DEUXIÈME PARTIE
somptuosité , splendeur et pompe se disent en bien ou en mal indifféremment, et même plutôt en bien. « Manque-t-il rien dans l'univers de tout ce qui peut servir, non-seulement à l'entretien nécessaire et commode , mais à la splendeur et à l'éclat , mais à la somptuosité et à la magnificence ? » Bourd. a Nos ancêtres étaient pénétrés de cette maxime , que ce qui est dans les grands splendeur, somptuosité , magnificence est dissipation, folie, ineptie dans le particulier. » Labr. — Il n'est pas rare de trouver dans nos meilleurs écrivains des oppositions telles que celles-ci : a La somptuosité du langage de Tite-Live aurait été du faste dans les mémoires de César. » Marm. » Scipion n'était point ennemi d'une certaine élégance de mœurs , ni même de la magnificence , pourvu qu'elle ne dégénérât point en luxe. » Roll.
Un autre caractère distinctif du luxe et du faste, c'est qu'ils sont de tous les états; au lieu que la magnificence, la somptuosité , la splendeur et la pompe ne regardent que les conditions élevées. Le goût du luxe et du faste peut être général dans un pays; on n'attribue de magnificence , de somptuosité , de splendeur et de pompe qu'aux hommes ou à ce qui concerne les hommes considérables par leur rang ou par leur fortune, « Le peuple romain , dit Cicéron , hait le luxe dans les particuliers ; mais il aime la magnificence dans ce qui regarde le public. » Roll.
1° Luxe, faste. Abus, défaut ou vice, qui consiste à manquer de simplicité ou à blesser la simplicité dans la manière dont on vit , dont on fait les choses ou dont on se montre.
Luxe , du latin luxus , luxe , profusion , intempérance , mollesse, débauches, emporte l'idée d'excès , de superfluité , de recherche immodérée des aises et des commodités, a Le luxe n'est fondé que sur les commodités qu'on se donne par le travail des autres. » Montesq. « Ragoûts, liqueurs , entrées , entremets , tous mots qui ne servent qu'à entretenir le luxe et la gourmandise. » Labr. « Ne souffre point les hommes occupés à des arts qui entretiennent le luxe et la mollesse. » Fén. « Le luxe consiste dans un travers de l'imagination , qui nous fait trouver notre bonheur à jouir des choses dont les autres sont privés : on n'est pas mieux vêtu avec un drap d'or qu'avec un drap de laine ; on ne fait pas meilleure chère avec des mets rares qu'avec des mets communs ; et celui qui ne peut aller qu'en carrosse n'est pas plus heureux que celui qui va à pied. » Cond.
Faste, du latin fastus, orgueil, fierté, mépris, d'où fastigium, le faîte, emporte l'idée d'efforts pour s'élever et pour paraître , une affectation de hauteur, de l'ostentation. « Evitez le faste et l'ostentation dans les œuvres de miséricorde.» Mass. a Une jeune fille qui aime le monde et le faste. » Rac. a Toutes les conditions sont confondues : le faste s'appelle politesse , la plus folle vanité une bienséance. » Fén.
On dit très-bien le luxe de la table (Acad. , Roll..) : le faste regarde plutôt l'extérieur : « Qu'il ne paraisse dans votre extérieur aucune j affectation de parure , ni aucun faste. » Fén. «Au
temps de Cyrus, le luxe de la table consistait dans l'abondance plutôt que dans la délicatesse. Ce n'était pas .deux fois par jour une profusion de mets, apprêtés avec élégance, et étalés avec faste. » Cond.
« On est parvenu enfin à ne plus mettre le luxe que dans le goût et la commodité. La foule de pages et de domestiques de livrée a disparu , pour mettre plus d'aisance dans l'intérieur des maisons. On a laissé la vaine pompe et le faste extérieur aux nations chez lesquelles on ne sait encore que se montrer en public , et où l'on ignore l'art de vivre. » Volt. « Ce n'est point par l'éclat des richesses, par le faste des équipages, parle luxe et les dépenses de la table qu'un roi doit se distinguer. » Roll.
