‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 625 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

connaître sa maison , son logis , son habitation , sa demeure , son domicile, sa résidence ou son séjour.

Maison , logis et habitation expriment quelque chose de concret. « Mon logement est tombé par terre; j'ai une autre maison dans le ciel, qui n'est pas bâtie de main d'hommes. » Boss. Demeure, domicile, résidence et séjour désignent quelque chose d'abstrait, Changer sa maison, son logis ou son habitation , c'est modifier , réparer ou augmenter le local qu'on occupe ; changer sa demeure , son domicile , sa résidence , son séjour , c'est aller ailleurs. Comme, en tel pays , les maisons, les logis ou les habitations se vendent ou se louent à vil prix, vous y choisissez votre demeure , votre domicile , votre résidence ou votre séjour. Un homme a sa demeure, son domicile, fait sa résidence, son séjour dans une maison, un logis ou une habitation. «Dans ces maisons éparses et champêtres je plaçais en idée notre commune demeure. » J. J. « Je passais dans une grande rue devant une maison qui me parut devoir être la demeure de quelque homme opulent. » Les.

J'ai peur, si le logis du roi fait ma demeure.,

De m'y trouver trop bien dès le premier quart d'heure. Mol.

« La cigogne blanche choisit nos habitations pour domicile ; elle s'établit sur les tours , sur les cheminées et les combles. » Buff.

1° Maison , logis , habitation.

Maison désigne le bâtiment : la maison est grande ou petite (c'est un palais ou une cabane) , vieille ou neuve, faite de pierres ou de briques, couverte de tuiles ou de chaume , etc.

Le logis est la maison considérée par rapport à la manière dont on s'y trouve : un bon logis. Aussi appelle-t-on de ce nom les hôtelleries , les maisons où on est plus ou moins bien traité pour son argent. Mais ce qui distingue principalement ''logis , c'est qu'il est vieux. « Ce fut Anne , duc de Montmorency , qui entra un beau jour à cheval dans la cour du logis du roi , et y monta ensuite. » S. S. Étant vieux , il n'est plus resté usité que dans un petit nombre de locutions du langage familier : garder le logis (Acad.); de retour au logis (J. J.); nous reprenions le chemin du logis (Id.); le maître du logis (Mol., Sév.). « Un infâme eunuque avait fait écrire sur la porte de sa maison : Qu'il n'entre rien de mauvais par cette porte. Diogène dit : Et le maître du logis, paroùentrera-t-il?»FÉN. Quelquefois même logis est un terme de mépris. Dans sa dixième satire , Boileau dépeint , sortant de leur logis , le lieutenant cijiminel Tardieu et sa femme , ces modèles de la sordide avarice. « Cette grâce fut procurée à des gens dont le logis était le lieu des assemblées des cabales du parlement et des ennemis de la régence. » S. S. w

Habitation diffère considérablement de maison, et par conséquent de logis, D'abord l'habitation comprend et le bâtiment où on est à l'abri des intempéries, et ses dépendances. « Ils entourent leurs habitations de palissades. » Acad. « Je ne sais quelle idée tu as de notre habitation ; mais si tu t'imagines que c'est une maison magnifique, une terre de grand seigneur, je t'avertis

que tu te trompes, » Les. De plus, une habitation peut très-bien n'être pas une construction élevée par des hommes sur le sol. « Les abeilles se font des habitations commodes : on les détruit , elles les rebâtissent. » Volt. « Fouler aux pieds une habitation de fourmis. » Id. « Sans la philosophie nous ne serions guère au-dessus des animaux qui se creusent des habitations , qui en élèvent , qui s'y préparent leur nourriture. » Id. Les marmottes travaillent en commun à leur habitation (Buff.). Chaque couple d'oiseaux travaille à 1 envi à l'habitation commune (Id.).

2° Demeure , domicile , — résidence , séjour.

