‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 562 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

une lésion, une injure, elle est très-douloureuse ou mortelle.

Un reproche est plutôt grave , parce que c'est quelque chose qui donne à réfléchir, qui est à considérer, à quoi il faut prendre garde; une accusation est plutôt griève, parce que c'est quelque chose qui pèse ou qui grève , une charge , comme on dit fort bien, « Qu'avez-vous donc répondu à une inculpation aussi gr iève?— Rien.... Dans votre nouveau mémoire en réponse au plus grave de mes reproches, vous glissez un paragraphe qui vous peint à merveille. » Beaum.

En un mot, grave indique l'attention qu'il faut donner, l'intérêt qu'il faut prendre à la chose; et grief, son degré de malice, l'intensité du mal qu'elle contient ou qu'elle produit.

GRÊLE, FLUET. Petit et faible, en parlant d'un homme.

Grêle se dit plutôt d'une partie , et fluet du tout. Taille grêle , voix grêle ; homme fluet. Il en est de même à l'égard des animaux. Les échassiers sont des oiseaux à jambes hautes , grêles et flexibles (Buff.); la belette a le corps long et fluet (Laf.).

Outre cela, grêle, du latin gracilis , menu, mince , maigre , qui manque d'embonpoint , qui n'est pas replet , n'indique pas aussi expressément un défaut que fluet, anciennement flou , du latin fluere, être languissant, délicat, tomber en décadence. Les intestins grêles ont moins de diamètre que les autres , mais ne leur sont pas inférieurs sous d'autres rapports. Buffon dit du traquet qu'if a les pieds noirs et grêles , sans donner à entendre que ce soit une imperfection dans cet oiseau. Une voix grêle manque de volume , mais elle n'est pas pour cela absolument mauvaise et défectueuse.» M. d'Alembert, avec sa petite voix grêle, est un excellent lecteur. » Volt. Mais l'homme fluet est maladif et débile. « Les catarrhes et fluxions en un corps flouet et maladif tombent sur les parties plus faibles. » Charr.

Enfin, quand même grêle s'appliquerait à tout le corps et le représenterait comme faible, la faiblesse qu'il marquerait ne serait pas de l'espèce la plus fâcheuse , savoir celle qui provient de maladie et qui consiste dans la langueur et la défaillance. « Le corps de Philétas de Cos (poëte élégiaque) est si grêle et si faible que , pour se soutenir contre la violence du vent , il est obligé d'attacher à sa chaussure des semelles de plomb ou des boules de ce métal. » Barth. Fluet, au contraire , suppose presque toujours une santé frêle et une complexion chétive. « Je crois qu'il ne faut permettre les exercices à votre fils qu'avec modération; car il est encore fluet, délicat et d'une santé très-fragile ; ce qui pourra bien lui durer toute sa vie. » Fén.

GROS , ÉPAIS. Ces mots servent à attribuer aux corps beaucoup d'étendue.

Mais une chose est grosse par l'étendue de sa circonférence ou son volume ; elle est épaisse par l'une de ses dimensions, sa profondeur ou l'étendue qu'il y a de l'une de ses surfaces à l'autre. Un arbre est gros , une planche est épaisse ; une tour est grosse , un mur est épais ; les œufs de la femelle du cygne sont gros , et ils ont la coque

épaisse (Buff.). — Il est difficile d'embrasser ce qui est gros ; ce qui est épais ne se laisse pas aisément percer, traverser, pénétrer. Un gros nuage est volumineux; un nuage épais intercepte la lumière du soleil.

GUIDER , CONDUIRE , MENER. Diriger vers un lieu.

