‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 54 sur 881 · LXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXII INTRODUCTION

prochante et non pas exacte, on ne la présentera pas fidèlement et complètement, ou bien on y ajoutera quelque accessoire étranger qui l'obscurcira. Nous sommes heureux ici de pouvoir confirmer les assurances des synonymistes euxmêmes par l'opinion du docteur Blair dont le Cours de rhétorique1 contient sur cette matière un long et excellent chapitre : « La plupart des auteurs, y est-il dit, confondent les termes synonymes et ne sont déterminés dans l'emploi qu'ils en font que par le désir de bien remplir une période ou de donner au langage plus d'harmonie ou de variété, comme si leurs significations étaient absolument les mêmes, tandis que effectivement elles diffèrent beaucoup. Un style obscur et lâche est le résultat inévitable d'un tel abus. » Obscur, on a vu pourquoi et comment; lâche, parce que, faute de connaître les termes propres, on est forcé de recourir à des circonlocutions qui ont au moins l'inconvénient de faire traîner et languir le discours.

Les travaux de la philologie concernant les mots réputés synonymes ont auprès du public de nos jours un autre titre de recommandation ; c'est qu'ils sont destinés à composer une science tout à fait semblable pour la méthode aux sciences aujourd'hui les plus estimées. Les sciences dites rétrospectives s'appliquent aux faits passés, comme leur nom l'indique, afin d'en tirer des règles de prévoyance et de conduite pour l'avenir, ou bien aux produits instinctifs de la pensée pour en connaître les procédés et rendre désormais la pratique de ceuxci plus éclairée et plus sûre. Par ces études, si dignes d'être remises en honneur, comme par l'histoire et la psychologie, l'humanité, s' élevant à la conscience d'elle-même et de ses opérations, se prépare à faire sciemment et avec pleine connaissance de cause ce qu'elle a fait jusque-là sous l'impulsion de la nature et sans direction raisonnée. Supposé que chacun de nos auteurs classiques ait toujours saisi par lui-même, et dans le temps qu'il s'en doutait le moins, la valeur propre de chaque terme, de manière à l'employer à propos, il ne s'ensuivrait pas que nous eussions au même degré le sens droit qui leur servait de guide. Déjà M. Villemain a cru pouvoir dire, dans son Cours de littérature : « On s'écarte aujourd'hui du caractère de notre langue par recherche et par ignorance. L'acception primitive des mots, leur sens natif, et partant leur vérité, leur grâce, s'est altérée, s'est effacée 2. » Mais quand même nous n'aurions point

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