DEUXIÈME PARTIE
Le manque rend la chose incomplète, mais non pas peut être moins parfaite ou moins bonne, a Qu'on ne nous reproche plus le manque de clarté, puisque nous en faisons profession. » Pasc. a Le manque d'oreilles extérieures est un des traits par lesquels les phoques se rapprochent des cétacés.» Buff. « L'usage de la main, le manque de queue, etc., ont fait donner au singe le nom d'homme sauvage. » Id. Avec un défaut, au contraire, le sujet est toujours défectueux. On a reproché à V Esprit des lois le défaut de méthode (Lah.). — Le manque d'argent est sans inconvénients dans certaines situations , dans l'état religieux, dans l'état sauvage; mais en général le défaut d'argent fait échouer les plus belles entreprises. Le manque de mémoire , pour ce qui concerne les injures et les causes d'affliction, est un bien ; mais le défaut de mémoire, pour les enfants qui ont tant à apprendre , est un vice des plus fâcheux. « Certaines vérités de géométrie ne se peuvent démontrer; et, comme ce n'est pas à cause de leur obscurité, mais à cause de leur extrême évidence , ce manque de preuve n'est pas un défaut , mais plutôt une perfection. » Pasc.
D'ailleurs , manque est objectif , c'est-à-dire tout relatif à ce qui ne se trouve pas ou à ce qui se trouve de moins dans le sujet ou à sa disposition; au lieu que défaut est subjectif, c'est-à-dire qu'il appelle toute l'attention sur le sujet luimême. « Ce tigre fut enfermé dans une loge étroite où le manque d'espace et le défaut de mouvement ont abrégé sa vie. » Buff. Quand nous n'avançons pas dans la voie du bien , nous nous plaignons d'un manque de secours de la part de Dieu (Boss.) ; nous ne devrions nous en prendre qu'à notre défaut de courage. « Il nous suffit d'avoir vu que c'est par le seul défaut de leur volonté , et non pas manque des secours absolument nécessaires pour pouvoir éviter tous les péchés , que les plus justes pèchent quelquefois.» Boss.
Je veux bien avouer qu'un manque de couronne Est l'unique défaut qui soit en sa personne. Régît. Comme le défaut rend défectueux , imparfait , incorrect, la privation rend malheureux. C'est un manque auquel on est sensible , le manque de choses dont on a joui, dont on devait ou dont on pouvait jouir. La privation de la vue (Acad.), des plaisirs (Montesq.); le séjour de cette ville paraît triste par la privation des spectacles (d'Al.). « Les seuls biens dont la privation coûte sont ceux auxquels on croit avoir droit. » J. J. « Athènes , délivrée du joug de la servitude , goûtait en paix les avantages de la liberté , dont cette longue privation n'avait servi qu'à lui faire mieux sentir et le prix et la douceur. » Roll.
Manquement et faute sont synonymes dans le sens d'action mauvaise ou répréhensible.
Mais le manquement n'est pas aussi grave , ce n'est qu'une faute légère; car manquement, comme manque, signifie seulement un déficit , au lieu que faute , comme défaut , annonce quelque chose d'essentiellement fautif, défectueux , imparfait, a Je ne crois pas qu'on doive employer le châtiment des verges pour les manquements où
les enfants peuvent tomber en apprenant à lire, à écrire , à danser. Il doit y avoir d'autres punitions pour des fautes où il ne paraît ni mauvaise disposition du cœur , ni envie de secouer le joug de l'autorité1. » Roll.
MARCHANDISE , DENREE. Ce qui se vend.
Marchandise, la chose du marchand, se dit de tout ce qui se vend. Denrée, autrefois deniérée, ce qu'on vend pour un denier , indique primitivement une chose de peu de prix. « Voilà ce qui chassa Law du royaume , ce qui sextupla toutes marchandises , toutes denrées jusqu'aux plus viles. » S. S. « Il faut qu'il y ait quelque rapport entre la marchandise et l'impôt , et que, sur une denrée de peu de valeur, on ne mette pas un droit excessif. » Montesq. — Au figuré , denrée signifie quelque chose de vil et de méprisable. « Nos frères ont fait au pape des plaintes des opinions probables , et d'autres denrées de cette façon. » Sév.
