses rentes. » Acad. « Quand chacun se réglera sur le mémoire, il s'ensuit que tout le monde agira toujours de concert, sauf ce qui pourrait être ignoré des uns ou des autres. » J. J. Beaumarchais dit dans ses Mémoires , au sujet d'un libelliste : « Sauf tous les affronts qui poursuivent son vil emploi , il est heureux dans son grenier. »
A la réserve de exprime , comme hormis , une séparation expresse, mais avec cette idée accessoire de plus . qu'on a soin de mettre à part pour
reserver , pour garder , çn empêchant une chose de s'en aller , de passer ailleurs ou de périr avec d'autres, « A la réserve du château et du parc que j'ai conservés pour mon usage , mes plaisirs et mes besoins, j'ai tout loué.» Sév. «Jérusalem fut renversée de fond en comble , et, à la réserve de quelques tours que Tite laissa pour servir de monuments à la postérité, il n'y demeura pas pierre sur pierre. » Boss. a Dieu résolut de détruire tous les hommes , à la réserve de Noé et de sa famille , par laquelle il répara tout le genre humain. » Id. « La Poméranie fut cédée aux Suédois par le traité de Westphalie , à la réserve de l'évêché de Camin. » Volt. « Scipion abandonna le pillage de Carthage aux soldats pendant quelques jours, à la réserve de l'or, de l'argent, des statues et des autres offrandes qui se trouveraient dans les temples. » Roll. «Je renvoyai sans rançon tout le reste des captifs , à la réserve d'une demi-douzaine de femmes que je gardai pour avoir soin de mon petit troupeau. » Les.
A telle chose près a rapport à la quantité , et s'emploie en parlant de quelque chose de presque complet, accompli ou achevé, qui serait complet, accompli ou achevé s'il n'y manquait telle chose. A peu près, à peu de chose près, à beaucoup près, a Ce capitaine avait sa compagnie complète à deux hommes près. » Acad. « En six jours mon drame fut écrit , à quelques vers près. » J. J. « Cela (une pièce de Voltaire) est charmant, à deux ou trois mots près. » D'Al. « D'où vient que la Bérénice de Racine se fait lire avec tant de plaisir, à quelques fadeurs près? » Volt. « Le seul défaut de Y Avare de Molière est de finir par un roman postiche.... Mais, à cette faute près, quoi de mieux conçu que Y Avare? » Lah. — Du reste , quoiqu'on dise à beaucoup près , à telle chose près marque plutôt un manque regardé comme peu considérable. « La Merceret était peu vive, fort raisonnable, à quelques petites humeurs près, qui se passaient à pleurer. » J. J. «A la religion près, dit-on, cet homme est un fort honnête homme. Quelle exception , à la religion près? » Bourd.
EXCITER, INCITER, PROVOQUER, AIGUILLON- NER, STIMULER, ANIMER, ENCOURAGER. Mettre quelqu'un en disposition de faire quelque chose en l'échauffant.
Exciter et inciter , formés du latin ciere , mouvoir, ébranler, soulever, faire naître, exciter, ont été distingués l'un de l'autre dans la Ire partie , page 146.
Provoquer , provocare, de vdcare pro, appeler au dehors, suppose un but extérieur. On vous excite ou on vous incite à haïr quelqu'un; on vous provoque à boire ou à vous battre. On excite la fureur, on provoque la furie. On excite différents sentiments; on provoque des représailles.— D'autre part, l'action de provoquer consiste proprement à appeler, et non pas à pousser comme celle d'exciter ou d'inciter. On est provoqué au combat par celui même avec lequel on doit se battre ; mais on est excité au combat ou à la révolte par d'autres personnes que celles contre lesquelles on doit se battre ou se révolter. La provocation est un défi, Y excitation
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
un soulèvement. Qui fait une chose parce qu'il y est excité ou incité suit une impulsion; qui fait une chose , parce qu'il y est provoqué , répond à un appel ou à une attaque.
Aiguillonner, presser de l'aiguillon, c'est solliciter par quelque chose qui pique au vif, qui produit, dans un ordre de choses ordinairement petit , le plus haut degré d'excitation.
Les doux propos , libres sans indécence , Aiguillonnaient leur vive impatience. Volt. Comme on dit piquer la curiosité , on dit l'aiguillonner (Lah.). — D'ailleurs, outre que ce mot est absolu , ne s'emploie point avec à, comme ses synonymes, il en diffère encore en ce qu'il se dit spécialement de la paresse , ou quand il est question de travail, « Aiguillonnez un peu la paresse qu'il a d'écrire. » Volt. « Vous daigneriez aiguillonner un peu ma paresse. » J. J. « Ces premières ouvertures (en géométrie) aiguillonnent l'esprit du jeune homme. » Volt. La concurrence aiguillonne ( Marm. ) , ainsi que l'émulation (d'Al.).
Stimuler, latin stimulare, de stimulus, aiguillon, signifie exactement la même chose qu'mguillonner, dont il tend à prendre la place. Il ne se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie que depuis 1835. On disait aiguillonner au xvne siècle, et surtout au xvnr3; au xixe, nous disons stimuler. Il n'y a à cela aucune raison tirée du sens des deux mots. Tout ce qu'on peut dire, c'est que stimuler, venant du latin, a quelque chose de moins commun ou de plus recherché.
