DEUXIÈME PARTIE
et sourd ,. et ces petits agréments ne rendent pas un homme excessivement folâtre. » Volt.
3° Jovial , gaillard.
Jovial et gaillard appartiennent au style fami lier.
Mais jovial se prend en bonne part ; il se dit d'un bon vivant , d'un Roger Bontemps , d'un bon gros réjoui à face épanouie, sans façon, qui ne voit dans les choses que le côté plaisant , et qui a toujours le mot pour rire, a Ruffin commence à grisonner ; mais il est sain , gai , jovial , familier , indifférent ; il rit de tout son cœur , et il rit tout seul et sans sujet. » Labr. « Coulange était un petit homme fort gros, de physionomie joviale et spirituelle. » S. S. a La physionomie ouverte et joviale de ce pêcheur était l'image de la franchise et de la cordialité. » Marm.
Gaillard , au contraire , qualifie presque toujours en mal, annonce un garnement ou une égrillarde ; c'est une idée de gaieté peu décente ou même licencieuse, plutôt qu'une idée de bonhomie, qu'il emporte, a La duchesse de Sault est d'une gaillardise qui fait voir qu'elle a passé sa jeunesse à l'église avec sa mère ; ce sont des jeux de main et des gaietés incroyables. » Sév. « Une fort bonne servante fat mise à la porte pour un mot un peu gaillard qu'elle avait prononcé devant nous. » J. J. « Ses saillies et ses bons mots étaient un peu trop gaillards. » Les.
Depuis que je suis dans l'emploi , J'ai vu l'hymen traité de gaillarde manière.
(Le Carnaval). Regn.
Dieux , disait-il au roi , quelle félicité ! Le beau corps !
De ce gaillard entretien
La reine n'entendit rien. Laf.
GAIN , PROFIT , BÉNÉFICE , ÉMOLUMENT , LU- CRE. Ce qui résulte ou ce qu'on tire de bon d'une chose, d'une affaire, d'une entreprise, d'une industrie, par exemple.
Gain, de l'allemand gewinn, d'où gewinnen, gagner , acquérir , exprime proprement une augmentation d'avoir. Profit, du latin proficere, être utile, signifie une augmentation de bienêtre. A gain s'attache une idée d'acquisition ou de succès; à profit une idée de jouissance. Il faut s'occuper du gain d'une bataille , d'un procès , ou du gain des âmes (Mass.), avant de songer aux profits qui en peuvent revenir. L'avare qui veut toujours amasser sans le dessein de jouir, est avide de gain ; l'égoïste , qui aspire toujours à se procurer de nouvelles ressources, de nouveaux moyens de bonheur, est avide de profils. Un grand gain est une grosse somme; un grand profd, un avantage considérable. Avec du gain. vous gagnez au lieu de perdre, vous obtenez quelque chose de nouveau ; avec du profit vous êtes plus à l'aise , vous avez quelque chose qui vous profite, et, comme dit Bourdaloue, si on aime le profit de l'usure , par exemple , ce n'est pas parce qu'il est injuste, mais parce qu'il est commode.
Le profit lui semblant (au trafiquant sur mer) une fort douce chose ,
Il risque de nouveau le gain qu'il avait fait. Laf. «Au lieu de prêter à usure, il faut aider son
concitoyen dans ses besoins, en croyant que c'est un assez grand gain d'avoir pour profit sa reconnaissance et la récompense que Dieu donne aux hommes bienfaisants. » Boss. Appliquer un gain au profit, c'est-à-dire au soulagement des pauvres. — En second lieu , on fait des gains comme on fait des pertes , c'est-à-dire par hasard, au moins quelquefois ou en partie ; aussi ce mot se dit surtout en parlant du jeu et du commerce où il y a des risques à courir. Mais on tire du profit, c'est-à-dire qu'on le produit par sa seule industrie. Dans le gain il y a de la chance ; dans le profit il n'y a que de l'adresse. On fait ou on ne fait pas de gain suivant les circonstances ; on sait ou on ne sait pas tirer profit ou du profit (proficere signifie aussi avancer, faire des progrès). — Enfin le gain est un fruit naturel et direct ; au lieu que le profit est quelque chose de détourné et d'accessoire. Les marchands font des gains (J. J.), les commissionnaires des profits (Gond.) i; on dit le gain du jeu en parlant des joueurs, et les profits du jeu en parlant des personnes qui donnent à jouer, ou fournissent les cartes. Les profits des domestiques sont de petits avantages qu'ils savent se procurer outre leurs gages. « Les plus gros gages n'étaient rien (pour les domestiques de Constance), comparés à ce qu'ils appelaient les profits de leur place. » Cond.