Mais ensuite denrée exprime , dans une acception moins étroite , ce qui se vend en détail ou se débite pour les besoins de la vie, ce qu'on se procure en petite quantité pour l'usage du moment, surtout et presque uniquement en fait de choses qui viennent des champs , en fait de subsistances, de fruits de la terre. « Les denrées sont chères en ce pays, parce qu'il en produit peu, et qu'il est fort peuplé.» J. J. « Lorsque j'ai recueilli d'un champ que je cultive les denrées nécessaires à ma consommation , le surplus des productions m'est inutile , si je ne puis pas l'échanger. T> COND.
En général, les marchandises sont des objets de commerce, de spéculation; les denrées, des choses qu'on récolte et qu'on consomme. Les marchandises se considèrent en elles-mêmes, comme des richesses , dans les mains du marchand , pendant qu'il les transporte , les fait circuler , les emmagasine ou les négocie ; les denrées se considèrent avant ou après , quant à leur origine ou à leur usage : quant à leur origine, comme des productions de la terre , et quant à leur usage, comme servant à l'entretien de la vie. On gagne plus ou moins sur des marchandises (Acad.) ; une denrée croît dans tel ou tel pays (Laf.), et on se pourvoit des denrées nécessaires à sa subsistance (J. J.). L'impôt sur les marchandises entrave le commerce ; l'impôt sur les denrées gêne l'agriculture et empêche la vie à bon marché. « Les effets mobiliers , comme l'argent, les billets, les lettres de change, les vaisseaux , toutes les marchandises appartiennent au monde entier.... Quelques États en ont une immense quantité; ils les acquièrent chacun par leurs denrées , par leur industrie , par leurs découvertes. » Montesq. <r Le cardinal Mazarin augmenta l'impôt sur le pied fourché et sur d'autres denrées.... La guerre civile qui déso-
^ . Faute est aussi synonyme de manque , lorsque * l'un et l'autre s'emploient en forme de prépositions. Leur différence alors revient à celle du subjectif et de l'objectif : on ne peut réussir faute de soin (Lh.BR.), faute de caractère (Mot.), faute de pénétration (Vxuv.) ; et manque de moyens (Pasc), d'instruction (Id.) ou de loisir.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
lait alors l'Angleterre avait commencé par un impôt de deux schellings par tonneau de marchandise. » Volt.
Toutes les choses utiles à la vie qui croissent dans un pays sont les denrées de ce pays, et souvent il les donne pour avoir en retour des marchandises, c'est-à-dire d'autres choses utiles, venant d'ailleurs, et qui ne lui parviennent que par l'intermédiaire des marchands. « Les Portugais allèrent chercher des marchandises aux Indes orientales et au Japon.... Les Hollandais furent d'abord obligés de marcher sur la croix pour obtenir la permission de vendre leurs denrées. » Volt, a Si cette nation était située vers le nord, et qu'elle eût un grand nombre de denrées superflues, comme elle manquerait aussi d'un grand nombre de marchandises que son climat lui refuserait, elle ferait un commerce nécessaire, mais grand, avec les peuples du midi. * Montesq. « L'huile est la seule denrée que Solon ait permis d'échanger contre les marchandises étrangères. » Barth.
La marchandise implique le marchand et l'exercice de son industrie ; accessoire tout à fait étranger à denrée. Un propriétaire livre des denrées et non des marchandises , quand il paye ses contributions en nature, ou qu'il vend lui-même, directement, ses récoltes. Un marchand achète des denrées , et, quand il les revend, ce sont des marchandises. « Il vaut mieux avoir affaire à une nation qui , par l'étendue de ses vues ou de ses affaires, sait où placer toutes les marchandises superflues; qui est riche et peut se charger de beaucoup de denrées ; qui les payera promptement. » Montesq.
