‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 604 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

régulier et de piquant ; la chose mignonne nous charme, parce qu'elle est faite d'une manière élégante, fine, délicate, a Je fus frappé de la beauté de son visage; je n'ai point vu de traits plus délicats : elle avait un air mignon et enfantin. » Les. « La première de ces deux jeunes filles était encore plus jolie que la seconde ; elle avait un je ne sais quoi de plus délicat, de plus fin ; elle était en même temps très-mignonne et très-formée. » J. J. « Ces négresses sont si jolies et si mignonnes que souvent on les préfère à leurs maîtresses. y> Les. « Mlle de Méri vous envoie les plus jolis souliers du monde; j'en ai surtout remarqué une paire qui me paraît si mignonne , que je la crois propre à garder le lit. » Sév. a Le saïmiri est le plus joli , le plus mignon de tous les sapajous. » Buff. a Allez , dit la corneille à l'ourse; léchez doucement votre fils; il sera bientôt joli et mignon. » Fén. *, 2° Gentil , gracieux.

Le latin genus, naissance, famille, nous a servi à faire gent et gentil , c'est-à-dire de naissance , de famille , c'est-à-dire noble ; en sorte que gentil , dans le principe , entraînait , comme beau, une idée de grandeur et d'excellence. Mais il a totalement dégénéré , et à présent il ne s'élève pas au-dessus de joli. Ce qui est gentil plaît par l'agilité et la légèreté de ses mouvements, a De gentilles gambades. » Regn. Une jeune fille vive et gentille (Id.), gentille et fringante (Laf.) , gentille et sémillante (J . J.). a Dans la première jeunesse, l'âne a de la légèreté et de la gentillesse. » Buff.

Gracieux, plein de grâce, du latin gratus, agréable : gratior aies, jour riant. Les Grâces avaient le même caractère que les Ris et les Jeux, avec lesquels elles composaient le cortège accoutumé de Vénus : elles étaient gaies et badines. Telle est du moins la nuance propre de gracieux, a Sourire gracieux. » Acad. « Là toute la nature était riante et gracieuse. » Fén. a Molière a donné un tour gracieux au vice , avec une austérité ridicule et odieuse à la vertu. » In. « Le sérieux n'est jamais gracieux ; il approche trop du sévère qui rebute. » Volt.

Je veux qu'on soit plaisant sans vouloir faire rire ; Qu'on ait un style aisé, gai, vif et gracieux. Id. D'autre part , gracieux , qui a bonne grâce , exclut la gêne et la gaucherie. « Dans Y Art d'aimer on sent partout l'effort ; rien ne coule de source. Sans l'aisance et la facilité , il n'y a point de grâce; aussi Bernard est-il joli plutôt que gracieux. » Lah.

JONCTION, UNION. Il y a jonction ou union entre deux ou plusieurs choses qui se trouvent ensemble , et non séparées.

Jonction se dit de choses jointes , qui se sont jointes, c'est-à-dire rencontrées dans leur marche ou dans leur course : la jonction des armées, la jonction de deux rivières. Union ne rappelle pas ainsi l'action d'un verbe , et n'implique pas ainsi l'idée de mouvement; il se dit de choses qui sont dans un tel état qu'elles ne font qu'un :

\ . La différence entre mignon et mignard se trouve indiquée dans la Irc partie, p. 246.

l'union des couleurs, l'union de l'âme avec le corps, l'union conjugale, l'union des deux natures en Jésus-Christ.

Ce qui distingue union, pour sa part, c\>st l'intimité du rapport qu'il marque entre les choses ou les personnes. Celles qui sont jointes sont liées , tiennent les unes aux autres ; celles qui sont unies se conviennent, s'accordent si bien, qu'elles sont comme fondues ensemble (voy. Assembler, joindre, unir). On se joint pour n'être pas seul, mais en compagnie; on s'unit pour former une société. La jonction a ou n'a pas lieu , s'opère ou ne s'opère pas ; l'union ' est plus ou moins parfaite.

D'ailleurs , jonction ne s'emploie qu'au propre , au lieu que le plus grand usage d'union est au figuré. La jonction de deux chemins; l'union des cœurs. La jonction des ruisseaux forme les rivières; l'union soutient les familles, et fait la puissance des Etats.

JOUFFLU, MAFFLÉ (ou MAFFLU). Deux mots familiers qui désignent un homme comme ayant un visage plein , rebondi.