2° Magnificence , somptuosité , splendeur , pompe. Ces mots se rapportent à la manière dont les grands , les princes , les États vivent , font les choses ou se montrent , et la représentent comme large , exempte d'épargne , distinguée.
Magnificence annonce une manière noble , généreuse, belle. « La magnificence paraît dans les grands travaux consacrés à l'utilité publique, dans les ouvrages qui attirent de la gloire à la nation , qui impriment du respect aux sujets et aux étrangers, et rendent immortels les noms des princes. » Boss. « Les Grecs et les Romains ont célébré la magnificence et la grandeur de Thèbes.» Id. « Tout était grand dans les édifices du palais de Salomon.... Tout y reluisait d'or et de pierreries. Les citoyens et les étrangers admiraient la majesté des rois d'Israël. Le reste répondait à cette magnificence. » Id. a L'Allemagne est devenue aussi florissante que l'était l'Italie au xvie siècle , lorsque tant de princes entretenaient dans leurs cours la magnificence et la politesse. » Volt. « La nature étale ici toute sa magnificence. » Acad. « J'ai été beau, magnifique , tout couvert de gloire. » (Alcibiade.) Fén. « Il faut qu'une personne comme vous, qui êtes magnifique , et qui avez de l'inclination pour les belles choses, ait un concert de musique chez soi tous les mercredis ou tous les jeudis. » Mol.
Somptuosité , de somptuosus , coûteux , dispendieux, venu lui-même de sumptus , frais, somme employée à faire certaines choses, annonce une manière libérale , qui ne plaint pas la dépense, et dans les choses qu'on fait de la richesse. « Dans une cour, tous, à l'envi, cherchent à se montrer, à se signaler par la somptuo. site et la dépense. » Bourd. « Luculle crut devoir substituer à la gloire des armes celle de la magnificence. Il employa des sommes immenses pour ses bâtiments et pour ses jardins : il fit encore de plus grandes dépenses pour sa table ; il voulait que chaque jour elle fût servie avec la même somptuosité , n'y eût-il personne de dehors. » Roll. a Les préteurs foulaient le peuple par une suite nombreuse de domestiques et d'amis, et par des dépenses excessives enjeux, en festins , et autres pareilles somptuosités. » Id. « La parure des Parisiennes est plus recherchée que magnifique ; il y règne plus d'élégance que de richesse. La rapidité des modes et la propreté les préservent d'une somptuosité ridicule. » J. J.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
a Un homme fait de grandes dépenses, il est vraisemblable qu'il est libéral; mais peut-être que ce n'est pas tant libéralité qu'une somptuosité mal réglée. » Boss. « L'excès vous est devejau nécessaire , vous estimez pauvre tout ce qui n'est pas somptueux. » Id.
Splendeur , grand éclat de • lumière , annonce une manière brillante , illustre. « La reine d'Angleterre, arrivée avant son mari (Jacques II), fut étonnée de la splendeur qui environnait le roi de France, et de cette profusion de magnificence qu'on voyait à Versailles. » Volt. Quand il est question de quelque chose d'éblouissant , de capable de frapper vivement les yeux, splendeur étant le mot propre renchérit naturellement sur magnificence. « L'ordre corinthien fut inventé pendant la magnificence et la splendeur de Corinthe. » Roll. « Tout ce qui avait servi en Italie était comblé par Vaudemont de politesse , gorgé d'argent, et charmé de la splendeur, car ce serait peu dire de la magnificence , dans laquelle il vivait. » S. S.
Pompe , du grec 7cou,to) , mission , envoi , cortège, procession, marche triomphale, annonce quelque chose de solennel , comme est une cérémonie dans laquelle un personnage principal a une suite belle et nombreuse. Les pompes triomphales, l'entreprise des pompes funèbres (Acad.); dans la pompe d'un convoi (Roll.). « Ces combats étaient suivis d'une procession générale , où l'on portait avec grande pompe et grande cérémonie un voile brodé d'or, où étaient tracées artistement les actions guerrières de Pallas contre les titans et les géants.» Roll. a La pompe et la grandeur des anciens rois de l'Asie n'approchaient pas de l'éclat de ce voyage de Louis XIV. Trente mille hommes précédèrent ou suivirent la marche du roi. Il menait avec lui la reine sa femme, toutes les princesses et les plus belles femmes de sa cour.» Volt. « L'orgueil des grands paraît jusques après leur mort en la pompe de leurs funérailles , et surtout en la magnificence de leurs tombeaux. » Bouh. l
MACERER, MORTIFIER, MATER. Ces mots ne sont synonymes qu'au figuré, dans la langue ascétique, où ils signifient s'imposer des châtiments, des austérités par esprit de pénitence.
