‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 547 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

son ami. » Vert. Euménides , au contraire , est resté un nom propre dont la première lettre est toujours une majuscule, et qui est théorique, qui exprime le titre plutôt que la fonction actuelle. a Au lieu de diables , les Grecs eurent Até , Erynnis, les Euménides. » Volt, « Les Phalaris, les Busiris se moquaient avec raison des fables de Cerbère et des Euménides. » Id. « Les Euménides sont la troisième pièce que la famille des Atrides ait fournie à Eschyle.» Lah. « Siècle philosophe, appliqué au xvme siècle, est une espèce de sobriquet, une sorte de contre-vérité, comme le nom des Euménides , qui par lui-même désigne la douceur et la bonté, et que les Grecs, peuple frivole et railleur , avaient imaginé pour les furies. » Id. — « Le chien Cerbère, qui aboie de ses trois gueules, les trois Parques, les trois Euménides sont des imaginations ridicules des Grecs. Dieu ne m'a point apparu : il ne m'a point montré Alexandre fouetté par trois furies de l'enfer pour avoir fait mourir si injustement Callisthène. » Volt.

Les Euménides sont les furies de l'enfer , on dit les furies infernales (Fén.); au lieu que les furies sont d'ordinaire appliquées sur la terre à poursuivre , à punir les crimes , ou bien ce sont des personnages furieux qui ressemblent à des furies. Tant il est vrai que le mot furies s'est fondu dans notre langue où il est tout à fait usuel et se dit particulièrement bien en prose, pendant que celui d'Euménides a gardé avec un air étranger sa signification mythologique rigoureuse , et s'emploie plus volontiers en poésie

Euménides, venez ; soyez ici mes dieux ; Accourez de l'enfer en ces horribles lieux.... Ah ! le barbare approche ; i! vient ; ses pas impies Sont à mes yeux vengeurs entourés des furies.... (Electre.) Volt.

a Pompée s'endort. Alors l'image de Julie , perçant la terre , se présente à lui comme une furie , sur un tombeau qui vomit des feux : On me traîne, dit-elle, de l'Elysée dans le Tartare. J'ai vu les Euménides s'armer de torches empoisonnées.... » Marm.

ce II mit le mari en fureur. Voilà don Anastasio qui perd le jugement : il semble que les furies l'agitent. » Les. « Que prétend celte furie (une femme furibonde; ? que la jalousie est affreuse ! » Volt, a Cette furie de Théodora fut déclarée sainte, et on a longtemps célébré sa fête dans l'Église grecque. » Id. « Ce forcené Clodius , cette furie , ne cessait de répéter dans ses harangues que tout ce qu'il faisait contre Cicéron, c'était de l'aveu de Pompée. » Lah. a Sur le théâtre grec , Oreste , poursuivi par les furies, devait tomber dans les convulsions. » Marm.

Dans la Pharsale , Lucain fait dire par le tribun Métellus à César, qui va piller le trésor du temple de Saturne : a Tu n'ouvriras ces portes qu'après m'avoir percé le sein, et tu n'emporteras les dépouilles du temple que souillé du sang d'un tribun; tu sais si les dieux laissent violer impunément cette dignité sainte , et si les Euménides l'ont vengée de ^impiété de Crassus.» Marm.

Enfers, qui m'attendez, Euménides, Tartare, Je ne vous craindrai point.

(Sophonisbe). Yolt.

Ministres, confidents, domestiques perfides Y lassent (aux enfers) sous les fouets les bras des Euménides. Laf.

Et si les pâles Euménides Pour réveiller nos parricides Toutes trois ne sortent d'enfer, Le repos du siècle où nous sommes Va faire à la moitié des hommes Ignorer que c'est que le fer. Matlb.

FUMEUX , MANIAQUE , LUNATIQUE. Qui ne se possède pas, qui parle ou agit de manière. à faire voir qu'il n'a pas l'usage plein et régulier de ses facultés.

