DEUXIÈME PARTIE
Gardez bien votre baume tranquille , c'est un un manque ou une faiblesse , n'est pas comme i! remède infaillible. » SÉv. « Le médecin lui dit faut, n'a pas la force ou les qualités qu'il devrait
qu'il avait un remède dont le succès était prompt et infaillible. » Roll.
Une chose est immanquable , et on la tient ou on la donne pour infaillible. « Il me vient un artifice. Oh! pour celui-ci, il est immanquable.... Votre réponse m'inspire un dessein dont je tiens la réussite infaillible. » (Grispin. dans la Tontine). Les. On regarde souvent comme infaillible ce qui au fond n'est rien moins qu'immanquable ou ce que l'événement démontre n'être pas immanquable. On dit immanquable d'un succès, d'un moyen , d'un effet , d'un secours , considéré en lui-même. « Le plus sûr moyen pour persua-
avoir. Les gens de bien ont aussi leurs imperfections; tous les hommes ont des défauts. * Les imperfections des gens de bien devraient vous trouver plus indulgents; car eux seuls vous épargnent, cachent vos vices, adoucissent vos défauts, excusent vos fautes. » Mass. — En second lieu , imperfection a plus de rapport à la théorie , et défaut à la pratique : on connaît ses imperfections , connaître exprime une action tout idéale ; mais on corrige ses défauts , on est insupportable à cause de ses défauts, il s'agit ici de pratique et de commerce avec nos semblables.
« L'homme veut être parfait , et il se voit plein der est de savoir faire usage des passions dont le j d'imperfections ; il veut être l'objet de l'amour succès est presque toujours immanquable. » j et de l'estime des hommes, et il voit que ses Roll. « Pour nous détacher de ces biens, le défauts ne méritent que leur aversion et leur
moyen sûr et immanquable est de nous en détromper. y> Bourd. Mais on dit infaillible d'un succès, d'un moyen , d'un effet, d'un secours auquel on a foi, sur lequel on compte. « Albéroni, satisfait de tant de grandes dispositions dont il croyait le succès infaillible, disait en s'applaudissant.... » S. S. « Je prétends qu'un des moyens les plus puissants , les plus infaillibles pour..., c'est.... » Bourd.
Par conséquent, immanquable renchérit sur infaillible : il annonce une certitude plus grande, une certitude absolue , indépendante de nous et de nos manières de voir. « On n'osera plus parler des infaillibles et immanquables moyens par lesquels Jésus- Christ assure l'accomplissement de cette grande parole : Tout ce que mon père me donne vient à moi. » Boss.
Même différence entre immanquablement et infailliblement. Vous guérirez immanquablement marque la certitude de votre guér.ison; vous guérirez infailliblement marque la certitude de ma croyance ou de la vôtre , de mon assertion ou de votre espoir. Vous dites , cela arrivera immanquablement , comme qui dirait, cela arrivera
mépris. » Pasc. « On se pique d'oraison sublime, et cependant on ne connaît pas ses imperfections les plus grossières.... On est rempli de défauts qu'on ne peut espérer de corriger sans le secours de l'oraison commune. » Bourd. Sans imperfection, les choses ou les personnes sont admirables , exemplaires ; sans défaut , elles ont toutes les qualités qu'on pouvait leur donner et qu'elles doivent avoir conformément à leur usage , à leur destination , au service qu'on en attend. Les imperfections déparent ; les défauts diminuent la valeur, le mérite, l'utilité.
Quant au vice , il se distingue aisément. C'est quelque chose d'intérieur, un principe de mal qui est au fond des choses, qui en gâte ou en déprave toute la masse, et qui est par conséquent difficile à détruire. Dans le Misanthrope , Philinte dit à Alceste :
Oui, je vois ces défauts, dont votre âme murmure, Comme vices unis à l'humaine nature. Mol. « La haine des hommes ne serait pas un défaut, mais une dépravation de la nature , et le plus grand de tous les vices. » J. J. a Les efforts inutiles de tant d'auteurs nous ont fait supposer
avec certitude; et, infailliblement cela arrivera, . que le défaut de ces poèmes (les opéras) était
comme qui dirait , certainement cela arrivera. Ce qui arrivera immanquablement ne manquera pas d'arriver , arrivera sûrement ; ce qui infailliblement arrivera , nous aurons eu raison d'y croire ou d'y compter. « Si ma foi n'est pas le principe de ma justification, elle sera immanquablement le sujet de ma réprobation. » Bourd. « Je suis assuré que Dieu , qui est fidèle , me donnera infailliblement des secours proportionnés à ce qu'il me commande. » Id.
