DEUXIEME PARTIE
derie.... Nous ne voulons jamais que nos amis restent brouillés plus d'un quart d'heure. » Marm .
FADE , INSIPIDE. Défectueux ou imparfait sous le rapport de la saveur.
Fade, du latin fatuus, dont le sens est le même, se dit des aliments qui n'ont pas assez de goût ou qui ont un goût plat, douceâtre, sans vivacité, qui ne pique pas. a Nous trouvons et nous devons trouver l'eau tiède agréable, lorsque la soif nous presse -, mais dès que nous sommes désaltérés, nous la trouvons fade et dégoûtante.» Mal. Dans sa satire ni , sur un repas ridicule , Boileau parle d'un vin qui , rouge et vermeil , Mais fade et doucereux ,
N'avait rien qu'un goût plat, et qu'un déboire affreux.
Insipide, de in, particule négative , et de sapere , avoir du goût, de la saveur, se dit de celles qui n'ont point de goût, qui en manquent absolument, a Cela est insipide, cela ne sent rien. » Acad. Suivant Labruyère, « les hommes s'ennuient des choses qui les ont charmés dans les commencements ; et le nectar , avec le temps , leur deviendrait insipide. »
En un sens , insipide enchérit sur fade , puisque la fadeur cause une sensation faible , et que Yinsïpidilé n'en excite aucune. Aussi dit-on bien fade et insipide (Boss., Labr., Boil., Marm.). Mais , à considérer la chose d'un autre point de vue, c'est fade qui dit plus qu'insipide, puisque la sensation causée par la fadeur est désagréable et que celle produile par Yinsipidité n'est que nulle. « La chair des moutons (engraissés d'une certaine façon), loin d'avoir acquis des sucs et pris de la fermeté, n'en est souvent que plus insipide et plus fade. » Buff.
C'est ce second point de vue qui prédomine et frappe le plus au figuré , c'est-à-dire quand on se sert de ces deux mots pour qualifier les manières, les pensées, l'esprit, le caractère : la fadeur provoque une certaine répugnance , dégoûte , soulève le cœur; l'insipidité n'entraîne que l'ennui, la froideur, l'indifférence. Un fade compliment (Acad., Regn.) déplaît; une vie insipide et ennuyeuse (Bourd.) est vide de peine comme de plaisir. Boileau , dans une apostrophe à l'Equivoque , dit simplement :
Le lecteur ne sait plus admirer dans Voilure
De ton froid jeu de mois Yinsipide figure. Mais ailleurs , il exprime par fade quelque chose de positivement désagréable et fastidieux :
Tout ce qu'on dit de trop est fade et rebutant;
L'esprit rassasié le rejette à l'instant.
« Cet attachement me rendit toute autre dissipation superflue et insipide. » J. J. « Elle ose se plaindre que Dieu l'abandonne , qu'elle n'en reçoit rien , qu'elle ne sent rien , que tout lui devient insipide. » Bourd. «. Elles méprisent le juste milieu comme un défaut de goût et comme un état insipide. * Fén. — a Gardez-vous d'aller faire le fade louangeur. » J. J. a. J'étais excédé de sots bons mots, de fades minauderies. » Id. a Tant de douceurs nous parurent fades. » Fén. a Les poètes ont rendu les spectacles languissants , fades et doucereux comme les romans. »
ID
FAIBLE , DÉBILE. Qui manque de force.
Faible , d'une étymologie incertaine , est l'expression commune , celle qui signifie précisément le contraire de fort. Débile , latin debilis , tient de son origine un caractère de noblessse, qui suffit quelquefois pour le faire préférer à son synonyme. Ainsi, d'ordinaire, on dit une vue faible (Acad.); mais, en poésie, c'est l'épithète de débile qu'on joint à vue :
Penser que rien n'échappe à sa débile vue. Boil. Et de même dans le style soutenu : « Ces abîmes sont trop profonds pour notre débile vue.» Volt. Voix faible ou faible voix est une expression commune. Débile voix sera préféré dans la tragédie :
0 dieux de ma patrie :
Dieux prêts à succomber sous une secte impie! C'est pour vous-même ici que ma débile voix Vous implore aujourd'hui pour la dernière fois. (Zopire dans le Fanatisme). Volt.