Demeure et domicile sont absolus, ils marquent quelque chose de constant; résidence et séjour sont relatifs , ils signifient quelque chose d'accidentel et de passager. Qu'un oiseau ait tel lieu pour demeure ou pour domicile, cela suppose qu'il n'en sort point ; mais on dit bien qu'il a tel lieu pour résidence principale (Buff.) ou pour séjour principal. Après une résidence ou un séjour de quelques années sur cette terre, notre âme , si nous avons bien vécu , retourne au ciel , où elle doit avoir sa demeure ou son domicile. Après beaucoup de voyages, Pythagore revint dans sa patrie , où il ne fit pas un long séjour. Il passa en Italie et fixa sa demeure à Crotone (Roll.). Outre cela, demeure, ainsi que domicile, annonce quelque chose d'étroit et de précis; résidence, ainsi que séjour, au contraire, quelque chose d'étendu, de vague. Vous donnez votre adresse en faisant connaître votre demeure ou votre domicile, c'est-à-dire exactement votre rue, votre numéro ; en faisant connaître votre résidence ou votre séjour, vous apprenez seulement la ville ou le pays où vous restez. Enfin demeure et domicile sont objectifs, résidence et séjour , subjectifs. On a sa demeure ou son domicile ; on fait sa résidence ou son séjour. « La synagogue devait avoir sa demeure, et faire son séjour sur la terre. » Boss.

Demeure, domicile.

Demeure , dérivé du latin demorari , s'arrêter , est le mot ordinaire. Domicile , pure reproduction du latin domicilium, qui aie même sens, est une expression noble. « Le ciel comme le plus noble et le principal domicile demeura à Jupiter, et le reste échut à ses frères et à sa sœur. » Boss. k Pour que le maître fasse chez vous la pâque, il faut que votre cœur, qui est comme le domicile et le sanctuaire qu'il a choisi , soit pur. » Bourd. « Marseille était dans les Gaules comme le domicile des muses et le centre de la politesse. » Roll. Vous direz, au contraire, dans le langage commun, que Dieu promit à Abraham une terre pour servir de demeure fixe à sa postérité (Boss.), qu'un maître doit à ses domestiques l'aliment et la demeure (Bourd.), etc. <c Voici la chimère, qui habite tantôt l'hôpital et tantôt les petites maisons, comme des demeures qui lui sont également propres. » Montesq. Par la même raison, domicile se dit plutôt en termes de jurisprudence et a rapport à la société civile et au gouverne ment. « Des seigneurs voulaient ravir à leurs sujets le premier droit qu'ont les hommes de choisir leur domicile} ils craignaient qu'on ne. les quit-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

tât pour aller dans les villes libres. » Volt. « Violation du domicile. » Acad.

Résidence, séjour.

Le mot de résidence , par sa terminaison , exprime quelque chose de plus long. « Parmi les étrangers qui venaient faire à Paris leur résidence ou quelque long séjour, Mme Geoffrin faisait un choix des plus instruits , des plus aimables. » Marm. « Eh 324, Constantin fit quelque séjour à Nicomédie , qui était en Orient la résidence ordinaire des empereurs. » Cond. « Fériclès évita de se mêler des affaires publiques , qui demandaient une résidence assidue à la ville. » Roll.— Résidence vient du latin residere, résider, au lieu que séjour a été formé du français jour (passer ses jours, à part, separatim, seorsum). Par conséquent , résidence signifie le séjour que doit faire et que fait dans le lieu de ses fonctions un certain personnage , un évêque ou un magistrat , par exemple. « Ravenne, résidence des exarques. » Ross. Conformément à l'union de Calmar, le souverain était obligé « de partager tour à tour sa résidence dans les trois royaumes , et de consommer dans chacun le revenu de chaque couronne. » Vert. De son côté, séjour a cela de particulier qu'il est tout relatif aux sentiments qu'on éprouve dans la situation qu'il représente : un séjour agréable (Mol., Ruff.), heureux (J. J.), chéri (Ruff.), délicieux (Labr.), triste (Rourd.), mélancolique (Mol.). — Séjour se prend aussi dans une acception figurée et poétique , étrangère au mot résidence. « Paris est le séjour de tous les arts. » Volt. « L'enfer est un séjour d'horreur et de désolation éternelle. » Id. a Quitter cette vie infortunée pour aller dans le séjour des délices. » Montesq. « Ne faisons point de notre retraite le séjour de la faim et de la pauvreté. » Les.

MAJESTÉ, DIGNITÉ. Ces mots signifient une sorte de grandeur ou d'excellence propre à attirer ou qui attire les respects.

