‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 566 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

L'haleine est constante, habituelle , et elle reçoit des qualifications qui ont le même caractère. Le souffle est quelque chose de particulier ou d'accidentel. On dit en général l'haleine, et en particularisant un souffle ou même des souffles : avoir l'haleine courte, n'avoir plus qu'un souffle de vie. « Tu dormais sur mes genoux, je respirais ton haleine , et pour n'en pas perdre un souffle .je m'approchais tout doucement. »Marm. Les hommes ne doivent pas vivre entassés , car l'haleine de l'homme est mortelle à ses semblables (J. J.) ; de la poitrine d'un pestiféré ou d'un homme atteint de certaines maladies s'exhalent des souffles mortels (Fléch.).

L'haleine est plutôt subjective , considérée dans le sujet où elle demeure constante et inépuisable; le souffle peut être objectif, c'est quelque chose alors de détaché du sujet et qui prend une existence à part. Notre âme est un souffle de la divinité (Mass.) , ou ,. comme dit l'Écriture , un souffle de la poitrine de Dieu (Boss.).

HARDES , NIPPES. On appelle hardes ou nippes d'une personne les choses qu'elle a et dont elle se sert pour s'habiller.

Barde (allemand herde, troupeau, bande) a signifié d'abord dans notre langue une troupe de bêtes sauvages , et une hart est un lien de bois pliant avec lequel on lie les fagots , les bourrées. Les hardes de quelqu'un sont donc la collection. la réunion, et, comme on aurait dit autrefois, la hardée de ses effets. C'est son bagage : que chacun trousse ses hardes et bagage (Nicod.). a Quand un vaisseau se brise , ceux qui se jettent à la nage ne se chargent point de leurs hardes. » Malh. Nippes , qui paraît avoir quelque rapport au grec vitttsiv, laver, exprime seulement dans les hardes ce qui sert à la propreté et à la parure.

Hardes comprend tout, et spécialement les habits , les habits principaux et de première nécessité, les gros vêtements ; au lieu que nippes exclut les habits et ne désigne que le linge , surtout celui qui n'est destiné qu'à l'ajustement. a. Dans ce coffre étaient toutes mes hardes , qui consistaient en deux habits assez propres et en quelques nippes. » Les. — On dit bien, mes hardes et mon linge (J. J. , Les.) ; on ne dirait pas mes hardes et mes habits, ce serait un pléonasme. Au contraire , on dit bien mes nippes et mes habits (Volt.) -, mais non pas mes nippes et mon linge. On dira tout aussi bien les nippes et les robes d'une femme, a La garde-robe de la reine fut volée, et toutes ses robes emportées.... Il en est encore demeuré deux avec toutes les nippes et force sachets de poudre. » Malh. — On met les hardes dans la garde-robe, si bien que les hardes de quelqu'un signifie à peu près la même chose que sa garde-robe; les nippes se mettent dans l'armoire.

Les nippes n'étant pas de première nécessité , elles supposent une certaine aisance , une sorte de luxe; ce que ne fait pas entendre le mot de hardes. Un domestique a des hardes : son maître a des nippes. * Le valet de don César se souvint qu'il portait parmi ses hardes un grand flacon d'eau-de-yie. » Les. a Je lui montrai le coffre où

mon maître avait déjà serré ses nippes. » ÎD. — De bonnes nippes, de méchantes hardes. <* Vous en avez tiré d'assez bonnes nippes. » Dest. « Vous n'imitez pas la sagesse d'Ulysse : vous voulez rentrer dans l'antre du cyclope pour quelques méchantes hardes que vous y avez laissées, a Roll.

Une autre différence très-remarquable consiste en ce que les nippes se considèrent par rapport à leur valeur, comme plus ou moins précieuses, comme constituant une plus ou moins grande richesse mobilière , comme faisant qu'on est plus ou moins bien nippé. Un emprunteur donne des nippes en gage (Regn.), des trafiquants échangent des nippes (Scarr.); on hérite de certaines nippes (Les. , J. J.). a II lui laissa douze cents écus par son testament , outre quantité de meubles et de nippes de conséquence. » Laf. « Sa succession consistait en quelques nippes et en trois cents pistoles d'argent comptant. » Les.

Outre cet argent-là, mes meubles et mes nippes, J'ai de revenu clair trois cents bons mille francs.