Guider, de l'allemand weisen , montrer, ou du latin videre, voir, c'est montrer ou faire voir le chemin : on guide un voyageur. Le mot guider diffère bien des deux autres. Il est tout spéculatif, relatif à l'intelligence seule, et marque qu'on l'instruit ; conduire et mener ont rapport à l'action ou à la volonté qu'on détermine. Guider sent plus le conseil; conduire et mener sentent plus l'autorité. Si vous guidez mal , vous donnez de fausses indications, vous êtes un ignorant; si vous conduisez ou menez mal, comme vous avez eu l'initiative de l'action elle-même , votre responsabilité est plus grande , vous faites faire ce qui ne convenait pas, vous êtes un imprudent. En industrie, c'est le savant qui guide; l'entrepreneur conduit ou mène les travaux. En guidant un apprenti ou un écolier, vous lui apprenez à faire , vous êtes son maître ; en conduisant ou en menant des troupes, des ouvriers, des malades, des clients , vous leur faites faire ou vous faites avec eux, vous êtes leur chef, celui qui les meut, l'âme qui les fait agir.

Tout ce qui peut seulement nous fournir des lumières, le Saint-Esprit, la science, l'art, la règle , les étoiles , la boussole , nous guide , mais ne nous conduit ni ne nous mène, oc II y a une logique secrète qui doit guider toutes les pensées. » Volt.

Vos conseils ont guidé ma fougueuse jeunesse. Td. « La raison est un flambeau divin qui nous guide. » J. J. « Un recueil qui pût guider ma mémoire dans l'ordre des faits et des temps. » Id. a Les lumières qui devaient nous guider dans la recherche des causes inconnues et cachées. » Buff. a Les Gaulois entrent en action, plutôt emportés par la colère que guidés par la réflexion et par le conseil. » Roll. « Savoir tout, et n'être guidé dans tous ses desseins que de sa propre lumière. » Boss. <x Reconnaître le besoin que nous avons d'être guidés, d'être instruits, d'être éclairés par le Saint-Esprit. » Id.

Cette différence résulte visiblement de l'emploi des mots. On ne guide que les personnes, parce qu'elles seules sont intelligentes; mais on conduit et on mène des choses inanimées, une maison, des entreprises, des affaires, des voitures, qu'on fait aller où et comme on veut. On ne guide pas, mais on conduit ou on mène quelqu'un dans une maison, en l'y faisant venir avec soi. Un chemin ne guide pas, mais conduit ou mène en tel endroit; un principe ne guide pas, mais conduit ou mène , à certaines conséquences.

En un mot, guider, c'est simplement éclairer quelqu'un pour arriver à un but qu'il se propose ; conduire et mener , c'est faire aller ou venir quelqu'un vers un but ou une fin qu'on lui propose ou qu'on lui impose.

Restent à comparer maintenant conduire et mener.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

Conduire, de cum, avec , ensemble , et de dux , chef, commandant, qui est à la tête, c'est commander, présider à une entreprise, gouverner une suite d'actions : un général conduit une armée, un homme de loi une affaire. Mener, de main , c'est faire aller ou venir par la main ou comme par la main, entraîner avec soi : on mène un enfant par la main. De là plusieurs différences.

D'abord conduire suppose des soins , de la prudence , de l'habileté , appliqués à des détails que îa particule initiale cum indique. Mener exprime la simple action de faire aller droit à un but , sans difficulté, lestement. « I»e roi, qui savait combien le peuple est difficile à conduire , comprit que l'habitude aux exercices laborieux , qui mènent à la vertu, était plus propre que tous les préceptes pour régler ses mœurs. » Roll. Bien conduire une affaire, c'est la traiter sagement (Cokd. , Roub.); la bien mener, c'est la faire aller vite (Cond.), ou brusquement (Roub.), ou bon train. Tout homme n'est pas capable de conduire un char ou des chevaux, il faut savoir les conduire; il n'est besoin d'aucun talent pour mener les bêtes aux champs , à l'abreuvoir ou au marché. Quand on parle en général et qu'on a égard à la science et à l'intelligence du chef, on dit conduire des troupes ou une armée; mais dans un cas particulier où il ne s'agit que d'ordonner et d'obéir , on dit mener les soldats au combat, à la boucherie. — Ensuite , conduire désigne une action douce , progressive , qui tait aller pas à pas , et quelquefois par détours; mener, une action brusque, qui maîtrise, qui fait aller au but directement, immédiatement, a Le démon n'attaque pas d'abord en lion; c'est un serpent: il ne vous mène pas droit au vice , il vous y conduit par des détours. » Mass. « Tout ce qui peut conduire au péché et à la mort, que dis-je ? tout ce qui y mène infailliblement peut-il passer pour léger? » Lo. « H paraît fort extraordinaire que Dieu, ayant promis si souvent la terre de Chanaan aux Israélites, ne les y mène pas tout droit , mais les conduise par un chemin opposé dans un désert où il n'y a ni eau ni vivres. » Volt. — Enfin, comme mener signifie faire aller droit au but , d'autorité , son idée prédominante est celle du but ; au lieu que con-