IMPERFECTION, DÉFAUT, (FAUTE, DÉFECTUO- SITÉ), VICE, (RIDICULE). Ces mots désignent quelque chose de répréhensible, qui empêche d'être bien.
L'imperfection diffère d'abord du défaut, en ce qu'elle se trouve dans des choses ou des per
peut-être \mvice irréparable. » Vauv. «Quelques beautés de détail firent excuser , dans cette tragédie , et le vice du plan et les défauts de l'exécution. »D'Al. On dit plutôt les défauts de l'esprit , et les vices du cœur , parce que l'esprit est un instrument plus ou moins commode ou convenable, et que le cœur peut être sain ou corrompu, a Louis le Débonnaire était un prince qui avait toutes sortes de défauts dans l'esprit , avec peu de vices dans le cœur. » Montesq. « César avait tant de grandes qualités, sans pas un défaut , quoiqu'il eût bien des vices , qu'il eût été bien difficile que , quelque armée qu'il eût commandée , il n'eût été vainqueur '. » Id.
^ . Labruyère a comparé , ainsi que Montesquieu ,
sonnes très-bonnes du reste, au lieu que le dé- Par rapport à l'esprit humain seulement le défaut et faut peut se trouver dans ce qu'il y a de plus le vice> auxquels il a joint le ridicule. Il dit : « Les ' r , • /> .• A,„„ A; i , ! vices partent a une depravati
commun : les imperfections d'un diamant, les défauts d'un outil. Ce qui est imparfait n'est pas fini, achevé, accompli, laisse quelque chose à désirer pour être un modèle ; ce qui est défectueux est en défaut , défaille , languit , éprouve
partent d'une dépravation du cœur . les défauts, d'un vice de tempérament; le ridicule, d'un défaut d'esprit. >> Or, la définition du vice est exacte : le vice gît dans le cœur, qui est la partie de l'àrae la plus intime et la seule qu'on conçoit comme pouvant se conserver pure ou se pervertir. Mais le défaut n'est
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
A défaut se rapportent faute et défectuosité , dont la racine est la même , fallere . faillir , manquer. Ces trois mots signifient une mauvaise qualité dans des choses ordinaires , usuelles , et qui ne tient pas au fond de ces choses , à leur nature.
La. faute est le défaut de quelqu'un qui /ixwf, qui fait l'action défaillir. On fait des fautes, on a des défauts,- des fautes arrivent, échappent, et des défauts sont, « Je fais encore bien des fautes , j'ai encore bien des défauts. » Dudeff. * Colbert fit de grandes fautes; il eut des défauts. r> D'Al. « Sophie , restée estimable jusque dans le crime , sera d'autant plus fidèle, plus soigneuse et moins fière ; elle n'aura commis une faute que pour se guérir d'un défaut. » J. J. « L'occasion s'offrit d'indiquer quelques-unes de ses grandes qualités : il se hâta de relever ses défauts. Nous voulûmes lui parler de ses succès ; il nous parla de ses fautes. » Barth. « Nos ennemis croient que nous avons commis des fautes que nous n'avons point commises, ou nous attribuent des défauts que nous n'avons pas. » Nie. ce Ne craignez point de parler des fautes qui vous auront échappé devant l'enfant , et des défauts qui sont visibles en vous. » Fén. — Toutefois, les fautes se considèrent bien aussi objectivement, dans les choses , auquel cas elles ressemblent le plus aux défauts. Mais ce ne sont que des défauts partiels ou accidentels. « Mme de Sévigné a écrit qu'on se dégoûterait de Racine comme du café ; mais il ne faut pas toujours attribuer à un défaut de goût une faute de goût. » Suard. Outre cela , faute garde toujours un certain rapport à l'auteur : non-seulement un livre fautif est moins généralement mauvais qu'un livre défectueux , mais encore il rappelle le tort , l'inhabileté ou la négligence de celui qui l'a composé.