Dest.

La seule nuance propre à hardes est celle de former un paquet ou un fardeau qu'on porte. « Je ne retournai au logis que pour y prendre tout ce que j'avais de nippes et d'argent ; et dès le même jour je marchai vers Tolède , la bourse assez bien garnie, et le dos chargé d'un paquet composé de toutes mes hardes. » Les. a Je convins avec le messager de ce que je lui donnerais pour le port de mes 7iardes....Bentivoglio, chef des voleurs qui me les enlevèrent, se contenta de donner à chacun d'eux trente pistoles et les plus mauvaises nippes. * Id.

Enfin , les hardes se prennent plutôt collectivement, en gros: et les nippes distributivement, en détail : quelques nippes (Les.), certaines nippes (Dest.). «. M. Turcaret a de mes nippes actuellement. j> Les.

HARDIESSE, AUDACE, TÉMÉRITÉ, EFFRON- TERIE. Qualité opposée à la timidité et en vertu de laquelle on ose , on se porte à agir malgré ce qui semblerait pouvoir ou devoir retenir.

C'est ce que signifie purement et simplement le mot hardiesse. Audace veut dire une hardiesse très-grande ou extrême; témérité, une.hardiesse inconsidérée ou aveugle; et effronterie, une hardiesse impudente ou éhontée.

La hardiesse en elle-même n'a rien que de louable. Elle est pour les grandes qualités de l'âme ce qu'est le ressort pour les autres pièces de la montre , elle les met en mouvement. Sans elle point de courage ni d'assurance; sans elle on n'a pas la force d'attaquer, de se produire, de faire prévaloir ses droits ou sa supériorité.

L'audace est une qualité mauvaise plutôt que bonne, surtout dans les relations sociales, en fait de procédés, là où tout ce qui n'est pas mesuré choque ; car c'est une hardiesse immodérée. Aussi dit-on une audace emportée (Boss.) , furieuse (Acad.). Cependant il y a des situations critiques dans lesquelles on ne peut se sauver qu'en usant d'audace, qu'en ramassant toutes ses forces pour tenter fortune , pour attaquer ou se

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

défendre avec une vigueur extraordinaire. Noble , généreuse, héroïque audace (Acad.).

La témérité et l'effronterie sont décidément et toujours des défauts, parce qu'elles nous font violer, la première, les lois de la prudence, la seconde , celles de la bienséance ou de l'honnêteté. Le téméraire agit au hasard (temerè), sans réflexion, à la légère; il tente l'impossible, il court au-devant du péril sans l'avoir mesuré ou quoiqu'il y ait entre ses moyens et les obstacles une telle disproportion, qu'il ne puisse raisonnablement rien espérer, même de son désespoir. L'effronté n'a pas de front (pour rougir) , il brave tout ce que respectent les autres hommes ; semblable aux cyniques , a à ces gens effrontés qui n'avaient honte de rien , non pas même des choses les plus infâmes; qui ne connaissaient aucune bienséance , et n'avaient aucun égard pour personne. » Fén.

1° HASARD, FORTUNE, SORT; — 2° DESTIN, DESTINÉE , FATALITÉ ; — 3° ÉTOILE. Causes cachées des événements.

Le hasard , la fortune et le sort agissent d'une manière variable , arbitraire , fantasque , contingenterqui pourrait être autre : on dit les jeux, les coups , les caprices , les bizarreries du hasard, de la fortune et du sort. Au contraire, le destin, la destinée et la fatalité agissent d'une manière fixe , constante , prédéterminée par des lois supérieures immuables : on dit l'inflexibilité , les lois invariables du destin ou de la fatalité.

La raison est exclue des événements produits par le hasard, la fortune ou le sort, ils arrivent fortuitement , à l'aventure , àb hoc et al hac , sans raison , en un mot , et par conséquent ils ne sont pas susceptibles d'être prévus.

Or, du hasard il n'est point de science : S'il en était, ou aurait tort

De l'appeler hasard, ni fortune , ni sort;

Toutes choses très-incerlaines. Laf.

La liberté n'a aucune part aux événements qui dépendent du destin et de la fatalité : c'est forcément qu'ils naissent et se déroulent les uns à la suite des autres, ce Se laisser aller à la destinée. » Bourd. , Mol. a II y en a qui croient une fatalité à laquelle rien ne peut se soustraire. » Volt.

