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GENTILS, PAÏENS, IDOLÂTRES, INFIDÈLES

Ces mots nous servent à dénommer ou à quali- | fier les peuples auxquels nous attribuons une j

païens, et la Gaule était chrétienne. » Boss. «Le dessein du saint prêtre d'Alexandrie est d'attirer j les païens à la religion chrétienne. » Id. « M. Jui rieu fait rejeter aux chrétiens des trois premiers siècles ce que les païens n'ont pu méconnaître , i l'immutabilité de l'être divin. » Id. ce La fureur i des païens se rallumait , et tout l'empire ruisselait du sang des martyrs. » Id. « Quoique infidèle, quoique païen, le père du grand Conj stantin avait des officiers et des soldats chréi tiens. » Bourd. « Les païens eux-mêmes, en qui I toute vérité n'était pas encore éteinte , rendaient 1 cette gloire à la morale des chrétiens. » Mass. « Notre religion purifia beaucoup d'instituts païens en les adoptant. » Volt, ce Les païens chargeaient les mystères chrétiens d'imputations abominables. » Id. — Accessoirement, il est à remarquer que païen signifie vulgairement sans religion, ou qui admet plusieurs dieux : aux yeux d'un chrétien apparemment, c'est n'avoir

fausse religion.

Gentils , latin gentiles , est le mot qui répond à j point de religion que de n'avoir pas la si celui par lequel les Juifs désignaient les étran- ; et le trait le plus distinctif du christianisme à gers, les nations qui n'adoraient pas le même j l'égard du paganisme, c'est que celui-ci est et Dieu qu'eux. Les gentils sont donc tous ceux qui, ! que celui-là n'est pas polythéiste, ce Us vivent dans l'antiquité, en opposition aux Juifs, ne j comme des païens , et sans aucun sentiment de connaissaient pas le vrai Dieu , et le nom de ; religion et de piété. » Mass. « Jamais peuple ne gentil ne doit jamais être donné que dans les cas ; fut plus éloigné (que les mahométans) de ce que

nous appelons improprement le paganisme , et ne fut plus fortement attaché sans aucun mélanp-e à

ou cette opposition est exprimée ou facile à sous entendre, «il est prédit que Jésus-Christ serait le roi des Juifs et des gentils. r> Pasc. « Jésus-Christ devait être jugé par les Juifs et les gentils. » Id. ce Le peuple juif tout entier prédit Jésus-Christ avant sa venue. Le peuple gentil l'adore après qu'il est venu. » Id. « Ce n'est plus ce sacrifice qui ne devait être offert que dans le temple de Jérusalem et en un lieu particulier choisi de Dieu; c'est un sacrifice qui doit être offert parmi les gentils et dans toutes les nations de la terre. » Boss. ce Les mages viennent du pays de l'ignorance , du milieu de la gentilité où Dieu n'était

l'unité de Dieu. » Volt.

Les idolâtres, ou adorateurs d'idoles, rendent les honneurs divins à autre chose qu'à Dieu. Ils s'imaginent que l'essence divine peut être comme liée à des temples, à des*statues, à la matière , aux éléments ou à des animaux ; ils l'y adorent , et se prosternent devant leur idole comme devant un dieu présent. « Les païens croyaient représenter la divinité par des traits et par des couleurs. Ils croyaient pouvoir renfermer la divinité dans leurs idoles ; selon eux, le secours divin

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

était attaché à leurs statues , qui contenaient en elles-mêmes la vertu de leurs dieux : touchés de ces sentiments , il y mettaient leur confiance ; ils leur adressaient leurs vœux , et ils leur offraient leurs sacrifices. » Boss. « Ces caractères servent à nous faire distinguer des idolâtres; puisque, bien loin de croire comme eux que quelque divinité habite dans les images, nous ne leur attribuons aucune vertu que celle d'exciter en nous le souvenir des originaux. » Id. Les Juifs ont appelé les gentils, et les chrétiens ont appelé et appellent les païens, des idolâtres; ce qui d'ordinaire est moins l'expression d'un fait certain qu'une imputation mal fondée. De même, les Juifs et les chrétiens, à leur tour, ont été accusés à' idolâtrie avec quelque apparence. « Les païens, qui nous verront, catholiques et protestants, lever les yeux au ciel, pourront croire que nous adorons le soleil et les astres. Une semblable raison persuadait aux gentils que les Juifs adoraient le ciel ou les nues. >> Boss. Après qu'un concile eut condamné l'erreur des iconoclastes et autorisé le culte relatif des images, «les Français , environnés ^idolâtres , hésitèrent longtemps". Parmi toutes les images ils ne voulaient rendre d'honneur qu'à celle de la croix. » Boss.

