DEUXIÈME PARTIE
olympiques , fait des contes aux Grecs assemblés comme une vieille à des enfants. » Id. « L'Odyssée n'est qu'un amas de contes de vieilles. » (Achille à Homère). Fén.
Le roman est un conte compliqué , une suite d'aventures habilement disposées. « Télémaque demande quel est cet étranger. Eumée lui répète en peu de mots le roman que lui a fait Ulysse. »
FÉN
Fable se dit surtout des faits historiques, contes des récits de vive voix , et roman des systèmes qu'on bâtit, qu'on arrange à sa fantaisie. «Ce fondement étant posé , tout le roman de la philosophie épicurienne disparaît en un moment. » Fén. « L'esprit de Descartes était trop porté à l'invention. Le premier des mathématiciens ne fit guère que des romans de philosophie. » Volt. k La métaphysique est souvent le roman de l'esprit. » Id. « On lit volontiers Malebranche à Paris; il s'est fait quantité d'éditions de son roman métaphysique. » Id. « Tant de raisonneurs ayant fait le roman de l'âme, Locke en fit modestement l'histoire. » Id.
FABRIQUE, MANUFACTURE. Établissement industriel.
Fabrique , de faber , ouvrier , a naturellement rapport aux ouvriers et à leurs occupations. Les ouvriers d'une fabrique (Acad.).« J'étais bien sûr qu'il n'y avait peut-être pas deux hommes dans cette fabrique qui ne fussent initiés dans le complot. » J. J. «Aux Paquis, aux Eaux- Vives (quartiers de Genève), le bruit et l'aspect des fabriques d'indienne et de toile peinte semblent vous trans porter à Zurich. » Id. On dit plutôt fabriquer que manufacturer. — Manufacture , ce qui résulte de l'action de faire avec la main , ou , suivant les termes de Nicod, façon de quelque ouvrage fait à la main , est relatif aux produits , aux ouvrages et à leur commerce. « La manufacture d'ustensiles de fer battu et étamé , qui est établie au faubourg Saint-Antoine , offre des moyens faciles de substituer dans les cuisines une batterie moins dispendieuse et aussi commode que celle de cuivre. » J. J. Dans telle fabrique on travaille tant d'heures par jour, et de telle manufacture sortent des objets plus ou moins estimés, plus ou moins bons. Les industriels , les ouvriers disent fabrique là où le marchand dit manufacture.
De plus, et c'est ici la principale différence, le mot fabrique représentant l'ouvrier à l'œuvre , ne se dit guère que des petites industries , de celles qui fournissent des objets communs et d'un usage vulgaire : fabrique de bas, de bonnets, de chocolat, d'allumettes, d'horlogerie. Au contraire, manufacture , dont la terminaison est collective , désigne un établissement considérable soit par le nombre des hommes qu'on y emploie et des opérations auxquelles ils se livrent, soit par la quantité , par le prix ou par la délicatesse de façon des objets qu'on y confectionne : manufacture de glaces , de porcelaines , de soie , de tapisseries. « Avant Léopold et Joseph Ier, la vie était dure en Allemagne , point de jardins , point de manufacture de choses précieuses et de goût. » Volt. Il y a des manufactures et non des fabriques royales ou impénales. —On dira une fabrique de draps
grossiers, et une manufacture de draps superfins. — « Le czar Pierre avait établi à Olnitz des fabriques d'armes. » Volt. « M. Gau a porté notre manufacture des armes blanches à un grand point de perfection. » Buff. — « Le czar Pierre allait donner ses ordres lui-même aux directeurs des fabriques de corderies et de voiles , des briqueteries, des ardoises, des manufactures de toiles.... Un Français forma une manufacture de très-belles glaces à Pétersbourg. Un autre fit travailler à des tapisseries de haute lisse sur le modèle de celle des Gobelins: et cette manufacture est encore aujourd'hui très-encouragée. » Volt.
Or, comme le mot manufacture fait considérer en grand les travaux de l'industrie , c'est un mot de haut style , et qui convient seul en parlant de la prospérité des Etats et des progrès de la civilisation, ce Coibert avait mis les finances , la marine , le commerce , les manufactures , les lettres même , au plus haut point. » S. S. « H y a dans cette ville de l'industrie, des arts, des manufactures. » J. J. « Les protestants , chassés de France par Louis XIV, allèrent porter chez les étrangers les arts, les manufactures , la richesse. » Volt.
FÂCHÉ , REPENTANT ; — MARRI. L'idée com, mune à ces trois mots est celle d'une douleur de l'âme ressentie par quelqu'un.
Fâche' et repentant diffèrent beaucoup. On est fâché de tout ce qui est fâcheux , de ce qui affecte ou afflige , d'un accident , de tout ce qui peut arriver de désagréable , d'un contre-temps , d'un obstacle ; on est repentant de ce qu'on a fait.
