FINETTE
On vous trouve rêveur, et je gage ma tête
Que quelque aimable objet a fait votre conquête.
LE COMTE
Ma foi, tu gagnerais; car je suis amoureux. Dest. « Je parierais ma tête que tout cela ne veut rien dire de précis, et que M. de Meaux est inexcusable de vous avoir donné comme une doctrine de Mme Guyon, ce qui n'est qu'un songe ou quelque expression figurée. » Fén. « Je parierais tout au monde que ma lettre n'a pas été rendue , ou qu'elle avait été décachetée. » J. J.
1° GAI, ENJOUÉ, RÉJOUISSANT; — 2° BADIN, FOLÂTRE; — 3° JOVIAL, GAILLARD. Qui n'engendre point de mélancolie , qui mène avec soi , comme autrefois la déesse des plaisirs , les jeux , les ris et les divertissements de toutes sortes.
1° Gai, enjoué, réjouissant.
On est gai par caractère , et enjoué volontairement. « La gaieté que Lafontaine goûta dans Rabelais éveilla dans lui cet enjouement si vrai qui règne dans tout ce qu'il a écrit. »Lah. ce Véritable caméléon , il ne lui en coûtait rien (à Alcibiade) de prendre toutes sortes de couleurs et de formes pour se concilier ceux avec qui il avait à vivre.... Avec les uns, il avait toutes les grâces et tout Y enjouement de la jeunesse la plus gaie; avec d'autres, tout le sérieux de l'âge le plus grave.» Roll. L'homme gai n'a pas de penchant à la tristesse , est naturellement de belle humeur; l'homme enjoué prend ou se donne une manière d'être riante, agréable. «Les femmes de Perse sont plus tendres et plus modestes, mais celles de France sont plus gaies et plus enjouées. » Montesq. Gaies représente le naturel des Françaises, comme tendres celui des Persanes, et enjouées indique les façons et l'application des premières , comme modestes celles des dernières. Une femme
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
gaie est aisée à vivre, point maussade, point acariâtre. Une femme enjouée s'efforce de plaire, s'étudie à plaire , et est bien près de la coquetterie. « L'enjouement d'Anne de Boulen ressemblait assez à la coquetterie. » Cond. a Des airs d'enjouement peu réguliers et trop libres , des affectations de plaire et de passer pour agréable. » Bourd. — Les animaux peuvent avoir de la gaieté, a On élève quelquefois en cage cette fauvette pour la gaieté de son chant.... Elle est toujours gaie, alerte, vive.... On prend volontiers la peine d'élever ses petits pour le plaisir que donne leur familiarité , leur petit ramage et leur gaieté. » Buff. a Lorsque ce perroquet voyait danser, il sautait aussi : c'était là sa plus grande gaieté.... On avait déjà remarqué, du temps de Pline, les accès de gaieté que donnent aux perroquets les fumées du vin. » Id.
Pégase est gai de sa nature , Fringant, délicat d'embouchure, Et ce n'est pas chose trop sûre Que d'y monter à l'aventure. Laf.
Mais les animaux ne peuvent avoir d'enjouement. C'est que Y enjouement , au lieu de tenir au tempérament, résulte de l'action expresse et attentive d'un esprit. — La gaieté peut s'exprimer par des mouvements , et par des mouvements brusques, impétueux, des sauts, des gambades, des cris. « Les saturnales , une fête si universelle , si gaie.... Si les fêtes annuelles des anciens commencent par des lamentations , elles finissent par danser, rire et boire.... On célébrait avec gaieté la mort du serpent Python,... Cette joie n'était que trop emportée aux fêtes de Bacchus. » Volt. Mais Y enjouement se montre plutôt dans les discours , et , dans tous les cas , il a plus de mesure , de douceur et de grâce. « La candeur et la vérité régnaient dans tes sages discours , avec Y enjouement et les grâces. » Vauv. « Quoique mélancolique et méditatif, Platon avait cependant de la douceur et une sorte d'enjouement , et il se plaisait à faire de petites railleries innocentes. » Fén. a Lucien a attrapé, dans ses Dialogues des Morts, cette simplicité fine et cet enjouement naïf, qui sont si propres à ce genre d'écrire. » Roll. « Après tant de poèmes graves , on m'a demandé (une comédie) quelque chose de plus enjoué. » Corn. — On fait quelque chose avec gaieté; on met de Yenjouement dans sa conversation ou dans son style. « Nous nous mîmes à table avec autant d'appétit que de gaieté. Le repas fut assaisonné de mille discours agréables. Fabrice , surtout, qui savait donner de Yenjouement h la conversation, divertit fort la compagnie. » Les. — Il faut être gai sans tumulte , et enjoué sans affectation. — Sans la verve de la gaieté (Marm.) et les grâces de Yenjouement (J. J.), on ne peut réussir dans le genre anacréontique.