La défectuosité n'est qu'une espèce de défaut , quelque chose qui tient du défaut , un petit défaut. « Le ridicule charge et grossit les défauts des hommes; il contente peu l'esprit d'un philosophe , plus touché de la peinture d'une seule vertu que de toutes ces petites défectuosités dont les esprits faibles sont si avides. » Vauv. « Il n'y a aucuns microscopes dans les verres desquels il n'y ait quelques taches, quelques bulles, quelques fils , et d'autres défectuosités quïl faut connaître exactement. » Buff. « Dans la Henriade , les défectuosités sont légères et en petit nombre.» Lah. « Ce qui est trop fréquent dans l'auteur (Voltaire), c'est un certain degré d'inattention qui, dans ce qu'il a de plus soigné, laisse toujours quelques défectuosités qu'on aurait fait dispoint un vice de tempérament, c'est tout ce qui nous manque de droit, de juste, de régulier, de normal, d'où résulte quelque inconvénient pour nous ou pour les autres. La méchanceté, par exemple, est un vice, et la sottise un défaut. Quant au ridicule, c'est le caractère social du défaut , comme l'odieux est celui du vice, a La tragédie nous offre les malheurs produits par les vices des hommes, la comédie les ridicules attachés à leurs défauts. » D'Al. — Le vice , le i défaut et le ridicule rendent répréhensible, le vice 1 aux yeux de la morale, le défaut aux yeux de la rai- Bon, et le ridicule aux yeux du monde.
| paraître sans peine. » Id. Défectuosité considérable (Acad.) est une contradiction dans les termes. — La défectuosité peut être aussi un défaut en puissance , qui ne se développe que plus tard. La défectuosité d'un principe (Boss.). «Les influences de la nourriture pourront produire dans les parties organiques (du cheval) des germes de défectuosités , qui se manifesteront ensuite dans la seconde génération , où la progéniture a non-seulement ses propres défauts , c'est-à-dire ceux qui lui viennent de son accroissement, mais encore les vices qui lui viennent de la seconde souche. » Buff. — Ou bien enfin la défectuosité est un défaut extérieur, superficiel, peu profond, une petite difformité, a Avoir une défectuosité dans la taille. x> Acad. « Le bec-ouvert (un oiseau) a une de ces singularités ou défectuosités que nous avons déjà remarquées sur un petit nombre d'êtres.... Le nom de bec-ouvert marque cette difformité. » Buff. « On a pu désirer des rédactions de la morale plus parfaites, des méthodes plus exactes ; mais il est faux qu'on ait jamais attribué ces défectuosités de composition à l'instabilité de la morale. » Lah.
IMPÉRIEUX, ABSOLU. Qui aime à ordonner, à faire la loi , à exercer sur les autres beaucoup de pouvoir.
L'homme impérieux tient plus aux apparences, a le goût de la domination, prétend qu'on lui cède , qu'on plie devant lui : on dit des manières trop impérieuses et trop dominantes (Bourd.), un homme altier et impérieux (Boss.. Volt., Roll., Cond.), hautain et impérieux (Roll.), une femme impérieuse et vaine (Marm.), une autorité superbe et impérieuse (Boss.). « Dieu venant à la création de l'homme tient un nouveau langage. Ce n'est plus cette parole impérieuse et dominante ; c'est une parole douce. » Id. « Pamphile ne s'entretient pas avec les gens qu'il rencontre , si l'on en croit sa gravité et l'élévation de sa voix, il les reçoit, leur donne audience, les congédie : il a des termes tout à la fois civils et hautains, une honnêteté impérieuse et qu'il emploie sans discernement. » Labr. « Si j'avais le ton moins impérieux que mon père , je l'avais tout aussi résolu. » J. J.
L'accueil impérieux d'une cour arrogante. Volt. Mais l'homme absolu tient plus à la réalité, à l'obéissance effective , exige que ses volontés soient suivies à la rigueur : on dit des résolutions absolues et sans réplique (Bourd.) , une volonté absolue et irrésistible (Marm.). ce Lesdiguières était absolu dans sa famille : il voulut si fermement ce mariage , qu'il fallut bien que Créquy y consentît. » S. S. « Mailly, mis dans l'Église malgré lui par un père et une mère violents et absolus dans leur famille, fit de nécessité vertu. » Id. a Antiope pleura ne voulant point y aller; mais il fallut exécuter l'ordre absolu de son père. » Fén.
Contre un père absolu que veux-tu que je fasse?