Mais majesté, de major, plus grand, supérieur, au-dessus des autres, ne se dit que des personnes ou des choses les plus élevées , que des classes de personnes ou de choses les plus générales , de Dieu, des rois, des princes, et de ce qui s'y rapporte ; au lieu qu'on peut avoir de la dignité dans tous les rangs , dans le sacerdoce , dans la magistrature , même dans une condition privée , parce qu'il y a pour tous les- états une grandeur relative , une bienséance à laquelle les actions et les choses peuvent être conformes ou contraires. Les rois portent le titre de majestés; on appelle dignités des charges considérables, des postes éminents , mais non pas suprêmes, à moins qu'on ne le dise d'une manière expresse, oc L'empereur grec et son clergé , dans leur soumission réelle , gardèrent en apparence la majesté de leur empire et la dignité de leur Église. » Volt, a Voilà ce qui a rendu si vénérable aux fidèles la majesté des temples , la sainteté des autels , la dignité des prêtres. » Rourd. « On voit que ces omissions de l'histoire de notre auteur affaiblissent la primauté du saint-siége, la dignité des conciles, l'autorité des Pères , la majesté de la religion. » Boss. « Voyez si l'Église perdait quelque chose

de sa majesté dans la simplicité et la frugalité de ces pasteurs illustres, et si la dignité de l'épiscopat fut jamais regardée avec plus de vénération que lorsqu'elle ne brilla que par la sainteté, l'humilité et la pauvreté évangélique. » Mass. « Dans nos temples la duchesse d'Orléans venait soutenir par la majesté de sa présence la dignité de notre ministère. » Id. a Quand vous paraissez dans les palais où le souverain se trouve , vous marquez par la dignité et la décence d'un habillement grave et sérieux le respect que vous devez à la majesté de sa présence.» Id. a Seigneur, rendez la majesté à tant de temples profanés, le culte et la dignité à tant d'églises dépouillées. » Id. « Tigrane parut dans tout l'éclat dont il pouvait briller , pour donner une plus grande idée de la majesté royale à l'ambassadeur, qui, de son côté , soutint parfaitement la dignité d'un ambassadeur des Romains. » Roll. « Cinéas dit qu'en voyant le sénat romain il avait cru voir une assemblée de rois, tant il paraissait de dignité , de grandeur et de majesté dans leur maintien , dans leurs discours, et dans toute leur personne. » Id.

Pour l'ordinaire et surtout dans les circonstances solennelles , un roi a de la majesté; il a de la dignité dans la vie privée. « De ce fonds de sagesse sortait la majesté répandue sur la personne de Louis XIV : la vie la plus privée ne le vit jamais un moment oublier la gravité et les bienséances de la, dignité royale.... Quelle grandeur quand les ministres des rois venaient au pied de son trône ! quelle précision dans ses paroles , quelle majesté dans ses réponses ! » Mass.

D'autre part , majesté est un mot concret , qui exprime quelque chose d'extérieur, de l'éclat et de la pompe. « Le vulgaire appelle majesté une certaine prestance et une pompe extérieure qui l'éblouit. » Ross. « La majesté des cérémonies. » Mass. Dignité , au contraire , est un terme abstrait, qui a plutôt rapport aux qualités intérieures et essentielles. « Toute notre dignité consiste dans la pensée. » Pasc. « Il y a tant de dignité et de grandeur d'âme à prendre sous sa protection ceux que tout le monde abandonne ! » Mass. — La majesté' de son front (Acad.); la dignité de son caractère (Id.). « Faites , Seigneur , que la gloire et la majesté de la dignité royale éclate dans le palais aux yeux de tout le monde. » Ross. « Les saints avaient-ils de la majesté de la religion des idées moins nobles et moins sublimes que vous? Etaient-ils moins instruits de la foi et de la dignité de ses préceptes ? » Mass. « Minerve avait mis dans les yeux de Télémaque un feu divin, et sur son visage une majesté fière, qui promettait déjà la victoire. Il marchait; et tous les rois, oubliant leur âge et leur dignité, se sentaient entraînés par une force supérieure qui leur faisait suivre ses pas. » Fén.

La dignité du style ne demande guère que de la décence et l'exclusion d'une trop grande familiarité; la majesté du style veut de plus de l'éclat. « L'éloquence de la louange et du blâme ayant reparu dans la chaire , y reprit enfin la décence, la dignité, l'éclat qu'il avait eu dans la tribune, et plus de majesté encore. » Marm.

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