‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 606 sur 881 · LÂCHE, POLTRON, PUSILLANIME, COUARD · texte numérisé non relu

LÂCHE, POLTRON, PUSILLANIME, COUARD

Qui manque de courage.

Lâche, laxus, qui n'est pas tendu ou serré, annonce faiblesse, défaut d'activité, d'ardeur, d'énergie. Poltron vient de pollice truncus , qui s'est coupé le pouce , moyen qu'employaient chez les Romains les lâches qui voulaient échapper au service militaire; il exprime proprement la frayeur, le défaut d'assurance. Le lâche ne se bat point; le poltron se sauve. « 0 chrétiens, s'écria le roi Grandonio, êtes-vous donc si lâches , qu'il n'y ait plus personne parmi vous qui ose se présenter devant moi! Fuyez, fuyez, poltrons, retirez-vous dans les ruelles, vous n'êtes propres qu'à divertir les femmes. » Les.

Ce qui domine dans le lâche, c'est la timidité, il hésite , il n'ose. « Conseils qu'on appelle timides , et qu'on donne bientôt pour lâches. » S. S. « Certains animaux carnassiers , les loups, les renards, qui n'ont point de griffes , sont timides et même lâches. » Buff. a Les religieux de Port-Royal ne sont ni dans une générosité philosophique ou dans une fermeté irrespectueuse , ni dans cette lâcheté molle et timide , qui empêche ou de voir la vé-

\. L'Académie (1835) dit avec raison, un dédale d'intrigues; mais le labyrinthe de la chicane est une expression arbitraire et sans justesse. On ne la trouverait point employée dans l'âge d'or de noire langue.

rite ou de la suivre. » Pasc. « Une armée est un assemblage confus de lâches qu'il faut mener au combat, ou de téméraires qu'il faut retenir. » Fléch. « Morales, pour me montrer que je ne m'étais point associé avec un lâche . suivit mon exemple : nous chargeâmes les ennemis et les obligeâmes à prendre la fuite. » Les. — Mais ce qui domine dans le poltron , c'est la peur et la vivacité de l'instinct de conservation, a II n'y a guère de poltrons qui connaissent toujours toute leur peur. » Laroch. « Il fallait que ces gens-là fussent plus poltrons qu'on ne le peut imaginer pour avoir peur de nous. » Les. « Cette comparaison d'Eschine pique vivement la poltronnerie de Démosthène : on sait qu'à la bataille de Chéronée cet orateur avait abandonné son poste et pris la fuite. » Roll. « Le jaguar se ressent en tout de l'indolence du climat. Les sauvages, naturellement poltrons, ne laissent pas de redouter sa rencontre. » Buff. « Reposez-vous de ma conservation sur ma poltronnerie. » Sév. « Comment! coquin, tu fuis, quand on m'attaque!... Couvre au moins ta poltronnerie d'un voile plus honnête. » Don Juan à son valet Sganarelle. Mol. — Là où il s'agit , non pas de combattre , mais de rester intrépide , poltron se dit à l'exclusion de lâche : on est poltron (S. S. , Dest.) et non pas lâche, quand on craint les esprits.

Le lâche ne se défend ni n'attaque , il demeure dans l'inaction absolument; le poltron, au contraire , se bat quelquefois , car si la peur donne des ailes , elle peut aussi donner de la hardiesse, a Vous avez donné un souper magnifique (afin de ne pas passer pour avare) , comme un poltron va au combat en désespéré. » Lucullus à Crassus. Fén. « On n'a pas le temps d'avoir peur quand le danger surprend : voilà souvent d'où naît la force d'un poltron révolté. » Beaum.

Moralement considérée , la lâcheté a bien plus de gravité que la poltronnerie; c'est un vice du caractère qui consiste surtout à abandonner ce qu'on devrait défendre, la vérité, par exemple, et l'honneur ou son honneur. La poltronnerie est une faiblesse involontaire , un simple défaut du tempérament qui fait fuir les dangers avec un empressement presque toujours plus risible que dégradant et odieux : telle est celle de Sosie dans Amphitryon (Mol.), a II est poltron comme un lézard. » Volt.

La pusillanimité, pusillus animus, petit esprit, caractère timide, est ou suppose, comme la lâcheté , une timidité excessive , le contraire de l'audace. Mais, au lieu que la lâcheté se rapporte spécialement à la valeur, au courage du soldat , et à celui de l'homme d'honneur , dont le soldat est le type, la pusillanimité s'étend à tout : le lâche n'ose se battre, il craint d'être vaincu ou tué ; le pusillanime n'ose entreprendre,, se déclarer , il se défie trop de lui-même, il craint trop ou s'exagère les inconvénients du parti à prendre, a II y a une timidité qui nous retient dans les rencontres , qui nous ferme la bouche et qui nous lie les mains, lorsqu'il conviendrait d'agir, de se déclarer, de se défendre. Ce n'est point là humilité , mais pusillanimité. » Bourd. « Pourquoi ne pas enrichir peu à peu notre lan-

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