Les athées pensent que tout dans le monde est soumis au hasard , à la fortune et au sort , c'està-dire que tout s'y fait sans dessein et sans but : les panthéistes pensent que tout dans le monde est soumis au destin ou à la fatalité, c'est-à-dire que tout, jusqu'à Dieu et à ses actes, y est astreint à la nécessité , que les êtres y obéissent à des desseins et tendent à des buts certains.

La fortune est aveugle , inconstante ; le destin est puissant , invincible. * Il n'y a aucun livre de nos jours où l'on attribue quelque chose au hasard : le grand système des matérialistes est la nécessité. » Volt. « Anaxagore est le premier qui n'ait pas attribué les événements humains à une ! aveugle fortune ou à une fatale nécessité. * \

ROLL

1° Hasard, — fortune, sort.

Le hasard préside ou est supposé présider à j tous les événements du monde ; la fortune et le j

sort ne décident que des événements de la vie, c'est-à-dire de ceux qui sont relatifs au bien et au mal des êtres sensibles. On ne dit point mon hasard, comme on dit ma fortune ou mon sort. « Vous récrierez-vous en voyant ce beau jardin : quel jeu du hasard ! combien de belles choses se sont rencontrées ensemble inopinément? » Labr. « Vous admettez le hasard seul pour la cause première de toutes choses. » Id. « Le hasard n'est qu'un nom inventé par l'ignorance , il n'y en a point dans le monde. » Boss. a On accuse à tort les philosophes de penser que l'arrangement de cet univers soit une production du concours fortuit des atomes , un effet du hasard. » Volt. a Le hasard seul a produit presque toutes les inventions. » Id. « La combinaison des caractères d'imprimerie nécessaire pour donner Y Enéide n'est point l'effet du hasard. » J. J. il y a du hasard dans la fortune et le sort, qui n'en sont que des applications aux affaires humaines, a H n'y a rien où le hasard semble dominer davantage que dans le sort. Cependant on en attribuait l'effet à Jupiter, puisqu'on lui adressait des prières pour le faire réussir. » Roll. On dit bien le hasard de la fortune ou du sort. « Je ne mets point à la loterie, j'ai peu d'inclination à donner rien au hasard de la fortune. » Boil.

Fortune et sort diffèrent en ce que la fortune est plutôt l'être fabuleux , à demi mythologique qui détermine, et le sort la détermination même , ce qui échoit à quelqu'un en conséquence , son lot ou son partage. « J'ignore, dans la carrière où je vais m'essayer , à quel sort la fortune m'appelle. » J. J. « Le sort est comme la décision ou l'oracle de la fortune. » Font. Quoiqu'on dise également ma fortune et mon sort, le sort est cependant plus spécial , plus relatif , plus distributif : la fortune est pour tous, et chacun a son sort. « Je m'en pris à la fortune.... Au lieu de céder à mon chagrin , je devais me roidir contre mon mauvais sort. » Les. Quelquefois sort, au lieu de signifier la décision de la fortune, est simplement relatif au fait de la consulter {sortiri, tirer au sort). ce Elle leur proposa de s'en rapporter au sort; Infortuné décida pour Mandricart. » Les. — D'un autre côté , fortune se dit plus en grand, et en parlant des biens, des honneurs, des succès ou des revers signalés, ce Ces courtisans, perfides adorateurs de la fortune, vous encensent dans la prospérité, et vous accablent dans la disgrâce. » Mol. « Rien ne soumet plus les princes aux revers et aux caprices de la fortune que.... » Montesq. « Les Israélites appelaient la fortune la reine du ciel, la dominatrice de l'univers.... Séduits par un long cours d'heureux succès, les hommes du monde donnent tout à la fortune, et ne connaissent point d'autre divinité.» Boss. « On voit dans l'histoire du monde les faiblesses punies, mais les grands crimes heureux, et l'univers est une vaste scène de brigandage abandonnée à la fortune. » Volt. Mais sort se rapporte à des choses et à des- personnes de moindre importance, et il regarde précisément la condition, k Dans la destination du sort de vos enfants , avez-vous eu plus d'égard à leur salut qu'à vos intérêts personnels? » Mass. ce II me dit

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