‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 558 sur 881 · GOURMAND, GOULU, GLOUTON, GOINFRE · texte numérisé non relu

GOURMAND, GOULU, GLOUTON, GOINFRE

Intempérant dans le manger.

Outre que gourmand est le terme général, comme ayant servi à former le nom du vice, qui s'appelle en effet gourmandise , il a de plus par rapport aux autres une nuance tout à fait propre. Le gourmand distingue les mets, comme le gourmet les vins; il s'y connaît. C'est un voluptueux qui aime à bien manger. Tel était dans l'antiquité Aristippe dont Fénelon a dit : « Aristippe aimait fort la bonne chère , et n'épargnait rien quand il s'agissait d'un bon morceau. » Gourmand se prend quelquefois pour gastronome, selon l'Académie, et, dans la Physiologie du goût, Brillât-Savarin, faisant un spirituel éloge de la gourmandise, y rapporte la friandise, qui n'en est, dit-il , qu'une espèce. Au gourmand et au friand il faut quelque chose d'exquis ; mais pour le gourmand la quantité et la substance doivent être jointes au choix, au lieu que le friand demande des mets légers , délicats, de peu de volume, comme confitures, pâtisseries, etc.

Goulu et glouton annoncent de la sensualité plutôt que de la volupté. Si le gourmand n'est pas frugal, le goulu et le glouton ne sont pas sobres : ils mangent avec excès , avec brutalité , ils se gorgent , ils s'empiffrent.

Mais le goulu, de gula, gueule, est proprement vorace, et le glouton, de glutire, avaler, engloutir, avide. Le goulu se jette sur la nourriture, happe, gobe, dévore, s'assouvit, mange avec une sorte de fureur et en écartant les autres. « C'est ma sœur qui se fâche : elle veut qu'il n'y ait de mari que pour elle.— Oh! la goulue!» Regn. Molière définit la jalousie d'un mari : Une amitié goulue

Qui n'en veut que pour soi.

Le glouton engloutit, c'est un abîme, comme le dit Pline du fameux glouton Apicius : Altissimus gurges. Le goulu est un animal ou comme un animal acharné sur sa proie ; le glouton est insatiable , c'est comme un vide ou comme un trou qu'on ne peut remplir.

Vous ne connaissez pas encor le Florentin; C'est un paillard , c'est un malin Qui tout dévore, Happe tout, serre tout : il a triple gosier. Donnez-lui, fourrez-lui, le glout demande encore : Le roi même aurait peine à le rassasier. Laf.

«Irus était un mendiant célèbre dans Ithaque par sa gloutonnerie; car il mangeait toujours, et était toujours affamé. » Fén. Buffon dit de l'animal appelé glouton : « Il est inconcevable combien de temps il peut manger de suite , et combien il peut dévorer de chair en une seule fois. » — En second lieu, on conçoit le goulu comme étant à l'œuvre ou aux prises , et le mot goulu signifie une qualification accidentelle. Dans l'Eu-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

nuque de Térence , le parasite n'est point goulu par delà la vraisemblance (Laf.).

Un jour notre goulu de chat Tenait la souris sous sa patte../: Regn. Le glouton, au contraire, a de la gloutonnerie; c'est chez lui un vice constant , un vice de nature et non pas de circonstance, qui peut-être ne se manifeste pas dans le moment actuel. De là vient qu'on dit un appétit glouton (Laf., Buff.), la dent gloutonne d'une panthère (Regn.), et, en parlant d'un loup, le glouton (Laf.). Dans le conte de Lafontaine intitulé le Glouton , le personnage dont il est question est appelé glouton d'abord ; puis , après qu'on en a rapporté un trait de gloutonnerie, on le nomme, en raison de ce trait particulier , le goulu.

Goinfre est un mot populaire , qui exprime quelque chose de vilain , de malpropre. Goinfrer, gminfrer, c'est, à ce qu'il semble, bâfrer comme un gouin ou une gouine, crapuler. Aussi goinfre, comme crapule , emporte-t-il l'idée d'excès dans le boire aussi bien que dans le manger. Dans une chanson à boire, faite à l'âge de dix-sept ans, Boileau dit :

S'il faut rire ou chanter au milieu d'un festin, Un docteur est alors au bout de son latin; Un goinfre en a toute la gloire.

Allez , vieux fous , allez apprendre à boire.

Dans le Testament expliqué par Ésope on donne à la buveuse ou à la biberonne

Les maisons de bouteille, Les'buffets dressés sous la treille, La vaisselie d'argent, les cuvettes, les brocs,

Les magasins de Malvoisie , Les esclaves de bouche, et, pour dire en deux mots, L'attirail de la goinfrerie. Laf.