Les infidèles, de in, négatif, et fides , foi, n'ont pas la foi , la vraie foi ; ils vivent dans l'erreur, plongés dans les ténèbres de l'ignorance- Au lieu qu'il faudrait faire quitter aux idolâtres leurs pratiques , leurs idoles ou leurs fétiches , il faudrait éclairer, convaincre ou convertir les infidèles; ce sont des mécréants; ils ne croient point à la loi de Dieu, peut-être même ne la connaissent-ils pas. « Il serait bien aisé de convaincre les infidèles. » Pasc. « Saint Ignace était désespéré de ne pouvoir aller convertir des infidèles : le diable lui apparut, et lui jura que, s'il voulait se donner à lui , il le rendrait le plus savant homme de l'Église de Dieu. » Volt. « Ces téméraires chrétiens ne sont pas moins opposés à l'autorité de l'Écriture que les infidèles déclarés. » Boss.. « Si les protestants se veulent ranger parmi les infidèles et refuser leur croyance aux miracles, nous ne voulons pas les imiter. » Id. « Oter aux infidèles, qui n'ont jamais ouï parler de l'Évangile, la grâce immédiatement nécessaire à croire. » Id. « Il faudrait se promettre la conversion de ces infidèles qui ne connaissent point le Seigneur. » Mass.

GIBET , POTENCE. L'idée du supplice qui consiste à être pendu est commune à ces deux mots.

Gibet signifie ou a signifié d'abord le lieu où on pend. « Jésus-Christ fut contraint de porter luimême au gibet l'instrument de sa mort (c'est-àdire sa croix, qui était une véritable potence, quoique d'une espèce particulière). » Boss. «.L'Église voyait dans tous les gibets, et dans toutes les places publiques, de ses enfants immolés pour la gloire de l'Évangile.» Id. Potence est inusité dans cette acception; c'est l'instrument même du supplice , le poteau ou la pièce de bois qu'on dresse , afin d'y suspendre le patient. « Nous arrivons au pied de cette fatale colonne qui devait être le non plus ultra de ma vie , et

qu'on appelle vulgairement la potence. » Regn. « Tel est le fruit de l'arbre de la croix , de la potence qu'on a divinisée. » Volt. On dira bien , avec Bossuet, dans les gibets , mais non pas dans les potences; il faut dire , avec Voltaire et Mme de Sévigné, au pied de la potence.

On le menace ; on lui dit que , sous peine D'être pendu, d'être mis haut et court En un gibet, il faut que sa puissance

Se manifeste avant la fin du jour

On vous le happe et mène à la potence. Laf.

Mais gibet, de son côté, se prend très-bien dans le sens particulier de potence, pour désigner l'instrument qui sert à pendre. Il en diffère alors de la manière suivante : il exprime quelque chose de permanent et de fixe, destiné à tous ceux qui se mettront dans le cas d'être pendus. « Le gibet de Montfaucon. » Volt. « Charles II fit exhumer depuis et porter au gibet le cadavre de Cromwell. » Id. « Les juges seraient presque réduits à la triste fonction d'envoyer au gibet les voleurs et les incendiaires. » Labr. Potence, au contraire , est très-propre à marquer un instrument de supplice préparé pour une occasion unique. « On dresse des potences dans les carrefours pour faire peur à des séditieux.» Trév. a Ce Jacob , qui avait trahi le czar Pierre , était mené dans un chariot sur lequel on avait dressé une potence, à laquelle il fut ensuite attaché.» Volt. « Leurs effigies furent traînées dans un tombereau et pendues à une potence. » Id. — On dit mieux le gibet, et une potence. — On bâtit un gibet (Trév.); on dresse (Volt.), on plante (Mol.) une potence.

Ensuite, et en conséquence, gibet, venu, diton , de l'arabe gibel , montagne , élévation , d'où gïbbeux, gibbosité , est tellement éloigné de son primitif, qu'il convient très-bien pour exprimer le genre de supplice d'une manière abstraite et idéale; au lieu que potence, qui rappelle poteau, et désigne dans plusieurs arts un assemblage de pièces de bois qui sert d'appui à différentes choses , est plus particulièrement déterminé à indiquer l'objet physique. On dira donc : condamner au gibet (Acad.), faire périr par le gibet (Volt.), mériter le gibet (Labr.). Hors de ces locutions absolues, gibet ne s'emploie guère. Il n'en est pas de même de potence; ce mot comporte toutes sortes de déterminatifs. « Le marquis de Montrose fut condamné à être pendu à une potence haute de trente pieds. » Volt. « Papistes, suspendez les hérétiques à des potences hautes de trente pieds. » Id. « François Ier faisait suspendre les hérétiques à une haute potence dont on les faisait tomber à plusieurs reprises sur le bûcher. » Id. Le procès fait, une belle potence A trois côtés fut mise en plein marché. Laf. Pour faire fuir M. de Fourceaugnac, on lui conte qu'on fait déjà planter à la place de Grève une grande potence toute neuve pour l'y accrocher (Mol.). — Celui qui est condamné au gibet subit sa peine sur une potence.

Une autre différence tient au sens étymologique de gibet. Gibel signifie élévation. On plaçait effectivement les gibets sur des élévations, afin de mettre en vue les suppliciés et d'effrayer par

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