Mol-
Impérieux s'emploie plutôt en parlant de la forme , de l'air , des manières , du ton , du langage , et absolu en parlant du fond , des volontés suivies d'un homme. L'un dénote de l'orgueil,
de la fierté, quelque chose qui éclate avec plus de vivacité, qui est plus pressant et choque davantage ; l'autre dénote de la ténacité, de la roideur, de l'inflexibilité dans le caractère.
L'homme absolu est plus redoutable : on ne lui échappe point en éludant ou par une déférence passagère -, il faut à son égard prendre son parti, ou se révolter ouvertement ou se résigner avec docilité. Par conséquent absolu renclférit sur impérieux : la dictature chez les Romains avait une autorité impérieuse et absolue (Roll.) ; besoin impérieux (Acad.), nécessité absolue (Mol., J. J.)j un motif est impérieux, le devoir est absolu. L'homme impérieux ou ce qui est impérieux l'est de fait , par accident , par accès , il se montre tel, il lui arrive d'être tel; l'homme absolu ou ce qui est absolu l'est absolument , en soi , essentiellement , constamment.
En général , la femme est plutôt impérieuse , jalouse de commander; l'homme est plutôt absolu, il veut gouverner. Quand le contraire a lieu dans un ménage , c'est un véritable renversement. Dans les Femmes savantes, on rit de Chrysale , qui se permet quelquefois d'être impérieux , tandis que Philaminte est absolue :
C'est elle qui gouverne; et, d'union absolu,
Elle dicte pour loi ce qu'elle a résolu. Mol.
Agir ou parler impérieusement , c'est faire sentir son pouvoir, traiter les gens avec hauteur; vouloir absolument une chose, c'est la vouloir d'une manière ferme , déterminée , en despote.
Du reste , impérieux est d'une application plus étendue. Il sert à qualifier non-seulement tout ce par quoi on affecte de l'empire, comme la voix, le regard, l'accueil, etc., mais encore, au moins dans le style poétique, des choses auxquelles on peut attribuer figurément un certain air de domination,
La Loire est donc une rivière
Arrosant un pays favorisé des cieux ,
Douce quand il lui plaît , quand il lui plaît si fière
Qu'à peine arrête-t-on son cours impérieux. Laf. Voltaire dit des Anglais , dans la Henriade :
Leur flotte impérieuse, asservissant Neptune,
Des bouts de l'univers appelle la fortune. Absolu ne convient qu'à l'égard de la volonté et de ce qui s'y rapporte directement ou en émane : pouvoir absolu . ordres absolus.
IMPERTINENT , INSOLENT. Qui se porte à des hardiesses contraires aux bienséances , aux égards, au respect.
Impertinent regarde plutôt le sujet qui est assez'osé, assez impudent pour se permettre telle chose : il ne lui appartient pas (non pertinet) de parler ou d'agir ainsi. « C'est un bon impertinent que votre Molière, avec ses comédies; et je le trouve bien plaisant d'aller jouer d'honnêtes gens comme les médecins ! c'est bien à lui à faire de se mêler de contrôler la médecine! » Mol. a Paix, impertinent que vous êtes; ne savez-vous pas bien que l'astrologie est une affaire d'Etat, et qu'il ne faut point toucher à cette corde-là ? Vous vous émancipez trop. » Id.
Vous êtes, ma mie, une fille suivante,
Un peu trop forle en gueule, et fort impertinente y
Vous vous mêlez sur tout de dire votre avis. ■'Mme Femelle à Dorine dans le Tartufe). Id.
Il vous sied bien d'avoir l'impertinence De refuser un mari de ma main ! Volt.
Insolent, de in solere , n'avoir pas coutume, qui fait ou dit des choses inaccoutumées, inouïes, ou peut-être de in salire , sauter" dessus , c'est-àdire insultant , se rapporte davantage à la personne qui est l'objet de l'attaque, qui reçoit l'insulte. « Il voit un brutal qui de paroles insolentes maltraitait une bergère. » Mol. a Aux yeux de Darius le courage des Athéniens ne parut qu'une insolence , et leur victoire , une nouvelle injure à punir. » Gond. « Spartacus s'opposait de tout son pouvoir à ces excès (des esclaves); mais tout était inutile auprès de ces âmes basses , dont le succès et la victoire nourrissaient Y insolence, et qui goûtaient avec avidité le plaisir inhumain de se venger. » Roll.