Qui est fâché n'est pas bien aise , est contrarié : les choses ne se passent pas comme il voudrait, ou ne se sont pas passées comme il aurait voulu, ce Vous m'avez fait plaisir de me l'apprendre , et je suis fâché seulement de ne l'avoir pas su plus tôt. » Pasc. ce Le P.Castel était fâché de me voir consumer ainsi sans rien faire. » J. J. « Je fus véritablement fâché hier, de savoir que vous aviez été ici , sans que j'eusse pu vous voir. » Fén. « Votre sang n'est point échauffé : j'en suis bien aise pour une raison , et j'en suis fâchée pour une autre.» Sév. — Qui est repentant est contrit, confus, déplore ses égarements, l'abus qu'il a fait de sa liberté, ce Nous demandons à ces pécheurs s'ils sont préparés , c'est-à-dire véritablement contrits et repentants , s'ils ont une douleur sincère de leur conduite passée. » Bourd. ce Voici un changement remarquable dans le prodigue : la longue suite de ses malheurs l'ayant fait rentrer en lui-même , il retourne enfin à son père , repentant et affligé de tous ses désordres. » Boss. « Régnier-Desmarais avait fait une traduction de l'Iliade , dont le peu de succès empêcha l'auteur d'en faire mention dans la liste de ses ouvrages, comme d'une production dont il était un peu honteux et repentant. » D'Al.
Lors la pauvre nonnain, Qui jusque-là, confuse et repentante , N'osait branler, et la yue abaissait, Lève les yeux. Lap.
« Je puis bien être fâché d'avoir la fièvre , ou d'être aveugle , mais non pas me repentir d'avoir ces maux, lorsqu'ils me viennent malgré moi. Mais si je mens, si je suis injuste ou médisant,
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
et que j'en sois fâché, cette douleur est un repentir que je puis avoir et n'avoir pas. » Boss. ^
Que si quelquefois fâché se rapporte aussi à la conduite passée , il suppose , non pas des désordres graves , mais seulement des fautes , ou même des fautes légères ou involontaires, t On est fâché de ses fautes plus que de celles d'un autre. » Fén. « Je suis fâché de vous dire des choses si dures, mais c'est vous qui m'y forcez. » Volt. Au contraire, on est repentant d'une grande faute, d'un crime ou de toute une suite de crimes ; ce n'est pas seulement un mouvement de déplaisir , un petit mécontentement qu'on éprouve, mais un grand regret et souvent des remords. « Je laissai le duc d'Orléans fort pensif et fort repentant d'une si lourde faute. » S. S. « Cela ne sent pas sa criminelle assez repentante. » Laf. « Les législateurs, qui établirent les mystères et les expiations, voulurent également empêcher les coupables repentants de se livrer au désespoir et de retomber dans leurs crimes. » Volt. « Vous en serez fâché dans la suite; vous en aurez du chagrin; vous vous en repentirez. » Bourd.
Marri veut dire la même chose que fâché. Seulement il est vieux, et, avant d'être totalement désusité , il ne se disait que dans le style épistolaire ou familier. Il se trouve, avec la signification précise de fâché, dans les Provinciales , dans les Lettres de Descartes , dans celles de Racine, dans Lafontaine, dans Sganarelle ainsi que dans le Médecin malgré lui de Molière , et dans V Enéide travestie de Scarron. Lesage s'en est servi dans son Don Quichotte. « Je suis Xvès-fâché que tu ne sois qu'un ignorant, dit don Quichotte. — J'en suis aussi fâché que vous, monsieur, répliqua Sancho ; je voudrais avoir étudié , non pas pour connaître les médailles , car je serais marri d'avoir pris tant de peine pour si peu de chose , mais pour savoir compter juste. » De même Voltaire, dans son drame intitulé Chariot :
Notre jeune marquis, que la bonne a nourri, Est un grand garnement, et j'en suis bien marri. Et dans le conte des Trois manières :
Avec Téone ils (les juges) avaient ri :
Avec Apamis ils pleurèrent;
J'ignore, et j'en suis bien marri,
Quel est le vainqueur qu'ils nommèrent.
FÂCHERIE , HUMEUR; —BOUDERIE. Léger mécontentement.
La fâcherie et Yhumeur sont des états de l'âme ; mais \d,Jâcherie est objective, elle a sa cause hors de nous , elle est excitée en nous par la conduite de quelqu'un qui nous a piqués ou blessés , et l'humeur est purement subjective , elle tient à notre nature particulière , à un fonds d'aigreur. Il y a du dépit dans la fâcherie , et quelque chose de la mélancolie dans Yhumeur.
Comme les passions , la fâcherie dépend des impressions , elle est provoquée. « Les grands et les petits ont mêmes accidents , mêmes fâcheries et mêmes passions. » Pasc. « La douleur que nous cause une colique , la fâcherie que nous donne quelque perte de nos biens. » Boss.
clÉanthis.
Mais avec cette brusquerie,
Traître, de moi te séparer!