‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 607 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

gue de nouvelles expressions excellentes ? Je sais bien qu'il faut être , sur cet article , fort discret et fort réservé ; mais il ne faut pas aussi pousser la discrétion jusqu'à une timide pusillanimité. » Roll. oc Rien n'approche tant de la •pusillanimité qu'une prudence excessive. 3> J. J. « Il y a je ne sais quelle circonspection pusillanime qui , voyant partout des inconvénients , se borne , par sagesse , à ne faire ni bien ni mal ; j'aime mieux une hardiesse généreuse qui , pour bien faire , secoue quelquefois le puéril joug de la bienséance. » Id, « Ces sortes de périls ne m'ont jamais arrêté , et je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n'osent rien entreprendre. » Scapin. Mol. — On est pusillanime aussi quand on est lâche par rapport à soi-même , quand on n'a pas le courage de combattre ses passions, ses défauts ou les maux dont on est accablé.

Tu ne saurais saisir ces haines vigoureuses Que sentent pour l'amour les âmes généreuses , Homme pusillanime , imbécile, brutal!

Regn.

a M. de Luxembourg eut la pusillanimité de vouloir se dissimuler les infirmités de l'âge. » J. J. a Puisque vous souffrez une privation totale (de la vue) , j'ai cru qu'il y aurait de la pusillanimité à n'en pas supporter une passagère. » Voltaire à Mme Dudeffand.

Couard, de queue, écrit autrefois coue (cauda), signifie celui qui par poltronnerie se tient à la queue d'une troupe , ou bien un animal qui , par l'effet de la peur, porte la queue entre les jambes. C'est , ainsi que couardise , un mot qui ne se dit que familièrement , et encore ne le dit-on guère aujourd'hui, a Les chiens couards mordent et déchirent dans la maison les peaux des bêtes sauvages qu'ils n'ont osé attaquer aux champs. » Chakr.

Qui dit Romain, dit action Belle et d'honneur, toujours de mise; Aussi sans feinle et couardise , Ce peuple a toujours combattu Pour la gloire et pour la vertu, Sovrr. Pourquoi craindre tant (l'Amour)?

Que peut- il? c'est un enfant ; Ma couardise est extrême D'avoir eu le moindre effroi. Laf.

a Nous refusâmes de travailler (des captifs algériens); ceux de mes compatriotes qui ne m'avaient point imité , voyant les Maltais revenir au travail, les huèrent, les quittèrent à leur tour, et, comme pour insulter à leur couardise , vinrent se ranger autour de moi. » J. J.

LAID, DIFFORME; — HIDEUX, AFFREUX, HORRIBLE. Esthétiquement imparfait, qui blesse le goût ou le sentiment du beau.

Laid , exprime une irrégularité moins grande , moins choquante, et surtout moins essentielle que difforme. La laideur peut dépendre simplement de la couleur du visage, de la rudesse de la peau-, d'un certain air , d'un certain jeu de la physionomie, des traits, en un mot de la superficie; la difformité suppose un défaut de conformation, la privation d'un membre ou sa disproportion relativement aux autres, ou quelque défectuosité considérable , soit naturelle , soit

produite par accident, laquelle déforme, défigure et dénature, pour ainsi dire.

a II n'est pas indifférent à l'âme , dit Cicéron , d'être dans un corps disposé et organisé de telle ou telle façon. » Sur quoi Montaigne s'exprime ainsi : <c Cettuy cy parle d'une laideur desna- | turee et difformité de membres : mais nous appelions laideur aussi une mesadvenance au premier regard , qui loge principalement au visage , et souvent nous desgouste par bien legieres causes; d'un teint, d'une tache, d'une rude contenance , de quelque cause inexplicable , sur des membres bien ordonnez et entiers.... Cette laideur superficielle , qui est pourtant tresimperieuse, est de moindre preiudice à Testât de l'esprit, et a peu de certitude en l'opinion des hommes. L'aultre, qui d'un plus propre nom s'appelle difformité, plus substancielle , porte plus volontiers coup iusques au dedans : non pas tout soulier de cuir bien lissé , mais tout soulier bien formé , montre l'intérieure forme du pied : comme Socrates disait de sa laideur , qu'elle en accusait iustement autant en son ame, s'il ne l'eust corrigée par institution. »