Animer et encourager ont tous deux cela de distinctif, par rapport aux mots précédents , qu'ils signifient , non pas réveiller ou mettre en action les forces ou l'activité de quelqu'un, mais lui en donner. La personne excitée, incitée, provoquée, aiguillonnée ou stimulée, a été mise en branle , en train , en verve , à même de réagir ; la personne animée ou encouragée a reçu un renfort sans lequel elle n'aurait pu commencer , ni surtout poursuivre. C'est toujours à entrer en action qu'on porte celui qu'on excite , qu'on incite , qu'on provoque, qu'on aiguillonne ou qu'on stimule; c'est plus particulièrement à continuer, à se soutenir pendant l'action qu'on aide celui qu'on anime ou qu'on encourage. « Est-ce une doctrine qui me dispose à travailler pour Dieu , qui m'y engage , qui m'y excite , qui m'en fasse naître le désir , qui me soutienne et qui m'anime dans les résolutions que j'en ai formées? » Bourd. Un prince excite d'abord ses sujets à se livrer au commerce-, ensuite il encourage leur commerce, il les encourage dans leurs entreprises commerciales ou à étendre leurs relations commerciales.
Animer et encourager ne sont pourtant pas équivalents. Animer, c'est donner de l'âme, anima , de la vie, de l'ardeur; encourager, c'est donner du courage, de l'assurance, de la fermeté. On anime la froideur ou l'apathie; on encourage la timidité , la crainte , la faiblesse.
Qui se relâche, qui n'a pas assez de zèle ou d'ardeur, a besoin d'être animé.
Un poignard à la main l'implacable Athalie
Au carnage animait ses barbares soldats. Rac.
« On travaillait sans relâche aux fortifications;
! le duc portait lui-même la hotte et animait les | soldats et les habitants. » Boss. « Les Philippiques de Cicéron ont été ainsi appelées par lui, parce qu'elles ont pour objet d'animer les Romains contre Antoine , comme Démosthène animait les Athéniens contre Philippe. » Lah. « C'est un indolent que rien ne peut animer. » Acad.
Qui a peur , qui se rebute , qui n'a pas assez de fermeté ou de hardiesse, a besoin d'être encouragé. « Nous encourager et nous affermir contre les répugnances et les révoltes de la nature. » Bourd. «Nous étions trop timides et trop lâches, et Jésus-Christ a voulu nous encourager. » Id. « Il faut encourager la faiblesse , de peur que notre nature n'osât pas même s'approcher de Dieu. » Boss. On nous propose de grands exemples pour nous animer à les suivre ( Mass.) ; Jésus-Christ, par son exemple, nous a encouragés à souffrir (Id.). Animer à souffrir ne se dirait pas ; car animer n'implique pas , au moins d'une manière sensible, comme encourager , l'idée de mal , de péril , de difficulté , et par conséquent de lutte.
EXCUSE, PARDON. Ces deux mots s'emploient pour exprimer qu'on réclame l'indulgence au sujet d'une faute commise.
Mais la faute pour laquelle on fait excuse , est de celles qu'on excuse , en faveur desquelles il y a ou on allègue des circonstances atténuantes ou justifiantes , c'est un tort léger, involontaire ou apparent, « Saint Paul a été obligé de rendre compte à l'Église de ce qu'il avait souffert; il en a fait excuse aux fidèles , il les a priés de supporter en cela son imprudence. » Bourd. «Il me j reste à faire excuse d'avance aux auteurs que je ! pourrais maltraiter à tort , et au public de tous ] les éloges injustes que je pourrais donner aux j ouvrages qu'on lui présente; et ce ne sera jamais I volontairement que je commettrai de pareilles | erreurs. ( Programme d'un critique. ) » J. J. i «Voilà, ma très-chère, bien des questions; je | vous en fais des excuses. » SÉv. « Le baron de | Goërtz sortit de prison , sans que le roi de Suède j eût daigné faire la moindre excuse au roi d'An- 1 gleterre , ni montrer le plus léger mécontente- | ment de la conduite de son ministre. » Volt. — | Au contraire , la faute pour laquelle on demande ■ pardon est de celles qui sont punissables, qui ! crient vengeance , qu'on ne peut diminuer par au- | cune raison , mais seulement par son repentir. Le czar Pierre demanda pardon à son favori Lefort d'avoir tiré l'épée contre lui dans un repas (Volt.). Dans la tragédie de Saurin, qui a pour j titre Spartacus , Spartacus « demande pardon à Noricus de queLques paroles outrageantes qu'il lui avait dites dans le combat. » Lah. A la fin de l'École des maris , Isabelle dit à Léonore : Ma sœur, je vous demande un généreux pardon , Si de mes libertés j'ai taché votre nom. Mol. On fait excuse à une personne qui entend raison , espérant qu'elle aura égard à la situation , à la nécessité où on s'est trouvé, à l'ignorance, à l'illusion, à la faiblesse, à la timidité. On demande pardon à une personne qui a bon cœur , parce qu'on compte sur sa générosité ou sa clémence. Boileau, répondant à une lettre de vieille