DEUXIÈME PARTIE
« Le principal en éloquence consiste à concevoir fortement les choses , et à les exprimer en sorte qu'on en porte dans l'esprit des auditeurs une image vive et lumineuse, qui ne présente pas seulement ces choses toutes nues , mais aussi les mouvements avec lesquels on les conçoit. » P. R. « Cet auteur (Duguet) n'a pas eu le talent de s'exprimer, comme les anciens , avec cette imagination qui anime tout. » Lah. « Lorsque les anciens étaient sollicités par le besoin à' exprimer vivement un trait de caractère , une pensée neuve et hardie , leur style s'élevait jusqu'au ton le plus haut.» Marm. « De tous les écrivains, c'est chez les poètes que le génie des langues s'exprime le plus vivement. » Cond. —Qui s'énonce bien est clair, précis, formel, et accessoirement pur, élégant , agréable.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. Boil. a Si on saisissait bien le progrès des vérités , il serait inutile de chercher des raisonnements pour les démontrer, et ce serait assez de les énoncer. » Cond. « Le système de la Vision en Dieu de Malebranche mène jusqu'à faire de l'entendement humain une faculté passive, sans qu'il l'énonce positivement ou même qu'il s'en aperçoive. » Lah.
ce Le contraste entre Orbassan et Tancrède est exprimé par Voltaire avec des nuances qui ont autant d'intérêt que de délicatesse.... Mais pourquoi Orbassan ne veut-il combattre qu'avec la promesse d'être aimé? Pourquoi même énoncet-il cette prétention peu conforme à la fierté dont il se pique? » Lah. a M. de Morville, avocat du roi au Châtelet dès l'âge de vingt ans , ne pai ut jeune que par la grâce avec laquelle il s'énonçait.... Devenu membre de l'Académie, et chargé de recevoir un académicien , il craignit que son éloquence n'exprimât que faiblement ce que son cœur sentait. » D'Al. « Je suis surpris, en écoutant cette bonne âme , de la manière dont elle s'explique : quel feu anime ses paroles ! Elle s'énonce avec une facilité que rien n'arrête; elle s'exprime en des termes qui me font concevoir les plus hautes idées de l'Être divin , des grandeurs de Dieu.... » Bourd.
Roidre , redonner, est relatif , non plus à la forme ou à la clarté, mais à l'exactitude : on rend plus ou moins fidèlement , et ce mot se dit surtout d'un imitateur, d'un traducteur, d'un rapporteur, ou d'un peintre qui dépeint, qui peint d'après nature, ce Souvent rien n'est plus trompeur que les livres, et ne rend moins fidèlement les sentiments de ceux qui les ont écrits. » J. J. ce A-t-on jamais mieux rendu l'effet du tonnerre dont le son se prolonge dans l'éloignement que dans ce vers admirable :
Et la foudre en grondant roule dans l'étendue?»
Lah.
ce M. de La Mothe n'a point rendu toutes ces beautés-, aussi, son dessein n'a pas été de traduire, mais d'imiter Homère en l'abrégeant. » Roll.
Signifier, se servir d'un signe, marque une manière de s'exprimer particulière , savoir par un seul mot, et non pas par tout un diseours, par une phrase ou une proposition, ce La plupart des auteurs ont employé sans distinction le nom de
gypse et celui de plâtre pour signifier la même chose. » Buff. ce II ne faut employer dans la définition que des termes qui désignent clairement l'idée qu'on veut signifier par le mot qu'on définit. » P. R.
EXTIRPER , DÉRACINER. Détacher une plante du sol; au figuré, détruire des vices, des abus ou autres choses semblables.
Extirper, de ex, hors de, et stirps , souche, c'est mettre hors de terre une souche , une tige et les racines ; déraciner, c'est seulement défaire les racines, les mettre à nu, les tirer ou les rompre , sans extraire ou ôter la souche ou le corps lui-même. On extirpe en enlevant le corps delà place à laquelle il tenait; on déracine en déliant le corps simplement , mais sans lui faire quitter le lieu où il est fixé. Le chirurgien extirpe une loupe , un polype ; le vent ou l'eau d'un torrent déracine un arbre. On déracine un cor au pied en cernant le calus tout autour, pour l'extirper après. Quelquefois , un dentiste déracine une dent avant de l'extirper. De même , on dit que des murailles sont déracinées (Regn.), quand elles ne sont que déchaussées.
