DEUXIÈME PARTIE
Se ranime par les couleurs Dont votre jeunesse est ornée. Volt.
Mais ce qui est flétri est mort, ne saurait repousser. « Après l'hiver, le soleil revient vers nous, et à mesure que les fruits d'une saison se flétrissent et se sèchent, il en mûrit de nouveaux qui leur succèdent. » Roll.
On arrose une plante fanée (Marm.) afin qu'elle revienne; le figuier stérile, desséché par Jésus- Christ , fut trouvé le lendemain , non pas seulement fané, mais flétri (Boss.).
« Quel fut l'attendrissement de Nelson de voir les roses de la jeunesse fanées sur ses belle joues, et le feu de ses yeux presque éteint. Venez , dit Juliette à son frère, tranquilliser l'esprit de cette enfant et la guérir de sa mélancolie. » Marm. Mais Regnard, dans une de ses comédies, fait dire à une vieille fille par sa suivante :
Il faut se marier : vous êtes dans un temps
Où les a.j)^SiS Jlétris s'effacent pour longtemps.
FATAL, FUNESTE. Epithètes applicables à quelque chose de triste et de nuisible : amour fatal ou funeste , guerre fatale ou funeste.
Mais fatal, de fatum, destin, a rapport à l'événement, à la cause du fait; et funeste, de funus, funérailles , mort , ruine , perte , a rapport à sa nature. Ce qui est fatal arrive fatalement , est l'effet du malheur ; ce qui est funeste n'arrive pas funestement (ce dernier mot ne se dit guère), mais est mauvais, pernicieux, désastreux. Ce qui est fatal est bien fâcheux, car on ne l'a point mérité, on y est condamné par son malheureux sort, c'est une fatalité; ce qui est funeste est bien fâcheux , car il en résulte beaucoup de mal. Une maladie héréditaire , ou à laquelle on n'avait pas lieu de s'attendre , est fatale ; une maladie mortelle ou quasi mortelle est funeste. C'est un amour fatal que celui de Phèdre. Sa confidente lui dit :
Vous aimez; on ne peut vaincre sa destinée;
Par un charme fatal vous fûtes entraînée. Rac. Mais c'est un amour funeste que celui d'Atalide pour Bajazet, dont il cause la mort :
Ciel, aurais-tu permis que* mon funeste amour
Exposât mon amant tant de fois en un jour?
(Atalide.) Rac.
Une guerre fatale est ainsi qualifiée eu égard à son origine , et une guerre funeste eu égard aux pertes qu'elle occasionne. Voltaire dit au sujet de la guerre des Français contre les Anglais dans l'Inde (1757-1763) : ce Quelques ambitieux précipitèrent la France dans cette guerre fatale.... L'État perdit, dans le cours de cette funeste guerre, la plus florissante jeunesse, sa marine, son commerce , son crédit. »
Fatal se dit particulièrement du lieu et de l'époque, choses qui ne peuvent être considérées comme des sources de maux, mais bien comme déterminées par le sort : occurrence fatale (Bourd.); moment fatal (Rac, Fléch.); depuis cette fatale époque (Acad., Barth.). Ce lieu fatal où tant de gens ont péri (Acad.).
Prince, l'heure fatale est enfin arrivée
Qu'à votre liberté le ciel a réservée.
(Roxane à Bajazet). Rac.
Funeste convient à une foule de choses mauvaises
ou dangereuses ,. mais qui ne dépendent en rien du hasard : conseil (Acad.), dessein (Boss., d'Al.), présent (Rac), préjugé (Volt.) funeste; la guerre, art nécessaire et funeste (d'Al.); la funeste révocation de l'édit de Nantes (Lu.). «Si la médisance est à craindre partout, elle n'a jamais de plus funestes effets que lorsqu'elle vient des grands. » Bourd. ce Bayle devait examiner quel est le plus dangereux , du fanatisme ou de l'athéisme. Le fanatisme est certainement mille fois plus funeste; car l'athéisme n'inspire point de passion sanguinaire, mais le fanatisme en inspire. » Volt.
Les adverbes de quantité s'emploient plutôt avec funeste qu'avec fatal : une chose est ou n'est pas fatale simplement, suivant qu'elle a ou qu'.elle n'a pas la destinée pour cause ; mais une chose est plus ou moins funeste, peu ou très-funeste, suivant la quantité de mal qui en découle.