Mais ce qui caractérise nettement difforme par rapporta laid et à ses autres synonymes, c'est son objectivité. Ce qui est difforme est tel par sa nature, sans que peut-être sa vue nous cause aucune peine : ce qui est laid, hideux, etc., est tel par l'impression qu'il fait sur nous. C'est par l'esprit ou le jugement que nous saisissons la difformité; c'est par la sensibilité que nous apprécions la laideur. Nous trouvons à redire à ce qui est difforme, nous plaignons une personne difforme; nous ne pouvons nous empêcher de haïr ce qui est laid, hideux, affreux ou horrible, a L'âme pénitente ne montre pas toujours ses difformités dans toute leur laideur. » Mass. a II est impossible que l'âme mondaine montre dans toute leur laideur des difformités qu'elle ne connaît pas. » Id. « Un homme qui a beaucoup de mérite et d'esprit , et qui est connu pour tel , n'est pas laid, même avec des traits qui sont difformes; ou s'il a de la laideur, elle ne fait pas son impression. » Labr. — Il en est de même au moral qu'au physique. La difformité du vice désigne froidement et en elle-même une des qualités du vice, a La difformité du péché se tire de deux endroits : l'une du côté de Dieu , dont elle nous prive ; l'autre du côté de son objet. » Boss. La laideur du vice se rapporte à l'effet que produit le vice sur notre sensibilité. « La comédie du Tartufe a fait beaucoup de bien aux hommes, | en montrant l'hypocrisie dans toute sa laideur. » ' Volt. On dit bien la laideur, mais non pas la difformité, d'une action vicieuse particulière , parce que c'est une chose qui frappe , qui se fait sentir de telle ou telle manière, mais non pas un objet qui subsiste et puisse être considéré comme ayant des qualités fixes et permanentes.

Enfin, laideur convient mieux pour signifier un défaut de l'âme, et difformité pour désigner un défaut du corps, a Le corps de Physcon répondait assez à la laideur de son âme. On ne pouvait guère en voir un plus contrefait. Il était de petite taille.... Sur un si vilain corps, il por-

tait une étoffe si claire, qu'on en voyait toute la j difformité. » Roll.

Hideux, affreux et horrible signifient tous trois extrêmement laid; mais chacun d'eux se distingue par une nuance particulière.

Ce qui est hideux est repoussant. Ce mot exprime spécialement le dégoût, le soulèvement du cœur. « Cette reine si vieille , si vieille , était sale, hideuse et puante. » Fén. a Si j'ouvre le tombeau d'un grand , je n'y trouve qu'un cadavre hideux , qu'un tas d'ossements infects et desséchés. » Bourd. Un jeune homme enclin à la débauche fut mené par son père dans un hôpital de vénériens : a A ce hideux spectacle qui révoltait à la fois tous les sens, le jeune homme faillit à se trouver mal. » J. J. « Les enfants n'aiment pas la vieillesse : l'aspect de la nature défaillante est hideux à leurs yeux; j'aime mieux m' abstenir de les caresser que de leur donner de la gêne ou du dégoût. » Id. « Les enfants se vautrant dans l'ordure et se traînant à quatre ; le père et la mère assis sur leurs talons, tout hideux, tout couverts d'une crasse empestée. » Buff. « Les harpies , ces animaux hideux , immondes et voraces , venant avec leur plumage infect et leur haleine fétide fondre sur les festins d'Enée , et salir de leurs excréments les mets , la table et les convives. » Lab. Un homme qui pendant sa vie s'est distingué par sa crasse , par une sordide avarice , est un homme de hideuse mémoire (Boil.).

Ce qui est affreux et horrible est tellement laid qu'on s'en éloigne comme si c'était quelque chose de dangereux.