Ne vous souvient-il pas, monsieur, bien nettement Qu'il est venu tantôt certain neveu normand, Et certaine baronne, avec un grand tumulte Et desi uirs insolents chez vous vous faire insulte?
RxiGis.
Vimptitinent est présomptueux et ridicule : « Avoir un ridicule orgueil, une impertinente présomption, qui fait hausser les épaules à tout le monde. » Mol. L'insolent est fier et odieux : « La femme de Pittacus était d'une fierté et d'une insolence insupportable et elle n'avait rien qu'un très-giaiid mépris pour son mari. » Fén. Les airs de la fatuité, de la prétention, sont impertinents; les airs de hauteur et de dédain sont insolents.
Uimpcntnence, effet d'une sotte confiance, peut n'être pas volontaire; Yinsolence, provocation injurieuse, est toujours faite à dessein. L 'impertinence n'est souvent contraire qu'aux règles , même à celles qui ne concernent pas la société et l'honnêteté , et elle n'excite que l'improbatïon de la raison; Yinsolence est toujours dirigée contre les personnes , dont elle soulève l'indignation.
1° IMPÉTUEUX, FOUGUEUX, VÉHÉMENT; — 2° EMPORTÉ, VIOLENT. Très-vif : un homme, un caractère, impétueux , fougueux, véhément, emporté, violent.
Une différence considérable sépare d'abord les trois premiers de ces mots des deux derniers : les uns se prennent également en bonne et en mauvaise part , ils expriment seulement un grand développement de force ou d'activité; les autres se disent plutôt en mauvaise part et signifient un développement de force ou d'activité excessif, désordonné, nuisible. Un désir impétueux est très-vif, un désir violent est plus vif que de raison; et ainsi des autres. L'homme impétueux, fougueux, véhément, a beaucoup de force ou d'énergie ; l'homme emporté ou violent est rude, brutal, vindicatif, persécuteur, ou même farouche. Démêler dans un homme les saillies et les impétuosités du naturel, et les emportements de la vengeance (Bourd.).
1° Impétueux , fougueux , véhément.
Impétueux, du latin impetus , élan, choc, attaque vive , irruption , s'applique à tous les êtres actifs , inanimés ou animés. Fougueux , du latin fuga , fuite , mouvement qui consiste à cou-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
rir, à se sauver avec empressement et sans reie- "nue, est réservé pour les animaux seuls. Véhément, latin vehemens, de vis mentis, force de l'âme , ou de quod vehit mentem , ce qui transport l'âme, ne convient qu'à l'âme et à ses manifestations par la parole. Un vent impétueux, un cheval fougueux, un discours véhément.
Impétueux et fougueux se ressemblent beaucoup , et ils se distinguent de véhément de la même façon. Ils se rapportent à une action tout extérieure, ils désignent des mouvements; au lieu que véhément sert à qualifier des actes, quelque chose d'intérieur, ou bien les signes par lesquels les pensées s'expriment au dehors. Un homme impétueux ou fougueux est tel dans ses actions, dans la manière dont il se meut , s'agite, se comporte; un homme véhément est tel intérieurement, par rapport aux mouvements de son âme, ou dans ses discours, « Les mouvements du lion sont très-impétueux, ses appétits fort véhéments. » Buff. Quand on manque d'impétuosité ou de fougue, on est sans ressort, mou ou lent à agir ; quand on manque de véhémence , on est sans passions ou sans éloquence. « Le cardinal Fleury était un génie médiocre, d'ailleurs sans passions , sans véhémence , mais ami de l'ordre. » Volt. — Ensuite, impétueux et fougueux indiquent quelque chose de court, de passager, qui s'épuise en un moment, un effort, une saillie, un accès, a Etouffer les saillies de la colère, les impétuosités de l'humeur. » Mass. «Bossuet est plus impétueux que Pascal; il excite l'admiration par de plus fréquentes saillies. » Vauv. «Le sénat put se défendre, parce qu'il agissait constamment, au lieu que la populace passait sans cesse de l'extrémité de la fougue à l'extrémité de la faiblesse. » Montesq. a Ce mouvement subit n'est qu'une saillie et une fougue passagère qui n'aura point de suite. » Roll.
Sa fougue est passagère, elle éclate à grand bruit;
Un instant la fait naître , un instant la détruit.
Volt.