Flu , fié, du latin flare , souffler , annonce quelque chose d'enflé, pour ainsi dire, de bouffi. Mais ce que le joufflu a d'enflé, ce sont les joues précisément; au lieu que ce qu'il y a d'enflé chez le maffté, c'est autre chose , et apparemment , quelle que soit l'étymoiogie du mot , toute la partie antérieure du visage , ou même tout le corps. On représente les vents joufflus; une belette, entrée dans un grenier, y mangea tant qu'elle devint

Grasse , mafflue et rebondie. Laf.

On a peint les anges sous les traits d'enfants joufflus (Volt.); on connaît le goût des Asiatiques et des Africains pour les femmes maf fiées, pour les grosses maf fiées.

Peut-être aussi que maf fié vient de maleflatus, mal ou disgracieusement soufflé, et qu'il doit toujours se prendre en mauvaise part. C'est ce que semble confirmer l'unique exemple que nous ayons pu trouver de ce mot dans nos prosateurs des deux derniers siècles. « La taille de Pontchartrain était ordinaire , son visage long , mafflé, fort lippu , dégoûtant. » S. S. Joufflu, incomparablement plus usité d'ailleurs, n'indique par lui-même rien de désagréable, «r Je rencontrai un homme joufflu et vermeil dans un carrosse à six chevaux. » Volt, a Représenter un beau vieillard avec une grande barbe blanche , vêtu d'une ample draperie, porté au milieu d'un nuage sur des enfants joufflus qui ont de belles paires d'ailés, ou sur un aigle d'une grandeur énorme. » Id. a L'abbé de Bernis était un poëte galant , bien joufflu, bien frais, bien poupin. » Marm.

Et puissiez-vous , devant l'an révolu, Tant opérer, que d'une aimable mère Naisse un beau jour quelque peut joufflu , Digne des Yœux de l'aïeul et du père !

J. B. Rouss.

JOYAU, BIJOU. Objets d'ornement, qui font surtout la joie des femmes ou dont les femmes surtout se jouent ou se réjouissent. C'est ce qu'indique l'étymoiogie de ces deux mots : ils viennent du latin jocus, jeu, dont on a fait,

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

dans la basse latinité, jocalia, joyaux, et d'où dérivent aussi joie, se réjouir et joujou.

Bi , comme ba , est une des premières articulations de l'enfant et semble propre à exprimer la petitesse ou la qualité de convenir aux enfants. Les reines ont des joyaux.* Je donnerais tous mes joyaux, dit la reine , pour n'avoir que vingt ans. » Fén. «La reine , Henriette d'Angleterre , abandonne ses joyaux pour avoir des armes et des munitions. » Boss.

On eût dit une reine.

Rien ne manquait aux vêtements, Perles , joyaux , et diamants. Laf.

Mais les petites filles, et par extension les femmes du commun , ont des bijoux. * Les petites filles aiment ce qui donne dans la vue et sert à l'ornement : des miroirs , des bijoux , des chiffons, surtout des poupées.» J. J. « Galanterie signifie tantôt coquetterie dans l'esprit, paroles flatteuses , tantôt présents de petits bijoux. » Volt.

Ce qu'on regarde dans le joyau, c'est sa valeur; et dans le bijou, sa délicatesse et sa façon. Le joyau est riche (Acad.) ou précieux (Laf. , Les.); le bijou est petit (Volt.) et joli (Mol.). Mais le joyau peut être brut, peut n'être pas taillé ou monté , au lieu que le bijou est toujours un ouvrage travaillé. «La joaillerie, dit Roubaud, se distingue de la bijouterie , en ce qu'elle comprend dans son négoce les pierreries qui ne sont pas taillées ou montées. »