Mais ce qui est affreux est laid à faire peur. Cette épithète est essentiellement propre aux choses qui effrayent, la mort, la nuit, l'obscurité, un brouillard , tout ce qui est noir ; un désert , un abîme, un antre, une image sombre, un danger quelconque : a V affreuse figure d*un lion. » Boss. — Ce qui est horrible est laid à faire frissonner. On est plus qu'effrayé de ce qui est horrible; on en frémit : un tonnerre horrible (Rac), un spectre horrible (Fén.); Hercule sur le bûcher poussait des cris horribles (Id.) ; faim ou famine horrible (Boss.). Horrible enchérit donc sur affreux. On soutient avec peine la vue de ce qui est affreux. « Comme les Turcs étaient les peuples les plus laids de la terre , leurs femmes étaient affreuses comme eux. » Montesq. C'est-à-dire qu'elles étaient très-laides , sans être pourtant ni hideuses ou dégoûtantes, ni horribles ou absolument monstrueuses. On recule devant ce qui est horrible, on ne peut s'empêcher d'en détourner la vue. « Cette reine était devenue si laide et si horrible que les gens même qui venaient lui faire la cour cherchaient^ en lui parlant, des prétextes pour tourner la tête, de peur de la regarder. » Fén.

D'autre part , affreux indique plutôt un sentiment de peine , de mélancolie , d'abattement , de tristesse. « La situation de ce château était triste, pour ne pas dire affreuse. » S. S. Horrible signifie ; une excitation, un mouvement de l'âme qui réa- j git, qui s'indigne, se révolte; et c'est pourquoi j horrible s'emploie surtout en parlant de la lai-

deur des grands crimes. « La Brinvilliers , cette horrible femme. » SÉv. a Le plus horrible des vices, l'hypocrisie. » Fén.

LAINE, TOISON. Poil doux, épais et frisé qui croît sur la peau de certains animaux , les moutons, les brebis, les agneaux, les lamas, les vigognes.

Laine , latin lana, grec àvîvo; ou Àaxvv] , est le mot commun , celui qui représente la chose partout où elle se trouve , et particulièrement dans les vêtements de l'homme dont elle forme la matière. Toison de tonsio, action de tondre, n la représente, au contraire, que sur l'animal ou par rapport à l'animal. « Les étoffes de laine ne ressemblent guère à la toison des brebis dont on les forme. » Roll. On travaille la laine, on la file , on la manufacture ; la toison couvre plus ou moins bien l'animal, elle reste ou elle ne reste pas intacte.

De ses propres moutons elle filait la laine..,. Le ciel les préservait de la fureur des loups, Et, gardant leurs toisons exemptes de rapines , Ne leur laissait payer nul tribut aux épines. Laf. •

On coupe la laine pour la livrer au commerce et à l'industrie , et on laisse à l'animal une partie de sa toison pour qu'il n'ait pas trop froid, a Dans les pays chauds on ne coupe pas la laine, mais on l'arrache , et on en fait souvent deux récoltes par an ; dans les climats froids on se contente de la couper une fois par an , et on laisse aux moutons une partie de leur toison , afin de les garantir de l'intempérie du, climat. » Buff. — Même lorsque la toison est considérée, ainsi que la laine, comme un objet utile, comme pouvant servir aux usages de l'homme , elle rappelle encore l'animal dont elle est la dépouille brute; au lieu que la laine est entre les mains ou a été transformée par les mains de l'ouvrier, a Gardezvous des faux prophètes, qui viennent à vous sous des toisons de brebis, et qui sont au dedans d'eux-mêmes des loups ravissants. » Bourd. « L'un de mes gendres possède sur la montagne des pâturages d'où ses troupeaux lui apportent de riches toisons; l'autre, avec cette laine, que filent nos femmes , forme de précieux tissus. » Ma rm.

D'autre part, laine est un terme abstrait, analytique , qui a rapport à la nature et aux qualir tés de la chose ; toison , au contraire , est un mot concret, collectif et synthétique, qui la dépeint dans son ensemble , telle qu'elle se montre sur le corps des animaux, a En mélangeant des boucs et des brebis , on obtient des métis qui ne diffèrent guère des agneaux que par la toison, qui est plutôt du poil que de la laine. » Buff. « Les brebis de la Barbarie et de l'Egypte ont subi de grands changements : leur poil rude s'est changé en une laine fine ; et en même temps que l'animal s'est paré d'une belle toison , il a perdu sa force. » Id. « L'énorme crinière dont la tête du bison est entourée n'est pas du crin, mais de la laine ondée et divisée par flocons pendants comme une vieille toison.» Id. «Il y avait dans les troupeaux du Cyclope des béliers très-grands, bien nourris , couverts d'une laine violette fort longue et fort épaisse.... Je me glissai sous le

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