‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 616 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ne loua point David pour avoir ramassé six cents ! vagabonds perdus de dettes et de crimes ; pour avoir pillé ses compatriotes à la tête de ses bandits. » Id. a Népotien, proclamé Auguste par une troupe de bandits ramassés de toutes parts , se rendit maître de Rome, et livra cette ville au pillage. » Cond. a Ce Clodius était du moins un brave scélérat , marchant à la tête de bandits déterminés comme lui.... Clodius salariait de vieux soldats devenus brigands. » Lah.

La nuit passée , un nombre de bandits N'a laissé que les murs dans le prochain logis.

Regn.

Le libertin pèche contre les bonnes mœurs , il est dominé par la passion ou l'amour du plaisir ; le vagabond pèche contre la société civile , il n'a ni feu ni lieu , il court le pays comme les aventuriers , les mendiants , les gueux , les fainéants et autres gens dangereux que surveille la police; le bandit est socialement bien plus répréhensible encore que le vagabond , c'est un malfaiteur , il s'empare du bien d'autrui à main armée.

LIBRE , INDÉPENDANT. Une certaine idée d'affranchissement est commune à ces deux mots.

Mais le premier dit moins que le second. Pour être libre il suffit de n'être pas dans les fers, dans les entraves , sous les verrous ou violenté ; pour être indépendant , il faut n'être dans la dépendance de qui que ce soit et de quoi que ce soit. Vous êtes libre par cela seul que vous n'êtes pas captif ou prisonnier; vous seriez indépendant si vous ne teniez à rien ni à personne par un lien de sujétion. Un homme qui n'est pas marié ou qui n'a pas contracté quelque autre engagement de cette espèce , en vertu duquel on est astreint à certaines actions , est libre ; mais il n'est pas indépendant , parce qu'il a nécessairement des entours , des relations sociales et domestiques qui . bien que n'étant pas contraignantes ou astreignantes , ne laissent pas quô d'agir quelque peu sur ses volontés. La liberté exclut seulement l'esclavage et la contrainte; Yindépendance exclut toute subordination , toute soumission , toute influence subie , si faible qu'elle soit.

Moralement considéré, l'homme est libret mais non pas indépendant. Il evt libre ; car, dans ses déterminations, s'il obéit à des motifs, c'est librement, par choix, -de son plein gré, et non de force. Il n'est pas indépendant , car il n'agit pas sans motifs ou comme il lui plaît , il est dans la dépendance du devoir, quoiqu'il ait le pouvoir de ne s'y pas conformer.

Quelle étrange société

Formerait entre nous l'erreur et l'injustice ,

Si l'homme indépendant n'avait que son caprice Pour conduire sa volonté! Laf.

En sorte qu'on pourrait appeler la liberté une indépendance relative, et Yindépendance une liberté absolue. La liberté est une servitude raisonnable, et Yindépenda7ice l'exemption de toute servitude. Dans toutes les conditions, même les plus dépendantes, sous toutes les dominations, même les plus dures, nous restons libres tout le temps que nous les acceptons de bon gré ; nous ne saurions être indépendants sous un j oûg quelconque , fûtil très-léger ou de notre choix , volontaire.

C'est pour avoir confondu Yindépendance ou l'anarchie avec la liberté qu'on a tant déclamé contre l'état social dont l'effet est d'assurer l'exercice de la liberté en restreignant l'indépendance naturelle. Pour que nous puissions être libres, dit Cicéron, il faut que nous soyons tous esclaves des lois, a La liberté ne peut consister qu'à vouloir faire ce que l'on doit vouloir, et à n'être point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir. Il faut se mettre dans l'esprit ce que c'est que Yindépendance , et ce que c'est que la liberté. La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent. » Montesq. « La liberté véritable, c'est d'être soumis aux lois..., de dépendre de Dieu.... Si Dieu nous a, dit Tertullien, comme émancipés en nous donnant notre liberté , et la disposition de notre choix, ce n'est pas pour nous rendre indépendants , mais afin que notre soumission fût volontaire. » Boss. a La liberté de l'homme est une liberté; mais ce n'est pas une indépendance : c'est une liberté ; mais elle ne l'exempte pas de la sujétion qui est essentielle à la créature. *> Id. a Aucun homme sage n'a jamais pu ni dû étendre ce terme de liberté jusques à Yindépendance. » Vauv. « Il ne serait pas possible d'établir l'ordre et la paix, si les hommes voulaient tous être indépendants , et s'ils ne se soumettaient à une autorité qui leur ôtât une partie de leur liberté pour leur conserver le reste. » Roll. « Par le contrat social , les particuliers n'ont fait qu'un échange avantageux de Yindépendance naturelle contre la liberté. » J. J.

