LÂCHE, POLTRON, PUSILLANIME, COUARD
Qui manque de courage.
Lâche, laxus, qui n'est pas tendu ou serré, annonce faiblesse, défaut d'activité, d'ardeur, d'énergie. Poltron vient de pollice truncus , qui s'est coupé le pouce , moyen qu'employaient chez les Romains les lâches qui voulaient échapper au service militaire; il exprime proprement la frayeur, le défaut d'assurance. Le lâche ne se bat point; le poltron se sauve. « 0 chrétiens, s'écria le roi Grandonio, êtes-vous donc si lâches , qu'il n'y ait plus personne parmi vous qui ose se présenter devant moi! Fuyez, fuyez, poltrons, retirez-vous dans les ruelles, vous n'êtes propres qu'à divertir les femmes. » Les.
Ce qui domine dans le lâche, c'est la timidité, il hésite , il n'ose. « Conseils qu'on appelle timides , et qu'on donne bientôt pour lâches. » S. S. « Certains animaux carnassiers , les loups, les renards, qui n'ont point de griffes , sont timides et même lâches. » Buff. a Les religieux de Port-Royal ne sont ni dans une générosité philosophique ou dans une fermeté irrespectueuse , ni dans cette lâcheté molle et timide , qui empêche ou de voir la vé-
\. L'Académie (1835) dit avec raison, un dédale d'intrigues; mais le labyrinthe de la chicane est une expression arbitraire et sans justesse. On ne la trouverait point employée dans l'âge d'or de noire langue.
rite ou de la suivre. » Pasc. « Une armée est un assemblage confus de lâches qu'il faut mener au combat, ou de téméraires qu'il faut retenir. » Fléch. « Morales, pour me montrer que je ne m'étais point associé avec un lâche . suivit mon exemple : nous chargeâmes les ennemis et les obligeâmes à prendre la fuite. » Les. — Mais ce qui domine dans le poltron , c'est la peur et la vivacité de l'instinct de conservation, a II n'y a guère de poltrons qui connaissent toujours toute leur peur. » Laroch. « Il fallait que ces gens-là fussent plus poltrons qu'on ne le peut imaginer pour avoir peur de nous. » Les. « Cette comparaison d'Eschine pique vivement la poltronnerie de Démosthène : on sait qu'à la bataille de Chéronée cet orateur avait abandonné son poste et pris la fuite. » Roll. « Le jaguar se ressent en tout de l'indolence du climat. Les sauvages, naturellement poltrons, ne laissent pas de redouter sa rencontre. » Buff. « Reposez-vous de ma conservation sur ma poltronnerie. » Sév. « Comment! coquin, tu fuis, quand on m'attaque!... Couvre au moins ta poltronnerie d'un voile plus honnête. » Don Juan à son valet Sganarelle. Mol. — Là où il s'agit , non pas de combattre , mais de rester intrépide , poltron se dit à l'exclusion de lâche : on est poltron (S. S. , Dest.) et non pas lâche, quand on craint les esprits.
Le lâche ne se défend ni n'attaque , il demeure dans l'inaction absolument; le poltron, au contraire , se bat quelquefois , car si la peur donne des ailes , elle peut aussi donner de la hardiesse, a Vous avez donné un souper magnifique (afin de ne pas passer pour avare) , comme un poltron va au combat en désespéré. » Lucullus à Crassus. Fén. « On n'a pas le temps d'avoir peur quand le danger surprend : voilà souvent d'où naît la force d'un poltron révolté. » Beaum.
Moralement considérée , la lâcheté a bien plus de gravité que la poltronnerie; c'est un vice du caractère qui consiste surtout à abandonner ce qu'on devrait défendre, la vérité, par exemple, et l'honneur ou son honneur. La poltronnerie est une faiblesse involontaire , un simple défaut du tempérament qui fait fuir les dangers avec un empressement presque toujours plus risible que dégradant et odieux : telle est celle de Sosie dans Amphitryon (Mol.), a II est poltron comme un lézard. » Volt.
La pusillanimité, pusillus animus, petit esprit, caractère timide, est ou suppose, comme la lâcheté , une timidité excessive , le contraire de l'audace. Mais, au lieu que la lâcheté se rapporte spécialement à la valeur, au courage du soldat , et à celui de l'homme d'honneur , dont le soldat est le type, la pusillanimité s'étend à tout : le lâche n'ose se battre, il craint d'être vaincu ou tué ; le pusillanime n'ose entreprendre,, se déclarer , il se défie trop de lui-même, il craint trop ou s'exagère les inconvénients du parti à prendre, a II y a une timidité qui nous retient dans les rencontres , qui nous ferme la bouche et qui nous lie les mains, lorsqu'il conviendrait d'agir, de se déclarer, de se défendre. Ce n'est point là humilité , mais pusillanimité. » Bourd. « Pourquoi ne pas enrichir peu à peu notre lan-