‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 64 sur 881 · LXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXII INTRODUCTION

cun fait essentiel. Et, d'autre part, pour différencier et classer tous ces phénomènes, on ne saurait mieux faire que de développer les significations relatives des mots qui les expriment, en suivant la méthode synonymique, en cherchant à s'éclairer par l'étymologie et par l'usage. Il y a entre les mots et les idées, dont ils sont les signes, une étroite affinité ; la lumière jetée sur les uns rejaillit sur les autres, et on ne saurait déterminer les caractères relatifs et différentiels des uns sans faire connaître en même temps ceux des autres.

Un seul psychologue, à notre connaissance du moins, paraît avoir apprécié comme Leibnitz cette méthode qui devrait être universellement pratiquée. C'est M. Scheidler, professeur de philosophie à l'université d'Iéna. Dans son Manuel de psychologie, l'un des meilleurs ouvrages sans contredit que l'Allemagne possède en ce genre, et elle en possède beaucoup, il s'applique souvent à caractériser et à distinguer les faits de conscience les plus voisins, les plus aisés à confondre, en déterminant le sens précis des mots quasi-équivalents qui les expriment dans le langage commun, et, pour les détails, il renvoie continuellement aux Synonymes allemands d'Eberhard.

Mais un exemple tiré de notre propre langue sera plus frappant et plus propre à faire comprendre combien sont instructives pour le psychologue les indications de la synonymique. Je choisis celles qu'elle fournit relativement à l'une des questions les plus importantes et les plus diversement résolues de la philosophie, c'est-à-dire la question de nos erreurs. Quelles sont toutes nos erreurs ? Comment les classer? Quelles en sont les causes et quels doivent en être les remèdes? L'examen comparatif et la distinction de tous les mots qui, dans notre langue, signifient l'erreur, conduit sur ce point à une théorie du sens commun supérieure à celle des philosophes sous plus d'un rapport, et dont la connaissance est indispensable pour ceux qui prétendront sur le même sujet faire faire de nouveaux pas à la science.

La plupart des philosophes qui se sont occupés de l'erreur ne l'ont guère fait qu'incidemment, et dans un esprit de système et d'exclusion. Ainsi Aristote, le philosophe logicien par excellence, n'a parlé que des erreurs qui ont leur source dans un mauvais emploi du raisonnement, c'est-à-dire des sophismes. Condillac, qui s'était exagéré les secours que le langage prête à la pensée , réduisit toutes nos erreurs à des malentendus; suivant lui, l'erreur serait impossible avec une langue bien faite. Pareillement, dans l'école cartésienne, l'erreur est rapportée à une seule cause, la précipitation à juger , l'abus de la liberté qui se porte à affirmer avant que l'esprit soit suffisamment éclairé : opinion qui peut être vraie en soi, mais qui n'apprend rien sur les variétés et les causes de l'erreur. Bacon entre dans de plus longs détails. Il donne de nos erreurs un dénombrement que Reid se borne à reproduire en l'expliquant. Mais Bacon avait en vue de combattre la science de son temps et de préparer les esprits à la révolution scientifique qu'il annonçait ; de là vient que sa classification ne comprend guère que les erreurs spéculatives et exclut celles de la vie commune. La théorie, qu'on peut emprunter à Malebranche, semble d'abord plus satisfaisante. Ayant remarqué que nous

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