GOUVERNEMENT , ADMINISTRATION , — RÉ- GIME, RÉGIE, RÈGLEMENT, DIRECTION, CON- DUITE, GESTION, INTENDANCE, MANIEMENT, MANUTENTION. Action ou office d'un homme qui, présidant à la marche ou à l'exécution de certaines affaires , les fait aller comme il l'entend.

Le gouvernement et Y administration regardent les affaires publiques , et si ces deux mots s'emploient quelquefois, administration surtout, en parlant des fortunes particulières , ils supposent toujours des possessions considérables , des intérêts vastes et compliqués.

Mais le gouvernement est l'œuvre ou l'emploi de celui qui tient le gouvernail , du souverain ; Y administration est la fonction d'un ministre, de celui qui aide le souverain, qui en suit les instructions : sous le gouverneme?it de Louis XIV , sous Y administration de Colbert; le gouvernement de l'Etat , Y administration de la justice (Boss., J. J. , Vert.), a Cicéron considérait les lois humaines , établies pour le gouvernement des peuples et pour Y administration de la justice , comme un écoulement de cette loi suprême qui ordonne le bien et défend le mal. » Roll. « J'appelle gouvernement ou suprême administration l'exercice légitime de la puissance executive. » J. J. Le gouvernement est la tète, Yadministration le bras : le gouvernement guide, résout,

prend des mesures générales; Y administration agit, fonctionne, fait les affaires du pays. Ceux qui demandent la décentralisation veulent séparer l'administration du gouvernement , dit fort bien M. de Barante. L'évêque gouverne son diocèse, et le prêtre administre les sacrements. Que la puissance souveraine soit en bonnes mains, l'État sera bien gouverné; il sera bien administré, si les services publics se font comme il faut.

Régime, régie, règlement et direction ont la même étymologie , regere , mener droit , d'où rectum , droit. Leur idée commune est celle de rectitude , de régularité , de conformité à l'ordre ou à des lois. Mais chacun d'eux a sa nuance ou son application propre.

Régime est passif; le régime est ce qui est fait, établi , pour faire aller droit , le traitement imposé , la constitution , l'institut , un ensemble de j dispositions auxquelles on est soumis : régime j constitutionnel, représentatif; régime colonial, le I régime des prisons. « Aquaviva (supérieur des j jésuites) fut très-propre au gouvernement d'une j société ambitieuse; elle lui est redevable de ce régime si bien conçu et si sage qu'on peut appeler le chef-d'œuvre de l'industrie humaine en fait de politique. » D'Al. a A mesure que j'avance, mon élève, autrement conduit que les vôtres, n'est plus un enfant ordinaux ; il lui faut un régime exprès pour lui. » J. J. ce Je n'entrerai pas dans des détails sur le régime , la police et les comités de la diète. » Gond.

Régie n'est usité que quand il est question de biens à faire valoir ou d'impôts à lever. « Ce que vous perdez dans le détail de la régie de vos biens l'emporte probablement sur le gain que feraient avec vous vos fermiers. » J. J. a Tant que l'impôt sera multiplié , vague et compliqué comme il l'est, la régie en sera trouble et frauduleuse. » Mabm.

Règlement n'est guère relatif qu'aux mœurs. « Mettez cette sensibilité à profit pour le règlement de vos mœurs. » Mass. ce Charger l'esprit de connaissances mutiles pour le règlement des mœurs. » Fén. ce Trois maximes d'une consé' quence extrême pour le règlement de notre vie. » Bourd.

La direction, action de diriger {regere dis, régir çà et là, de côté et d'autre) , implique une diversité de choses ou d'emplois, une distribution de rôles à faire , et un certain ordre à maintenir : la direction d'un théâtre, ce Mme de "Wolmar s'est chargée de la récolte; le choix des ouvriers , l'ordre et la distribution du travail la regardent.... Mon inspection à moi est de faire observer au pressoir les directions de Mme de Wolmar , dont la tête ne supporte pas la vapeur des cuves. » J. J. Le directeur est un ordonnateur , et la direction est bien ou mal entendue (J. J.).

La conduite se rapporte à quelque chose de simple et de particulier, outre qu'elle a plus d'indépendance que la direction , n'étant pas obligée de s'astreindre à des règles. On a la direction des armées , et la conduite d'un combat ; on est directeur d'une entreprise de diligences (

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