‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 572 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

l'âme. Il traite les gens d'une manière haute en même temps que gracieuse et aisée, loyalement, avec générosité. Dans le Bourgeois gentilhomme , Dorante apprend à M. Jourdain comment il doit se conduire pour agir en galant homme, a M. de Jonville était un honnête et galant homme , aimable même à certains égards. » J. J. « Vous êtes galant homme, homme aimable, homme d'esprit, de bonnne famille; Hortense est jeune, belle , sage , d'une famille distinguée , et elle est aussi malheureuse qu'aimable -»Dest. «Néron, ce tyran, ennemi de la raison, fut assez galant homme pour entendre raillerie sur ses vers. »Boil. « Mon médecin sait vivre; il n'est point charlatan : il traite la médecine en galant homme; enfin il m'amuse. » Sév. «Laubanie se conduisit en trèsgalant homme qu'il était, à l'égard de Charost (qu'il avait remplacé comme commandant à Calais) , avec toutes sortes d'égards et de respects , et se fit un point d'honneur de lui rendre justice, et de détruire les mauvaises impressions que le roi avait prises. » S. S. « L'honnête homme et le galant homme sont les mêmes quant au fond; mais le dernier a quelque chose de plus agréable dans les manières *. » Cond.

Brave homme et bon homme , dans l'acception où ils se rencontrent ici avec les mots précédents , sont familiers, ce qui suffit pour les en séparer.

Mais brave homme emporte une idée de louange , au lieu qu'il y a toujours dans l'expression de bon homme une légère teinte d'ironie. C'est par résolution et avec courage qu'on est brave homme; il y a à cela du mérite. « Je. voulus laisser à l'aubergiste ma veste en gage. Ce brave homme la refusa, et me dit qu'il n'avait jamais dépouillé personne, s J. J. C'est par inclination naturelle, par facilité, quelquefois par débonnaireté ou bénignité , qu'on est bon homme, a Le roi d'Angleterre (Jacques II) est bon homme , et prend part à tous les plaisirs de Versailles. » Sév. « Hors d'intérêt, d'Antin était bon homme, et aimait à faire plaisir. » S. S. « Chevry, presque aveugle quand il épousa cette petite veuve, le devint bientôt après tout à fait : il fut doux, bon homme, s'accommoda de tout, eut toutes sortes de complaisances. » Ir>.

1° HONNÊTE , CIVIL , POLI ; — 2° AFFABLE , GRACIEUX ; — 3° COURTOIS. Ces mots expriment

\ . Quoi qu'en dise Beauzée d'après Labruyère , Yhabile homme diffère extrêmement des divers personnages dont il est ici question. Sa qualité essentielle n'est pas la vertu, mais le talent ou la capacité; il est propre, non pas à bien faire, moralement parlant , mais à bien faire ce qu'il entreprend , ses affaires, à réussir. C'est un homme de ressource, quoique peut-être plein de vice ou de méchanceté. « J'ai assez bonne opinion de vous pour être persuadé que vous ferez encore plus de cas de ce qui peut former en vous Yhomme de bien, le bon citoyen, le vertueux magistrat, que de ce qui peut former le savant et Yhabile homme. » D'Ag. « Tout cela (talent, discernement, capacité, lumières) se trouvait dans Condé accompagné de ces vertus qui font l'ornement de la société civile et qui, par une alliance rare, joignaient le parfait honnête homme àl' habile homme. »

BOURD.

tous des qualités relatives aux manières, qualités qui ont leur application, qui se développent au sein de la société , et nous établissent avec nos semblables dans de bons termes ou dans de bons rapports.

Entre honnête , civil et poli , d'une part , affable et gracieux, de l'autre, se trouve d'abord une grande différence. Qui est honnête , civil ou poli sait vivre , est homme de bonne compagnie ; qui est affable ou gracieux doit plus à sa nature qu'à l'usage , est aimé et recherché pour ses qualités propres. Les qualités signifiées par honnête, civil et poli marquent une conformité à des règles qui déterminent comment on doit être dans la société pour y être bien ou comme il faut; la qualité de l'homme affable ou gracieux lui est particulière, et ne répond point à un genre de procédé commun et qui puisse s'apprendre. Un homme bien élevé suit les règles de Y honnêteté , de la civilité et de la politesse ; un homme bien né se montre affable et gracieux. — Outre cela, honnête , civil et poli s'étendent à toute la conduite envers autrui : on dira bien , par exemple , faire à quelqu'un une réponse honnête , civile ou polie. Mais affable et gracieux ne se disent que de l'air, que de la manière dont on se montre aux gens, de la mine qu'on leur fait. « On est aujourd'hui civil, honnête, poli; on a des airs affables, gracieux, insinuants. » Bourd.