Si on s'en rapportait à l'étymologie , furieux et maniaque seraient tout à fait synonymes ; car furor en latin signifie exactement la même chose que jj.avia en grec, une grande colère. Mais manie , dans notre langue commune , n'a pas gardé sa valeur originelle. Au lieu que le furieux ne peut pas maîtriser ses mouvements , se contenir , le maniaque est incapable de diriger son intelligence, et extravague. La violence est le caractère de l'un, on se met en garde contre ses entreprises; la déraison est celui de l'autre, on le plaint ou on en rit. « La chaleur d'un écrivain qui extravague est le jeu d'un bateleur qui fait le maniaque pour assembler la foule. » Marm. ce Nous faudra-t-il consacrer des ognons et des chats , et adorer ce que nous mangeons , parce que les Égyptiens ont été assez maniaques pour en user ainsi? » Volt. « Le moyen de diminuer le nombre des maniaques est d'abandonner cette maladie de l'esprit au régime de la raison qui éclaire. » Id.

Le lunatique, lunaticus , qui subit les influences de la lune, est un maniaque à accès périodiques , qui tantôt est privé et tantôt jouit de son bon sens, un maniaque capricieux, fantasque. Le maniaque peut l'être sans interruption, et il ne passe pas alternativement, à des intervalles presque égaux, d'un état à un autre. Du reste , lunatique ne se dit plus guère , même familièrement , depuis que l'astrologie est totalement décréditée

FUTUR, À VENIR. Ces expressions servent à qualifier ce qui n'est pas encore , ce qui arrivera après le temps présent. La vie future, lavie à venir. Futur, latin futurus, qui sera, a une grande force d'affirmation et désigne une chose qui sera infailliblement. A venir, au contraire, suppose de l'incertitude ; car il signifie ce qui est à venir ou à arriver , chose qui , comme ce qui est à faire ou à savoir, peut-être sera et peut-être ne sera pas. On dira donc la vie future, et une vie à venir ; le dogme de la vie future, et l'idée ou l'espérance d'une vie à venir. — « Moïse n'a jamais parlé d'une vie à venir. S'il connaissait la vie future, pourquoi n'a-t-il pas expressément étalé ce dogme ? » Volt. — « La foi des peines et des récompenses futures.» Mass. « Le remède de la pénitence prévient le mal à venir. » Boss. Le mal à venir, c'est-à-dire ici le mal qui aurait pu venir ou arriver, mais qui n'est point venu ou arrivé , grâce à la pénitence.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

S'agit-il de prédictions, et de prédictions vraies ou regardées comme telles, futur est le seul mot à employer. Jésus-Christ annonce les mystères futurs (Mass.); par certains avertissements, il faisait voir aux Juifs leur perte future (Boss.); au jardin des Oliviers il découvrait dans sa pensée les maux futurs de son Eglise (Mass.). «Voilà ce qu'il nous a révélé de notre gloire future. » Bourd. Siméon annonce à Marie la destinée future, la grandeur future de son fils (Mass.); les prophètes prédisaient aux Juifs leurs malheurs futurs (Boss.). — Mais s'il est question d'espérances ou de projets dont la réalisation soit douteuse, à venir convient seul à son tour. Un pécheur préfère l'espérance incertaine d'une grâce à venir au salut présent qui s'offre à lui (Mass.) ; il fonde là-dessus une vaine espérance de conversion à venir (Id.) ; il se promet toujours un changement à venir (Id.). « Nous sommes plus sensibles aux besoins présents que flattés des avantages à venir , et toujours incertains par là même.» Volt. «Le Dauphin ne formait pas de projets à venir, si ordinaires aux hommes et si inévitables à l'imagination. » Bourd. « Tous ces biens à venir semblent autant de chansons. » Mol. « Pour un bien à venir et incertain , les novateurs ont bien tousjours des spécieux et plausibles tiltres. » Charr.