Mais le plus grand emploi de ces mots est au figuré.
On extirpe en arrachant tout d'un coup,%avec force et entièrement, de façon que la chose ne repousse plus, ce Dieu trouve en nous une foi inculte , aride , infructueuse , et il conclut à l'extirper tout à fait. » Bourd. ce Sa Majesté n'attend pas seulement une décision prompte, mais encore digne du saint-siége, et qui donne le dernier coup aune secte toujours renaissante; en sorte qu'il n'y ait plus rien à désirer ni à faire ici pour l'extirper tout à fait. » Boss. ce Pourquoi n'a-t-on osé dire que cet amour naturel, dont l'exclusion fait le comble de la perfection , pût être entièrement extirpé? « Id. ce Paul III avait déclaré qu'il assemblait un concile à Mantoue pour extirper l'hérésie luthérienne. » Cond. ce Le grand dessein de Caton, c'était d'extirper entièrement le luxe.» Roll. ce Une foule d'arrêts du conseil parut coup sur coup (sous Louis XIV), pour extirper les restes de la religion proscrite. » Volt, ce La disproportion entre la peine et le salaire est un mal qui se reproduit sans cesse plus ou moins, et qu'on ne peut qu'atténuer. Celui qui s'imagine qu'on peut l'extirper est un ignorant, 3) Lah.
On déracine peu à peu , en brisant , pour ainsi dire , une à une chaque racine ou chaque fibre , et cela se dit ordinairement de choses qui ont jeté des racines, même des racines profondes, qui se sont étendues ou invétérées, ce De toutes les passions , il n'en est point qui s'imprime plus profondément que la haine, ni qu'il soit plus difficile de déraciner. » Bourd. ce Les pénitences doivent être médicinales , pour déraciner les mauvaises habitudes du pénitent. » Id. ce Tout cela insensiblement a déraciné de son cœur les principes de religion où il avait été élevé. 55 Id. a Le reste de ce décret ne regarde que les évê j ques et le soin qu'ils doivent prendre de déraci- ' ner la superstition, les gains illicites et les abus qui se pourraient trouver dans la dispensation et l'usage des indulgences. » Boss. « Les anciens
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
attachements que vous avez rompus, sans les avoir affaiblis et comme- déracinés de votre cœur par la mortification, repousseront sans cesse. » Mass. « Charles V avait voulu déraciner l'ancien abus des guerres particulières des seigneurs, abus qui passait pour une loi de l'Etat. » Volt. « Les jansénistes ne contribuèrent pas peu à déraciner insensiblement , dans l'esprit de la nation, la plupart des fausses idées qui déshonoraient la religion chrétienne. » Id. « Il est très-aisé de déraciner par degrés toutes les su-
perstitions qui nous ont abrutis. » Id. oc II faut travailler à détruire , à déraciner , au moins à affaiblir dans un enfant un germe de malice fortifié par l'habitude. » Marm.
D'ailleurs, extirper, à'extirpare, est tout latin et par conséquent propre au style élevé ou scientifique ; il convient particulièrement au langage de l'Église et à celui de ls. médecine. Déraciner, formé du français racine , est le met de la langue commune, Uextirpaîïon d'une hérésie , d'un cancer; le déracinement d'un arbre.
FABLE, CONTE, ROMAN. Divers récits de faits ou d'aventures imaginaires. « Les fables mêmes qui ressemblent aux contes des fées ont je ne sais quoi qui plaît aux hommes les plus sérieux : on redevient volontiers enfant pour lire les aventures de Baucis et de Philémon, d'Orphée et d'Eurydice. Mais pour les héros des romans, ils n'ont rien de naturel : ils sont faux , doucereux et fades. Fén.