Le joyau est plus considérable, soit par sa grandeur, soit par le prix de sa matière. «Là étaient des piles de joyaux , ornements et chaînes de pierreries, bracelets, colliers et autres machines qui se fabriquent à Cythère.xLAF.«Cléopâtre prépara de riches présents pour Antoine et pour ses amis : elle prit avec elle de grandes sommes d'argent , des joyaux magnifiques ; en un mot, elle se munit de tout ce que pouvait lui fournir l'opulence d'un grand et puissant royaume. » Roll. — Les bijoux sont inférieurs aux joyaux sous ces deux rapports : ce ne sont pas toujours des pierreries, comme les joyaux, mais souvent d'agréables colifichets, de petites boîtes , des étuis , des tabatières, des cannes, oc Le duc de Villars aimait le jeu à l'excès , la parure , les bijoux et les breloques. » S. S. « Le coco fournit une coque très -dure dont on façonne des vases et mille petits bijoux. » Volt. « Des quinze mille francs qu'on demande , le prêteur ne pourra compter en argent que douze mille livres ; et pour les mille écus restants , il faudra que l'emprunteur prenne les hardes, nippes et bijoux dont s'ensuit le mémoire.... Trois mousquets...; un fourneau de brique avec deux cornues et trois récipients...; un luth de Bologne garni de toutes ses cordes... ; un trou-madame et un damier, avec un jeu de l'oie, etc. » Mol.

On garde des joyaux, ceux de la couronne par exemple , dans des trésors ; une femme serre ses bijoux dans un écrin. Une riche dame porte des bijoux tous les jours; elle ne se pare de ses ; joyaux que dans les cérémonies solennelles et d'apparat, et, par exemple, pour un bal à la cour ou dans le grand monde. Un voyageur ou un fugitif emporte avec lui un joyau pour le vendre, !

au besoin ; un amateur recueille par caprice une foule de petits bijoux dont il est curieux.

Même différence au figuré.

Le joyau est un objet de prix. « A Madrid , on est en fonds, quand on possède un semblable joyau (une femme galante). » Les. Un bijou est une chose charmante , mignonne , gentiment façonnée , une jolie petite chose, a Les pierres et les métaux polis ne sont pas comparables à l'oiseau-mouche , ce bijou de la nature. » Buff. « Cirey est charmant, c'est un bijou; venez-y. » Volt.

Enfin l'aimable Agnès a su m'assujettir. C'est un joli bijou , pour ne vous point mentir.

Mol.

Il avait un enfant, Un vrai bijou , fille unique vraiment. Volt.

JUGER, DÉCIDER, PRONONCER. Déterminer l'opinion qu'on doit avoir. « Le défaut ordinaire des jeunes gens est de juger, de décider, de prononcer d'un ton de maître. » Roll. « Aujourd'hui la femme la plus estimée est celle qui juge , tranche , décide , prononce , assigne au talent , au mérite , aux vertus , leurs degrés et leurs places. » J. J. « Si vous demandiez de Théodote s'il est auteur ou plagiaire , je vous donnerais ses ouvrages et je vous dirais : Lisez et jugez ; mais s'il est dévot ou courtisan , qui pourrait le décider sur le portrait que j'en viens de faire ? Je prononcerais plus hardiment sur son étoile : Oui, Théodote, j'ai observé le point de votre naissance, vous serez placé. » Labr.

Juger et décider d'abord diffèrent de plusieurs manières. Juger , judicare , jus dicere, rendre la justice, rappelle l'action du juge, qui considère attentivement , qui écoute , compare et pèse les raisons des deux partis pour délibérer ensuite. Décider , de decidere , couper et faire tomber du coup, marque une action instantanée qui fait cesser le doute ou la dispute , qui tranche la difficulté. — 1° On juge proprement un homme , sa vie , un ouvrage , choses susceptibles d'être soumises à l'examen et à la discussion , mais non pas résolues ou dissoutes; on décide une question , une affaire , une cause , une contestation , une querelle , choses susceptibles , au contraire , d'être résolues , tranchées , mises à fin. « Dans le moment que notre âme sortira du corps, elle doit être jugée en dernier ressort , et l'affaire de notre salut immuablement décidée. » Boss. a Nous venons vous proposer les lois immuables sur lesquelles votre vie sera jugée , par lesquelles votre cause (devant le tribunal de Dieu) sera décidée. » Id. — 2° Juger annonce plutôt une opération lente, réfléchie, raisonnée; et décider, un acte bref et prompt, a Sire , jugez le procès des anciens et des modernes. Vous qui abrégez les procès dans votre royaume, mettez fin au nôtre d'un mot. Votre Majesté est accoutumée à décider toutes les querelles par la plume comme par l'épée, sans y perdre beaucoup de temps. » Volt. L'homme juge , Dieu décide. « Nous devons suivre Dieu, et juger autant qu'il décide ; le commande • ment de ne juger pas ne s'étend pas jusqu'à nous défendre de condamner ce que Dieu condamne.» Boss. A la différence de juger, décider exclut

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