INTRODUCTION. LXXI
Mais , d'un autre côté , en n'employant pas cette méthode conjointement avec celle de la conscience , la psychologie se priverait de secours inappréciables. Si elle ne fait pas , au commencement de ses recherches, l'examen analytique des acceptions des mots significatifs des faits dont elle s'occupe, si elle n'en détermine pas d'abord soigneusement la valeur absolue et relative au moyen de la synonymique, elle ignore ce que pense le sens commun sur l'objet de ses études, ce qu'il admet déjà comme connu et comme vrai, ce qu'elle-même est destinée à approfondir et à développer à l'aide de la conscience ; elle n'a pas de point de départ assuré ; elle ne sait pas prendre les choses où elles sont narvenues déjà pour les conduire plus loin.
En se réduisant aux seules informations de sa conscience, le psychologue s'expose nécessairement à envisager les choses d'une manière étroite et incomplète. Il lit en lui-même les principes de notre nature, lui individu, lui imbu de certains préjugés, ayant reçu une certaine éducation, esprit borné qui ne peut ni tout voir, ni voir ce qu'il voit que sous un point de vue particulier. Rarement un philosophe est libre de toute préoccupation, quand il se met à l'étude : s'il n'a pas précisément un parti pris d'avance, il incline au moins, ne fut-ce que par sa tournure d'esprit, vers certaines doctrines auxquelles , involontairement sans doute, il accommode les faits. Ce danger n'est pas à craindre pour le synonymiste ou de sa part. Ne se laissant aveugler lui-même par aucune idée préconçue, il demande aux mots ce que leur ont fait constamment signifier les plus grands écrivains, la plupart étrangers à la philosophie, qui les ont employés sans intentions systématiques. Il ne crée rien, il n'altère rien; il est l'interprète fidèle et désintéressé du sens commun. Sa psychologie n'est pas sienne, comme celle des philosophes est leur ; c'est celle de tous les hommes de sa nation qui ont parlé avec justesse. Or, à moins de joindre ses vues larges et impartiales aux observations plus fines peut-être et plus précises qu'on obtient à l'aide de la conscience, il ne saurait y avoir pour la science ni progrès ni succès véritables.
Il y a plus; les mots qui expriment et réfléchissent les actes de notre esprit présentent quelquefois toutes faites, à qui sait les analyser, des distinctions et des observations auxquelles on ne serait peut-être jamais arrivé, au moins si promptement, en prenant la conscience pour guide. Leur exacte détermination produit des découvertes inattendues, et l'idée qu'elle donne de notre nature intellectuelle et morale est non-seulement étendue et pure de préoccupation, mais encore plus avancée et plus profonde qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord. ~'~~ '»
Du reste, c'est incontestablement sous le e^int de vu« de leur synonymie que les mots doivent être interrogés pour rendre à la psychologie les plus grands services. En effet, de quoi s'agit-il d'abord en psychologie? De recueillir tous les phénomènes de rame, puis de les classer suivant leurs rapports de ressemblance et de différence. Or, d'une part , tout ce que notre âme éprouve ou produit d'important est exprimé dans la langue commune par des termes particuliers ; de sorte qu'en les réunissant tous, on est sûr de ne laisser échapper au-