Réjouissant est un superlatif : il signifie trèsgai ou très-enjoué, « Je te promets pour convives des génies supérieurs et desplus amusants.... C'est à qui les aura à dîner , tant ils sont réjouissants. » Les. a Peu d'ouvrages sont aussi réjouissants qu'Amphitryon. » Lah. a On a eu ainsi tout le divertissement de la conversation la plus spirituelle et la plus réjouissante. » Bourd.-— D'au-
tre part, on est quelquefois réjouissant, mais non pas' o/cu ou enjoué , uniquement pour les autres, sans avoir aucune part au plaisir qu'on procure. Dans un dialogue de Boileau contre les poètes latins modernes , Horace va leur ouvrir une des portes , et Calliope dit : a Leur figure sera réjouissante . ils nous donneront la comédie.» Un spectacle réjouissant (Les.) peut être donné par des personnes qui ne sont ni gaies ni enjouées, qui sont très-sérieuses ou occupées de choses très-sérieuses : une querelle réjouissante (J. J.).— Enfin, réjouissant est propre à marquer un correctif, quelque chose qui répare un excès, le défaut d'une chose ou d'une personne qui a besoin d'être égayée. <t Par quelques saillies réjouissantes qui m'échappèrent, je leur fis perdre, leur fausse gravité. » Les. « Ils tâchaient d'adoucir la rigueur du chemin par des discours réjouissants. » Id. « J'égayais ces leçons de morale par des discours réjouissants. » Id.
2° Badin, folâtre.
Badin et folâtre désignent des qualités d'un degré inférieures, qui sentent l'enfantillage et la puérilité , qui excluent , non pas le sérieux seulement , mais la raison, a Camille se prête également au sérieux et à Yenjouement. Si vous voulez , elle pensera sensément ; si vous voulez , elle badinera comme les Grâces. » Montesq. Les philosophes, tels que Platon et Zenon, ont été quelquefois gais et enjoués (Fén.); ils n'ont jamais été badins ni folâtres. Le badinage et la folâtrerie ne conviennent qu'aux enfants , aux femmes et aux gens frivoles. « Votre gaieté naturelle dériderait le front de mon sérieux, qui , à son tour, empêcherait peut-être votre enjouement de dégénérer en folâtrerie. » P. A. « Sophie a naturellement de la gaieté , elle était même folâtre dans son enfance ; mais sa mère a pris soin de réprimer ses airs évaporés. » J. J.
Pensez -vous qu'ébloui de vos vaines paroles, J'ignore qu'en effet tous ces discours frivoles Ne sont qu'un badinage, un simple jeu d'esprit D'un censeur dans le fond qui folâtre et qui rit?
Boil.
Mais ensuite , badin et folâtre sont entre eux comme enjoué et gai : on a l'esprit badin, et l'humeur folâtre. Badin qualifie par rapport aux oeuvres de l'esprit , et folâtre relativement aux mouvements du corps. On dit des pensées badines (Les.) , des preuves et des questions badines (Mal.) , mot badin (J. J.) , discours badin (Mass.) , épître badine (Agad.). Mais on dit une gaieté folâtre (Acad., J. J.), des jeux folâtres (Agad., Montesq.), des manières folâtres (Agad.). Pour savoir être badin ou badiner , il faut de la finesse, de la malice , de la grâce et de la facilité dans l'art de la plaisanterie. « Pour badiner avec grâce et rencontrer heureusement sur les plus petits sujets , il faut trop de manières , trop de politesse , et même trop de fécondité : c'est créer que de railler ainsi.» Labr. Pour pouvoir être folâtre ou folâtrer, il faut être dans la force de l'âge, vif et pétulant. « Il m'est avis que ce pauvre peuple (français) est sorti de son élément, qui était la gaieté. Pour moi , il est vrai que je suis aussi dérouté que la nation; mais je suis vieux, aveugle