GRAVE, GRIEF
Du latin gravis la langue française a fait deux mots, grave et grief, comme de hrevis, bref et brief. Or, grave et grief représentent chacun un sens particulier de leur primitif. On qualifie de grave ce qu'on appelle autrement sérieux, important, considérable; et grief est à peu près l'éjquivalent de fâcheux, funeste ou à charge. Jusque-là point de synonymie entre les deux termes, malgré leur communauté d'origine. Une affaire grave, une peine griève; la gravité d'une matière , la grièveté d'un péché.
Mais, comme ce qui est grave , digne de considération, peut l'être à cause d'un mal qui y est attaché ou en résulte, grave, dans ce cas, se rapproche beaucoup de grief. Par exemple , nous disons également une faute , une maladie grave ou griève , c'est-à-dire non médiocre. En quoi ces deux épithètes diffèrent-elles alors ?
La faute grave est de conséquence , ou fâcheuse par ses conséquences, auxquelles il faut regarder. <x Les plaintes publiques de la czarine , femme de Pierre le Grand , encourageaient les factieux. Sa conduite , d'ailleurs , ne réparait pas des fautes si graves. » Volt. JLa faute griève est fâcheuse en soi , d'une nature criminelle , digne d'être punie grièvement ou par des peines grièves. ce Romulus regardait ces deux fautes (l'adultère et l'ivresse) comme les plus grièves dont les femmes fussent capables. » Roll.
De même une maladie grave (Acad.) est comme une affaire grave , elle peut avoir des suites redoutables, et demande qu'on y songe, qu'on ne la traite pas légèrement et avec négligence; une maladie griève, (S. S.) est essentiellement mauvaise, comme un grief, un tort, un dommage,