Macérer ne se dit que du corps, et c'est le rendre maigre (macer) , l'affliger par le jeûne principalement, « Prendre le sac et le cilice, se couvrir de cendres, jeûner et macérer son corps. » Bourd. « Les schismatiques ont aboli la confession, supprimé toute l'austérité de la satisfaction , décrié les macérations du corps, fait cesser l'obligation du jeûne. » Id. « Les austérités et les macérations de la pénitence. » Id. « Se macérer par des jeûnes et par d'autres austérités. » Boss. « Je ne vous demande pas, pour cela (pour venger Jésus-Christ), ni des jeûnes continuels, ni des macérations extraordinaires. » Id. Massillon appelle les jours de carême a des jours de macération et d'abstinence. » — Au propre, macérer des substances, particulièrement des plantes, c'est , en les faisant infuser à froid dans l'eau ou dans quelque autre liquide , les amaigrir en quelque sorte comme on le fait à l'air en les desséchant, c'est les décharger de ce qui est comme leur graisse , de leurs sucs , de leurs principes solubles. « Après avoir bien bassiné ma plaie , elle y appliqua des fleurs de lis macérées dans l'eau-de-vie, vulnéraire excellent et trèsusité dans notre pays. » J. J.
On mortifie proprement la chair ; car primiti vement mortifier, c'est faire que la viande devienne plus tendre. « Les Calmouks mangent la chair de cheval, de chameau, etc., crue ou un peu mortifiée sous la selle de leurs chevaux. » Buff. Or, la chair, en termes de l'Écriture, se prend pour la sensualité: si bien que la mortifi cation attaque et affaiblit, non pas le corps précisément, mais les désirs, les passions, l'amour
du plaisir. Si on se macère par le jeûne , on se mortifie par des déplaisirs , des dégoûts , des chagrins , en réprimant ses appétits , en se refusant ce qui plaît le plus et en pratiquant ce qui cause le plus de répugnance. Au lieu d'être purement corporelle comme la macération , la mortification regarde aussi l'esprit : on macère son corps ou sa chair seulement -, on mortifie aussi ses sens , ses passions, ses vices, son esprit. « Tout ce que nous faisons pour le salut est inutile, s'il ne se rapporte au règlement du cœur , et à l'entière mortification des vices et des désirs. » Mass. a Obliger les pécheurs à tout ce que l'Évangile a de plus austère, aux rigueurs de la pénitence,
\, Pompe et magnificence en particulier sedisent aussi de la manière de s'exprimer, et la font concevoir comme grande et éclatante. Mais pompe est plutôt concret, et magnificence abstrait, a Ne semblait-il pas qu'un mystère (celui de l'incarnation), dont les figures mêmes avaient été si pompeuses et les promesses si magnifiques, aurait dû s'accomplir avec plus d'éclat? » Mass. « Dans tout le reste (du discours de Mithridate dans Racine) la magnificence du style, la. pompe des images, est égale à l'élévation des pensées. » Lah. On dit bien la magnifcence (Acad.), mais non pas la pompe , des idées. D'autre part, dépeignant surtout l'étalage et l'appareil, pompe est propre à renchérir sur magnificence et se prend plus ordinairement en mauvaise part dans le sens d'emphase , de grand faste , ou de faste dans un genre élevé , où on vise à être sublime, a Parlons sans figures , et ne cherchons point de magnifiques et de pompeuses expressions pour soutenir un sujet qui par lui-même est au-dessus de toute expression. » Bourd. « Les apôtres n'ont point cherché la vaine pompe et les grâces frivoles des orateurs païens ; ils se sont contentes de prêcher Jésus-Christ avec toute la force et la magnificence du langage de l'Écriture.» Fem. Pompeux galimatias (Acad.).