Bénéfice, de beneficium, bienfait, signifie un grand profit. On dit plutôt de petits profits (Acad.); et de gros bénéfices (Id.), des bénéfices considérables (Beaum.), immenses (Id.). Réciproquement , un profit est un petit bénéfice. « Vous me faites plaisir en donnant le produit de l'impression de cette tragédie à Lekain.... Vous pouvez promettre le profit de l'édition de Tancrède à Mlle Clairon ; ainsi il n'y aura point de jalousie, et Lekain pourra hautement jouir de ce petit bénéfice. » Volt. Les tribunaux infligent des amendes applicables au profit des pauvres ou des prisonniers; les théâtres donnent des représentations au bénéfice de leurs divers acteurs. Bénéfice est un terme de jurisprudence, de banque et d'économie politique ; on l'emploie en parlant de grandes spéculations, de grandes exploitations et de grandes entreprises. « Quand Necker fut ministre des finances, plus de faveurs surprises, plus de moyens de cacher les articles secrets d'un bail, les bénéfices clandestins que l'on se serait procurés. » Marm. Un petit industriel fait des profits, une compagnie des bénéfices.- — Bénéfice convient particulièrement à l'égard des entreprises qui demandent des mises ou des avances , et marque l'excédant du produit sur ces mises ou ces avances. « Ce n'est que dans les contrées où les matières combustibles sont abondantes , qu'on trouve quelque bénéfice à tirer le soufre des pyrites. » Buff.
Émolument et lucre, latin emolumentum et lucrum , sont peu usités , le second surtout , en comparaison des trois mots précédents. Émolument désigne un profit ou un bénéfice qu'on tire d'un emploi ou d'une charge , y compris le traitement ou en sus du traitement. « Quelques ecclésiastiques ne s'ingèrent dans les ministères
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
sacrés , et n'y donnent leurs soins , que selon la mesure des émoluments qu'ils en peuvent retirer. » Bourd. « Si l'homme avide est en charge et en dignité , rougira-t-il des émoluments sordides qu'il tire et qui décrient son ministère? » Id. c Aldovrandi était pressé de retourner jouir des grands émoluments de la nonciature d'Espagne. » S. S. « Les titulaires des grandes places ne les possèdent pas toujours pour les remplir-, on convient d'une espèce de partage qui donne le pouvoir , les honneurs et les émoluments aux chefs, et le travail aux subalternes. » Lah.
Lucre ne se dit qu'au singulier , dans le style soutenu, pour exprimer le gain d'une manière tout abstraite et générale, ce Travailler moins pour le lucre que pour l'honneur. » Acad. D'ailleurs , ce mot annonce presque toujours quelque chose de bas ou d'odieux, a Ne respirer que le lucre. » Scarr. « Cette ardeur, cette âpreté du lucre est le caractère dominant des capitales et des villes commerçantes. » Riv. « Le grand pape saint Léon , dans son épître décrétale dit : Quidam lucri turpis cupiditate capti.... Voilà déjà l'usure un lucre malhonnête. » Boss. A Rome on ne donnait à celui qui avait sauvé la vie à un citoyen qu'une couronne de feuilles de chêne.... On n'attacha à ce service d'autre récompense que celle de l'honneur , et on crut devoir en écarter sévèrement tout motif de lucre et d'intérêt (Roll.). Dans la tragédie à'Agathocle de Voltaire , le vieux guerrier carthaginois , Ydasan, apporte la rançon de sa fille, et demande s'il peut présenter cette rançon au roi. On lui répond :
A ce détail indigne il ne veut plus descendre ;
Sa grandeur abandonne à l'un de ses enfants
Du lucre des combats les soins avilissants.