1° Honnête, civil, poli. Adjectifs servant à qualifier un homme de bon ton, qui sait bien son monde, qui n'est point grossier.

Honnête, du latin honos , ornement, beauté, d'où honestum, ce qui est beau, bienséant. On est honnête par raison, par respect pour soi même et pour ce qui est bien ; et Y honnêteté consiste dans l'observation des bienséances, d'où dépend la conservation des bonnes mœurs. L'homme honnête ne néglige rien de ce qui est dû à l'âge , au sexe , à l'état et aux diverses supériorités établies par la nature. L'honnêteté fait partie de la morale sociale ainsi que la charité. « Il vous est ordonné de ne pas blesser envers votre frère les règles de Y honnêteté , et de lui rendre tous les devoirs que la société nous impose les uns envers les autres. » Mass. « C'est une action d'honnêteté et de charité , de ne point accuser son prochain quand il est encore en vie. » Volt. « On peut , par honnêteté et par bienséance, approuver généralement, et à certains égards, ce qu'absolument on improuve. » Boss.

La civilité et la politesse constituent plutôt des convenances que des devoirs proprement dits : en y manquant , on pèche moins contre les bonnes mœurs que contre les mœurs élégantes et distinguées.

Civil vient du latin civilis, de civis, citoyen. Poli est opposé à rude. La civilité consiste à nous conduire envers chacun selon son rang , sa dignité , sa condition dans la cité ou dans l'État ; elle tient de la cérémonie et de l'étiquette. La politesse, qualité de l'homme qui a été dégrossi, est plus exquise : elle ne se borne pas à la connaissance de certains termes et à l'observation de certaines pratiques , qui ne supposent pas nécessairement une excellente éducation; elle se fait

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

rémarquer par un rare discernement des convenances , par une fine et délicate attention à entrer dans les dispositions et à s'accommoder aux situations et aux désirs de chacun. Aussi tient-on beaucoup à passer pour poli. « La civilité est un désir d'en recevoir et d'être estimé poli. » Làroch. « C'est par orgueil que nous sommes polis .-nous nous sentons flattés d'avoir des manières qui prouvent que nous ne sommes pas dans la bassesse. » Montesq. « Les académies sont aux universités ce que l'âge mûr est à l'enfance , ce que l'art de bien parler est à la grammaire , ce que la politesse est aux premières leçons de la civilité. » Volt.

Politesse dit plus que civilité, précisément parce que la politesse est plus spéciale que la civilité. Elleregarde, non pas au rang, mais au mérite personnel; elle se fonde, non pas sur la considération, mais sur l'estime; ce n'est pas une démonstration extérieure, générale et froide, mais un témoignage particulier des sentiments dont on est animé. La civilité peut être cérémonieuse ou fatigante; la politesse , fade ou fausse.

« Je donne à tout le monde un extérieur de civilité. t> Boss.

Il faut bien que l'on rende

Quelques dehors civils que l'usage demande. Mol.

« Je la reçus avec toute la civilité , mais avec toute la froideur possible. » S. S. Voilà bien la civilité. — Voici pour la politesse , qu'une femme de beaucoup d'esprit , au xvme siècle , définissait ainsi : « La politesse est dans un cœur sensible une expression douce , vraie et volontaire du sentiment de l'estime et de la bienveillance. » On dit une politesse attentive (Marm.). a Fénelon avait une politesse qui , en embrassant tout , était toujours mesurée et proportionnée, en sorte qu'il semblait à chacun qu'elle n'était que pour lui. » S. S. « Louis XIV avait une politesse de discours qui trouvait toujours à placer ce qu'on aimait le plus à entendre. » Mass.