1°FAUX, FALLACIEUX, MENTEUR, MENSON- GER; — 2° TROMPEUR, INSIDIEUX, CAPTIEUX. Qui est propre ou qui tend à jeter dans l'erreur.
Faux, fallacieux, menteur et mensonger ont pour effet de faire croire , et , comme on dit familièrement, de faire gober quelque chose ; ils s'adressent à la crédulité. Mais trompeur, insidieux et captieux tendent à nuire par des artifices , à surprendre des imprudents, à les attraper, à les faire tomber dans le panneau. C'est la même différence qui existe en latin entre fallere et decipere.
L'homme faux ou menteur débite des fables , on ne doit pas se fier à ce qu'il dit; un homme trompeur ou captieux cherche à entraîner dans quelque inconvénient , il faut prendre garde à ses manœuvres, à ses entreprises. Un argument fallacieux vous fait croire mal à propos, à tort; un argument captieux vous prend en défaut. Une fausse espérance n'est pas fondée , vous fait attendre ce qui n'arrivera point; une espérance trompeuse vous déçoit, se joue de vous, fait de vous une dupe.
1° Faux, fallacieux , — menteur , mensonger.
Faux et fallacieux, d'une part, menteur et mensonger , de l'autre , diffèrent comme la fausseté du mensonge. Faux et fallacieux sont objectifs, se disent des choses ou ont rapport aux choses; menteur et mensonger sont subjectifs, servent à qualifier les personnes ou se rapportent aux personnes. Il ne faut pas se fier aux promesses fausses ou fallacieuses d'un oracle menteur ou d'un art mensonger. Une fausse histoire n'est pas vraie , on ne doit point l'admettre ; une histoire mensongère n'est pas véritable, on ne doit point s'en rapporter à la parole du narrateur. — Outre cela , faux et fallacieux désignent un défaut de plus grande conséquence. On dit bien la menteuse renommée (Volt.), la menteuse antiquité ( J. J.), l'art mensonger des poètes et des peintres (Id.), sans attacher à ces epithètes aucune idée fâcheuse ; faux et fallacieux ne se prêtent pas à cette sorte de badinage. La fausse religion n'enseigne que des impostures; la menteuse antiquité s'amuse à conter des fables.
Faux et fallacieux diffèrent beaucoup ; car, outre que fallacieux, du latin fallax, fallaciosus,
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
ne s'emploie que dans le style élevé , il signifie très- faux, plein de fausseté, et d'une fausseté ardente , acharnée. Un esprit faux ne se laisse pas deviner; un esprit fallacieux cherche continuellement à faire accroire le contraire de la vérité. a Le rampement tortueux du serpent était une vive image des dangereuses insinuations et des détours fallacieux de l'esprit malin. » Boss. Un faux serment, une fausse espérance poussent et déterminent à l'erreur beaucoup moins activement et fortement qu'un serment fallacieux (Corn-), qu'une espérance fallacieuse (Boss. , Vauv.). «Le serpent artificieux promet à nos pères que , s'ils mangent du fruit défendu, ils auront la science du bien et du mal ; et Adam se laisse prendre à ses promesses fallacieuses. » Boss. « Nous avons encore, sinon des incrédules à convaincre, au moins des sophistes adroits et fallacieux à confondre. » Marm.
Menteur et mensonger ont été distingués l'un de l'autre dans la lre partie, page 39.
2° Trompeur , insidieux , captieux.
Trompeur est comme le positif dont insidieux et captieux sont les superlatifs : ce qui est insidieux ou captieux est plein de tromperie. «Erreur proposée sous la forme trompeuse d'avertissements utiles, et déguisée sous des termes captieux et pleins d'artifice.» Bourd.
Insidieux, insidiosus , à'insidige , embûches , se dit de ce qui tend à faire tomber dans des embûches. Captieux, captiosùs , de captare, chercher à prendre, qualifie ce qui tend à prendre, à prendre comme dans des filets. Le premier de ces mots suppose plus de subtilité , car les embûches sont toujours cachées; le second suppose plus d'arrangement, car les filets sont quelque chose de compliqué qu'on dispose d'une certaine façon. — Un écrit insidieux est patelin, insinuant; un écrit captieux est équivoque et tourné de manière à embarrasser. — Feinte insidieuse (J. J.); tour captieux (F É^.). — «Leur politesse insidieuse, traîtresse , couvrait du miel des éloges le fiel de la satire et le poison de ïa calomnie. » J. J. Mais Voltaire dit du sphinx, dans OEdipe :
D'un sens embarrassé dans des mois captieux, .