duire fait penser à la conduite , à l'action de faire aller pendant qu'elle s'opère , à la direction plus ou moins longue, plus ou moins bonne. On mène paître les troupeaux, on mène boire un cheval, on mène quelqu'un voir un spectacle. Conduire ne s'emploie pas de cette manière. Mener les troupeaux aux champs indique où on les fait aller; les conduire aux champs fait concevoir l'action de les faire aller le long du chemin pendant plus ou moins de temps et en prenant certains soins, « Laissez-vous conduire où on prétend vous mener. » Mol. « Ne soyez point en peine où je vais vous mener; laissez-vous conduire. r> Id. « Laissons-nous conduire par cette douce voie, en quelque endroit qu'elle nous mène. » Boss. « Vous êtes le seigneur de Santiîlane; c'est vous que j'ai ordre de conduire où je vous mène, n Les.

Conduire quelqu'un dans une maison, c'est seulement lui servir de mentor ou d'introducteur , l'accompagner , l'aider à se présenter. On mène quelqu'un dans une maison sans formalités , en prenant tout sur soi , et comme d'une manière souveraine. Le chemin qui conduit à la ville est long, a des détours, des embranchements qu'il faut savoir reconnaître ; celui qui y mène, y aboutit droit, il n'y a qu'à le suivre. Ou bien, conduire se dit d'un chemin qui tend au bien , à quelque chose d'heureux ; tandis que mener convient mieux en parlant d'un chemin qui aboutit à quelque chose de mauvais : « Socrate déclare qu'au sortir de cette vie s'ouvrent deux routes , dont l'une mène à un lieu de supplices éternels les âmes qui se sont souillées icibas, l'autre conduit à l'heureux séjour des dieux celles qui se sont conservées pures sur la terre. » Roll. Un principe finit par conduire, pourrait bien conduire , conduit à la longue ou assez souvent à telles conséquences ; un principe nous mène à telles conséquences infailliblement, nécessairement , malgré nous.

a L'art guide le médecin ; le médecin conduit le malade , et la nature mène le malade à la santé ou à la mort. La boussole guide le navigateur; le pilote conduit le vaisseau , et les vents le mènent. L'itinéraire guide le cocher; le cocher conduit les chevaux ; les chevaux mènent la voiture. 3 Roub.

I. HABILETÉ, ART, INDUSTRIE, SAVOIR-FAIRE, ADRESSE , DEXTÉRITÉ , ENTREGENT ; — II. PO- LITIQUE , SOUPLESSE, FINESSE, FINASSERIE, LAFFINEMENT, SUBTILITÉ, MATOISERIE ; — III. BUSE , ARTIFICE ., ASTUCE, PERFIDIE. Tous ces mots donnent l'idée d'une qualité qui rend >ropre à bien faire quelque chose , à parvenir à certaines fins, à réussir dans ce qu'on entreprend.

Ils se divisent d'abord en trois classes bien distinctes. La première comprend ceux qui s'entendent toujours ou au moins le plus souvent

dans un sens favorable ; la seconde , ceux qui sont pris tantôt en bonne et tantôt en mauvaise part , mais plutôt en mauvaise ; et enfin la troisième, ceux qui toujours ou le plus souvent expriment une disposition condamnable , tournée à mal, emportant l'idée de fraude, de tromperie.

I. Habileté', art, industrie, savoir-faire, adresse, dextérité, entregent. Ces mots signifient tous un certain talent, sans laisser entendre qu'on l'emploie à de mauvaises fins.

Mais Yhabileté suppose du génie; l'art, de l'étude ; l'industrie , de l'invention dans les moyens ;

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