'Fable ,' latin fabula , de fari , parler , conter , signifie en général toutes les fictions que nous connaissons de l'antiquité, mais spécialement celles qui se rapportent à la mythologie, fc Les divinités de la Fable. » Acad. « La fable d'Am phion. » Fén. Ce mot désigne aussi de petits récits allégoriques dont l'antiquité savante nous a laissé le modèle , et qui consistent dans des scènes où agissent et parlent pour l'ordinaire des animaux et même des êtres inanimés pour apprendre aux hommes à se conduire : telles sont les fables d'Esope, celles de Phèdre et celles de Lafontaine. « Les fictions qui ont un objet moral s'appellent apologues ou fables.... 11 est d'autres fictions purement oiseuses , telles que sont la plupart des contes et des romans , qui, sans renfermer aucune instruction véritable, n'ont pour objet que l'amusement.» J.J. Homère dit à Ésope dans un dialogue de Fonîenelle : « En vérité , toutes les fables que vous venez de me réciter ne peuvent être assez admirées; il faut que vous ayez beaucoup d'art pour déguiser ainsi en petits contes les instructions les plus importantes que la morale puisse donner. »
Le conte a un but plus frivole et une origine moins noble. Son but est d'amuser , et non pas d'instruire. Il doit être plaisant. C'est le récit d'une aventure fabuleuse dont le sujet est pris d'ordinaire dans la vie commune. Le conte est vulgaire, ainsi que le mot qui l'exprime : il ne nous vient pas , comme la fable , des Grecs et des Romains , mais de l'Asie et particulièrement des Arabes. C'est dans les temps modernes surtout qu'il a été cultivé sous son propre nom ou sous celui de nouvelles. Les fables empruntent et rappellent à chaque instant les idées de la mythologie grecque et romaine; on trouve dans les contes des fées des revenants , des sorciers , des magiciens , des enchanteurs.
Le roman se distingue par son étendue : il est plus long que la fable , plus long même que le conte. C'est un poëme fantastique en prose, ayanx une intrigue et des épisodes , c'est un composé et une suite d'aventures supposées qui tiennent plus du conte que de la fable. Car le mot de roman a une origine vulgaire comme celui de conte, les premiers romans, les romans de chevalerie, ayani été écrits en roman , langue parlée par le peuple à une époque où l'Église , les tribunaux et les écoles s'exprimaient encore en latin, <c Ces Confessions ne sont qu'un journal de bonnes fortunes, une histoire sans suite, un roman sans intrigues, un ouvrage qui ne laisse rien dans l'esprit. » Volt, a Le Télémaque de M. de Cambrai est, sous le nom du fils d'Ulysse , un roman instructif pour Mgr le duc de Bourgogne. » Boss.
Ainsi diffèrent ces trois mots dans le sens littéraire. Mais ils signifient aussi dans le langage commun différentes sortes de fictions.
Fable rappelle fabuleux, et conte conter. Fable exprime des événements controuvés, en indiquant ce qu'ils sont, c'est-à-dire fabuleux, mensongers. Conte les exprime en marquant qu'ils se content, qu'ils se débitent. Fable a rapport à la qualité , et conte au fait. « César voulait , dit-on , promulguer une loi qui donnait aux femmes le droit de prendre autant de maris qu'elles voudraient. C'est là un conte populaire et ridicule, inventé pour rendre César odieux. Il ressemble à cet autre conte qu'un sénateur romain avait proposé de donner permission à César de coucher avec toutes les femmes qu'il voudrait.' Il est triste que Montesquieu ait ajouté foi à cette fable. » Volt. La fable est un mensonge historique ; le conte est un bruit qui court, une nouvelle, une anecdote, un propos qui se débite dans les conversations. Un historien intéressé donne des fables pour des vérités; un historien crédule, comme Hérodote, accueille et débite des contes : « Hérodote rapporte les contes qu'il a entendus. » Volt.
« De plus , le mot conte étant d'origine vulgaire et familier désigne parfois des fables qui circulent parmi le peuple , fables absurdes , ridicules , et telles qu'elles ne peuvent être crues que par des enfants. » Volt. « La mythologie est-elle un recueil de contes puérils indignes de la gravité de nos mœurs? » Id. «Rollin nous berce de tous les contes d'Hérodote. » Id. « Hérodote, sus jeux