DEUXIÈME PARTIE
c'est un mystère, un abîme. Votre conduite est inconcevable; c'est à n'y pas croire, je ne l'aurais jamais cru; cela est extraordinaire, prodigieux, cela me passe. J. J. Rousseau dit d'une chose incompréhensible , qu'elle est inconnue , obscure , mystérieuse^; ajoutez-y embarrassante , inexplicable : et d'une* chose inconcevable, qu'elle est contradictoire , absurde ; on pourrait y joindre, incroyable , inadmissible.
1° INJURES, INVECTIVES; — 2° SOTTISES, POUILLES. Paroles blessantes.
Injures et invectives sont de tous les styles, même du plus relevé; sottises et pouilles , au .contraire , manquent de noblesse.
1° Injures , invectives.
Injure , latin injuria (in jus , contre le droit) est un substantif pur ; invectives , du latin invehi, s'emporter ou se déchaîner contre , est un substantif verbal. Les injures ont rapport au fond, au sens des paroles; les invectives, à la foraie , à la manière dont les paroles sont exprimées, ou au fait de leur expression. On dit des injures , on charge d'injures , les injures sont des choses; on fait des invectives comme on fait des déclamations, les invectives sont des faits. Les injures sont fondées ou mensongères; on les trouve plus ou moins blâmables ; on répond à des raisons par des injures. Mais on s'emporte en invectives , ou on en entend ; les invectives sont , suivant la force primitive du mot , véhémentes , furieuses et quelquefois brutales. On s'est servi d'injures pieuses pour combattre Montesquieu; quel avantage la religion a-t-elle tiré des invectives tant de fois répétées contre l'illustre auteur de l'Esprit des lois? (D'Al.). Dans l'antiquité les orateurs ne s'épargnaient pas les injures; quand elles n'étaient que des mensonges, elles ne compromettaient que celui qui les avait proférées; et quand elles étaient fondées , on pensait qu'un homme libre avait le droit de tout dire , et qu*un homme pouvait sans honte entendre des invectives (Làh.). « Démosthène s'opposa fortement à cette loi, en ménageant beaucoup néanmoins celui qui l'avait proposée , louant ses bonnes intentions, ne parlant de lui qu'avec estime; manière de réfuter bien plus efficace que ces violentes invectives dont le style aigre et passionné n'est propre qu'à aliéner les esprits , et à rendre suspect un orateur qui décrie lui-même sa cause et en montre le faible en substituant des injures aux raisons , seules capables de persuader. » Roll.
Injures est plutôt usité au pluriel pour désigner les choses outrageuses qu'on se reproche , tandis que invective se prend plus souvent au singulier, pour signifier le fait ou le discours qui les produit ou les manifeste. & Afin qu'il ne semble pas que je veuille faire aujourd'hui une invective inutile (contre les protestants), je conduirai ce discours avec une telle modération que sans les charger d'injures, je les presserai par de vives raisons tirées des Écritures divines. » Boss.
Les injures peuvent être modérées, dites de sang-froid ; les invectives sont passionnées , emportées, violentes , éclatantes. «Mon Dieu! tout
doux. Vous allez d'abord aux invectives. Est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter? Là, parlons de sang-froid (Toinette à Argan, Malade imaginaire). Mol. a L'âme de Clytemnestre , tourmentée et em« brasée comme un volcan, répand contre Agamemnon des torrents de reproches , d'invectives . de douleurs , de fureurs. » Lah. <* A peine l'abbé de Saint-Cyran eut fermé les yeux que les jésuites se débordèrent en une infinité de nouvelles invectives contre sa mémoire. j> Rag.
Les injures se considérant essentiellement , quant à leur effet propre , qui est d'offenser , de chagriner, ne peuvent être dirigées que contre les personnes ; on fait aussi des invectives contre les choses, contre les vices (J. J.), contre certains livres (Id.), contre les grandeurs ou les injustices du monde (Mass.), contre la religion (Boss., Volt.).
Les invectives ne se considérant que par rapport à la forme , au mode d'action , ce mot représente quelquefois un genre de discours pris au point de vue littéraire, abstraction faite de tout ce qui en résulte de fâcheux. « Dans les plaidoyers romains on était convenu, sans doute, de regarder l'invective comme une figure oratoire. » Marm. «c Chaque ligne dans Aristophane est une insulte ou une allusion ; et ce n'est pas ainsi que doit invectiver la véritable comédie. » Id. a M. Lefranc de Pompignan a-t-il fait de belles invectives contre les déistes de nos jours?» Volt, a L'abbé Desfontaines , ce compilateur d'invectives hebdomadaires. » D'Al.
2° Sottises , pouilles.
Sottises est populaire, et pouilles familier seulement. Les gens du peuple étant toujours supposés de sottes gens, des gens qui parlent d'une manière impertinente , à tort et à travers, on donne le nom de sottises à leurs injures. « Dans ce livre de La Beaumelle on trouve que la Discorde va dire des sottises au pape. L'auteur a cru que sottises était synonyme d'injures : cela est vrai dans la bouche du peuple et sous la plume des mauvais critiques , mais non pas chez ceux qui savent le français. » Lah, « Le jour où M. le duc d'Orléans fut donner l'eau bénite à la dauphine, la foule du peuple dit tout haut toutes sortes de sottises contre lui. » S. S. « C'était à son sujet que j'avais eu dispute avec l'armurier, et ce misérable manœuvre m'avait dit de lui mille sottises que je n'avais,pu souffrir. » Les.