Enfin , la marchandise peut être un produit de l'art , une chose manufacturée ou propre à l'être ; la denrée est toujours un produit agricole, a Les arts multiplient les choses de seconde nécessité ; et, à proportion de leurs progrès, ils mettent dans le commerce une plus grande quantité de marchandises et des marchandises d'un plus haut prix.... Les provinces manufacturières seront forcées de porter leur argent dans les provinces agricoles, pour se pourvoir des denrées qui manqueront à leur subsistance. » Cond. Sans le commerce, l'industrie languirait, parce que les marchandises n'auraient pas d'écoulement. a Le seul encouragement des cultivateurs est le commerce des denrées. » Volt. — On oppose les marchandises à ce que rapporte la terre. « La comtesse de Fiesque ne comptait pour rien les petites terres où il ne vient que du blé, et croyait avoir fait une affaire admirable d'avoir vitement donné celle-ci , pour avoir des miroirs d'argent et autres marchandises. » Sév. On oppose les denrées aux ouvrages de l'industrie, a Liberté du commerce : grand commerce de denrées bonnes et abondantes en France , ou des ouvrages faits pas les bons ouvriers. » Fén.
MARCHE, DÉMARCHE, ALLURE. Mouvement des animaux en tant qu'ils vont ou s'avancent.
Marche signifie l'action; démarche et allure dépeignent la manière. On observe la marche d'une personne, c'est-à-dire cette personne pendant qu'elle marche; une personne a telle dé-
marche ou telle allure, on la reconnaît à sa démarche ou à son allure, on décrit , on caractérise, on signale sa démarche ou son allure. « Durant notre marche. » Scarr. « si le roi reçoit des ambassadeurs, cet homme voit leur marche, il assiste à leur audience.... » Labr. « Pendant l'incubation , la paonne évite le mâle , et tâche surtout de lui dérober sa marche lorsqu'elle retourne à ses œufs. » Buff. « Il va assassiner sur le grand chemin un voyageur dont il avait épié la marche. » Volt. Tout ce qu'on peut dire de la marche la représente comme un fait : leur marche fut lente , rapide , longue , de plusieurs jours; ou bien en fait connaître seulement la direction. « L'habesch est un oiseau de passage , mais M. Brue ignore sa marche , et il assure que , dans le cours de ses voyages , il ne l'a point vue ailleurs qu'à Tripoli en Syrie. » Buff.
La démarche est la manière de marcher; et V allure, la manière d'aller, ce qui est bien différent, quoi qu'en dise l'Académie au mot allure. La démarche est une allure qui consiste à avancer par le mouvement des pieds sur terre : elle est opposée , par exemple , à Y allure des oiseaux qui volent (Buff.) et à celle des poissons qui nagent (Id.). Aller en litière (Sév.), en bateau (Id.), à cheval (S. S.), sont encore différentes allures, et non différentes démarches. L'âne porté ccmme un lustre par le meunier et son fils(LAF.) goûte fort cette façon d'aller, c'est-à-dire cette allure, et non cette démarche. Tourner autour du soleil est Vallure de la terre (Font.), et non pas sa démarche. — Mais si allure ne signifie pas seulement , comme démarche , la manière d'aller par laquelle on met tour à tour les pieds l'un devant l'autre, il signifie aussi cela , et dans cette acception il a besoin d'être distingué de son synonyme. Or, l'apure, sans doute à cause de la terminaison commune et peu noble de ce mot , ne regarde que le physique , la tournure et l'habitude du corps; au lieu que démarche , qui désigne spécialement cette allure la plus relevée et la plus imposante , l'exprime en rapport avec les états et les sentiments de l'âme. De là vient qu'on dit une démarche , et non pas une allure , fière , noble, timide , affectée, contrainte, embarrassée. Avec telle allure on se montre tel à l'extérieur seulement , on a bonne ou mauvaise grâce ; avec telle démarche on révèle ce qu'on est à l'intérieur ou ce qu'on éprouve. « La démarche gauche de l'oie et son allure de mauvaise grâce nous font appliquer ce nom aux gens sots etniais. » Buff. — - Il suit de là que la démarche est quelquefois variable comme les mouvements de l'âme qui la modifient; mais Vallure est constante, elle vient de la nature ou de l'habitude, a Prenant le premier chemin , je me mis à le suivre d'une démarche lente et mai assurée qui marquait la défaillance et l'abattement. » J. J.
PASQUIX.
Je vous ai pris d'abord pour un petit seigneur.