D'une part, des prédictions hasardées, des présages vagues , de simples conjectures font connaître les choses à venir, et non les choses futures : l'astronomie prédit des choses futures , savoir des éclipses, des conjonctions, des retours , choses qui certainement arriveront ; mais la philosophie de l'histoire cherche à prévoir des choses à venir, des révolutions , des événements, des guerres, qui pourront bien avoir lieu ou arriver. D'autre part, quand les biens qu'on espère sont assurés , ce sont proprement des biens futurs : « Nous ne pouvons être heureux que par une foi vive , et par une forte espérance qui nous fasse jouir par avance des biens futurs.-» Mal.

Futur signifie non-seulement quelque chose de plus certain, mais aussi quelque chose de moins étendu et de moins éloigné; c'est pourquoi on dit , en parlant de gens qui vont bientôt se marier , les futurs époux , et leur postérité à venir. Gendre futur, le futur régent, le futur roi de Prusse (Volt.).

Futur est aussi un terme plus synthétique et plus abstrait. On dira plutôt le siècle futur , et

dans une contestation, que celui des deux qui se trouvera démenti par le fait, payera à l'autre une somme ou quelque autre chose.

Une première différence a été proposée par Condillac dans les termes suivants :

« La gageure porte plus sur la chose qu'on présume devoir être ou devoir arriver, et le pari

syn. franc.

les siècles à venir. Siècle futur désigne d'un seul coup ce que siècles à venir développe et déroule à nos yeux, a Cette union parfaite nous sera donnée au siècle futur. » Boss. « La peine des damnés s'étendra jusque dans l'immensité des siècles à venir. » Bourd.

Et ce nom respectable , Ce nom dont l'univers aime à s'entretenir Passe de bouche en bouche aux siècles a venir. C'est ainsi qu'on dira chez la race future. Volt.

Ces deux expressions , futur et à venir, considérées jusqu'ici comme adjectives l'une et l'autre, sont plus ordinairement , la première adjective ' la seconde substantive et écrite d'un seul mot , avenir. «Attaquer la vérité d'un avenir, et l'éternité des peines futures. » Mass. a Non-seulement le bœuf Apis prédisait Y avenir par l'appétit ou le dégoût qu'il témoignait en mangeant son foin, mais il beuglait les choses futures avec une grande éloquence. » Volt.

Mais, de même qu'on dit adjectivement, les cho ses à venir, auquel cas il y a synonymie entre à venir et futur, ainsi qu'on l'a vu au commencement de cet article, de même futur, de son côté, se prend bien aussi dans la signification substantive, le futur, et alors les deux mots sont de nouveau synonymes : le futur , l'avenir.

Ils diffèrent toujours de la même manière.

Le futur, c'est ce qui sera sûrement; Y avenir, c'est ce qui pourra bien être et ce qui , comme tel , donne lieu à nos conjectures et à nos espérances. « C'est un instinct naturel à tous ceux qui souffrent de chercher dans Y avenir la consolation et le remède du présent. Nous nous faisons un charme de notre espérance , quoique souvent il n'y ait rien dans le futur qui nous doive êtrefavorable. L'incertitude même de Yavenir nous est utile. » Bourd. La grammaire dit futur parce qu'elle considère l'ordre idéal et nécessaire des temps ; la morale dit avenir , parce qu'elle considère surtout l'ordre effectif et incertain des événements.

D'ailleurs, le substantif futur , presque exclusivement usité dans le dogmatique , paraît purement formel et relatif au temps dont il marque une division; avenir est matériel, c'est-à-dire qu'il regarde les choses et les événements qui auront lieu dans cette portion de la durée. On dit, dans le futur (Boss. , Bourd.) : a Dieu voit-il le futur comme futur ou comme présent?» Volt. Mais on dit, un bel, un brillant, un heureux avenir.

sur la somme qu'on hasarde. Que gagez -vous? quelle est votre gageure ? signifie quelle est la proposition que vous avancez , et pour laquelle vous hasardez ou vous êtes disposé à hasarder une somme? Que pariez- vous? quel est votre pari? signifie combien, quelle somme hasardezvous , pour soutenir la proposition que vous avez avancée? Ces deux mots réveillent donc les mê-

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