La véhémence, au contraire, est une vivacité constante ou persévérante , qui se soutient longtemps , jusqu'au bout, a Cavoye mourut; sa femme se condamna à une sorte de sépulture, qu'elle garda fidèlement jusqu'à son dernier jour. Une véhémence si égale et si soutenue, sans relâche ni amusement , est peut-être un exemple unique. » S. S. a Les jaguars ont le même naturel que les lions, la même férocité, la même véhémence de goût pour le sang. » Buff. On dit des désirs impétueux (Buff.) ou fougueux (Fén.), et des appétits véhéments (Buff.) , les désirs étant quelque chose de passager, et les appétits quelque chose de constant. L'exorde ex abrupto est impétueux ; les philippiques sont véhémentes. a Ce sont les passions qui donnent au discours une impétuosité et une véhémence qui emportent et entraînent tout. » Roll.
Impétueux et fougueux .ne sont pas non plus équivalents. L'impétuosité est brusque et prompte; la fougue, libre. L'impétueux ne veut ni hésitation , ni lenteur ; le fougueux ne souffre ni retenue , ni résistance. L'impétueux commence tout à coup à agir, attaque sans préparation,
subitement, à i'improviste , et va vite. « Votre fils a quelque chose de brusque et d'impétueux,»
SÉV.
Au récit imprévu de l'horrible insolence, Le prélat hors du lit impétueux s'élance. Boil. « Les consuls faisaient la guerre avec une impétuosité extrême : on allait droit à l'ennemi , et la force décidait d'abord. » Montesq. Le fougueux est indompté, ne connaît ni frein, ni éperon, ni rien qui puisse l'arrêter. « Bocchoris croyait que tout devait céder à ses désirs fougueux : la moindre résistance enflammait .sa colère. » Fén. a Télémaque est semblable à un coursier fougueux qui bondit, que ni les rochers, ni les précipices , ni les torrents n'arrêtent. » In. a L'homme vain s'imagine être libre à la manière d'un animal fougueux et indompté. » Boss. L'impétuosité fait craindre qu'on ne se jette en avant sans y avoir bien réfléchi, ou qu'on n'agisse avec précipitation : a N'agissez point par impétuosité, ne faites rien qu'après une mûre délibération. » Les. L'effet de la fougue est souvent de troubler, d'aveugler, d'empêcher de voir ou d'entendre quoi que ce soit : a Les passions de cette dame n'étant pas fougueuses lui permettaient de suivre toujours ses lumières. » J. J.
2° Emporté , violent.
On est emporté , comme on est colère , par moments , suivant les circonstances , quand on a été irrité. «Je suis impatient, emporté, sujet aux plus vives colères. » J. J. Violent, au contraire, marque une disposition constante, qui ne dépend pas des occasions. « Louis XI doit être peint violent , fourbe , superstitieux. » Volt. L'emportement est un feu de paille, comme on dit, il ne tarde pas à s'éteindre ; mais la violence est durable et permanente. On est emporté et impérieux ; violent et absolu (S. S.), a Un juge, connu par sa violence, parlait avec emportement contre les Calas. » Volt.
En second lieu, l'emporté s'emporte, éclate, tempête, et, par conséquent, laisse paraître tout ce qu'il a dans l'âme. « Pouvait-on croire que Charles IX dont on connaissait le caractère emporté , dissimulerait jusqu'à ce point (le secret de la Saint-Barthélémy) ? » Cond. Le violent peut être concentré et ne rien faire voir au dehors. «Mme d'Épinay, violente, mais réfléchie, pos- I sède le secret de cacher sa fureur. » J. J. — j « Les emportés n'ont quelquefois que le premier feu de mauvais : les violents sont plus dangereux. Il faut se tenir sur ses gardes avec les personnes I violentes ; et il ne faut souvent que de la patience | avec les personnes emportées. » Gir.
Enfin , emporté a plus de rapport au sujet , à j l'état où il a été mis, où il se trouve; violent en | a davantage aux suites qui peuvent résulter pour | les autres de cette qualité du sujet : un homme j emporté ne se possède plus ; un homme violent I est à craindre.
IMPIE, IRRÉLIGIEUX, INCRÉDULE. Qui a de I mauvaises dispositions ou des sentiments répré- | hensibles à l'égard de Dieu.
| Le mot impie a une valeur bien supérieure à ! celle des deux autres. L'irréligieux et l'incrédule 1 se bornent à mal penser de la divinité : ce sont