Une assemblée n'est pas libre quand la force armée exerce sur elle une sorte de pression, lui fait vouloir telle chose plutôt que telle autre; elle n'est pas indépendante quand de simples considérations étrangères influent sur ses délibérations. Un peuple libre est gouverné, non pas despotiquement, mais conformément à des lois qu'il s'est données et qui ne peuvent être changées sans le concours de tous ; un peuple indépendant , à la rigueur, ne serait soumis à aucune loi, mais d'ordinaire indépendant se dit d'un peuple qui , dans ses conseils, n'est point sollicité par des rapports extérieurs à avoir égard aux intérêts d'un autre peuple.

Un esprit libre n'est pas tyrannisé , un esprit indépendant , influencé, par l'opinion des autres. Celui-là ne se soumet pas en esclave; celui-ci ne se soumet point, ne reconnaît point d'autorité.

Une âme libre ne peut être asservie par rien ; un caractère indépendant ne peut s'assujettir ou être assujetti à rien.

LIENS, CHAÎNES, FERS. Ce sont, au propre, des choses qui servent à attacher et à retenir, et, au figuré, différentes sortes d'engagements, de restrictions ou d'atteintes à la liberté.

Au propre , les liens diffèrent des chaînes en ce qu'ils consistent en un seul corps allongé, continu et souple j au lieu que les chaînes sont composées d'une suite d'anneaux engagés les uns dans les autres; et ils se distinguent des /m, comme des chaînes en ce qu'ils peuvent n'être pas de métal, mais d'osier, de paille, de chanvre ou de soie, par exemple. Les liens servent à mille usages pour lesquels il n'est pas besoin

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

de déployer une grande force , pour attacher la vigne aux échalas, pour réunir les javelles en gerbes , etc. Les chaînes et les fers étant d'une matière plus solide s'emploient pour des choses plus difficiles à retenir , savoir , les chaînes pour diverses choses , et les fers seulement pour des prisonniers. On fixe un vaisseau au rivage par une chaîne ou par des chaînes , on peut tenir un animal à la chaîne; mais il n'y a qu'un homme qui puisse être mis aux fers.

Quand chaînes et fers désignent également des instruments destinés à faire rester en prison les hommes qu'on y a fuis , chaînes n'a rapport qu'à la privation de la liberté , et fers fait songer au poids qu'on supporte. Dans les chaînes on est enchaîné, on ne peut pas se sauver; dans les fers on gémit sous le fardeau; le fer est un métal pesant, et on comprend dans les fers non-seulement les chaînes, mais les autres ferrements, comme les menottes , qui accablent le malheureux. On dit proprement briser les chaînes, et charger de fers.

Au figuré , mêmes différences.