Le monstre, chaque jour, dans Thèbe épouvantée,
Proposait une énigme avec art concertée.
Une différence plus nette encore consiste en ce que insidieux est pratique, et captieux théorique. Insidieux se dit de toutes les manières d'agir, pratiques, manèges, caresses, flatteries. «Quand cette manière de procéder serait aussi juste et permise, qu'elle est insidieuse et perfide.... » J. J. « L'explosion de l'or fulminant pourrait s'exercer d'une manière plus insidieuse que celle de la poudre à canon, parce qu'il ne faut ni feu, ni même une étincelle. » Buff.
Les cris affreux du fanatique N'épouvantent plus la Raison; L'insidieuse Politique N'a plus ni masque ni poison. Volt.
Captieux, au contraire, n'est usité qu'en parlant de discours, de raisonnements, et des hommes qui en font de tout propres à tromper. Discours, argument, raisonnement, mensonge, article, raisonneur, homme captieux; clause, proposi-
tion, déclaration, critique captieuse. «Mettre dans un traité de paix des termes ambigus et captieux. » Fén. « C'est une chose indigne de ïa théologie d'user de mots équivoques et captieux sans les expliquer.» Pasg. — Souvent il suffit d'une caresse insidieuse pour opérer ce que les raisonnements les plus captieux n'ont pu produire.
FAUX , FABULEUX ; — FEINT. Qui n'est pas vrai ou réel, qui n'a qu'une existence ou une valeur apparente ou factice.
Ce qui est faux est empreint de fausseté; ce mot se dit dans l'ordre des idées : une proposition fausse, une fausse maxime. Ce qui est fabuleux tient de la fable , du conte , du roman ; ce mot se dit dans l'ordre des faits : Baccbus est un conquérant fabuleux (Roll.). Ce qui est faux n'a aucun caractère de certitude ; à ce qui est fabuleux manque le caractère historique. Un spectateur ne peut pas toujours savoir « si ce qu'on lui représente est fabuleux ou historique.» Volt.
Toutefois, au lieu que fabuleux ne se dit jamais dans l'ordre des idées , on emploie bien faux en parlant de faits. Mais alors même il diffère de son synonyme. Une fausse histoire est une fausseté , quelque chose de controuvé , et un faux témoin est un imposteur; une histoire fabuleuse est comme celles que débitait la menteuse antiquité, un conte , et un héros fabuleux est un héros romanesque. Ce qui est faux est un piège ou contient un piège dressé à la raison ; ce qui est fabuleux est une création arbitraire et innocente. Les faux miracles de Mahomet; les aventures fabuleuses de Télémaque , de Robinson , de don Quichotte. Les récits de la médisance ou du charlatanisme sont faux ; ceux de la mythologie et des historiens primitifs, tels qu'Hérodote, sont fabuleux. «Mon amour de la vérité, dit J. J. Rousseau, ne veut jamais être faux, quoiqu'il soit souvent fabuleux. » Ce qu'il explique en disant qu'il ne ment jamais pour tromper , mais seulement quelquefois pour amuser une compagnie dans une conversation oiseuse.
Ainsi, faux emporte nécessairement l'idée de tromperie ou d'imposture. « Les gens faux sont sobres, et la grande réserve de la table annonce assez souvent des mœurs feintes et des âmes doubles . » J. J. « Jamais il n'y eut rien de plus authentique que les miracles de l'abbé Paris; et cependant jamais rien de plus faux , de plus ridicule et de plus universellement méprisé. » Volt.
Je renonce à Tancrède, au reste des mortels;
Ils stonifaux ou méchants; ils sont faibles, cruels,
Ou trompeurs ou trompés. Id.
Fabuleux, au contraire, ne se prend pas en mauvaise part ;' il indique une simple imagination ou un jeu de l'esprit. « Au théâtre, on a le cœur tout ému du récit de l'infortune d'un héros fabuleux. » Mass. « La vertu magique du rémora est depuis longtemps reconnue pour fabuleuse. » Roll. « Le griffon et l'ixion sont des animaux fabuleux. » Volt.
Feint est le participe de feindre. Il rappelle l'action d'un verbe : ce qui est feint a été fait ou rendu faux ou fabuleux.
L'homme , qui est né , qui a été élevé dans un