Ou bien débile , toujours parce qu'il a été pris du latin, convient mieux en termes de médecinec'est pourquoi apparemment on dit plutôt un esprit ou une raison faible (Acad.) , et un cerveau débile (Acad., Boss.).
Mais une différence bien plus considérable résulte de la composition du mot débile. Debilis, de de habilis, veut dire proprement qui , par une décadence, une dégradation, un déchet, un déclin, a perdu son habileté, son aptitude, est devenu inepte ou incapable de remplir ses fonctions. On peut être faible par constitution, par un défaut de naissance , ou parce qu'on n'a' pas encore acquis assez de force ; on n'est proprement débile que par la perte de la force qu'on avait, Montesquieu appelle les invalides des guerriers débiles , et en latin debilis a parfois le sens de mutilé , boiteux , manchot. Voltaire était né faible (Volt.) ; quand il vint à Paris pour la dernière fois, après un long exil et dans un âge avancé , « le débile et dernier effort qu'il faisait pour plaire , Irène , fut applaudi comme l'avait été Zaïre. » Marm. L'enfance est faible la vieillesse débile. « Nous naissons faibles , nous avons besoin de force, » dit J. J. Rousseaumais dans Y Or este de Voltaire, Iphise, à qui on demande ce que fait le vieillard Pammène répond :
Il a, dans nos dangers pressants, Ranimé la lenteur de ses débiles ans.
On mettait à mort, dans l'antiquité, les enfants faibles et difformes ; chez les sauvages , les vieillards débiles. Que vous ayez les jambes faibles, l'estomac faible, cela marque simplement un état ; mais que vous les ayez débiles, cela suppose une altération. « Si vous faites prendre aux esprits (animaux) un cours différent, les opérations de l'esprit se sentent à leur tour de cette altération; et l'âme, aussi débile que le corps, n'a que des fonctions faibles et languissantes. » J. J.
Du reste, débile a une sphère d'application bien moins étendue. Il se dit seulement du corps et de l'âme , et quelquefois des arbres , c'est-àdire , dans tous les cas , de choses vivantes qui ont des fonctions à remplir et qui sont devenues
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
de quelque façon que ce soit impropres ou inhabiles à les remplir. Mais une foule d'objets, comme un soutien , un appui , un moyen , un ressort, un mur, une poutre, une monnaie, un ouvrage, un discours, un raisonnement, etc., peuvent recevoir la qualification de faibles, et non celle de débiles.
FAIBLE, FRAGILE, FRÊLE. Incapable de se soutenir et de résister.
Ce qui est faible manque de force, est facile à vaincre; ce qui est fragile ou frêle manque de solidité, est aisé à rompre. Un agent est faible , c'est-à-dire mou , lâche, sans énergie; un objet, tel qu'un vase ou un édifice, est fragile ou frêle, c'est-à-dire continuellement en danger d'être détruit. On dit une faible résolution, et une fortune fragile. La faiblesse fait qu'on cède, et la fragilité qu'on tombe. Le paresseux cherche une excuse dans la faiblesse humaine, et le pécheur dans la fragilité humaine. Vous direz des femmes que c'est un faible sexe, si vous voulez faire entendre que d'ordinaire elles ne se défendent pas avec assez de courage contre les séductions; et que c'est un sexe fragile , si vous avez égard à la fréquence de leurs chutes. Une faible santé est débile ou sans vigueur; une santé fragile ou frêle est caduque, sans cesse menaçant chute ou ruine.
Fragile et frêle semblent équivaloir tout à fait l'un à l'autre ; car ils viennent l'un et l'autre du latin fragilis, fragile, cassant, qui peut être brisé, rompu, fracassé.
Cependant, comme fragile reproduit exactement le latin fragilis et qu'il rappelle sensiblement le primitif franger e , fractus , d'où sont tirés nos mots français fracas et fracasser, aussi bien que fragile et frêle , fragile convient davantage au propre ou quand il est question de choses qu'on peut se représenter comme sujettes à être réellement brisées et détruites. Un corps fragile (Roll.), et une santé frêle (Acad.); un bien (Rac), une union (Labr.) fragile, et une frêle espérance (Volt., S. S.). Le verre et la porcelaine sont fragiles, ils cassent aisément; les plantes sont frêles, elles plient, elles succombent, sans qu'il y ait rupture complète et séparation des parties, c'est-à-dire destruction réelle.