L'honnêteté se pratique à l'égard de tous les membres de l'humanité. « Il est évident à toute la terre qu'un bienfait est plus honnête qu'un outrage. » Volt. « Dans les règles de l'honnêteté, on ne publie jamais les lettres d'un homme sans sa permission. » Id. « L'honnêteté nous oblige de ne pas refuser nos lumières à notre prochain pour le tirer d'une erreur où il est tombé. j> Boil. Elle nous oblige aussi à enseigner la route au voyageur qui s'égare. — La civilité nofts prescrit comment nous devons agir extérieurement envers les membres de notre cité , suivant qu'ils appartiennent à telle ou telle classe , à tel ou tel rang , qui nous devons saluer et comment , à qui nous sommes tenus de rendre visite , quel titre , ou monsieur ou monseigneur , il faut mettre devant le nom de tel ou tel personnage, quelle personne nous devons honorer en nous levant à son approche, en l'accompagnant ou en la reconduisant, en lui cédant le pas , etc. C'est un cérémonial qui diffère de pays à pays. « Les législateurs de la Chine voulurent que les hommes se respectassent beaucoup ; que chacun sentît à tous les instants qu'il devait beaucoup aux autres ; qu'il n'y avait point de citoyen qui ne dépendît à

, quelque égard d'un autre citoyen. Ils donnèrent i donc aux règles de la civilité la plus grande j étendue.... On vit les gens de village observer entre eux des cérémonies comme les gens d'une condition relevée. » Montesq. — La politesse s'exerce entre membres de sociétés plus particulières ou dans les relations privées; et, comme la civilité consiste surtout à saluer, la politesse s'exprime surtout par des compliments. Quelquefois elle demande qu'on se gêne pour les autres , qu'on leur cède sa place, quelque chose de ses droits ou de ses avantages, afin de leur témoigner de l'intérêt, de la bienveillance ou de l'estime.

Les règles de la politesse ne sont pas naturelles comme celles de Y honnêteté , ni fixes comme celles de la civilité; pour les connaître et savoir les appliquer, il faut avoir l'habitude du beaumonde et l'esprit d'un homme de tact.

2° Affable, gracieux. Mots significatifs d'une qualité sociale dont on est doué , dont on n'est point redevable à l'éducation, et en vertu de laquelle, loin d'être rébarbatif, on se montre favorablement, on fait bonne mine à ceux qu'on rencontre ou avec qui on entre en relation.

L'homme affable (de fari ad, parler à) est accessible et bon. L'homme gracieux (de gratus, agréable) est agréable et avenant. « Cyrus se montrait doux et affaMe à ceux qui l'approchaient; et quand il faisait des présents, c'était toujours avec un air gracieux et des manières obligeantes qui en relevaient infiniment le prix. » Roll.

L'affabilité part plutôt du cœur, et en marque une disposition contraire à la fierté et à la dureté. Caractère doux et affable (Acad.). «L'affàbU lité, qui prend sa source dans l'humanité, n'est pas une de ces vertus superficielles qui ne résident que sur le visage ; c'est un sentiment qui naît de la tendresse et de la bonté du cœur. » Mass. « Vit-on jamais, dans un rang si élevé, et avec tant de supériorité de génie , tant de bonté et d'affabilité? » Id. « Cette douceur pleine de charmes dont vous daignez tempérer la fierté des grands titres que vous portez, cette bonté toute obligeante, cette affabilité généreuse que vous faites paraître pour tout le monde. » Mol. « Enfant de saint Louis (le duc de Bourgogne) , imitez votre père : soyez comme lui doux , humain, accessible, affable , compatissant et libéral. » Fén Mais la grâce s'arrête plutôt à la forme qu'elle représente comme riante et pleine d'attrait. Sourire gracieux (Acad.). « Manières gracieuses et insinuantes. » Roll. a Nous saluâmes le comte, et il nous fit de son côté une inclination de tête , accompagnée de regards si gracieux, que je me sentis d'abord gagner l'âme. » Les. « Théognis n'est pas hors de sa maison qu'il a déjà ajusté ses yeux et son visage, afin que ceux qui passent le trouvent déjà gracieux et leur souriant. » Labr. a Gracieux et payant de raison jusque dans ses refus. » S. S.

Ce n'est pas ce qu'on croit que d'entrer chez les dieux :

Cet honneur a souvent de mortelles angoisses.

Rediseurs, espions, gens à l'air gracieux,

Au cœur tout différent, s'y rendent odieux. Laf.

Page 1