Les liens expriment un simple assujettissement; les chaînes et les fers, une servitude, un esclavage. « Sensible à l'amitié , Thomas la cultivait avec soin ; mais il la voulait modérée : il en chérissait les liens, il en aurait redouté la chaîne. » Marm. « Par le mariage elle va former de nouvelles chaînes qui relâcheront les doux liens de l'amitié. » J. J. a Ce rare et précieux bonheur qui fait du mariage un lien céleste et sans lequel il n'est qu'une chaîne de misère. » Id. Et comme liens, par rapport à chaînes et à fers, atténue, il se dit plutôt au figuré, a Cette loi de charité n'a-t-elle pas changé les chaînes en des liens d'honneur ? témoin un saint Paul. » Bourd. <* J'ai promis au Soleil , dit l'Indien , de rester soumis à ses lois- Ma parole , ma foi sont pour moi des liens plus forts que ne seraient des chaînes. » Marm. « Les philosophes disaient que le sage était libre encore dans les fers. Ils auraient pu dire de même qu'il était libre dans les liens de la fatalité. » Id.

Ensuite, chaînes est à l'égard de fers, comme liens à l'égard de tous les deux, c'est à-dire moins rigoureux et moins fort : il tient le milieu entre les liens et les fers. C'est une servitude que ce mot représente , et non l'esclavage ou une oppression absolue, par la raison qu'il ne rappelle pas , comme fers , l'idée d'un des métaux les plus durs. Les chaînes peuvent avoir encore quelque chose de doux, quelque chose au moins dont on ne s'afflige pas. a Cléopâtre , de peur qu'Antoine ne lui échappât , ne le perdait jamais de vue , toujours occupée à le divertir et à le retenir dans ses chaînes. » Roll. a. Vous trouvez que je suis trop poli avec ma patrie : il n'y avait pas moyen de reprocher des fers à des esclaves si gais qui dansent avec leurs chaînes. » Volt. Les chaînes de l'amour (Les.) n'ont rien de pénible ; un amant se plaît dans ses chaînes (Acad.). — - Chaînes se prend aussi plutôt au figuré , et fers au propre, « Je veux bien qu'on me jette dans les prisons , et qu'on charge mes mains de fers; je regarderai ma captivité comme

une image glorieuse de ces chaînes intérieures par lesquelles j'ai lié ma volonté. » Boss. a Saint Paul était alors dans les fers pour le nom du Sauveur. Une vierge qui se consacre à Dieu peut dire, aussi bien que saint Paul, qu'elle est dans les chaînes pour le Seigneur. » Bourd. — D'ailleurs, il faut transporter au figuré la différence indiquée au propre : on met dans les chaînes, on charge de fers; on délie , on rompt , on traîne des chaînes, on porte des fers, on gémit sous le poids des fers. « Des époux gémissent en secret de l'esclavage où ils se trouvent réduits. Qui les a chargés de ces fers dont la pesanteur les accable? Comment diraient-ils à Dieu : brisez ma chaîne? » Id.

LIER, ATTACHER. C'est avec des instruments propres à cet usage., comme des courroies, des cordes, des chaînes, retenir une chose ou une personne; au figuré, c'est assujettir.

Lier a un sens solitaire ou absolu; attacher, un sens relatif. On lie ensemble les parties d'une chose ; on attache une chose à une autre. On lie les pieds et les mains à un criminel ; on Y attache à un poteau. On lie un fagot, une gerbe de blé, une botte de foin avec une hart ou toute autre chose semblable, propre à entourer et à serrer; on attache une chose à la muraille avec un clou , de la colle , ou toute autre chose propre à fixer un objet à un autre ou contre un autre. « Les chaînes impures dont je suis lié m'attachent par tant de nœuds à la profondeur du gouffre , que je demeure toujours immobile. ■» Mass.

On dit bien aussi relativement , lier une chose à une autre. Mais c'est l'y unir, faire en sorte qu'elle ne soit qu'un avec elle : on lie étroitement (Bourd.) , inséparablement (Boss.). Ce qui attache, au contraire, ne tient pas de si court. Un homme lié à un arbre ou à un mât est appliqué contre ; un animal qu'on attache à un arbre pour qu'il paisse à l'entour , peut s'en éloigner à une certaine distance : où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute.