La forme du radical ayant considérablement changé dans frêle, le sens y a perdu de sa rigueur. Une frêle barque, un frêle édifice, n'ont guère de solidité ; une barque fragile , un édifice fragile n'en ont point. En parlant de la santé, frêle est préférable à fragile, parce qu'on ne conçoit pas la santé comme rompue ou brisée.
Je vais d'un mot d'écrit lui mander que son âge,
Que sa frêle santé répugne au mariage. Regn. Si pourtant on veut se servir de fragile en pareil cas , on remarquera qu'il dit plus que frêle : un rien suffit pour déranger une santé frêle, mais elle se rétablit; un rien suffirait pour détruire une santé fragile, et, une fois détruite, ce serait pour jamais. «11 est encore fluet, délicat et d'une santé très-fragile. » Fén. La chose frêle est susceptible de trouble, d'ébranlement, d'altération; la chose fragile est périssable.
FAILLITE, BANQUEROUTE. État d'un commerçant qui a cessé ses payements.
Faillite, de faillir, manquer, se trouver en déficit, dans l'impuissance de faire honneur à ses affaires, exprime la chose simplement. Banqueroute y ajoute l'idée de circonstances qui la rendent plus ou moins odieuse. Ce mot vient de Titalien banco rotto, ou banca rotla, banc rompu: en Italie, chaque banquier ou négociant avait son banc dans la place du change, et ce banc était brisé lorsque celui à qui il appartenait se déclarait falliio.
Le failli suspend ses payements, quelle que soit la cause du dérangement de ses affaires. Le banqueroutier est un failli qui a été téméraire ou de mauvaise foi. La faillite peut être forcée, innocente , malheureuse ; la banqueroute est toujours coupable et déshonorante : « C'est être inconsidéré que de parler de banqueroute au milieu d'une famille où il y a cette tache. » Labr. Le failli peut être un homme à excuser et à plaindre ; le banqueroutier est nécessairement un homme à punir. Aussi, notre code de commerce, qui fait très-nettement cette distinction , ne parle d'aucune peine contre les faillis, et en prescrit de différentes sortes contre les banqueroutiers , suivant que la banqueroute est ou simple ou frauduleuse. D'ordinaire le failli est un homme ruiné qui , au lieu de fuir ses créanciers , se met à leur merci en leur abandonnant ce qui lui reste de bien; le banqueroutier est un homme qui , sentant sa faute ou son crime, se dérobe ou ne désire rien tant que d'échapper aux poursuites de ses créanciers qu'il ruine.
FAME , FLÉTRI. Ces mots expriment l'état de langueur et de dépérissement d'une fleur , d'une herbe , d'une plante ; et , au figuré , une diminution d'éclat dans le teint, la beauté et autres choses semblables.
Flétri enchérit sur fané. « Flétrir, dit l'Académie , c'est faner entièrement. » Ce qui est fané a perdu de sa fraîcheur, comme le foin (de fenum, d'où fenaison et faner) ; ce qui est flétri ( de flectere, courber, plier, fléchir), est flasque, tombe, n'a plus ni fraîcheur, ni suc, ni vie. Une femme sur le retour commence à se faner, mais elle peut plaire encore ;■ une femme flétrie est vieille, a des rides, et n'est plus recherchée pour sa beauté. « Il y a des femmes déjà flétries qui, par leur complexion, sont la ressource des jeunes gens qui n'ont pas assez de bien. Je ne sais qui est plus à plaindre , ou d'une femme avancée en âge qui a besoin d'un cavalier, ou d'un cavalier qui a besoin d'une vieille. » Labr.
Une chose fanée ne vaut plus autant : ce Une fille, c'est une fleur qui se fane, si elle n'est cueillie dans sa saison; c'est un quartaut de vin de Champagne qui jaunit, s'il n'est bu dans sa primeur. » Regn. Une chose flétrie ne vaut plus rien : « Les abeilles continuent à ramasser, à entasser jusqu'à ce que les fleurs de ce nouveau canton soient épuisées on flétries. » Buff.
Il y a plus : ce qui est fané peut quelquefois se ranimer et reverdir. Faire reverdir des lauriers qui commençaient à se faner (Roll.).
Venez la tête couronnée De lauriers, de myrte et de fleurs; Et que ma muse un peu/a«ee