GALIMATIAS, PK scur par affectation
Le galimatias dénote un défaut logique , un défaut de justesse; le phébus et le pathos annoncent un défaut littéraire, un défaut de goût. C'est dans les matières de raisonnement surtout que se commet le galimatias; c'est dans les ouvrages d'esprit qu'on met ou qu'on remarque du phébus et du pathos, L'auteur du galimatias croit à tort prouver, expliquer, être vrai ; l'auteur du phébus ou du pathos croit à tort plaire, frapper, être beau. On reproche du galimatias à un dialecticien ou à un docteur ; du phébus et du pathos à un écrivain dont on critique le style plutôt que la suite des pensées. « C'est là non-seulement un parfait galimatias et une doctrine absolument inintelligible, mais encore une erreur manifeste. » Boss. oc Tout nous plaît de Malebranche, jusqu'à son explication de la manière dont Dieu est auteur de l'action du libre arbitre comme de tous les autres modes; quoique je ne me souvienne pas d'avoir jamais lu aucun exemple d'un plus parfait galimatias. » Id. « Que peut- on dire des raisonnements d'Aristote , qui deviennent un galimatias impertinent et ridicule lorsqu'on se sert de cette règle ? » Mal. * II semble que ce soit un galimatias incompréhensible de dire , comme le fait Aristote, que....» Id. — Galimatias a si peu rapport .à la forme , au caractère esthétique ,
| qu'il se dit même des affaires. « Pour achever le galimatias qui règne dans toute cette affaire....» Volt.
Le phébus est le langage ampoulé de quelqu'un qui a la prétention d'être sublime ou bel esprit : c'est surtout en poésie et en conversation qu'il s'étale, a Une chose vous manque, Acis, à vous et à vos semblables , les diseurs de phébus , c'est l'esprit, et il y a en vous une chose de trop, qui est l'opinion d'en avoir plus que les autres : voilà la source de votre pompeux galimatias. » Labr. « La langue française n'admet point la simplicité majestueuse du latin, et, pour peu qu'on l'orne, donne dans un certain phébus, qui la rend sotte et fade. » Boil. a Je vais prendre devant eux un ton si sublime , que mon phébus leur fera croire que je suis le plus bel esprit du monde. Vous savez que les galimatias pédantesques imposent infiniment aux provinciaux. » Dest. a C'était jeter un comique extravagant sur tout le cérémonial de la cour, que d'aller en grand appareil étaler du phébus à un petit marmot (le haranguer) avant qu'il le pût entendre. » J. J. a Soupir illustre (de Corneille) tient un peu du phébus. » Volt, a La magnificence des paroles avec de faibles idées est proprement du phébus. » Vauv. a Une pensée triviale, revêtue d'une image pompeuse ou brillante, est ce qu'on appelle du phébus. » Marm. « Voiture trouva le moyen de tomber dans ce qu'on appelle le phébus, comme tant d'autres en voulant être sublimes. » Lah. ce La versification de Tarare (de Beaumarchais) est l'amalgame le plus hétéroclite de la platitude et du phébus. » Id. « Les poètes, en donnant l'essor à leur imagination, peuvent aisément s'éloigner du naturel, et donner dans le phébus. » Les. Ces vers bouffis où sa muse hydropique Nous développe, en style magnifique, Tout le phébus qu'on reproche à Brébeuf.
« Tous ceux qui veulent parler de ce qu'ils n'entendent point ne peuvent pas manquer de donner dans le galimatias. Ceux qui, sans avoir étudié les grands maîtres de l'art, ni approfondi le goût de la nature, prétendent se distinguer par une élocution brillante, sont en grand danger de ne se distinguer que par le phébus. » Beauz.
Le pathos est le langage ridiculement véhément de quelqu'un qui a la prétention d'être pathétique ; c'est une affectation de chaleur et d'enthousiasme qui se montre seulement dans les discours oratoires. « Je voudrais que les avocats de la famille des Calas eussent mis dans leurs mémoires moins de pathos et plus de pathétique. » Volt. « Je voudrais bien que l'avocat Beaumont eût un peu plus de goût , et qu'il ne mît pas dans ses mémoires tant de pathos de collège. » Id. ce II lui fit tout de suite un pathos qui tenait d'un assez plaisant sermon.» S. S. Laharpe dit à propos d'une citation de Sénèque : «Voilà de la véhémence. Mais l'auteur n'était pas homme à s'en tenir là; il ajoute.... Voilà le pathos. »
GARDER , RETENIR. Ne pas se dessaisir , rester en possession.