Au figuré , lier , c'est lier les pieds et les mains de manière qu'on ne peut plus ni bouger ni agir; attacher, c'est simplement mettre dans un état de dépendance. Ce qui lie oblige (obliger et lier ont la même racine , ligaré) ; ce qui attache engage. La nécessité, l'autorité, le devoir lient; l'intérêt et l'affection attachent. Lié, vous n'êtes plus libre; attaché, vous n'êtes plus indifférent. Le mariage lie les époux ; le sentiment attache les amants l'un à l'autre. Quand on s'attache imprudemment à un parti , on finit par s'y trouver lié. * Le prince de Conti disait que la naissance n'approche les princes de plus près du trône que pour les lier plus inséparablement au souverain.... Les vertus du roi l'attachaient à sa personne , autant que la royauté le soumettait à ses ordres. » Mass.

Du reste, la différence des deux mots au propre reparaît quelquefois au figuré d'une manière très -sensible. Vous êtes lié avec une personne qui réciproquement est liée avec vous; ensemble vous ne faites qu'un. Mais vous êtes attaché à une personne à laquelle vous te-

nez, mais qui, de son côté, reste libre, distincte , et peut-être même ignore le sentiment que vous éprouvez pour elle.

LIEU , ENDROIT , PLACE. Portion de l'espace. Lieu est absolu et vague-, endroit est relatif et déterminé. On peut prier Dieu en tout lieu; mais le temple est Y endroit où il se rend plus propice (Mass.). « Il faut voir si la figure convient au lieu; si, par exemple, la synecdoche peut être placée en cet endroit de saint Ambroise. » Boss. Un éclaireur, qui a la connaissance des lieux , sait les endroits par où l'ennemi peut s'introduire ou s'échapper (Roll.). On dit d'une manière générale , un lieu écarté ; et d'une ma- 1 nière particulière , Y endroit le plus écarté de la forêt. On prouve qu'une maxime vient de bon lieu en indiquant un excellent livre dans lequel on l'a puisée ; si on veut être plus précis , on marque Yendroit du livre où elle se trouve. — Le lieu se conçoit en lui-même comme un tout à part.; Yendroit se considère par rapport à d'autres endroits , ce qui sert à le distinguer , à le spécifier : Paris est un lieu charmant, surtout dans les endroits les plus fréquentés , les Tuile- , ries et les boulevards.

La. place est un lieu ou un endroit en tant que

occupé ou devant être occupé par une chose

ou par une personne , et cela d'ordinaire selon

un certain ordre établi ou convenable. Dans cet

univers chaque être a sa place , c'est-à-dire le

lieu ou l'endroit qu'il doit avoir pour être bien.

Enfin Malherbe vint, et, le premier en France,

Fit sentir dans les vers une juste cadence,

D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir.

Boin.

La place d'une personne à l'église, au théâtre, dans une assemblée, à un banquet. Les premières places ne sont pas toujours les plus commodes.

Anciennement, à Rome , le lieu pour rendre la justice n'était point déterminé et dépendait du préteur ; mais en quelque endroit que le préteur eût fixé ses séances, sa place était dans une chaise curule au-dessus des juges, qui étaient assis plus bas sur des bancs (Roll.).

a Cet imposteur parcourut toute la Dalécarlie sous le nom de Nils Sténon; il ne paraissait que dans les lieux les plus écartés; il restait peu dans un même endroit; il publiait que Gustave- Adolphe ne pouvait le souffrir, parce qu'il semblait lui reprocher la place qu'il occupait et qu'il avait enlevée. » Vert.

Le lieu est presque aussi abstrait et général que Y espace ou le temps : l'unité de temps et de lieu. Le mot endroit est aussi précis par opposition que celui de partie : dans tel endroit de la maison, de la montagne, du livre; le plus bel endroit de sa vie; attaquer quelqu'un par son endroit sensible ou faible. Le mot place ressemble aux mots position et rang : il emporte l'idée d'occupation et a souvent rapport à un arrangement ou à une hiérarchie : prendre place , avoir place; place remplie ou vide, assez grande ou trop petite; la dernière place, la. place d'honneur, etc.

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